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-Par Jules ffallAaA
ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE, A VIENNE
Au nombre des grands monuments du moyen âge que l’Allemagne présente à l'admiration et à l’étude des artistes, des antiquaires et des amateurs, il en est surtout quatre qui doivent attirer particulièrement notre attention. Ces édifices sont la cathédrale de Cologne, l’église Notre-Dame de Fribourg en Brisgau, et les cathédrales de Saint-Pierre de Katisbonne et de Saint-Étienne de Vienne. Si la capitale de l'Autriche n’est pas aussi riche en édifices du moyen âge que beaucoup d’autres grandes villes de l’Allemagne, elle possède en revanche une cathédrale du plus haut intérêt pour l’art et son histoire. Le temps nous a conservé les dates précises de la fondation de ses différentes parties , ainsi que le nom des architectes qui les ont conçues et édifiées. Saint-Étienne est une mine abondante dont les matériaux peuvent puissamment servir aux études de l’architecte. Il pourra, dans tous ses détails, y étudier le style à ogive du XIV' siècle; il pourra y suivre la décroissance de la beauté de ce style, sa transition à l’architecture du XVe siècle, et. dans la belle tour méridionale de Saint-Étienne de Vienne, il pourra enfin s’instruire de la haute science qui a concouru à l’édification de cette sorte d’ouvrages. Donc sous tous les rapports de l’art et de son histoire, ce monument offre un vif et puissant intérêt à ceux qui s’identifient aux grandes créations d’une époque que quelques hommes, à demi lettrés et point artistes du tout, ont encore l’enfantillage de déprécier avec un superbe mépris. Ces hommes cherchent mais ne trouvent point d’écho dans l’opinion publique, et leurs idées mesquines ne rayonnent que dans le petit cercle de coteries auxquelles ils appartiennent. On ne juge plus, Dieu merci, les grandes créations de l’art à travers le prisme de certaines sociétés; tous les hommes de bon sens jugent eux-mêmes des œuvres qui se présentent à leurs regards, et l’immense majorité admirera davantage des monuments comme Notre-Dame de Reims, les flèches de Strasbourg et de Vienne, que le Panthéon de Rome ou l’arc de triomphe de Septime Sévère. Mais revenons au monument qui doit nous occuper, et qui sera toujours l’admiration de toute intelligence supérieure et libre de préjugés.
Saint-Étienne de Vienne n’a pas été bâti d'un jet : aussi présente-t-il l’architecture de différentes époques, et, malgré cette circonstance, cette cathédrale offre cependant un ensemble harmonieux et imposant. Lorsqu’en 1144 le margrave Henri II, surnommé Jasomirgott, fit sortir Vienne des ruines de l’ancienne Vindobona ou Fabiana des Romains, il l'enrichit aussi d’une église qui, agrandie dans la suite des siècles, est enfin devenue la cathédrale actuelle. Trois ans après, c’est à-dire en 1 147, la basilique de Henri II fut achevée avec ses deux tours appelées Tours des païens, et consacrée à saint Étienne, le premier martyr chrétien, par Reinibert, évêque de Passau. Le margrave avait choisi pour architecte de cet édifice Octavien Falkner, né à Cracovie. L’œuvre de cet habile architecte n’existe toutefois plus eu entier; il n’en subsiste que les deux tours du portail occidental et la partie comprise entre elles. Car l’église du XIIe siècle fut incendiée en 1258 et en 1 265, et plus complètement par le troisième incendie arrivé en 1276, qui la détruisit presque en totalité. Le curé Bernard de Prambach, aidé par la libéralité du roi Ottocar II de Bohème, rebâtit le monument, et eut le bonheur de pouvoir même l’élever à une hauteur considérable. Il faut que les travaux aient été poussés avec une activité et une promptitude toutes particulières, pour que l’empereur Rodolphe de Habsbourg ait pu venir célébrer, en août 1278, dans Saint-Étienne, son triomphe sur Ottocar II, roi de Bohême. L’histoire ne nous rapporte pas qu'on ait travaillé au monument jusqu’au règne d’Albert II : ce duc commença l’agrandissement de l’église. Le chevalier Ulric de Tirna et sa femme Berlhe avaient fait élever en l’année 1 326 une chapelle dite de la Croix, et aujourd'hui consacrée à saint Eugène, sur la face du nord de la tour septentrionale du portail principal. Albert fit bâtir du côté opposé, c’est-à-dire au sud, et seulement quelques années plus tard, une autre chapelle dite des Fonts, appelée à présent chapelle Saint-Éloi. Il fit aussi considérablement élever la façade occidentale et bâtit la nef actuelle. 11 fit également construire un chœur consacré le 23 avril 1340 par Albert, évêque de Passau. Ce chœur s’étendait, suppose-t-on, jusqu’au maître-autel actuel, et il avait la largeur de la nef.
