‹ Monuments anciens et modernesChapitre 21 sur 58 · STYLE ROMAN · texte numérisé non relu

STYLE ROMAN

II nous reste à décrire les statues qui sont placées sur ce portail principal , et qui viennent terminer l'ensemble de l’histoire sainte que l’artiste a tracée d’une manière ingénieuse et succincte sur la paroi du monument. A la hauteur de l’archivolte , à gauche , est une statue représentant un homme âgé à longue barbe , la main gauche appuyée sur un bâton , et tenant dans sa droite une colombe. A ses pieds est un petit autel carré, sur lequel sont rangées symétriquement des bûches pour l’établissement d’un foyer. Sur ces bûches sont placés des animaux de différentes espèces. Cette statue représente le patriarche Noé. De l’autre côté, l’on voit une seconde figure de même grandeur. Elle nous montre un vieillard à barbe courte , la main gauche appuyée sur un enfant qui a les mains liées. A la droite est l’ange Zadchieî, une légende à la main. Cette seconde figure est Abraham se disposant à sacrifier son fils Isaac.

Au-dessus de Noé et d’Abraham sont placées quatre autres statues représentant quatre grands prophètes. C’est ce que semble indiquer la disposition générale des sujets de cette grande et sainte composition.

Les deux figures placées de chaque côté de la grande fenêtre, au-dessus de l’archivolte de la porte d’entrée , nous montrent l’Annonciation. La vierge Marie, à la droite du spectateur, reçoit la nouvelle apportée par fange Gabriel dans une position humble qui indique la soumission la plus parfaite. L’ange est à gauche , une banderole à la main , sur laquelle ou lisait sans doute en lettres d'or : Ave Maria gracia plena.

Cette grande épopée , représentée dans la pierre , se termine enfin par la figure de Jésus-Christ sur la croix, de plus de quatre mètres d’élévation , et placée dans le fronton qui couronne le portail. Sa mère est à su droite, et saint Jean , son apôtre favori , est à sa gauche.

Le tympan circulaire de la porte septentrionale contient un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge. Jésus-Christ place de la main gauche la couronne céleste sur la tète de sa mère ; de l’autre côté de la Vierge il est aidé par un ange. Le Sauveur a la droite levée pour bénir. De chaque côté se tient un ange, portant dans ses mains une couronne.

Dans chaque angle du tympan on voit un arbre; sur celui de gauche, il y a deux oiseaux placés sur des branches, l’un au-dessous et l’autre au-dessus, et qui semblent se regarder. Ces deux oiseaux et ces arbres ne seraient-ils pas autre chose qu’un simple ornement placé en cet endroit pour terminer uniquement la composition? Ils rappellent ces arbres représentés dans les fresques des sanctuaires des anciennes basiliques , toujours terminées par des palmiers, sur lesquels l’on voit quelquefois un phénix, symbole de la résurrection, d’une vie future et éternelle, qui se rapporte aussi à la seène du couronnement de la Vierge.

L’église Notre-Dame de Trêves, qui réunit dans son plan le carré et le cercle, diffère dans cette forme de toutes les autres églises de la même époque. Notre église n’était point destinée à servir de paroisse dans l’origine ; elle ne devait rassembler qu’une communauté d’ecclésiastiques vouée au culte particulier de la Vierge. L’architecte pouvait donc se permettre de concevoir un plan et une disposition conformes au but du monument, qui n’était point de contenir une foule plus ou moins nombreuse de fidèles laïques. Il était donc inutile de concevoir les trois nefs avec les bras de la croisée, un chœur spacieux pour le clergé entouré d’un collatéral, etc., etc. L’église Notre-Dame de Trêves devait, selon sa destination, ne représenter qu’un spacieux sanctuaire pour contenir l’autel, et l’étendue nécessaire aux prêtres pour y pratiquer le culte.

Au-dessus de l’intersection de la croix, qui était le point central de son monument et le lieu où devait être placé l’autel, il éleva une coupole qui indique déjà d’elle-même sa haute et religieuse destination, et qui est eu outre encore justifiée par les anges portant des couronnes, placés sur la clef des quatre arcs-doubleaux qui la soutiennent. 11 fallait de plus un lieu où les prêtres pouvaient chanter et psalmodier, et l’architecte prolongea le bras oriental de la croix, qui devint par là plus long que le bras occidental, tel qu’il est dans toutes les autres églises paroissiales, conventuelles et cathédrales.

— BIBLIOGRAPHIE

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3° Original Ansichlen der historisch merkwürdigsten Stàdte in Deutschland nach der Natur au/genommen von L. Lange. Mit einem artistisch topographischen Text von G. Lange. In-4°, 4* vol., Darmstadt, 1843.

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ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE FRIBOURG (*)

La ville de Fribourg n’existait point encore au commencement du XIIe siècle; elle n’a été fondée qu'en l’année 1118, par le duc Bertholde III de Zæhringen. La nouvelle cité fut érigée en capitale du Brisgau , un des districts du duché d’Allemagne. A la mort de Bertholde Y, surnommé le Riche, dernier duc de Zæhringen, en 1218 , le Brisgau tomba en partage aux margraves de Bade. Plus tard , il appartint à la maison d’Autriche. Aujourd’hui il fait partie, avec son ancienne capitale, Fribourg, du grand-duché de Bade.

Fribourg est situé dans une vallée riante arrosée par le Treisam , et au pied des montagnes du Schwarzwald , de la Forêt-Noire. C’est dans cette petite ville que les artistes, les antiquaires et les gens de goût vont admirer un des plus beaux , des plus complets et des plus curieux monuments d’architecture du moyen âge , l’église archiépiscopale de Notre-Dame et sa belle tour, qui rivalise en majesté et en élévation avec toutes celles de la chrétienté. L’isolement complet de ce superbe édifice, et la disposition de la place qui l’entoure, font présumer que son érection avait été prévue dans le plan primitif du fondateur de la ville. Il en est de ce monument comme de la plupart des grandes œuvres d’art du moyen âge : l’auteur de cette étonnante et belle création est resté inconnu jusqu’à ce jour. Aucun document écrit ne rapporte la date de cette église ; la tradition seule nous dit qu’elle fut commencée sous le gouvernement du duc Conrad, qui régna de 1 122 à 1152. Le transsept seul cependant, avec la partie inférieure de ses deux tours, date de cette époque , et le style de cette partie du monument offre déjà en général le caractère de l’architecture de la transition , que l’on reconnaît facilement dans l’élancement et la légèreté des masses , qui n’ont plus cette pesanteur du roman primitif. La nef avec ses collatéraux et la partie carrée du bas de la tour ont été élevés vers le commencement du XIIIe siècle. C’est ce dont témoignent leur ensemble et les détails de leur architecture. La partie octogone et la pyramide de la tour datent de la fin du XIIIe siècle , peut-être du milieu de la dernière moitié de cette époque. Car aucun document écrit ne nous renseigne dans ces appréciations chronologiques. L’architecture seule ici peut nous guider dans les dates. La fondation du chœur ne remonte qu’à l’année 1354; mais il ne fut achevé que vers la fin du XVe siècle, et il n’a été consacré même qu’en 1513. Il y a tout lieu de croire que ce nouveau chœur du XIVe siècle en remplaça un plus ancien bâti dans le style du transsept. Car il était d’usage, au moyen âge, comme l’on sait , de toujours commencer la construction d’une église par celle du chœur.

Quelques antiquaires prétendent que le transsept de la cathédrale de Fribourg ne date seulement que de la première moitié du XIIIe siècle. Mais nous savons d’une manière positive qu’eu l’année 1 140 saint Bernard prêcha la croisade dans l’église Notre-Dame. De là il est à présumer qu’au moins le chœur et le transsept étaient achevés , ou en voie d’exécution.

La cathédrale de Fribourg est bâtie en grès rougeâtre comme celles de Bâle , de Strasbourg et. autres monuments des bords du Rhin. Le temps a donné à ce grès une teinte brun foncé, noire même par parties, qui augmente encore l’aspect imposant et sévère de l’église.

Notre-Dame de Fribourg est construite dans la forme d’une croix, consacrée pour les églises du moyen âge, comme l’on sait ; elle est orientée de l’orient à l’occident. L’apparence cruciforme est peu sensible dans le plan et à l’intérieur ; elle ne s’aperçoit même que faiblement à l’extérieur. L’édifice a 123m,15 de longueur depuis la face occidentale des contre-forts de l’ouest de la tour jusqu’à l'angle des contre-forts du milieu des deux chapelles centrales du chœur, et 31™, 90 de largeur hors œuvre; cette dernière dimension se rapporte à la nef. D'après les opérations trigonométriques les plus récentes de M. Rieder, architecte , et du professeur Wucherer , la hauteur totale de la tour de Fribourg serait de 366 pieds de Vienne , ou 356 pieds de France; mais G. Moller la fixe à 373 pieds 5 pouces du Rhin (**). Dans le magnifique ouvrage de M. Kalleubach, dont la quatrième et dernière livraison vient de paraître, la hauteur de la tour de Fribourg est fixée à 400 pieds du Rhin, ou 125™, 54. C’est cet ouvrage qui nous semble mériter le plus de foi. La nef se compose de six travées, le chœur en a cinq : il est terminé par trois côtés formés par la moitié de l’hexagone. Six chapelles , d’apparence hexagonale, rayonnent autour du collatéral du chœur, et quatre autres chapelles s’étendent de chaque côté de la partie droite de cette portion du monument. A l’ouest, la grande et belle tour occidentale termine la nef; elle a en outre la même largeur que cette dernière. Cette tour est isolée des trois autres côtés, du nord, du sud et de l’ouest. Elle semble arc-bouter l’église de ce côté. Le comble du chœur est de 3™, 16 plus élevé que celui de la nef. La nef et le chœur ont cependant la même élévation, qui est de 25™, 70. Mais cette élévation est diminuée dans le chœur , parce qu’on y monte par cinq marches.

(*) C’est par erreur qu’on lit, sur notre planche, Freyberg au lieu de Fribourg.

(**) 3G6 pieds de Vienne font 115m,69. — 356 pieds de France font 115“, 64. — 373 pieds 5 pouces du Rhin font 117™, 19.

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

Si un grand nombre d’édifices religieux, qu’on n’acheva souvent qu'au bout de plusieurs siècles, nous offrent le développement progressif de l’architecture du moyen âge , il en est peu cependant plus susceptibles que la cathédrale Notre-Dame de Fribourg de nous enseigner d’une manière plus certaine et plus instructive le développement du style à ogive. Nous pouvons y étudier les dernières tentatives de vie du roman en Allemagne; nous pourrons aussi y saisir les premiers essais de l’architecture sécularisée , et non plus hiératique et sacerdotale , mais religieuse , c’est-à-dire , celle du XIIIe siècle , qui a pris pour signe distinctif et caractéristique l’arc à tiers points , l’ogive et une ornementation empruntée à la végétation indigène de nos champs et de nos forêts.

