‹ Monuments anciens et modernesChapitre 16 sur 58 · SAINTE-MARIE DÈS FLEURS A FLORENCE · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE DÈS FLEURS A FLORENCE

L’extérieur de Sainte-Marie des Fleurs est empreint d’une noble majesté et d’une imposante grandeur : il est revêtu de marbre blanc, noir et rouge, et ce revètissement forme une immense quantité de panneaux carrés de toutes dimensions. Il nous semble cependant qu’il y a une trop grande exubérance de panneaux, et leur disposition ainsi que leur couleur ont souvent fait comparer la cathédrale de Florence à un grand ouvrage de marqueterie, et il faut l’avouer, la comparaison n’est point inexacte, mais méritée. Il parait que les deux travées occidentales de notre monument n’ont point été élevées par Arnolfo, ni même d’après ses dessins. Elles offrent, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, une disposition autre que celle des deux travées orientales. Les fenêtres sont moins élevées, et des espèces de pilastres, formant des contre-forts de très-peu de saillie, ornent ces deux travées de l’ouest, tandis qu’ils manquent aux deux autres travées. Il est à présumer que cette partie du monument a été exécutée par Giotto, qui a fait aussi un projet de façade principale qui eut un commencement d’exécution. Nous ferons encore remarquer que les deux travées de l’ouest ont de chaque côté quatre fenêtres, tandis que les deux autres n’en ont que deux qui sont infiniment plus élevées que les premières. On entre dans la cathédrale de Florence par sept portes, dont trois sont placées sur la façade occidentale, et quatre autres sur les façades du nord et du midi. Les portes latérales seules attirent l’attention de l’artiste. Ainsi que les fenêtres, elles offrent le style florentin à ogive dans toute sa perfection comme dans son entier développement. Mais il ne faut pas y chercher l'harmonieux ageucement des lignes droites et des lignes courbes, ni la savante disposition des plans, et des colonnettes telles que l’homme de science et de goût se plaît à les étudier dans nos cathédrales d’Amiens, de Reims et de Cologne. Dans les fenêtres, et surtout dans les portes latérales de notre monument , on retrouve sans peine le sentiment de l’antiquité romaine, dont l’esprit italien dans le moyen âge n’a su s’affranchir entièrement. Nous ne regardons le dôme de Florence que comme une traduction classique de notre architecture septentrionale, création des hommes du Nord, affranchis des traditions absolues de l’antiquité, quoique de temps en temps nous y surprenions cependant certains vestiges, singulièrement transformés et métamorphosés néanmoins. Nous ne pouvons passer suos silence les belles colonnes torses de la porte latérale du nord-ouest et les magnifiques sculptures qui lui servent de base, et qui représentent un lion et une lionne avec ses petits. Il est vivement à regretter que les artistes qui sont allés en Italie, n’aient jamais songé à dessiner l’ornementation du monument qui nous occupe.

Le dôme contient de magnifiques vitraux peints par François-Dominique Livi de Gambassi en Toscane. La délibération de l’œuvre de Sainte-Marie des Fleurs qui le charge de ces travaux est datée du 15 octobre 1436 (*). Il y existe aussi d’autres vitraux peints d’après les dessins de Ghiberti et de Donatello. F. D. Livi^est le même artiste qui a peint le couronnement de la Vierge du vitrail de la fenêtre de la grande chapelle de l’église paroissiale d'Arezzo.

La partie la plus remarquable de notre cathédrale est sans contredit sa coupole. Elle n’est point l’œuvre d'Arnoll’o di Cambia, mais de Filippo Brunelleschi, architecte florentin. A la mort d’Arnolfo, il ne put voir bander que les trois principaux arcs qui soutiennent la coupole.

Le gouvernement de la république de Florence convoqua, en l’année 1420, une réunion des plus illustres architectes de France, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et d’Italie, pour avoir leur avis sur le projet de la construction d’une coupole pour le dôme. Cette assemblée eut lieu dans l’œuvre de Sainte-Marie des Fleurs, et après bien des discussions, Brunelleschi remporta la victoire sur ses compétiteurs et ses rivaux.

La coupole, déformé octogone, a été commencée en l’année 1421, cent vingt-cinq ans après la pose de la première pierre de l’église. Aucun architecte depuis la mort d’Arnolfo n’avait osé se charger de la construction d’une coupole sans faire une dépense prodigieuse de charpentes. Brunelleschi ambitionna cette construction, et sans parler de son projet à personne, il étudiait la structure d’un grand nombre de coupoles, d’une quantité de voûtes antiques, et particulièrement celle du Panthéon de Rome, où il allait souvent. L’œuvre de Brunelleschi fut terminée dans l’espace de treize ans, le 1 2 janvier 1 434, et l’année suivante l’église fut consacrée par le pape Eugène IV.

Après la mort de Brunelleschi, les administrateurs du dôme désignèrent Giuliano da Maiano pour rem-

bas côtés est de 42 m. Les bas côtés ont 8”, 50 de largeur. La hauteur de la voûte est de 43ra,85. La hauteur de la coupole est de 89m,25 jusqu’à la naissance de l’ouverture circulaire. Le diamètre de la coupole est de 42m ,25. La longueur du transsept dans œuvre est de 92 m. y compris les deux chapelles du nord et du sud. Les transsepts ont 17 m. de largeur sans les chapelles et 31 m. avec ces dernières.

<*) La Metropolitana Fiorentina Illustrata par Molini. Florence, 1820, p. 17 et 53 et suivantes.