Quant au plan, Saint-Étienne ne reçut son apparence actuelle que sous le règne du successeur d’Albert 11, le duc Rodolphe, surnommé le Fondateur. En 1 358, il commença à faire achever l’œuvre que son père avait si noblement commencée. Il termina la nef et en fit les voûtes, ainsi que le toit surhaussé qui les couvre. Ensuite il fit démolir le chœur qu’Albert avait fait bâtir, et posa la première pierre du chœur actuel, le 7 avril 1359. Il finit par couronner son œuvre en faisant jeter les fondements des deux grosses tours latérales de Saint-Étienne que l’architecte Wenzla plaça très-habilement au-dessus des extrémités des deux transsepts. Ce grand artiste n’éleva cependant la tour du midi que jusqu’aux deux tiers de sa hauteur totale, et il mourut en l’année 1404. Les innombrables sculptures et le grand nombre de statues que le duc Rodolphe IV fit exécuter et placer à Saint- Étienne, tant à l'intérieur qu’à l’extérieur, furent exécutées par Henri Kumpf, natif de la Hesse, et Christophe
Horn de Diinkclspül, deux artistes d’un talent supérieur, à en juger par le mérite de leurs œuvres. C’est surtout par les travaux qu’ils ont faits aux portails latéraux qu’on peut apprécier la richesse de leur imagination et l'habileté de leur main. Rodolphe ne vécut pas longtemps ; mais son successeur Albert III et l’empereur Albert II mirent une grande activité dans l’achèvement de l’église de Saint-Étienne. Leur sollicitude se dirigea surtout vers la grosse tour méridionale, à la construction de laquelle se voua avec ardeur et zèle jusqu’en 1 129, maître Pierre Brachawitz, qui avait succédé à Wenzla, mort en 1 404, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Il fut réservé à son habile compagnon et successeur, Jean Buchsbaum, de terminer, comme maître de l’œuvre tic Saint-Étienne, la belle flèche, ce qui eut lieu le quatrième jour après la Saint-Michel de l’année 1433, comme le disent les chroniques. Commencée eu 1359, il s était donc écoulé soixante-quatorze années pendant la construction de cette magnifique partie du monument. Jean Buchsbaum continua aussi la partie non achevée de l’église, commencée par le duc Rodolphe; mais elle ne fut terminée que sous Mathias, roi de Hongrie, lorsqu’il devint maître de la ville de Vienne.
L’histoire de la construction de la tour de Saint-Étienne et de celle de plusieurs autres monuments du même genre nous fait voir quel temps infini l’on mettait à l’édification de ces gigantesques aiguilles qui semblent bâties d’un seul jet et qui nous saisissent toujours d’un si grand étonnement. La tour de la cathédrale de Strasbourg, commencée en 1277, ne fut achevée qu’en 1439; on mit donc cent soixante-douze ans à l’élever. L’on mit un siècle à celle de Fribourg en Brisgau, et quatre-vingt-six ans à celle de l’église de Thann en Alsace, commencée en 1430 et terminée en 1516. La belle tour de l’église Saint-Martin de Landshut, commencée vers 1 432, pense-t-on, fut achevée en 1478; elle a donc été quarante-six ans en construction. La tour non achevée du dôme de Francfort-sur-le-Meiu fut commencée en 1 4 1 5 et seulement portée à sa hauteur actuelle en 1512.
Le 13 août 1450, Jean Buchsbaum continua aussi la construction de la tour occidentale et non achevée. Buchsbaum mourut en l’année 1454, et il institua la cathédrale pour son légataire universel. Les architectes qui lui succédèrent furent Léonard Steinhauer (le tailleur de pierres), Laurent Pfenning de Dresde, et, vers 1 480, Seifried Kœnig de Constance. A cette époque, Vienne fut érigée en siège épiscopal. Au commencement du XVIe siècle, George Khlaig d’Erfurt et Antoine Pilgram de Brünn continuèrent la construction delà tour, qui n’avança que très-lentement, parce que les fonds vinrent à manquer, et qu’on n’eut pour toutes ressources que les legs pieux et les faibles sommes que donnait le souverain, et qu’en outre le salaire de la journée devint très-élevé, de façon qu’on ne put employer que dix à douze ouvriers journellement. Enfin, en 1516, lorsque Grégoire Ilauser était architecte de l’œuvre de Saint-Étienne, on fut obligé de suspendre entièrement la construction de cette tour. En 1579, Jean Saphoy éleva la partie centrale qui porte actuellement le toit.