Nous avons dit plus haut que le transsept avec ses deux tours, à l'exception de leur partie supérieure, était la partie la plus ancienne de notre église, et qu’elle datait de la fin de la première moitié du XIIe siècle. C’est ce que nous prouvera le style de l’architecture. Les deux portes d’entrée du nord et du sud , les trois fenêtres qui les surmontent, ainsi que les deux roses de ce transsept , offrent tous les caractères bien déterminés de l’architecture de l’époque en question. L’ogive n’y est point encore employée. Le fronton de couronnement des deux façades est orné vers chaque rampant de cette rangée de petites arcades à plein cintre , qui appartiennent également au XIIe siècle. Les deux étages inférieurs des deux tours latérales rappellent encore l’architecture de cette époque.

L'arcade qui conduit du transsept au choeur, en passant sous la tourelle méridionale, offre de chaque côté une frise remarquable dans son épaisseur. A gauche l’on aperçoit un homme à queue de poisson , une femme dont le corps se termine également en queue de poisson, et qui allaite un enfant. A la suite , l’on voit un griffon combattu par un homme armé. Plus loin ce sont deux centaures ailés combattant l’un contre l’autre. A droite , en face de la famille de sirènes , c’est un homme qui tient deux griffons par une corde passée autour de leur cou. Ces griffons cherchent à atteindre un animal dont on ne peut plus reconnaître la forme , et que l’homme qui est au milieu d’eux tient enfourché sur deux bâtons. Ensuite vient une femme assise sur un lion dont elle ouvre la gueule; plus loin c’est un moine qui punit un loup tenant un bélier; il le corrige avec une lance. Le dernier sujet enfin représente un moine dressant un loup. Ce dernier tient un livre ouvert et un stylet ; il détourne la tète de la vue du moine , et derrière lui l’on voit un bélier. Ces frises sont incontestablement de la construction primitive de l’édifice ; ce qu’il y a de remarquable , c’est que l’arcade où se trouvent ces sculptures est à ogive , tandis qu’il n’y a pas trace de cette forme à l’extérieur.

La nef date du commencement du XIIIe siècle. Les deux premières travées orientales le prouvent par leur caractère de simplicité, qu’on observp surtout dane leurs fenêtres. Un y voit les premiers et timides essais des meneaux. Un montant central et perpendiculaire divise la fenêtre en deux parties égales , dont chacune est couronnée par une ogive. Un lobe qui a son point de centre sur l’axe du meneau surmonte le tout et remplit l’intérieur de la partie supérieure de la fenêtre. Ces quatre fenêtres de la nef sont moins élevées et ont une apparence plus lourde et plus massive que les autres. Elles ont une grande analogie avec les fenêtres de la clairevoie des églises de Noyon et de Saint-Leu d’Esserent (*). L’entablement supérieur de cette partie est différent du reste. I! nous offre les grosses feuilles à crochet que nous retrouvons dans tous les monuments du commencement du XIIIe siècle, à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame d’Amiens, à Saint-Pierre de Beauvais et autres. Sur les six contre-forts de la nef , les deux plus orientaux ont une moindre élévation que les quatre autres, et les clochetons qui les surmontent portent encore puissamment le caractère de l’architecture à ogive primitive. Les quatre travées occidentales de la nef, et le bas de la tour, jusqu’à la naissance de la partie octogone, datent du milieu du XIIIe siècle et du règne de Conrad 1er, qui gouverna de 1236 à 1272. C’est ce que nous prouve, indépendamment de l’architecture elle-même, l’inscription de la grosse cloche principale, fondue en l'année 1258, et mise en place sans doute bientôt après. Yoici l’inscription qu’ou lit sur cette cloche :

Anno Domini mcclviii. xv. Klas. Augusti structa est campana. O Rex Glorie. Veni cum page. Me

RESONANTE PIA POPULO SUGCURRE MARIA.

Pour décrire la tour d une manière facile et claire, nous la diviserons en deux parties distinctes : 1° la partie carrée du bas , et T la partie octogone du haut. Ces deux parties se subdiviseront ensuite en plusieurs étages. Nous citerons d’abord, comme principal ornement extérieur de la grande division carrée du bas, le portail

O Voyez Plans, coupes, élévations et détails de la cathédrale de Noyon , par D. Ramée. 1846 , in-folio. — Histoire de l’architecture en France, etc., par le même. Paris, chez Frank, 69, rue Richelieu (vignette de la page 65).

— ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE FRIBOURG

extérieur , composé de six colonnettes de chaque côté , avec chapiteaux élégants , et couronné d’une archivolte à ogive formée delà continuation des colonnettes qui viennent se rencontrer sur l’axe du milieu, et former ainsi l’arc à tiers points. Cet ensemble est surmonté d’un fronton isocèle, ayant sur chacun de ses côtés rampants des touffes de feuillage, et couronné à son sommet d’un magnifique pompon formant la croix. Dans ce fronton et au-dessus de l’archivolte l’on voit six statues en ronde bosse ; deux d’entre elles sont placées dans une sorte de niche ou encadrement formé de deux montants couronnés d’une ogive ; le tout est supporté par quatre consoles. A gauche, en haut , est la vierge Marie les mains jointes; à droite, Jésus-Christ son fils, la main droite levée et donnant la bénédiction. Au-dessus de ces deux figures principales , l’artiste a placé deux anges tenant des encensoirs ; plus haut, deux autres anges, moins grands que ces derniers, soutiennent une couronne. Cette composition représente, sans nul doute, l’assomption de la sainte Vierge. Sa place est on ne peut mieux choisie, au-dessus de la grande porte d’entrée principale; l’église est sous l’invocation de la mère de Dieu , et appelée Notre-Dame. Aux deux côtés , et plus bas que les deux figures principales dont nous venons de parler, nous voyons deux autres figures placées sur des consoles spéciales. Les deux de l’intérieur représentent des anges , les deux autres du bas deux femmes couronnées , dont l’une tient un livre.

Après avoir franchi cette grande arcade ou première porte , on entre dans le porche , formé par les quatre murs de la tour. C’est dans ce porche que se trouvent le portail principal et la grande porte d’entrée du monument. Sur trois gradins de pierre s’élèvent , contre les parois intérieures de gauche et de droite , vingt arcades à ogive lâchement ornées de sculptures surmontées de frontons aigus, entre lesquels l’on voit vingt-huit figures en pierre de lm,25 de hauteur. Deux autres arcades semblables existent également sur les petites faces de l’ouest, de chaque côté de la grande arcade décrite d’abord. Ces statues représentant des personnages de l’Écriture sainte, placées sur des colonnes soutenues par des chimères et des monstres de toutes les espèces , sont couronnées d’un riche baldaquin à trois frontons et à pyramide. A droite en entrant, l’on voit les cinq vierges folles avec leurs lampes renversées : elles expriment un sentiment de regret et de tristesse. A leur côté sont les sept arts libéraux avec leurs attributs, la grammaire avec une verge à la main et des enfants à ses pieds , l u rithmétique additionnant avec ses doigts , la géométrie avec une équerre et un compas , la musique avec une cloche, etc. , etc. ; ensuite sainte Marguerite et sainte Catherine. De l’autre côté, à gauche , l’on voit le fiancé avec les cinq vierges sages élevant leurs lampes et exprimant la joie. Auprès d’elles l’artiste a placé sainte Madeleine tenant la cassolette renfermant le parfum , Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac , saint Jean-Baptiste tenant dans sa main droite l’agneau , le symbole de l’innocence ; Marie , mère de saint Jacques mineur , et sœur de la vierge Marie ; le grand prêtre Aaron avec l’cnccnaoir et le livre Hp. la loi ; un ange tenant un phylactère ou banderole, et enfin le vice personnifié avec les inscriptions de Voluptas et Calumnia. De chaque côté de l’entrée , et tournée vers le spectateur qui entre dans le temple, il existe une petite figure d’ange tenant une banderole. Sur l’une on lit f^igilate et orale , sur l’autre Nolite exire.

Toute la face orientale de ce beau porche, qui a llm,00 de largeur sur 8“, 25 de profondeur, et 14“, 00 d’élévation, est ornée de la manière la plus riche de statues et de détails d’architecture et de sculpture. La voussure de la grande porte du fond est formée par quatre arcades à ogive en retraite les unes sur les autres, et qui contiennent de chaque côté trente-quatre figures, et quatre figures formant clef de voûte. Chaque pied-droit de la porte nous offre sous la naissance de l’ogive quatre grandes statues de 1“,50 d’élévation. La première, à droite, représente une femme couronnée, les yeux bandés, tenant d’une main un sceptre brisé, et de l’autre les tables de la loi renversées, personnification de la religion juive ou de la synagogue. Ensuite vient un groupe de deux figures représentant la visite de Marie à sa cousine Élisabeth. La troisième figure est la vierge Marie , la quatrième l’ange de la salutation , tenant une banderole sur laquelle on lit : Ave Maria , gratia plena. A gauche , de l’autre côté, la première statue représente la religion chrétienne , sous la figure d’une femme élégante et gracieuse, le chef couronné, et tenant à la main droite l’étendard de la victoire. La main gauche est brisée : elle tenait sans doute le calice et l’hostie. Les trois autres figures de ce côté sont les rois mages, que la tradition nomme Gaspard, Balthasar et Melchior. Toutes ces figures sont placées sur des colonnettes à chapiteaux élégants, surmontées elles-mêmes d’une sorte de consoles formées d’un groupe de figures et ornées de frontons. Ces groupes représentent des scènes tirées du martyre de plusieurs saints.

Au-dessus de ces grandes figures principales s’en élèvent soixante autres, trente de chaque côté de la voussure. La première rangée extérieure, composée de dix-huit statuettes (hautes d’environ Om,75), contient les patriarches ; à gauche est Ève, à droite est Adam. La seconde rangée, formée de seize figures, contient les

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

rois de la famille de Jésus-Christ. La troisième, où l’on voit quatorze statuettes, contient les prophètes ; la quatrième, enfin, composée de douze figures, contient des anges.

