ÉGLISE DE NOTRE-DAME A TREVES
Au sud et à une distance de 10 mètres de l’antique dôme de Trêves, s’élève l’église Notre-Dame, bâtie entièrement dans le style à ogive : elle remplaça une basilique romane qui menaçait ruine au commencement du XIIIe siècle. C’est en 1227, sous le pontificat de Théodoric II, archevêque de Trêves, que fut commencée la nouvelle église Notre-Dame, et ce fut en 1244 qu’elle fut achevée par l’archevêque Arnold II, à l’exception de la tour, qui ne fut terminée qu’en 1492. De pieux donataires contribuèrent par leur libéralité à l'édification du monument; parmi eux se distingue surtout le prêtre Cuno, chapelain de l’archevêque Théodoric. Mais la construction n’avançait que très-lentement; pour l’accélérer, enfin, on fut obligé défaire un appel à la piété et à la libéralité des pays voisins.
L’église Notre-Dame de Trêves est construite, ainsi que la plupart des églises du moyen âge, dans la forme d’une croix latine. Il faut remarquer, cependant, que la nef n’a que la même longueur que les deux bras de la croix, et que c’est le chœur qui se prolonge considérablement vers l’orient. Le soubassement du principal portail de l’occident est construit en pierre calcaire jaune qui provient des environs de Hayange, au sud de Luxembourg.
Le reste du monument est bâti en grès de couleur grise et grise jaunâtre ; ce grès ne provient pas des environs de Trêves : il ressemble à celui qu’on extrait dans les alentours de Lutzelbourg et qui est jaune, tandis que celui de Trêves a une teinte rougeâtre. Les beaux vitraux peints du XIIIe siècle qui répandaient anciennement un crépuscule si mystérieux dans l’intérieur du monument, ont été enlevés en 1771 pour faire place à du verre blanc, dans le seul but de donner plus de clarté ! Ce n’est que derrière l’orgue que l’on retrouve encore un unique panneau de verre de couleur. Le maître-autel actuel date de l’année 1778 et a remplacé l’autel primitif, qui fut démoli en 1771, simultanément avec la destruction des belles verrières.
Vers la fin du siècle dernier, et à la place de la sacristie actuelle, on traversait par un passage voûté de l'église Notre-Dame dans le dôme ou cathédrale. Ce passage était nommé le Paradis. Ce nom s’appliquait également à une sorte de passage voûté qui conduisait de l’église Saint-Jean (démolie en 1767) dans la cathédrale de Mayence. On donne encore aujourd’hui le nom de Paradis au porche qui précède la cathédrale de Spire.
L’église Notre-Dame de Trêves est un des monuments les plus remarquables de l'Allemagne, quant au développement du style à ogive qu’elle offre à nos études et à nos investigations.
C’est au commencement du XIIIe siècle, comme Ton sait, que ce style acquit un caractère déterminé et fixe, dont le développement marcha à pas de géants, rejetant en même temps toutes les réminiscences antiques et étrangères. C’est ce que Ton peut remarquer en étudiant l’église Notre-Dame, qui, tout en conservant encore certains souvenirs du roman, un certain reflet de l’architecture à plein cintre, n’en offre pas moins un épanouissement puissant et complet de l’architecture à ogive, qui devait triompher décidément sur le plein cintre qui l’avait précédé. Le système des grandes lignes horizontales est abandonné , et tout dans l’ensemble de l’édifice est empreint de ce caractère perpendiculaire qui plaît tant à l’œil, qui saisit tant l’âme et qui est si approprié à nos climats septentrionaux. Nous trouvons, dans toutes les parties de l’église Notre-Dame de Trêves, des formes ascendantes, des colonnes élancées, des faisceaux de colonnettes s’élevant avec une grande légèreté; toutes les voûtes, les arcs-doubleaux, le sommet des fenêtres à l’exception des baies du clocher, sont formés et couronnés par l’arc à ogive. Les contre-forts ne sont point encore couronnés par ces frontons et ces pyramides qu’on inventa postérieurement, mais ils ont une grande élégance, et leur emploi est déjà raisonné et motivé. Toutes les bases et tous les chapiteaux, à l’exception de leur tailloir , portent complètement le caractère et l’origine de l’architecture à ogive, du style nouveau créé au commencement du XIIIe siècle. Les trois portails, seuls, appartiennent encore au style de transition, à ce style qui tient le milieu, qui forme le passage de l'architecture romane à plein cintre au style à ogive, au style éminemment septentrional, dû au développement rigoureux des idées chrétiennes, dont le berceau et le siège ont été, pensons-nous, surtout dans le centre et le nord de la France. Les baies de la tour sont également couronnées du plein cintre et complètement romanes, comme la partie du monument qui les contient. Il est fort remarquable que les portails et les fenêtres dont nous venons de parler soient encore construits dans le caractère roman, tandis que le reste de l’édifice porte entièrement le caractère du style à ogive, prodigieusement développé déjà vers l’époque de la construction de l’église Notre-Dame de Trêves. Il est à remarquer encore que les colonnes isolées, ainsi que celles appliquées contre la paroi des murs, sont annelées, comme cela se pratiquait dans le style de transition. Mais ces annelures ne sont cependant plus romanes. Elles ont pour profil des moulures complètement conformes à celles qu’on remarque dans le style à ogive.