EX HIS SUBLATUM NIHIL EST ALIBIVE LOCATUM
Enfin , au-dessus des troncs placés à droite et à gauche entre les colonnes on lit : et apertis thesauris
SUIS OBTULERUNT MUNEllA.
Eu 1794, les reliques furent portées ainsi que le trésor à Arnsberg, puis à Prague, où les trois couronnes de diamant furent vendues, et enfin à Francfort-sur-le-Mein. Lorsqu’on les rapporta en 1804, la châsse fut réparée et remise à son ancienne place. Cette châsse, chef-d’œuvre d’orfèvrerie du XIIe siècle, est en cuivre doré, à l’exception de la façade, qui est d’or pur ; sa forme est celle d’un tombeau ; sa longueur est de lra 85, sa largeur de Im à la base, sa hauteur de 1 m 50 ; sur la façade tournée à l’ouest, on voit représentée l’adoration des Mages et le baptême de Jésus-Christ. Au-dessus de ces sculptures est une sorte de couvercle qui s’enlève, et permet de voir les crânes des trois rois, ornés de couronnes dorées, garnies de pierres de Bohème, espèce de grenats; dans le fronton est l’image du divin Juge, assise entre deux anges qui tiennent les attributs de la passion ; les deux bustes au-dessus représentent les anges Gabriel et Raphaël ; et enfin une énorme topaze oc-
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cupe le sommet du fronton. La partie latérale droite de la châsse est ornée des images des prophètes Moïse, Jonas, David, Daniel, Amos et Abdias. Les apôtres Paul, Jean, Philippe, Simon, Thomas et Judas Thadée sont placés dans six arceaux au-dessous. Dans la partie latérale de gauche, on voit les prophètes Ézéchiel, Jérémie, Naum, Salomon, Joël et Aaron, et les apôtres Barthélemy, Matthieu, Jacques le Mineur, André, Pierre et Jacques le Majeur. La face postérieure du monument présente la flagellation de Jésus-Christ, la vierge Marie, saint Jean, le Sauveur sur la croix, Jérémie, saint Félix, saint Nabor, l'archevêque Reinold et huit bustes d'anges. Le monument est surmonté d’une crête de cuivre dentelée et découpée à jour. Cette magnifique châsse est couverte de plus de 1,500 pierres fines et camées antiques, représentant des sujets qui ne sont rien moins que chrétiens, tels que l’apothéose d’un empereur, deux têtes de Méduse, une tète d’Hercule, une d’Alexandre, etc. Derrière le reliquaire se trouve un bas-relief en marbre, haut de lm 33, sur lm 40 de large, représentant la translation solennelle des reliques. Le bas-relief en bronze richement doré, placé au-dessous de la fenêtre qui occupe le fond de la chapelle, représente l’adoration des mages : c’est un don de Jacques de Croy, duc de Cambrai en 1516. Cette fenêtre est garnie de beaux vitraux du XIIIe siècle, représentant divers sujets de l’histoire sainte.
La chapelle suivante est consacrée à sainte Agnès ; sur l’autel est placée la fameuse peinture connue sous le nom de tableau de la cathédrale. Ce tableau a 2m,75 de haut, et les deux volets étant ouverts 6 mètres de large. Dans la partie du milieu, on voit l’enfant Jésus assis sur les genoux de la Vierge, et auquel les trois mages offrent leurs présents. Sur le volet de gauche, à l intérieur, est représentée sainte Ursule avec ses compagnes de voyage, et sur le volet droit, saint Géréon est peint avec ses compagnons d’armes. On sait que ces deux saints sont les patrons de Cologne. Les volets étant fermés offrent une annonciation. Plus on contemple cette peinture, plus on admire sa riche composition, l’harmonie des couleurs, l’expression pleine dame, et la poésie qui brille dans tout son ensemble. Pourtant ce chef-d’œuvre de l’art au moyen âge a été longtemps abandonné dans un coin où personne n’y faisait attention. Au XVe siècle, il était placé au-dessus de l’autel de l’ancienne chapelle du sénat ; mais après la suppression du sénat, on le porta dans la tour de l’hôtel de ville, et il y resta ignoré jusqu’aux premières années de notre siècle, époque à laquelle les Allemands commencèrent à apprécier de nouveau l’art de leurs aïeux. Tiré alors de l’oubli, il fut nettoyé et restauré en 1806 et 1809 par MM. Joseph Hoffmann et Fuchs , et exposé dans la salle de l’hôtel de ville, d’où, le jour de la fête des trois rois, on le transporta dans la chapelle où il se trouve aujourd'hui. On a longtemps ignoré le nom de l’auteur de ce chef-d’œuvre ; cc n’est que dans les premières années de ce siècle que l’antiquaire Wallraf a découvert ce nom écrit sur le sabre du porte-étendard qui accompagne saint Géréon. Ce nom, jusqu’alors inconnu dans les arts, est celui de Philippe Kalf. Sur les volets à llextérieur est la date de 1410.