La porte d'entrée, de 6-, 25 de hauteur et de 4m,70 de largeur, est divisée en deux parties par un pilier élégant de forme carrée oblongue, contre lequel sont appliquées trois fines colonnettes qui supportent la statue de la Vierge avec l’enfant Jésus sur le bras gauche. Le grand tympan du fronton à côtés curvilignes au-dessus de la porte, est divisé en trois zones ou champs horizontaux, couverts de figures en bas-relief. Là, nous voyons toute la vie de Notre-Seigneur, depuis sa naissance jusqu’à son ascension. Dans le champ du bas et vers le centre, l’artiste a placé la vierge Marie dans un lit drapé et tenant dans ses mains l’enfant nouveau-né : saint Joseph se tient assis au pied du lit. Les bergers viennent adorer le Messie. A la tète du lit s’approche un prêtre tenant un ciboire. Au-dessus de la Vierge, vers ses pieds, l’on aperçoit une tète de bœuf et de mouton. Dans l’angle à droite, la naissance du Messie est annoncée aux bergers. Des brebis paissent au pied d’un arbre, et des chèvres en mangent les feuillages. Le berger tient son chien en laisse, et l’ange lui annonce la venue au monde de l’oint du Seigneur. Au-dessus du centre du vantail de gauche, nous voyons Jésus-Christ fait prisonnier par les soldats au mont des Oliviers. Entre cette dernière composition et la naissance, l’on voit le Christ flagellé. Dans l'angle, à gauche de ce premier champ, l’artiste a placé Judas pendu à un arbre. Aux deux extrémités de ce bas-relief, il y a deux anges avec d’énormes trompes, qui appellent les hommes au jugement dernier. Au-dessus de ces diverses compositions, et dans le même champ, l’on voit la résurrection des morts qui sortent de leurs tombeaux : d’un côté (à la droite du Christ dont il sera question plus bas), les justes, gardés et secourus par un ange, tenant une balance avec laquelle il a pesé leurs actions; à gauche, à quelque distance de l’ange, est le diable sous une figure hideuse, et qui grince les dents eu regardant les justes. Viennent ensuite les méchants et les damnés, sortant également de leur tombeau. Le démon a les mains jointes et semble prier. C’est ce que la tradition a nommé l'exemple de N. D. de Fribourg, qui enseigne que le diable même a adoré le Seigneur. Ce premier champ est terminé par une rangée de petites arcades à ogive, ornées chacune d’un trois-feuilles.

Dans le second champ, ou champ du milieu, l’on voit au centre Jésus-Christ sur la croix, les pieds posés sur une tète de mort. A sa droite sont placés la vierge Marie et l’apôtre saint Jean. Viennent ensuite des prélats, des rois et des reines, les mains levées et exprimant la joie et le bonheur. A la gauche du Christ est le centenier romain montrant le Sauveur à un de ses soldats, et lui disant : Certainement, cet homme était juste ; c’était le fils de Dieu (*). Ensuite l’on voit sur le même niveau les méchants et les damnés, hommes, femmes, prêtres et Iniques, et rois, entraînés aux enfers par le diable, qui semble les précipiter dans la gueule d’un monstre horrible. Au-dessus du Christ crucifié, est le nid du pélican qui nourrit ses petits avec son sang. De chaque côté du pélican sont assis les apôtres, séparés horizontalement des bons et des méchants par une étendue de nuages. Une seconde rangée d’arcades à ogive, plus riche que la première du bas, sépare le second du troisième champ, au centre duquel nous apercevons le Christ glorifié, assis sur un trône, ayant à sa droite sa mère, Marie, agenouillée, et à sa gauche saint Joseph dans la même attitude. A droite et à gauche sont deux anges : le premier tient la croix, le second les clous. Plus haut, au-dessus de la Vierge et de saint Joseph, sont deux autres anges; l’un tient la couronne d’épines, et l’autre l’éponge de la passion. Dans les deux angles du bas de ce troisième champ, sont deux anges, entonnant la gloire du Christ avec d’énormes trompettes.

Quatre cordons divisent la partie carrée de notre tour en cinq différents étages. Dans le centre des trois côtés isolés du quatrième étage, est pratiquée une fenêtre sans encadrement , d’une grande simplicité, et de 9m,10 d’élévation. Ces trois fenêtres éclairent une chapelle supérieure et dédiée à saint Michel : elle a vue dans l’intérieur de la nef par une grande arcade à ogive ornée d’une balustrade, et de 6m,85 de largeur sur 1 lœ,45 d'élévation. Au centre de cette chapelle, se trouve une ouverture circulaire de lm,75 de diamètre, et qui traverse la voûte du porche. L’autel, placé ici primitivement et dédié à l’archange saint Michel, n’y existe plus, et maintenant ce lieu sert de magasin : on y monte par deux petits escaliers à vis, auxquels on entre par l’extrémité occidentale des collatéraux. En ayant monté cent quarante-neuf marches par l’escalier du sud, on arrive au-dessus de la voûte de l’ancienne chapelle de Saint-Michel, et au pied du beffroi supportant les clochas. Ce beffroi est d’ordinaire dans toutes les églises un assemblage de charpente posant sur une base solide, et dans sa hauteur tout à fait inad héraut à la maçonnerie : il en est isolé.

O Évangile selon saint Luc, ch.XXlIÎ, v. 47.

— ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE FRIBOURG

A une hauteur de 20m,25, la tour prend la forme de l’octogone. A 3 mètres environ plus haut, est placée la balustrade qui sert à masquer ou à dissimuler le passage du carré à l’octogone. L’on compte 39m,23 d’élévation de la dalle du porche jusqu’à celle de la plate-forme ou galerie du pied de l’octogone; de là, à la naissance de la pyramide, 34m,50. Cette dernière a 51m, 78 d’élévation, le pompon de couronnement compris. Nous avons dit plus haut que la tour de Fribourg avait 125m,51 d’élévation : celle de Strasbourg a 136m,95. Cette dernière est donc de 1 lm,44 plus élevée que celle dont nous faisons en ce moment la description.

La galerie, ou plutôt cette partie de la tour qui en reproduit fidèlement le périmètre, présente une figure à douze pans, qui réunit en elle à la fois le carré du bas et l’octogone du haut. Par cette ingénieuse disposition, par cette savante combinaison, la transition du carré à l’octogone est ménagée d’une manière peu sensible, et prouve le génie supérieur de l’architecte. Quatre grands angles aigus, dont le sommet est superposé à ceux de la partie carrée, et qui, en se prolongeant jusqu’à la partie octogone de la tour, laissent subsister et rappellent encore la forme carrée du bas. Ces sortes d’avant-corps ou de contre-forts, ornés de niches et de clochetons, servent en outre, tous les quatre, à consolider l’octogone, et ils semblent, en même temps, destinés à marquer la transition du carré à l’octogone.

Le changement delà forme extérieure delà tour ne se reproduit pas immédiatement à sa naissance dans l’intérieur. Cette transition intérieure n’a lieu qu’à une élévation de 14 mètres au-dessus de la galerie extérieure. Alors aussi, les quatre parties triangulaires que nous avons assimilées à des contre-forts, s’isolent de la masse octogonale, se convertissent en un massif hexagonal et forment un clocheton qui se termine par un couronnement toujours de plus en plus aigu, formé par une agrégation de petits clochetons et de pyramides.

Au-dessus de la galerie dont nous avons parlé, l’on voit le logement du gardien, et plus haut sont placées neuf cloches dont le son s’échappe par les grandes baies à doubles meneaux de l’octogone. La plus ancienne de ces cloches est de l’année 1258. Les autres datent des années 1281, 1300, 1570, etc., etc. L’escalier à vis qui conduit dans cette admirable tour est placé sur sa face orientale. Au-dessus de l’emplacement des cloches est une voûte : au-dessus Belle est ce qu’on nomme la plate-forme, qui est au niveau du pied des huit grandes fenêtres supérieures de l’octogone; elle est plus haute au centre que sur ses côtés, afin de laisser facilement écouler les eaux pluviales; elle se trouve à une élévation de 58 mètres du sol. De ce point, on ne peut examiner sans étonnement la hardiesse de la construction gigantesque de l’octogone et de la pyramide ; car l’œil peut apercevoir sans interruption le sommet de cette aiguille surprenante.

De la plate- forme l’on monte soixante-dix marches pour arriver à la galerie supérieure, qui termine et couronne la partie perpendiculaire de notre tour. Là commence la pyramide, dont, le périmètre a 37m,60, et la hauteur 46ra,70. Elle est divisée en huit étages; les sept du bas sont ornés de meneaux droits et circulaires formant des roses, des ogives, des carrés, des trois-feuilles, des quatre-feuilles, etc., etc. Le compartiment supérieur est vide , et forme un triangle isocèle très-aigu. L’exécution robuste et peu soignée même de cette partie n’est pas due à des mains inhabiles : elle a été laissée telle, afin de la mettre en harmonie avec le reste de l’édifice, et produire ainsi un ensemble complet et homogène.

Les statues placées dans les niches sur les contre-forts au bas de la tour ont une signification historique. La rangée inférieure semble représenter quatre ducs de Fribourg. Ils portent un costume fort simple, ont une attitude de noblesse et de fierté, la main placée sur le cœur, où l’on voit un écusson triangulaire, dans lequel est un aigle essorant. La seconde rangée nous offre les statues de deux femmes couronnées, ayant chacune un sceptre ; celle de gauche, sur la façade occidentale, tient en outre un calice. Selon M. Schreiber, ces figures représentent les deux sœurs du duc Berthold V, la duchesse Agnès, femme du comte Égon, seigneur de Fribourg, qui contribua puissamment à l’édification de l’église, et l’autre, la femme d’Ulric de Kybourg, grandpère de l’empereur Rodolphe de Habsbourg. Sur le même niveau que ces deux statues de femmes, à droite et à gauche, l’on voit un chevalier armé de toutes pièces, ayant chacun un écusson, mais sans armoiries, qui étaient sans doute peintes. M. Schreiber pense encore que ces deux statues pourraient bien représenter les comtes d Urach et de Kybourg, maris des deux princesses dont nous avons parlé plus haut. Dans la troisième rangée, sous la première galerie, nous voyons les statues de la vierge Marie, à gauche, adorée par plusieurs petites figures, représentant des personnages de toutes conditions. A droite, sur la même ligne que la Vierge, est placé un évêque, que l’on présume être l’évêque Bodolphe ; sur les contre-forts latéraux, nous voyous les statues de Conrad, père de l’évêque Rodolphe, et son frère Berthold IV, tous denx ducs de Zæhringen. Sur la face méridionale, et toujours dans la même et troisième rangée, sont placées les statues de sainte Catherine et de l’archange saint Michel, au midi. Au nord, sur l'autre face, l’on voit, pour leur faire

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

pendant, les statues de deux religieux, de l’ordre des frères Prêcheurs. Plus haut enfin, contre la partie hexagonale de ce que nous avons nommé les contre-forts de l’octogone, il y a douze statues d’hommes, représentant les pères de l’Église et les personnages célèbres des premiers temps du christianisme.

Lorsque l’on étudie attentivement la belle tour de la cathédrale de Fribourg dans son ensemble et dans ses détails, il est impossible de ne pas lui reconnaître une supériorité incontestable sur tous les monuments d’architecture du même genre, sans même en excepter les tours de Saint-Étienne de Vienne en Autriche, de N.-D. de Strasbourg et de la cathédrale d’Anvers. Très-simple d’abord à sa base, sa richesse ne se développe qu’insensiblement, à mesure que l’œil suit l’élévation extraordinaire de cette création hardie, noble et majestueuse. Toutes ses formes sont raisonnées avec une science profonde d’optique et de perspective. Chaque partie est habilement calculée pour la place qu elle occupe; aucune d’elles n’est le produit du hasard ou du caprice. Toutes sont disposées de manière à produire un ensemble complet et harmonieux. Elles offrent à la raison et à la vue une solidité prodigieuse et une force qu’on ne rencontre que rarement dans ce genre de monuments, où le plus souvent une imagination capricieuse et trop fréquemment déréglée a empreint son influence.