— STYLE OGIVAL

placer ce grand architecte. Il entoura les œils-de-bœuf du tambour de la coupole d’incrustations en marbres noir et blanc, et construisit les pilastres de marbre, sur lesquels Baccio d’Agnolo éleva l’architrave, la frise et la corniche. C’est ce dernier architecte qui donna les dessins de la galerie de la coupole, ceux que Brunelleschi avait laissés à sa mort s’étant perdus par l’incurie des intendants de la fabrique. Il avait déjà exécuté une grande partie de la galerie, lorsque Michel-Ange Buonarrotti critiqua l’ouvrage de Baccio, et la galerie resta inachevée.

Brunelleschi a banni le style à ogive (appelé manière tudesque par Yasari) des monuments qu’il éleva : il employa de nouveau les corniches antiques et mit en honneur les ordres toscan, corinthien, dorique et ionique. Sa coupole de Sainte-Marie des Fleurs, toutefois, n’en conserve pas moins un caractère qui n’est point antique quant à l’ensemble. L’on voit, par notre coupe, que l’intrados forme une ogive. Mais l’extérieur du tambour qui supporte la coupole, est tout à fait dans le style antique. La lanterne qui la couronne, exécutée après la mort et sur le modèle de Brunelleschi, offre le même cachet. La coupole intérieure est recouverte par une seconde plus légère, et qui lui sert de toiture. On monte à la lanterne dans l'espace laissé vide entre les deux coupoles.

La coupole de la cathédrale de Florence est la plus grande connue et la première assise sur un tambour (*); c’est aussi la première qui ait été construite double, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut.

La belle tour carrée et isolée, dite le Campanile, placée à 6m,50 de distance à l’angle sud-ouest du dôme, fut commencée le 9 juillet 1 334 par Giotto di Bondone de Vespignano. Taddeo Gaddi continua les travaux en 1336, année de la mort de Giotto. C’est à l’occasion de la construction du campanile que notre artiste reçut de la république de Florence le titre de citoyen et une pension annuelle de cent florins pour le récompenser des chefs-d’œuvre qu’il avait créés. Cette élégante tour nous offre l’art toscan à ogive dans tout son développement et dans tout son plus grand perfectionnement. Mais nous y retrouvons cependant les mêmes défauts que ceux signalés dans notre description de la cathédrale. La ligne horizontale y domine d’une manière trop absolue, et coupe même quelquefois le système perpendiculaire d’une manière désagréable. Le campanile nous offre le meilleur exemple de l’impuissance des plus grands artistes italiens de construire des monuments d’une haute élévation, avec des réminiscences de l’aichitecture antique. Cette œuvre du Giotto n’exhibe pas l’entente de cette ordonnance perpendiculaire de lignes et de faces, si admirablement exprimée dans nos clochers du Nord.

Notre planche de détails du campanile nous montre la partie inférieure du soubassement (n° 7), le n° 5 sa partie supérieure. Il est très-simple et d’un goût parfait; tous ses profils sont antiques. La figure 8 représente la porte d’entrée située à l’ouest. Le système horizontal s’y fait connaître par une sorte d’imposte, continuation du tailloir des deux chapiteaux des pilastres formant les pieds-droits de la porte. Sur le soubassement, divisé en deux rangées horizontales de panneaux, s’élèvent quatre étages, dont le dernier a beaucoup plus de hauteur que les trois autres. La figure 4 nous donne le couronnement supérieur de la tour. La figure 3 représente les fenêtres du second étage, la fig. 2 celles du troisième étage, la fig. 1 les quatre grandes fenêtres du quatrième étage supérieur, et enfin la fig. 6 les petites baies centrales du premier étage du bas.

Le campanile forme un parallélipipède complet qui s’élève dans les mêmes dimensions depuis sa base jusqu’à son sommet. A chaque angle saillit un contre-fort octogonal, ainsi qu’on peut le voir par la fig. 1 de notre planche de l’élévation, des plans et de la coupe. Le corps du campanile a 13m,30 de largeur au rez-dechaussée, et 12m,40 dans le restant de sou élévation. Le mur du rez-de-chaussée a 3ra,60 d’épaisseur : celle du mur des quatre étages est de 3m,15. Nos quatre plans indiquent suffisamment la disposition de l’escalier intérieur qui conduit à la plate-forme, et nous dispensent d’en parler ici. Il est facile de voir, par l’arrangement de la plate-forme et des pierres d’attente, qu’il était dans le projet de l’auteur du campanile de le couronner d’une flèche. Relativement à cette construction, nous avons encore le témoignage de Vasari. Suivant le projet de Giotto, dit-il, au-dessus de la plate-forme devait s’élever une pyramide quadrangulaire, haute de cinquante brasses; mais les architectes modernes ont toujours conseillé de ne point exécuter ce supplément tudesque, dont la suppression ne paraît pas devoir nuire à la beauté du campanile (**). La hauteur du campanile, depuis le sol jusqu’au-dessus de la balustrade de couronnement, est de 8 lm, 75 (***). Sa décoration

(*) On appelle tambour l’espace perpendiculaire situé entre le corps du monument et la naissance de la coupole.

(**) Vasari , traduction française de Leclanché et Jeanron. Vie de Giotto, tom. 1", p. 218.

(***) Dans la Metropolilana Fiorentina Illustrata de Molini, il est dit, page 41, que le campanile a 140 brasses de hauteur ; en comptant 594 millimètres pour la brasse, cela donnerait 83m,18, hauteur donnée aussi par M. Willis.

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