Dans cette même chapelle, et au milieu, est un sarcophage ogival, autrefois sans doute orné de peintures, mais aujourd'hui entièrement couvert d’une teinte blanche uniforme : il renferme les restes de sainte Ermeugarde, comtesse de Zutphen, morte en 1100. Il esta remarquer que dans toutes ces chapelles autour du chœur, les autels sont posés de manière que le prêtre soit tourné vers l’orient, et les tombeaux, étant dirigés les pieds vers l'autel, se trouvent placés diagonalement au milieu des chapelles. J’ai trouvé jusqu’à présent peu d'exemples de cette disposition singulière.
Sur l’autel de la chapelle Saint-Michel est un merveilleux retable de bois sculpté et doré , provenant de l’église détruite de Sancta Maria ad Gradus. Dans le bas est représentée la Passion, et dans le haut saint George. A l’intérieur des volets, on voit le martyre de sainte Catherine, de saint Sébastien et de deux autres saints, et à l’extérieur est peinte l’histoire du saint évêque Agilulphe, avec la date de 1521. Au milieu de la chapelle est le tombeau de l’archevêque Walrain de Juliers, mort eu 1349. La statue en marbre du prélat est couchée sur le sarcophage; au-dessus de sa tète est un baldaquin richement sculpté. A la fenêtre sont de beaux vitraux.
Sur l’autel de la chapelle Saint-Étienne, se trouve un tableau représentant le martyre du saint, peint par Hülzmann l’ancien. Dans un moment où ce tableau était déplacé, j’ai pu voir à la place qu’il occupe d’anciennes fresques fort endommagées représentant le même sujet. Contre la muraille est le beau tombeau, de style renaissance, de l’archevêque Adolphe, mort en 1566. Au milieu de la chapelle est un sarcophage couvert d’une table de mosaïque à damier, renfermant les restes de l’archevêque Géron , oncle de l’empereur Othon Ier, mort eu 979. La figure de marbre placée provisoirement sur ce sarcophage est celle du général Hochkirchen, commandant de l’ordre teutonique ; c’est un fragment d’un grand mausolée qui était jadis dans l'église des Franciscains. Le monument en bois appuyé contre le mur au couchant de cette chapelle était élevé sur la tombe
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de Richeza, princesse polonaise, sœur de l’archevêque Hermann, morte en 1090. Ce cénotaphe, qui était dans l’église de Sancta Maria ad Gradas , a été transporté là à l’époque de la démolition de cette église.
Vient ensuite la chapelle Sainte-Marie, composée de trois travées et faisant pendant à la chapelle où sont l’antique crucifix et l’entrée de la sacristie. Sur l’autel est une statue coloriée de la Vierge , donnée en 1163 à l’archevêque Reinald par l’église de Saint-Celse de Milan, dors de la prise de cette ville. A droite, contre la muraille, est une bonne copie de la célèbre Annonciation de Florence, portant la date de 1717. En face de ce tableau, à gauche de l’autel et contre la basse-nef, est le tombeau de l’archevêque Frédéric de Saar-Verden, mort en 1414; sa figure de bronze est couchée sur le sarcophage. Dans la seconde travée de la chapelle, on remarque contre la muraille cinq images de saints coloriés, sainte Barbe, deux apôtres, sainte Anne tenant la Vierge, et sainte Catherine, données à l’église, ainsi que l’apprend l’inscription, par le prêtre Victor, dont je parlerai tout à l’heure. Dans cette même chapelle, étaient les autels Saint-Hubert et des Trois Bois, qui n’existent plus. Enfin, dans la troisième travée, on trouve contre la muraille le tombeau de l’archevêque Reinald de Dassèle, mort de la peste à Rome en 1167, le même à qui Barberousse fit don des fameuses reliques ; il est bien à regretter que de ce monument il ne reste que l’élégant sarcophage en pierre. Selon la tradition, Conrad de Hochsteden y avait remplacé l’ancienne statue de pierre par une autre de bronze. Cette statue a disparu depuis 1802, et on ignore ce qu’elle est devenue. Au-dessus de ce tombeau est un joli mausolée de style renaissance , avec un bas-relief représentant le Christ sur la croix. A côté sont les épitaphes modernes de deux prélats. En face de ces monuments, sous l’arcade qui sépare cette travée du pourtour du chœur, est le tombeau de Godefroy, dernier comte d’Arnsberg, qui, en 1368, vendit tous ses biens et domaines au chapitre métropolitain. La statue est d’un beau style pour l’époque; malheureusement des bourgeois d’Arnsberg lui ont brisé le nez, et, depuis, la statue a été recouverte d’une cage de fer très-serrée, pour la préserver d’une nouvelle mutilation.