C’est que la tour de Fribourg appartient à une grande époque de synthèse, à une période dans l’histoire du genre humain, où toutes choses avaient une grandeur, une noblesse et une élévation qui ne se rencontrent que dans les temps où la foi religieuse domine tous les sentiments, et où elle inspire l’essence des plus puissantes créations. Car chaque fois que la religion a été le plus vif sentiment du cœur de l'homme, chaque fois qu’elle l’a pénétré du plus ardent amour pour elle, le génie de l’homme s’est mis aussi entièrement à son service, et alors il a produit les plus colossales, comme les plus sublimes créations. Témoin les temples anciens de l’Inde, les sanctuaires de l’Égypte, l’ordre dorique des Grecs et nos grandes cathédrales chrétiennes, enfin!

L’époque de la construction de notre belle tour est aussi celle d’une ère nouvelle pour l’art et pour l’architecture plus particulièrement : au XIIIe siècle, il est entré dans sa phase séculière et nationale pour se débarrasser en même temps de tout ce qui avait été conservé d’antique pendant les temps antérieurs. L’origine, ce signe caractéristique de la grande renaissance de l’architecture au XIIIe siècle, fit, comme l’on sait, oublier le plein cintre; son apparition créa un système complet d’architecture, dont les détails, parfaitement homogènes entre eux, concoururent à former un style qui est l’expression la plus parfaite et la plus développée de l’imposante sévérité, de l’élévation sublime, ainsi que de la divinité de la religion chrétienne. La tour de Fribourg est un des types de ce style.

Si certains monuments antiques ne manquent pas de grandeur, si quelques esprits imbus de préjugés d'école semblent vouloir même les opposer ou les mettre en parallèle avec nos édifices religieux du moyen âge, qu’il nous soit permis pour toute réponse d’émettre ici cette simple remarque : La tour de la cathédrale de Fribourg a 125m,51 d’élévation, 16"‘,00 seulement de largeur à sa base, et elle est enlièremenl creuse. La grande pyramide de Chéops, à Ghizé, a I39m,ll d’élévation ; mais sa base a en tout sens 232m,74 et elle est enlièremenl massive , sauf d’étroits couloirs qui la pénètrent en sens divers.

Nous laissons à des juges impartiaux à décider laquelle des deux œuvres est la plus merveilleuse, sous le rapport de la conception et de l’exécution matérielle ! Le simple rapprochement que nous venons de faire, indique assez dans lequel des deux monuments se trouve la supériorité. Il sera facile de comprendre pour quelle raison nous nous abstenons de parler du goût et des détails employés dans nos deux édifices.

En quittant la belle et majestueuse tour, rentrons maintenant dans l’église elle-même. La nef, de 1 1 m ,50 de largeur du centre d’un pilier à l’autre, quoique simple et nue même, est cependant d’un aspect imposant. Elle est formée de six arcades à ogive , reposant sur des piliers d’apparence carrée , placés en quinconce, et composés de quatre grosses colonnes d’angle et douze fines colonnettes intermédiaires ou de remplissage. Leur piédestal a peu de hauteur et semble écrasé : il n’a que 0,n,36 d’élévation. La nef n’a point de triforium; en son lieu, l’on voit un grand plein de mur, s’élevant depuis le sommet des arcades jusqu’à la naissance des fenêtres de la claire-voie. Cette disposition rappelle celle des cathédrales d’Ulm, de Magdebourg, de Halberstadt et autres, disposition qui domine plus en Allemagne que partout ailleurs, et qui est sans doute une sorte de réminiscence de la basilique romaine. De simples voûtes d’arête s’élèvent avec légèreté sur cinq colonnettes qui filent du bas en haut, dans une élévation de 20 mètres; elles ne sont interrompues qu’à une hauteur de 2m,80 du sol par une console supportaut une statuette de lm,90 de longueur (*), couronnée d’un riche baldaquin, haut de 2 mètres. Ces petites statues, accolées aux piliers, nous rappellent celles de la cathédrale de

(*) Les statues des six piliers du nord et des six du midi représentent les douze Apôtres.

— ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE FRIBOURG

Cologne et de notre Saint-Ouen de Rouen. Quant aux collatéraux ou bas côtés de la nef, ce qui nous y frappe surtout, c’est cette suite d’élégantes arcades du rez-de-chaussée, appliquées contre le mur extérieur, et couronnées d’une magnifique balustrade, au-dessus de laquelle s’élèvent les beiies fenêtres d’une si gracieuse et élégante proportion.

Le chœur est encore plus simple que la nef; et quoique la première pierre en ait été posée en 1354 , cette partie du monument est cependant entièrement dans le style flamboyant, parce qu’elle n’a été continuée et achevée que vers la fin du XVe siècle. L’intérieur de ce chœur nous semble de fort mauvais goût; l’extérieur est infiniment plus élégant et plus riche. L’abside se termine à trois pans, formés de l’hexagone. Six chapelles à quatre pans rayonnent autour du chœur. Il y a quatre chapelles sur la face septentrionale du collatéral nord du chœur : il en existe bien une cinquième, qui est la plus occidentale, mais on y entre par le transsept du nord. 11 y en a seulement trois du côté méridional de l’église, la sacristie prenant la place de deux chapelles.

Il nous reste maintenant à parler de quelques monuments sépulcraux et de plusieurs œuvres de sculpture que renferme l’église de Fribourg. Nous mentionnerons d’abord une sépulture du Christ, dont la figure est d’une assez belle exécution, ainsi que les figures accessoires qui l’accompagnent. Cette sculpture date de la seconde moitié du XVIe siècle, et elle est peut-être l’œuvre de maître George Kempf, qui exécuta aussi le Christ aux oliviers, en 1558, dans la même église. Cette sépulture se trouve à droite dans la dernière travée orientale du collatéral du midi, dont elle est séparée par quatre arcades à ogive, surmontées de frontons fort aigus , entre lesquels s’élèvent des dais ou supports de forme prismatique, surmontés de statues.

L’autel de la Vierge, qui est à gauche de ce monument, est une œuvre moderne (*). Il a été exécuté en 1 829 par M. Glænz, sculpteur d’ornements.

A côté de la sépulture du Christ, l’on voit le monument du duc Berthold V. Il se compose d’une statue colossale du duc, de 2m,25 de hauteur. Le prince est entièrement habillé d’une cotte de mailles, et porte une tunique à manches courtes; elle descend jusqu’à 0m,t5 au-dessus des genoux. Il a les mains jointes pour la prière et les deux pieds posés symétriquement sur un lion. Les genouillères représentent du fer battu. Le baudrier, formant un nœud élégant sur le milieu du corps, supporte à gauche une forte épée, à droite la miséricorde, attachées toutes deux par de petites chaînes fixées sur le sein de droite. Le casque est très-simple, et n’est point orné de couronne ducale ni de lambrequins. Berthold V mourut en 1218. Nous ne pensons pas que sa statue, dans l’église de Fribourg, soit, de l’époque de sa mort ; elle n’est même pas du XIIIe siècle. Le costume que nous venons de décrire appartient au siècle suivant, et il a une parfaite ressemblance avec celui du duc Jean de Falckenstein, dans l’église abbatiale d’Àrnsbourg, dans la Hesse supérieure. Le chevalier Jean de Falckenstein mourut en l’année 1365. La statue de Berthold était couchée sur une grande pierre jusqu’en 1513, époque où cette pierre fut utilisée pour le maître-autel. Elle portait l’inscription suivante (**) :

DUM BIS SEXCENTIS TER SHNIS JUNCITUR ANNCS

In Friberg moritur Bescbtholdes dex Alemannes.

La chaire de notre église est un ouvrage exécuté par George Kempf de Rheineck en 1561. Sa date indique déjà assez le caractère de son style, qui est la dernière expression de l’extravagance de l’architecture à ogive. Loin d’être d’un aussi bon goût que celle de la cathédrale de Strasbourg, exécutée en 1487 par Jean Hammerer, elle est cependant supérieure à la chaire de Freiberg en Saxe. La chaire de l’église de Fribourg en Brisgau a une grande analogie avec celle de Fribourg en Suisse. La dernière cependant est préférable. Elle est à six pans, ornés de clochetons et de frontons curvilignes, supportée par un pied formé de branches d’arbre, entrelacées, sorte d’ornementation reproduite avec une prodigalité tout extraordinaire au portail de l’église abbatiale de Chemnitz. Comme à Saint-Étienne de Vienne, l’artiste a sculpté son buste au pied de la chaire. Si l’on ne connaissait pas la date du monument, on l’apprendrait par le costume du sculpteur. Il porte la petite toque, la fraise et les grosses manches à crevets des règnes de Ferdinand 1er et de Maximilien II. Dans sa main gauche, il tient un ciseau, dans la droite un maillet. En dessous de cette figure est l’inscription suivante :

Dei imm. auspicio et ingenii sui indmtria Georgius Kempf ex Rhineck faciebat. A. Sal. 1561.

(*) Voyez la planche 320 du Moyen âge monumental et archéologique.

(**) Simler Histor. Zar. Bad. Tom. I, p. 1G0.

— BIBLIOGRAPHIE

l’ Geschichte und Beschreibung des Munsters zu Freiburg im Breisgau, von Prof essor Heinrich Schreiber. Freiburg im Breisgau , 1820. 1 vol. in-8° avec un plan.

2'’ Denkmàlcr der deutschen Baukunst dargestellt von G. Moller. Darmstadt, 1815 à 1822. 2 vol. in-folio, 2e édition, 1836.

3° Das Munster zu Freiburg im Breisgau , von Dr Heinrich Schreiber. Karlsruhe et Fribourg, 1826. 1 vol. in-8°, atlas de 13 planches in-folio.

40 Führer durch die erzbischô/liche Dotn und Münsterkirche zu Freiburg im Breisgau. Fine kurze Darstellung des Merkwürdigsten in und an derselben, von Dr J. N. Millier. Freiburg im Breisgau, 1839. 1 vol. in-16, avec plan et vue intérieure.

5° Kunstwerke und Künsller in Baiern , Schwaben, Bascl, dem

Elsass und der Rheinpfalz, von Dr G. F. Waagen. Leipzig, 1845. 1 vol. in-8°.

G0 Iland Book for Travellers on the Continent being a guide through Holland, Belgium, Prussia and northern Germany and along the Rliine frorn Holland to Switzerland. 5th. édition. London, John Murray, 1845. 1 vol. in-8°.

7° Zurich und die wichtigsten Stadte am Rliein mit Bezug auf aile und neue Werke der Architektur, Sculplur und Malerei citarakterisirt von Wilhelm Füssli. Zweite Ausgabe. Leipzig, 1816. 2 vol. in-8°.

8° Chronologie der deutsch-mitlelalterlichcn Baukunst in geometrischen Zeiclmungen mit kurzer Erlàuterung von Gcorg Gottfried Kallenbach. Munich, 1*846, in-folio.

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CATHÉDRALE DE COLOGNE

C’était au milieu du Xe siècle et dans la ville de Cologne ; depuis plusieurs heures un homme était assis sur 4e bord du fleuve qui coule majestueusement au pied de ces rem parts que soixante ans plus tôt avait érigés Philippe de Heinsberg, et depuis plusiéurs heures son front pensif ne s’était pas relevé. Cet homme, c’était le premier maître d œuvre du temps; trois siècles plus tard on l’eût appelé le prince des architectes. L’archevêque de Cologne lui avait dit: Maître, il faut élever ici une cathédrale qui l’emporte en grandeur et en magnificence sur tous les monuments du monde. L’artiste avait répondu: Je le ferai ; et maintenant il pensait aux moyens de tenir une promesse dont il était effrayé lui-même ; maintenant, il cherchait le plan merveilleux qui devait illustrer sa patrie et immortaliser son nom; mais rien ne se présentait à son esprit qui lui parût réaliser ce prodige, qu’il concevait et ne pouvait enfanter.

Un vieillard inconnu était venu s’asseoir près de lui, et, le regardant d’un air moqueur, semblait jouir de sa peine, applaudir à son désespoir ; de temps en temps , il faisait entendre une petite toux sèche, et quand il était parvenu à attirer l’attention de l’artiste , d’une baguette qu’il tenait à la main , il traçait rapidement sur le sable des lignes qui s’effacaient aussitôt. Ces lignes, c’était ce plan qui toujours lui échappait, et dont même alors il ne pouvait saisir la fugitive image. Tu voudrais bien avoir ce plan? lui dit l’inconnu. — Je le payerais de tout ce que je possède. — Je n’exige pas tant. Le monument que tu élèveras sera l’envie et le désespoir éternels de tous tes successeurs, l’admiration des siècles à venir, et ton nom, brillant entre tous , passera à la postérité la plus reculée. Ta vie sera longue; tu la passeras dans la gloire, les richesses, les plaisirs... Pour tout cela, je ne demande que ton âme , quand le terme de ta vie sera arrivé. — Vade rétro Satano.s ! s’écria l’artiste épouvanté. Mieux vaut le néant de l’oubli que la damnation éternelle. — Patience, dit Satan, réfléchis, nous nous reverrons, et il disparut. Le maître d’œuvre rentra dans son humble demeure, plus sombre, plus rêveur encore qu'il n’en était sorti ; il ne put fermer l’œil de la nuit. La gloire, les richesses, les plaisirs pour de longues années, et tout cela pour un mot! Eu vain s’efforçait-il de secouer cette tentation fatale ; à chaque instant, à chaque pas il rencontrait le tentateur qui lui montrait le plan insaisissable ; il succomba.

Demain à minuit, dit Satan, trouve-toi à cette place, je t’apporterai le plan et le pacte que tu devras signer. L artiste remonta dans la ville , partagé entre les remords et les rêves d’orgueil et d’ambition. Les remords l’emportèrent, et , avant l’heure du rendez-vous, il avait tout confié à son confesseur. Ce serait , pensa celrnci, uu coup de maître de tromper Satan lui-même, et de lui arracher le fameux plan, sans le payer au prix d’une âme, et il traça à l’artiste la conduite qu’il devait tenir. A l’heure convenue, les deux parties étaient eu présence. Voici, dit Satan, voici le plan et le pacte; prends et signe. Prompt comme l’éclair, le maître d’œuvre saisit le plan d’une main, et de l’autre il brandit un morceau do la wnic croix que lui avait confié lé rusé confesseur. Je suis vaincu, s’écria Satan, mais tu tireras peu de profit de ta trahison. Ton nom restera inconnu, et ton œuvre à jamais inachevée.

Telle est la légende de la cathédrale de Cologne ; si nous l’avons reproduite ici, c’est quelle nous a paru donner la mesure de l’admiration du moyen âge pour ce plan qu elle ne pouvait croire l’ouvrage du génie humain , c’est que depuis six siècles la sinistre prédiction de Satan ne paraissait que trop devoir s’accomplir en tous points; nous verrons bientôt ce qu’il nous est permis d’espérer aujourd’hui.

A l’extrémité N.-E. delà place élevée qu’occupait l’ancienne colonia Agrippina , aux lieux où de nos jours le chœur de la cathédrale dresse ses magnifiques pinacles, existait dans les temps les plus reculés un Castellum romain. Plus tard, celui-ci fut remplacé par un palais des rois francs, dont Charlemagne fit don à son chancelier et confesseur Hildebold.

Voici ce que la chronique de Cologne rapporte à ce sujet : Les chanoines et les bourgeois de Cologne ne pouvaient s’accorder sur lechoix d’un nouvel évêque; Charlemagne, pour vider ce différend, partit d’ Aix-la-Chapelle. Comme il se livrait en route à l’exercice de la chasse, non loin de la ville de Cologne, la clochette d’uu village l’invita à la prière. 11 entra, entendit la messe, et offrit un florin sur l’autel. Le prêtre rendit le florin au chasseur inconnu, et le pria de lui envoyer plutôt quelques peaux de chevreuil pour recouvrir ses livres d’église. La conduite de ce prêtre plut à l’empereur, et pour mettre d’accord les chanoines et les bourgeois, il conféra la dignité d’évêque à ce simple pasteur, qui se montra toujours digne de sa confiance et de son amitié. Cet évêque, c’était Hildebold, qui résolut en 816 et 81 7 de bâtir une nouvelle église tout près de son palais, là où s’élève maintenant la cathédrale. Charlemagne ayant doté richement l’église de Cologne ainsi que son chef, et leur ayant fait des legs considérables par son testament , on ne manquait pas de moyens de réaliser ce projet. Hildebold cependant n’en vit pas l’accomplissement; il mourut en 819, et fut inhumé dans l’église de

— STYLE ORIGINAL DE L’OCCIDENT

Saiot-Gereon, où l'on peut encore lire l’inscription gravée sur son tombeau. Ce ne fut que sous son troisième successeur que la nouvelle église, le Munster de Saint-Pierre, fut finie et consacrée, le 27 septembre 873. Lors de la dévastation de Cologne par lesdYormands dans ce même siècle , la cathédrale paraît avoir été épargnée. Considéré sous le rapport artistique , ce monument aura sans doute été d’une assez haute valeur, car on sait que plusieurs églises de l’Allemagne septentrionale furent construites sur son modèle; cependant les tours n’en étaient que de bois.

La cathédrale de Cologne était un des sièges les plus anciens du christianisme en Allemagne : elle comptait dans sou ressort la capitale de l’empire de Charlemagne, la ville du couronnement des empereurs. Dans le XIIe siècle , Frédéric Barberousse l’enrichit d’un de ces trésors sacrés qui dans les temps de foi remuaient les populations entières, et faisaient naître les gigantesques entreprises qui semblent si incroyables à notre époque positive et sceptique. Tous les regards étaient alors tournés vers la Terre sainte, et les pèlerins de l’Allemagne et même des contrées éloignées, avant d’entreprendre ce périlleux voyage, venaient par milliers aux tombeaux des Mages, prier Dieu de leur accorder une étoile qui les conduisit comme eux, non plus au berceau, mais au sépulcre du Sauveur. La cathédrale de Cologne vit encore augmenter sa célébrité et sa richesse par l’usage qu'avaient, les empereurs de la visiter avant et après leur couronnement. Ainsi, dès le moment où elle fut en possession de ces saintes reliques, tout se réunit pour augmenter sa splendeur; les princes, les empereurs, les personnes pieuses de toutes les classes, s’empressèrent à l’envi de la combler de trésors. Alors dut naître naturellement l’idée d’ériger, à la place de l’ancienne cathédrale de Saint-Pierre, un monument plus magnifique, plus vaste, et qui répondit mieux à l’importance de sa destination. L’archevêque Angebert, comte d’Altena et de Berg, auquel Frédéric II conféra en 1220 la dignité de vicaire de l’empire, en conçut le premier projet ; mais, à peine âgé de quarante ans, il tomba sous les coups d’un assassin, son cousin, le comte de Ysembourg, en l’année 1225 de notre ère, et l’entreprise fut ajournée. Enfin, en 1248, un incendie ayant dévoré la cathédrale, sa reconstruction immédiate devint indispensable.

Le siège archiépiscopal de Cologne était alors occupé par Conrad de Hochsteden , homme d’un esprit hardi, élevé, entreprenant, et jouissant d’une influence jusqu’alors sans exemple en Allemagne. Il joua un grand rôle dans les dissensions qui suivirent la déposition de l’empereur Frédéric II par le pape Innocent IY ; il contribua successivement à l’élection des trois anti-empereurs Henri, Guillaume et Richard , et ce fut pendant qu’il aidait de tout son pouvoir Guillaume assiégeant Aix-la-Chapelle, qui refusait de le recevoir, qu’il posa solennellement la première pierre de la nouvelle cathédrale, le 1 4 août de la même année qui avait vu la destruction de l'ancienne. Après la cérémonie, à laquelle assistèrent l’empereur Guillaume, Henri, duc de Brabant, Gauthier, duc de Lirflbourg, Othon, comte de Gucldres, Adolphe, comte de Berg, Thierry, comte de Clèves, Jean d’Avesnes, comte de Hainaut, le cardinal Pierre Cappuccio, légat du pape, l’évêque de Liège , et une foule d’autres princes, barons et prélats, Conrad publia une bulle du pape qui accordait une indulgence d’un an et quarante jours à tous ceux qui concourraient d’une manière quelconque à l’érection et à l’ornement de la nouvelle cathédrale.

Aussitôt les présents affluèrent de toutes parts, et tous les princes de la chrétienté envoyèrent à l’envi leur offrande. Conrad lui-même, la ville de Cologne, alors riche et puissante, concoururent de tout leur pouvoir à la sainte entreprise : aussi , pendant les premières années , les travaux furent-ils poussés avec ardeur. Malheureusement des dissensions graves s’élevèrent entre l’archevêque et les habitants de la ville, et eurent bientôt une fâcheuse influence sur la continuation des travaux. Conrad de Hochsteden mourut eu 1261, et sous Angebert de Falkembourg, héritier de son rang et de son ambition, la lutte continuant entre la ville et l’archevêque, qui se relira à Bonn, fut également fatale à la construction de la cathédrale. Angebert mourut en 1275 ; dans les vingt-trois années qui suivirent, et pendant lesquelles Sigefroi de Westerbourg occupa le siège de Cologne , on n’eut que des moments d’une paix passagère, et même en 1288, la guerre se ranima plus ardente que jamais au sujet de la succession du comté de Limbourg. L’archevêque se trouva encore en cette occasion prendre parti contre la ville, et son protégé ayant eu le dessous, il se vengea de cet échec en lançant contre Cologne un anathème qui ne fut levéqu’après sa mort en 1298. Ces querelles intestines eurent la plus fâcheuse influence sur les travaux de la cathédrale, et les trésors amassés pour leur achèvement se trouvèrent dissipés dans des guerres aussi acharnées qu’infructueuses.