Une grille élégante sépare cette chapelle, la dernière du pourtour du chœur, d’une travée qui sera le transsept de droite. Là, contre un pilier, est appliquée une figure colossale de saint Christophe en pierre coloriée, haute de 3m 33. Au pilier en face, est posée sur une console une jolie Vierge du moyen âge, et au-dessous se trouve un très-ancien bénitier de marbre noir, espèce de mortier de 0'", 66 de diamètre, dont les sculptures représentent des trèfles et des quatre-feuilles. Non loin de là, sont adossées à des piliers deux statues, d’un côté la vierge Marie, de l’autre l’ange Gabriel, qui présente à la Vierge le donateur revêtu d’une chape; les deux consoles portent l’inscription : Victor sacerdos olim Judæus, qui nous apprend que c’est un israélite nommé Victor qui, devenu chrétien et prêtre, consacra ces images. Près delà porte, on voit dans le bas du mur un morceau de fer en forme d’enclume, que, dit-on, des serruriers y ont enfoncé en mémoire de l’atrocité qu’ils se vantaient d’avoir commise en arrachant de la chaire un prédicateur protestant, et en le faisant mourir en le tourmeutant avec des tenailles rouges. Au fond de cette travée est la chapelle Saint-Nicolas, séparée par une cloison, et qui sera détruite lorsque le transsept sera achevé.
Ici se termine ce côté de l’église, la basse-nef méridionale n’étant pas encore finie. De là, par une porte percée dans une cloison en planches, on entre dans la grande nef, qui, comme je l’ai dit, sert d’atelier. Les piliers qui soutiendront sa voûte sont au nombre de sept de chaque côté , et chacun d’eux est accompagné de douze colonnettes. Contre le mur de refend qui sépare cette nef du chœur, sont deux autels de style rococo, dédiés à sainte Anne et à sainte Barbe ; ils n’ont d’autre ornement que les statues de bois des deux saintes, d’un style médiocre et maniéré.
Nous voici arrivés au chœur, la seule partie terminée de l’édifice et aussi la plus admirable. (Voy. la coupe transversale.) Ce chœur, exhaussé sur cinq degrés et pavé de marbre noir de Liège, s’élève à une hauteur de 42m, 80 sous clef. Une grille de fer, donnée en 1769 par l’archevêque Maximilien Frédéric, l’entoure , et sans doute a remplacé une clôture de pierre détruite depuis longtemps. La longueur du chœur depuis sa clôture jusqu’au fond de la chapelle absidale est de 55m; sa largeur, compris son pourtour, est de 43m. La longueur totale de l’édifice se trouve ainsi être dans œuvre de 1 13m, et hors œuvre, y compris l’épaisseur des tours, de 1 42 ° . Le chœur sans son pourtour a 41m de long sur 15 de large. Les vitraux qui décorent les fenêtres datent de 1288; ils furent exécutés après la bataille de Worringen par ordre de Jean, duc de Brabant, et du comte Dick de Clèves, qui y ont fait peindre les armes de la ville et celles de plusieurs nobles familles colonaises dont les membres s’étaient distingués dans la bataille, et au-dessus les figures des rois de l’Ancien Testament. A la fenêtre du milieu, on voit l’adoration des Mages et la généalogie de la Vierge.
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Sur le mur de refend, au-dessus des orgues, qui datent de 1572, sont ces peintures du Christ, entre saint Pierre et saint Paul, dont j’ai parlé; elles se trouveront naturellement détruites quand on abattra le mur pour réunir le chœur à la nef; elles seront du reste peu regrettables. Aux tympans des arcades, sont les anges et chérubins dont on avait retrouvé quelques traces sous le badigeon, mais qui ont été entièrement refaits par M. Steinler de Vienne. Les chapiteaux et autres sculptures du chœur ont été récemment décorés de couleurs et dorures, dont plus tard, sans doute, l’effet ne sera pas désagréable, mais qui dans leur fraîcheur produisent une assez mauvaise impression.