L’avénement au siège archiépiscopal de Wicbbold de Holte, successeur de Sigefroi, fut le commencement d’une nouvelle ère ; les dons affluèrent de nouveau ; une association particulière, qui se forma sous le nom de Confrérie de Saint-Pierre , s’engagea à fournir des subsides annuels, et les travaux furent poussés avec une telle ardeur, que, sous l’archevêque Henri de Virnenbourg, soixante-quatorze ans après la pose de la première

— CATHÉDRALE DE COLOGNE

pierre, le chœur put être consacré le 28 septembre 1322, jour de la fête de Saint-Côme et de Saint-Damien, et anniversaire de la dédicace de l’ancienne cathédrale qui avait été livrée au culte en 873.

Après l’achèvement du chœur, les travaux reprirent avec activité ; on éleva les colonnes du transsept jusqu’aux chapiteaux des bas côtés, et on posa la porte septentrionale. On travailla également à la nef, et surtout à l’érection d’une des deux énormes tours. Malheureusement l’activité des ouvriers fut bientôt paralysée de nouveau ; plus d’un fourbe avait abusé des collectes qu’on faisait pour subvenir aux frais de construction, et l’archevêque ïrédéric de Saarwerden se vit forcé d’annuler en 1370 toutes les lettres patentes délivrées pour cetobjet par ses prédécesseurs. Cette mesure détourna beaucoup de fidèles de faire de nouveaux dons; en outre, de temps à autre, on voyait se renouveler les différends et les guerres entre les archevêques, la ville et les princes voisins. Thierry de Moers, qui occupa le siège de Cologne de 1414 à 1463, épuisa les finances par des guerres continuelles; cependant ce fut sous ce prélat que la tour du sud fut conduite à la hauteur où nous la voyons aujourd’hui, et reçut les deux cloches, qui, ayant sans doute éprouvé quelque accident , furent refondues dix ans plus tard, et devinrent celles qui existent encore maintenant. C'est aussi de cette époque que datait la grue gigantesque qui, après avoir servi à monter les pierres de taille, était restée sur la tour jusqu a nos jours, et était devenue en quelque sorte l’enseigne de la ville. En 1816, cette grue menaçant ruine a été démolie; mais elle a été rétablie à neuf en 1819, à l’aide d’un legs de 18,000 rixdales fait à cet effet par M. de Klespe, ancien bourgmestre et sous-préfet sous l’empire. L’autre tour, celle du midi, en resta à ses premières assises. Pendant la dernière moitié du XVf siècle , la nef était arrivée à la hauteur des chapiteaux des bas côtés , et, au commencement du siècle suivant, on put couvrir de voûtes les bas côtés septentrionaux. A partir de ce moment, les travaux cessèrent entièrement, et tout portait à croire que cette œuvre magnifique resterait à jamais imparfaite.

Lorsque de nos jours le goût de l’étude des monuments du moyen âge vint sé joindre à l’enthousiasme exclusif qu’avaient excité jusqu’alors les œuvres des Grecs etdes Romains, les premiers regards se tournèrent vers la cathédrale de Cologne , et les premiers soins durent avoir pour but la conservation des parties commencées ou terminées. La pierre du Drachenfels qu’on avait employée à la maçonnerie étant parsemée de roche schisteuse, et l’oxydation des boulons de fer passés dans les joints des pierres, les attaquant à l’intérieur, l’édifice n’avait pu résister à l’influence destructive des vents et de l’humidité. Les chapiteaux, les balustrades, les gouttières, les statues, leurs niches, les pinacles, les arcs-boutants étaient déjà rongés , et les morceaux qui s’étaient détachés avaient causé aux toits et aux voûtes des dommages notables. Il est vrai que de temps en temps le chapitre métropolitain avait fait exécuter quelques travaux indispensables pendant le cours du XVIIIe siècle; mais l’entrée des armées françaises, jointe à l’émigration des chanoines, porta un coup fatal aux revenus de la cathédrale, [qui d’ailleurs pendant, plusieurs années servit alors de, magasin de fourrage. Lorsque, en 1802, après la suppression de tous les chapitres, elle devint simple église paroissiale, le trésor de la ville et la charité des paroissiens ne purent suffire aux dépenses les plus urgentes. Toutefois, Napoléon ordonna que le plomb des gouttières, qui avait été enlevé en 1796 et 1797, fût remplacé, et cette opération fut terminée en 1813. Quelques autres travaux furent aüssi exécutés sous la domination française, mais ils ne firent que retarder une chute qui devenait de plus en plus imminente.

Dès 1816, la basilique de Cologne attira l’attention du gouvernement prussien; l’illustre architecte Schinkel reçut l’ordre d’en examiner l’état, et sur son rapport, on travailla à réparer le toit, et on remplaça toutes les pièces pourries de la charpente. Mais ce travail même donna occasion de reconnaître que toute la construction était dans le plus triste état, et que, sans l’emploi de moyens énergiques, l’époque de la ruine totale de la cathédrale avançait à grands pas.

En 1821, M. Ahlert, inspecteur des bâtiments, fut chargé de faire un devis des frais que devaient entraîner les réparations urgentes, lesquelles furent exécutées sous la direction de cet architecte jusqu’à sa mort, arrivée le 10 mai 1833. Le 14 août de la même année, il fut remplacé par M. Zwirner, qui depuis lors conduit les travaux avec autant de zèle que de talent. Dès les années 1 824 et 1825, la couverture de plomb du chœur avait été renouvelée, et les réparations au mur du nord avaient commencé. Ces travaux furent continués avec un redoublement d’activité ; les vitraux menacés par la dégradation de ce mur furent de nouveau garantis, et, dans les années 1828 et 1829, ils furent entièrement restaurés par Guillaume Düssel, maître vitrier, aidé de ses deux fils. Les couvertures de plomb des basses nefs du nord, seules existantes, furent également refaites; le mur du pignon du chœur du côté du midi fut relevé presque à neuf; les meneaux, qui étaient en très-mauvais état, furent remplacés; en 1829 et 1830, les piliers butants et les contre-forts du midi furent reconstruits, et ainsi la conservation du chœur fut assurée.

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On s’occupa ensuite du nettoyage et delà restauration de l’intérieur du chœur ; on retrouva alors aux tympans des arcades de légères traces de 28 figures colossales d’anges, cachées depuis le dernier siècle sous une épaisse couche de badigeon ; on reconnut aussi des restes de l’ancienne peinture architecturale qui purent servir à guider dans les restaurations. Les peintures à fresque du cul-de-four et celles du mur provisoire de refend qui surmonte l’orgue, représentant le Christ entre les apôtres saint Pierre et saint Paul, ont été habilement restituées par le peintre Gustave Lesinsky ; on a également réparé les vitraux du chœur, et on en a garni les petites fenêtres ; enfin les principaux ornements de l’intérieur du chœur ont été débarrassés de la crasse séculaire qui les cachait aux regards , et rendus à leur splendeur première.

L'emploi de 300,000 thalers (1,125,000 fr.) à ces restaurations, et le rétablissement du siège archiépiscopal en 1825, conduisaient naturellement au désir de voir continuer et terminer l’édifice. Ce désir devint celui de la masse de la population, et fut enfin réalisé par le concours de différentes circonstances favorables, à la tète desquelles on doit placer l’avénement au trône du roi actuel, lequel fut suivi presque immédiatement de la restauration du chœur. Le 6 novembre 1841, Frédéric Guillaume lV accorda à cet effet un secours provisoire de 50,000 thalers, et le 8 décembre il approuva la formation d’un comité central pour l’achèvement de la cathédrale, lequel s’était constitué le 13 avril de la même année par un service solennel célébré dans la cathédrale même, en présence d’une foule innombrable. L’enthousiasme des Colonais, comme une étincelle électrique, fit tressaillir l’Allemagne entière, et bientôt il se forma dans toutes ses villes des sociétés pour venir en aide à la sainte entreprise. Le comité de Stuttgart, entre autres, donna une preuve immédiate de son zèle par l’envoi d’un bateau chargé de pierres de taille; le comité de Munich, sous la protection du roi de Bavière, ce prince si éclairé et si ami des arts, devint le centre de tous les petits comités formés dans ce royaume; enfin, un comité fut établi même à Paris, et se vit bientôt entouré du concours des hommes les plus éminents et par leur position et par leur goût éclairé pour les arts. Des quêtes pour l’achèvement de la cathédrale furent faites dans toutes les réunions ; des troncs dans le même but furent placés dans les hôtels fréquentés par les étrangers ; enfin le produit de la rétribution exigée pour la visite du trésor et de la chapelle des rois mages fut affecté à la même destination.

La première pierre des travaux d’achèvement a été posée solennellement en 1842 par le roi de Prusse, qui contribue chaque année pour une somme de 50,000 thalers (187,500 fr.). Depuis lors , les travaux ont avancé rapidement, surtout du côté du midi, qui était le moins avancé. De ce côté, l’ornementation du portail latéral qui forme l’extrémité du transsept est terminée, et les basses nefs ont presque atteint la hauteur de la naissance des voûtes. Enfin, pour le dire en passant, ce qui manque à l’entier achèvement de la cathédrale est loin d’être aussi important qu’on pourrait lo oroiro au prcmior coup d’œil ; lo chœur est entièrement achevé, ainsi qu’une grande partie du reste de l’édifice; les fondations existent partout, et n’ont souffert aucune altération; enfin, les parties inachevées sont à peu près toutes élevées à une certaine hauteur.

Nous pouvons donc espérer que sur ce point la fatale prédiction de Satan recevra dans un temps plus ou moins éloigné un éclatant démenti; quant à la seconde partie de sa menace, relative à l’oubli dans lequel devait être à jamais plongé le nom de l’incomparable artiste, auteur de la cathédrale de Cologne, il y a tout lieu de croire qu’elle a cessé dès à présent d’être à redouter. Une découverte récente, fondée sur des documents authentiques, semble indiquer positivement comme ayant été le premier architecte de la cathédrale Gérard de Saint-Trond, maître tailleur de pierre, magister lapicida , comme on disait alors. Nous avons vu que la première pierre du nouveau monument fut posée en 1248; on a retrouvé une charte de 1257, par laquelle le chapitre, en considération des services distingués rendus par Me Gérard, tailleur de pierre, qui dirigeait tous les travaux , lui fait présent d’un terrain sur lequel il avait élevé à ses frais une grande maison toute bâtie en pierre (*). Ce maître Gérard est vraisemblablement le même dont le nom figure parmi ceux des fondateurs et bienfaiteurs de l’hôpital de Sainte-Ursule de Cologne, et qui y est désigné comme maître de l’œuvre de la cathédrale , Werk Meister von Dom. Si les historiens gardent le silence sur maître Gérard , comme sur presque tous les architectes de la cathédrale, tout porte à croire cependant que c’est à lui que doit revenir l’honneur de cet admirable plan qu’ont imité la plupart des constructeurs de cathédrales ; si ce plan eût été fourni par un autre architecte , il faudrait que celui-ci fût mort presque immédiatement, puisque, neuf ans après la pose de la première pierre , maître Gérard avait déjà pu, en dirigeant les travaux, mériter et obtenir une ré-

(*) Cette charte est conservée dans les archives de Darmstadt; elle fait partie du livre copiai des archives du grand chapitre de Cologne.

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compense. Rien ne justifie cette supposition, et, jusqu a preuve contraire, je crois qu’on peut considérer maître Gérard comme le véritable architecte de la cathédrale de Cologne. Le savant antiquaire Wallraf , dans son supplément à l’Histoire de la ville de Cologne et de ses environs, regarde comme probable que le fameux dominicain Albert le Grand, qui à cette même époque habitait Cologne, put ne pas être étranger à la conception de ce plan , non moins en ce qui touche l’harmonie architectonique qu’en ce qui concerne l’ordonnance de la symbolique à la fois théologique et philosophique du temple. Wallraf fonde cette hypothèse et sur la faveur dont jouit Albert le Grand auprès de Conrad de Hochsteden et de ses successeurs , et sur la connaissance que l’on a qu'en 1270 Albert le Grand bâtit, d’après son plau et en grande partie de ses deniers, le grand et beau chœur de l’église de son couvent , dont le style approche beaucoup de celui de la cathédrale.

Quelques noms des architectes successeurs de Gérard sont parvenus jusqu’à nous: c’est ainsi que nous savons qu’en 1437 maître Nicolas de Buren (petite ville de la Gueldre) était architecte de la cathédrale, et avait sous ses ordres un nommé Christian, conducteur de travaux. A maître Nicolas de Buren, qui mourut en 1445, succéda maître Conrad Kuyn, que I on trouve nommé chef de l’œuvre de la cathédrale de Cologne, et qui dut à ce titre celui de grand maître de la confrérie des tailleurs de pierre de toute l’Allemagne: celui-ci mourut en 1 469, et on voit encore contre une colonne de la partie latérale nord du chœur, près du transept, une inscription rappelant son souvenir. C’est le seul monument érigé dans la cathédrale à la mémoire d’un de ses architectes. On croit que maître Conrad eut pour successeur maître Jean de Franckenberg ; on sait également que, de l’an 1478 environ jusque vers 1509, un nommé Henri était maître conducteur des travaux; mais là se bornent tous les renseignements recueillis jusqu’à ce jour sur les artistes qui ont coopéré à la construction de la cathédrale, dont nous allons maintenant entreprendre la description.

On sait que presque toutes les églises ogivales, bâties pendant le cours de plusieurs siècles, portent dans leurs diverses parties le cachet particulier de l’époque qui vit s’élever chacune de ces parties ; il n’en est pas de même de la cathédrale de Cologne, qui a cela de particulier que ses fondements et toutes les parties terminées sont construites d’après un seul et même plan, dont on possède encore le dessin original, de sorte qu’elle présentera une unité aussi rare qu’admirable.

Du côté du Rhin, ou plutôt sur la pace de Margreten , située entre la Trankgass et le Domhof (cour du Dôme), le chœur de la basilique offre l’aspect le plus imposant. C’est aussi de ce côté seulement que l’édifice peut paraître terminé. L’extrémité du comble, couronné dans toute sa longueur d’une crête à jour, est surmontée d’une énorme croix terminée à chaque extrémité par des fleurs de lis, et ayant 9 mètres de hauteur. Cette croix, pesant G94 kil., n’a été placée que le 3 août 1825, mais elle existait depuis longtemps, et avait, diton, été donnée à l’église par Marie de Médicis. Au centre de la croisée s’élevait un clocher haut de 65 mètres, qu'il fallut démolir en 1812. Le projet porte une superbe flèche centrale en pierre, découpée à jour comme celles de la façade, et hautes de plus de cent mètres.

Quatorze arcs-boutants de chaque côté (voy. l’élévation latérale du chevet), à partir de la fenêtre du milieu, servent de soutien au chœur, et viennent s’appuyer à des contre-forts surmontés d’élégantes pyramides. Chacune de ces pyramides (voy. la pi.) porte douze niches destinées à recevoir des anges hauts de 2 mètres, dont plusieurs ont été refaits récemment par M. Wiihem Imhoff. La partie supérieure des arcs-boutants, au point où ils rencontrent la balustrade du toit, est elle-même couronnée d une autre pyramide plus simple, dont nous donnons également le dessin. Enfin, entre ces arcs-boutants s’ouvrent, dans la partie supérieure de la muraille du chœur, de magnifiques fenêtres à meneaux variés. Sur la même planche nous avons reproduit l’une de ces fenêtres. L’édifice entier est entouré de gargouilles toutes plus bizarres les unes que les autres. Nous en avons choisi quatre, que nous donnons pour exemple sur l’une de nos planches de détails.

Vue du côté du nord, sur le Frankenplalz , la cathédrale porte dans toute sa longueur le sceau de la perfection ; mais à son angle N. -O. la tour à peine commencée vient détruire ce magnifique ensemble. C’est surtout du côté méridional donnant sur le Domhof qu’on doit se placer pour se rendre compte du véritable état de l’édifice, qu’on aperçoit dans toute sa longueur, depuis le chevet jusqu’à la tour du midi, séparée du chœur par l’espace resté inachevé. C’est de ce côté que se trouvait, comme à la proximité de beaucoup d’autres cathédrales, une église appelée Sancla Maria ad Gradus , en allemand Margreten. Cette église, qui devait son nom aux degrés qui y conduisaient, et qui était jointe à la cathédrale par une colonnade, a été démolie en 1817.

La façade occidentale, large de 60 mètres, est peut-être aujourd’hui la partie qui paraît la plus incomplète. La tour septentrionale n’est élevée que de 12 mètres au-dessus du sol, et c’est comme par miracle que le peu qui eu existe est parvenu jusqu’à nous, car en 1772 sa démolition avait été décidée pour faciliter la circulation des

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voilures. La tour du sud, conduite jusqu'au troisième étage, est haute d'environ 82 mètres. L’une et l’autre doivent, d’après le plan, avoir quatre étages et être surmontées de flèches octogones à jour, le tout s’élevant jusqu'à la hauteur énorme de 166m 50. (Voy. la façade terminée.) C'est sur le plan de ces tours* légèrement modifié, qu'on a construit la flèche de la cathédrale de Fribourg en Brisgau. A Cologne, les deux tours doivent flanquer le grand portail et faire têteaux basses nefs; chacune d’elles doit être percée à rez-de-chaussée d’une fenêtre et d une porte. La porte de la tour méridionale (voy. la pi.) présente quatorze niches destinées à recevoir des statues, et dans le tympan un bas-relief représentant le martyre de saint Pierre. Aux archivoltes, sur d’élégantes consoles et sous de riches baldaquins, sont trois rangées de figures de saints assises ; c’est parmi elles que nous avons choisi la statue de saint Grégoire, que nous avons placée au milieu d’une de nos planches de détails. Cette même tour contient les cloches, dont les deux plus grosses, datant, comme je l’ai dit, de 1447, pèsent l’une 6,000 kilog., et l’autre 1 1 ,200 kilog. Dans l’église, près de l’entrée de la tour, on voit tracée sur les dalles l’énorme circonférence de ces deux cloches.

Pénétrons maintenant dans l’intérieur de la basilique. Des cinq nefs dont elle doit se composer, il n’y a de terminé que les deux collatérales du nord ; la grande nef, fermée par des planches, sert en ce moment d’ateliei pour la taille des pierres destinées à la construction de cette nef même et des basses nefs méridionales, qui, ainsi que je l’ai dit, s’élèvent en ce moment avec une certaine rapidité. Ces cinq nefs couvriront un espace de 38 mètres de long dans œuvre, sur 42,50 de large.

En entrant dans la cathédrale par la porte placée au pied de la tour septentrionale, on se trouve dans la double basse nef du nord. Les premières travées ne contiennent pas d’autels, mais leurs fenêtres offrent de magnifiques vitraux du commencement du seizième siècle. L’archevêque Herman de Hesse, le chapitre, la ville et plusieurs familles nobles, se réunirent pour les faire peindre par les artistes les plus distingués de cette époque, qui fut celle de l’apogée de l’art en Allemagne; et ainsi se trouva réalisé un des plus admirables chefs-d’œuvre de la peinture sur verre.

Première fenêtre. En bas, un donateur et une donatrice, avec les armoiries des comtes de Daun et de Leiningen; au-dessus, la Vierge et saint Laurent; plus haut, l’Ecce Homo et le Christ au Jardin des Olives, Jésus-Christ accablé d’outrages, la flagellation, le Christ en croix et la résurrection ; dans la rose, le jugement

dernier.

Deuxième fenêtre. En bas, un chœur d'anges, le comte de Daun et Obersteen à genoux, et les armoiries de plusieurs nobles familles colonaises; au-dessus, saint Pierre, l’archevêque Philippe et saint Sébastien; plus haut, à droite, l’arbre généalogique de Jésus-Christ, et à gauche six sujets de la vie de saint Pierre. Dans la rose, saint Pierre avec les armoiries du chapitre portées par trois auges, saint Antoine ermite, saint Hubert, et quatre prophètes.

Troisième fenêtre. Eu bas, Marcus Agrippa et Marsilius, héros qui, suivant la tradition, délivra Cologne assiégée par un empereur romain ; l’un et l’autre en armure du moyen âge, et tenant la bannière de Cologne; ils sont séparés par des trophées et l’écusson aux trois couronnes, armoiries adoptées par la ville en l’honneur des trois rois. Au-dessus, saint George, saint Reinold, saint Géréon et saint Maurice, tous également revêtus d'armures. Plus haut, grand sujet représentant l’adoration des bergers, et, dans la rose, la sainte Vierge, quatre prophètes, trois anges, et deux écussons aux armes de Cologne.

Quatrième fenêtre. Eu bas, seize écussons des différentes familles qui ont contribué à la confection de ces vitraux, accompagnés de la date de 1509 ; au-dessus, saint Pierre avec l’archevêque Herman IV, landgrave de Hesse, et ses armoiries, la Vierge Marie et l’enfant Jésus, sainte Élisabeth et saint Christophe; plus haut, l’adoration des mages et la reine de Saba chez Salomon ; enfin, dans la rose, Jésus-Christ, les quatre évangélistes, trois anges, deux apôtres et quatre prophètes.