Près des orgues, à l’entrée du chœur, on voit la pierre t'umulaire de l’archevêque Guillaume de Gennep, mort en (372, et devant le lutrin est le beau mausolée de l’archevêque Ferdinand Auguste, mort le 2 août 1835, composé d’une grande tombe de bronze sur laquelle est représenté l'archevêque couché. Le monument a beaucoup d’analogie avec celui du pape Martin V, qui se trouve placé de même en avant du maître-autel dans la basilique de Saint- Jean de Latran.
Aux extrémités des stalles, près de l’autel, sont deux statues d’albâtre avec les yeux noirs, sculptées vers l’an 1670, et représentant, l’une la sainte Vierge, l’autre saint Pierre. Sur les piédestaux de ces statues, ouvrage de Héribert Neuss de Limbourg, on lit les inscriptions : latus papæ, et latus régis, indiquant les lieux où étaient placés les sièges du pape et de l’empereur. Aux piliers qui entourent le chœur, sont adossées les figures coloriées du Christ, de la Vierge et des douze apôtres, placées sur d’élégantes consoles et sur de riches baldaquins que surmontent des anges. Aux côtés de l’autel, sont deux cénotaphes en marbre noir et en albâtre, érigés en 1561 par l’archevêque Gebhard de Mansfeld, à la mémoire de ses parents les archevêques électeurs Adolphe de Schawemburg, mort en 1556, et Antoine de Schawemburg, mort en 1558.
Le maître-autel (voy. la pl.), érigé en 1346 par l évêque Guillaume de Gennep, est couvert d’une table de marbre noir de Dinant, ayant 3m, 30 de long, 2m, 65 de large, 0m ,31 d’épaisseur. Sur le devant sont sculptés en marbre blanc, au-dessus d’une plinthe noire, l’apothéose de la Vierge et les douze apôtres. Malheureusement, lorsqu’en 1770 le maitre-autei fut décoré dans le goût moderne, il fut en partie dépouillé de ses ornements ; car sur le côté opposé se trouvaient sculptés les douze prophètes, lesquels ont été détruits. A cette époque la table de l’autel fut recouverte d’un dais en forme de temple, construit de marbre de Carrare, orné de bronze doré et posé sur sept colonnes cannelées d’ordre corinthien. En outre, aux angles de l’autel, ou a ajouté deux consoles sur lesquelles sont assis, à gauche la Vierge avec l’enfant Jésus, et à droite saint Pierre. Une inscription, placée sur le piédestal d’une des colonnes du tabernacle, nous apprend que le plan de ce dais, si peu en harmonie avec le reste de l’édifice, fut donné par Fayn, et qu’il fut exécuté par Boureux de Dinant. Dieu leur fasse grâce ! s’écrie M. de Noël.
En avant du maitre-autei sont quatre grands candélabres de cuivre rouge fondus à Jûége également en 1 770. Chacun d eux, haut de 2ra,50, pèse 500 kilogrammes; mais, sous le rapport de l’art, ils ne compensent nullement la perte des quatre candélabres de bronze artistement ciselés, dont chacun était surmonté de quatre anges portant des cierges, et qui avaient été faits à la moitié du XIVe siècle par ordre de l’archevêque Guillaume de Gennep.
11 est une autre perte dont il est plus difficile encore de se consoler : c’est celle du magnifique tabernacle de pierre qui s’élevait dans le chœur, à plus de 20 mètres de hauteur, au lieu où est maintenant le trône archiépiscopal. Ce chef-d’œuvre du XIVe siècle a été détruit par les chanoines en 1766, sous prétexte d’embellissement et de régularité, et les débris en ont été jetés dans le Rhin.
Enfin, nous devons encore, en terminant ce long examen de l’une des plus belles productions de l’architecture ogivale, signaler les sculptures en bois du double rang de stalles, remarquables par la profusion de figures d’hommes et d’animaux dont elles sont décorées. Si ces stalles ne sont pas comparables à celles d’Amiens, de la Chaise-Dieu, de Ste-Cécile d’Alby, d’Anvers, etc., elles méritent néanmoins d’attirer l’attention, et concourent à compléter le magnifique ensemble de la métropole de Cologne.
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