La moitié de la cinquième et dernière fenêtre est murée ; l’autre moitié est fermée d’un vitrail représentant les donataires, sainte Madeleine, saint George, saint Pierre, saint Jean l'évangéliste, et le couronnement de la Vierge.

Après avoir franchi ces cinq travées, on trouve en tète de la dernière basse nef, à gauche, l’autel de la Croix, ainsi nommé parce que le contre-retable contient un crucifix très-ancien, entre la Vierge et saint Jean, sculptures de grandeur naturelle, surmontées d’un baldaquin du XVIe siècle. Cet autel est entouré d’-une grille ; dans l’angle où elle rencontre le mur extérieur, était sur un piédestal une statue de marbre de l’archevêque Guillaume de Gennep. Cette statue n’y est plus; près du piédestal, qui est encore en place, est déposée l’ancienne chaire datant de 1544, laquelle était bien peu digne d’un tel monument. Par une petite porte voisine, on entrait dans une ancienne église qui, comme celle de Sancta Maria ad Gradus, dont nous avons parlé, était atte-

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nante à l’église principale. Cette église, qu’on nommait Zum Pesch, in pasculo , a été démolie en 1844, et à sa place s’élève le transept de la basilique. En cet endroit, le monument aura 70™ de large dans œuvre, et se trouvera divisé dans ce sens en neuf nefs, par 16 piliers disposés sur deux rangs. (Voy. le plan.) Le transept aura 27m 30 de large. A côté de la porte est une Piété, sculpture fort ancienne. Au delà de l’autel de la Croix, on voit une espèce de grand porche, au-dessus duquel sont suspendus des bâtons dorés, qui par leur nombre indiquent celui des années depuis lesquelles l’archevêque vivant occupe le siège de Cologne.

Franchissant une grille de fer, on se trouve dans le pourtour du chœur. A gauche, on voit contre la muraille le tombeau du chanoine Adam Dæmen, mort en 1717, et, à droite, le grand tombeau isolé de l’archevêque Angebert III, mort en 1368, qui de son vivant s’était fait ériger ce monument. Dans les vingt-quatre arceaux ogivals qui entourent le sarcophage, étaient placées autant de statues représentant des prophètes et des femmes en prière ; il n’en existe plus que huit intactes et sept mutilées.

Près de là, à gauche, est la porte qui donne accès à la sacristie ; elle est surmontée des figures de la Vierge et de saint Jean, sculptées dans le style du XVIe siècle. Dans un espace fermé, est un tabernacle ogival en pierre, qui, quoique d’un travail médiocre, est néanmoins intéressant, en ce qu’il peut donner une idée bien imparfaite, il est vrai, de ce qu’était celui du chœur, dont je parlerai tout à l’heure.

Au fond de la sacristie est une petite salle dans laquelle est l’entrée du trésor , fermé par deux portes dont une de fer, petite chambre sans ornements , et bien peu digne, aussi bien que les armoires, de renfermer des objets aussi magnifiques. Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage de décrire ces merveilles, mais je ne puis m’empêcher d’indiquer les principales. Le premier objet qui fixe l’attention est la magnifique châsse qui renferme les restes de saint Angebert ; elle est d’argent massif , pèse 75 kil. , est longue de 1 m 30 , large de 0m 40, et haute de 0m 79. Sur ses différentes faces sont des bas-reliefs représentant les époques principales de la vie du saint, plusieurs archevêques de Cologne, le Sauveur entre saint Pierre et saint Materne, les trois rois et les quatre évangélistes. Sur la châsse est la statue couchée de saint Angebert entre deux anges. Ce chef-d’œuvre d'orfèvrerie est l’ouvrage de Conrad Duisberg , qui le fit à Cologne de 1633 à 1635. Les autres objets les plus précieux sont un bâton avec une pomme d’ivoire, et trois anneaux d’une chaîne de fer que la tradition fait remonter au temps des apôtres ; onze reliquaires, un buste d’argent de saint Grégoire de Spolette, une fleur d’or donnée par l’empereur Maximilien-Henri; dix bas-reliefs d’ivoire, ciselés par Melchior Paulus (1703-1733), représentant des scènes de la passion; un grand antiphonaire avec des miniatures sur vélin; un beau crucifix de bronze, ouvrage de Hardy, vicaire de la cathédrale, mort en 1819; une croix d’autel émaillée, et garnie de pierres précieuses, haute de lm 165 ; une^croix processionnelle, haute de lm 15, et ornée de pierres fines; une magnifique croix archiépiscopale de 2m 30 de long; une crosse de chorévêque, datant de 1178, et surmontée d’une adoration des Mages; plusieurs crosses de différentes époques; un osculum pacis d’or pur et de pierres fines ; le glaive en or et argent des électeurs de Cologne au XVIe siècle ; enfin un grand ostensoir d’or, garni de pierres précieuses, haut de 0m 40, pesant 9 kil., et aussi admirable par le travail que par la matière.

En sortant de la sacristie, on trouve à gauche un autel sur lequel est placé un très-ancien crucifix qui existait dans la cathédrale primitive , avant l’incendie qui la détruisit. A côté, dans la muraille, est le tombeau du chanoine Henri de Mering, fondateur de l’autel, mort en 1700 ; et sur une console on voit l’image agenouillée d’un chevalier d’Enneberg, qui, priant avec ferveur, se prépare au pèlerinage de terre sainte. Près de l’autel, une porte donne dans le cachot où l’on renfermait les hérétiques ; c’est un réduit profond de 6”, nommé trou de Saint-Pierre ; on y voit encore des chaînes et des anneaux, et on lit sur le mur les noms de Fluchsteden et Klarembach, hérétiques qui périrent sur le bûcher. La porte voisine de celle du cachot ouvre sur un escalier qui conduit au triforium.

Continuant de visiter les chapelles qui rayonnent autour du chœur, on trouve d’abord celle de Saint-Angebert, qui contient plusieurs tombeaux, dont le plus remarquable est celui de l’électeur de Cologne Antoine, mort en 1561 ; c!est dans cette chapelle que sont placés les fonts baptismaux.

Lachapelle Saint-Materne , qui suit, est surtout intéressante à cause du tombeau de l’archevêque Philippe,, de Heinsberg, morten 1 191. Ce tombeau représente une ville enceinte de murailles munies de tours, de portes et de meurtrières. Aux deux faces sont placées les armes de la maison de Heinsberg, et celles de la ville de Cologne. Au milieu est couchée la statue coloriée du prélat, de grandeur colossale. La forme singulière de ce monument s’explique par la tradition qui nous apprend que ce fut cet archevêque qui fit bâtir les murailles de Cologne. L’autel de cette chapelle, ainsi que celui de la chapelle Saint-Angebert, a été érigé en 1716 par le cha noine Ad. Guillaume Fabricius.

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Dans la chapelle Saint- Jean se trouve le tombeau du fondateur delà cathédrale, Conrad de Hochsteden; sa statue de bronze, longue de 2m 08, est étendue sur une table de marbre noir. Cette ligure, mutilée en 1 802, a été enlevée pour la restaurer. On voit aussi dans cette chapelle le monument du doyen du chapitre Philippe Henri de Croy, sculpté par Yan Helmont. Le retable qui surmonte l’autel, et qui provient de l’église de l’ancien couvent de Sainte-Claire, bâtie en 1306, représente en douze compartiments sur fond d’or la vie et la passion de J.-C. Ce monument est très-curieux, en ce qu'il nous fait connaître l’état de la peinture en Allemagne à cette époque.

Nous arrivons maintenant à la chapelle des Trois Rois, située immédiatement derrière le chœur. En avant de cette chapelle, dans le pavé, sont plusieurs tombes; la plus remarquable , bien qu’aujourd’hui sans inscription, recouvrit les restes de Marie de Médicis, morte en exil à Cologne en 1642. On sait qu’après la mort du cardinal de Richelieu, le corps de cette reine fut transporté dans les caveaux de Saint-Denis ; mais le cœur est resté à Cologne. Au-dessus de la tombe, dans la voûte, on voit une inscription qui nous apprend que, le 17 octobre 1434, un vent impétueux renversa une pierre énorme qui perça la voûte et tomba sur le pavé de l’église. L’ouragan qui causa ce dommage renversa à l’église Saint-Géréon une voûte sous laquelle Gérard de Manderscheid, alors prévôt du chapitre, fut écrasé.

En face delà chapelle, adossé au maître-autel, on voit le mausolée de l’archevêque Théodoric , comte de Moers, mort en 1464. À gauche est saint Pierre, recommandant le prélat agenouillé à la Vierge, assise avec l’enfant entre deux anges tenant les armoiries du défunt et celles de la métropole. De l’autre côté sont les trois rois, offrant à l’enfant leurs présents ; le sujet se trouve ainsi être double.

La chapelle des Rois presque entière est occupée par l’édicule construite en 1688 et ornée de pilastres ioniques de marbre, laquelle, fermée par des grilles et par plusieurs serrures, contient la merveilleuse châsse où sont conservées les reliques des trois rois Mages. Selon Ruttler, ces reliques furent trouvées en 326 par Hélène, mère de Constantin, lors de son pèlerinage en Orient ; elle les fit transporter soigneusement à Constantinople. Bientôt après, l'archevêque Eustorge, à qui l’empereur en avait fait présent, les apporta à Milan, où elles furent déposées dans l’église placée depuis sous l’invocation du même Eustorge, canonisé. Lorsque Frédéric Barberousse s'empara de la ville en 1163, Reinald de Dassèle, archevêque de Cologne, les reçut en récompense des services qu’il avait rendus à cet empereur pendant le siège. Reinald obtint en même temps plusieurs reliques des Machabées, des saints Apollinaire, Félix, Nabor, Grégoire de Spolette, etc. Il accompagna lui-même ce trésor, qui traversa en triomphe la Suisse, descendit le Rhin jusqu’à Remagen, où il le remit à Philippe de Heinsberg , alors prévôt du chapitre, et retourna en Italie.

Le 23 juillet 1 1 64, les reliques furent déposées dans l'ancienne cathédrale, d’où elles ont été transférées dans la nouvelle; elles y étaient garanties seulement par une simple grille de fer, jusqu’à ce que l’archevêque Maximilien-Henri fit construire l’édicule qui les renferme aujourd'hui, et sur le fronton de laquelle on voit sculptés en marbre, par Michel Von der Voorst d’Anvers, l’adoration des Mages, saint Félix et saint Nabor, et deux figures de femmes portant les armoiries du chapitre métropolitain, au milieu desquelles figurent celles de l’archevêque Maximilien-Henri. Sur la frise on lit l’inscription : tribus ab oriente regibus devicto in agnitione veri numinis mundo CAPiTULUM metropol. erexit. Au-dessous de la fenêtre grillée qui s’ouvre dans les grandes cérémonies pour permettre au peuple d’apercevoir le reliquaire, est écrit :

CORPORA SANCTORUM RECUBANT HIC TERNA MAGORUM ;

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