L’église de Saint-Etienne forme une croix latine. Elle est bâtie entièrement en pierres de taille d’un appareil du plus grand soin, et liées entre elles par des crampons de fer. Sa longueur totale hors d’œuvre, depuis le mur extérieur du porche occidental jusqu a celui qui forme la clôture orientale du chœur, est de 105”, 26. La plus grande largeur de l’extérieur d’un transsept à l’autre est de 70m,17. Les murs extérieurs ont 25m,00 d’élévation. De légers et élégants contre-forts s’élèvent avec hardiesse contre ces murailles, entre lesquels sont pratiquées trente et une belles fenêtres, ornées la plupart de magnifiques vitraux et qui s’étendent jusqu a la hauteur des voûtes supérieures. Au-dessus de ces fenêtres s’élèvent les deux toits gigantesques, pour la construction desquels l’on employa plus de deux mille neuf cents arbres, nous rapporte l’histoire. Le toit de la nef qui date du règne du duc Rodolphe IV, commence au-dessus du porche occidental et s’étend jusqu’aux deux grosses tours: il a une hauteur de 33m,34. Le toit du chœur, élevé sous le règne de l’empereur Frédéric III, a 2l“, 17 de hauteur. A la naissance de ces deux toits, il existe de larges chéneaux terminés par une riche balustrade découpée et ornée de clochetons et de sculptures. La couverture consiste en tuiles vernissées de couleur blanche, rouge et verte.
La cathédrale a cinq entrées, abritées chacune par des vestibules ou porches. La façade principale est tournée vers le couchant, selon l’usage consacré. Elle a 44m,60 de longueur. Sa hauteur jusqu’au-dessus de la balustrade centrale est de 3 1 mètres. Cette façade présente un mélange de plusieurs styles peu harmonieux ; elle n’est remarquable que par son âge. Les deux tours, dites « des païens , » et la partie contenue entre elles, sont encore les restes vénérables de l’ancienne église bâtie en 1144 par le margrave Henri II ; mais la grande fenêtre à ogive au-dessus de l’entrée appelée porte du Géant, ainsi que les statues de saint Étienne, de saint Laurent et de l’archange saint Michel, et la balustrade de couronnement, sont bien postérieures et datent du XIV* siècle.
La partie la plus remarquable de l’ancienne construction du XII* siècle est sans contredit la grande porte
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dite du Gcant , qui offre tous les caractères distinctifs de l’architecture romane du commencement de îa transition. Le porche qui la précède et dont l’arcade est formée par une belle et grande ogive ayant à sa nais» sance 5m,50 de longueur, offre de chaque côté sept colonnettes placées sur la face biaise ou embrasure de la porte. Ces colonnettes portent des chapiteaux variés et superposés de feuillages exotiques, mêlés de tètes d’hommes et d’animaux, d’une grande variété, ainsi que d’une remarquable élégance. L’archivolte, composée d’autant de boudins qu’il y a de colonnettes latérales, est d’un plein cintre surbaissé, le point de l’arc qui le décrit étant à 0m,22 au-dessous de sa naissance. Les colonnettes, ainsi que les boudins de l’archivolte, sont ornés de feuilles alternant avec des galons entrelacés et d’une grande richesse. Entre les chapiteaux et l’archivolte règne une frise d’environ 0m,30 de hauteur, contenant une ornementation très-riche et très-variée. On y voit des oiseaux enlacés par le cou, un enfant dont la tête est couverte d’un capuchon, des lions, des monstres ailés et d’autres animaux fantastiques et à forme curieuse, enfantés par une imagination brillante et féconde. Au-dessus de cette frise, on a placé les bustes de seize personnages, parmi lesquels on reconnaît facilement les douze apôtres. Le bas-relief au-dessus delà porte représente Jésus-Christ assis sur un trône et magnifiquement vêtu, le livre de vie dans la main gauche, la droite levée pour bénir ceux qui entrent dans le temple. Notre- Seigneur est représenté dans une auréole elliptique formant un angle en haut et en bas ; il a un nimbe cruciforme. L’auréole est soutenue par deux anges également nimbés. On aperçoit, au mur de face de ce porche, de très-singulières sculptures , d’une composition extrêmement fantastique et difficile à expliquer. Elles se composent d’un groupe représentant un homme domptant un lion ; de lions placés derrière une colonne aux extrémités du porche, et qui semblent devoir en être les gardiens ; d’un jeune homme assis, la jambe gauche appuyée sur la droite; des bustes d’un homme et d’une femme; d’un juif agenouillé; d’un griffon ayant des pieds, une tète d’homme, etc., etc. La largeur extérieure de ce porche est de llm,37, sa hauteur jusqu’à la corniche 9“,50, et sa largeur intérieure 7“, 60.
Les autres parties de la construction du XIIe siècle sont assez pauvres, et ne montrent que trop clairement l'impuissance de l’artiste à décorer convenablement cette grande superficie de murs. A l'exception des œils-debœuf ou roses d’un goût parfait, elle est presque nue, et n’offre elle-même aucune proportion convenable. Nous ferons le même reproche aux deux tours échappées à l’incendie de 1258. Ces tours ont une hauteur de 63”, 85 : elles sont octogones. Nous ne pensons pas que la pyramide qui les couronne soit du XIIe siècle ; son architecture nous fait croire qu elle date du milieu du XIVe siècle. La partie perpendiculaire de ces tours a une grande analogie avec celle de l’église de Fribourg en Brisgau , avec les tours orientales du dôme de Naumbourg , et même encore avec celles de l’église de Guelhausen , de la première moitié du XIIIe siècle. Les statuettes d« saint Étienne et de saint Laurent, d’un mètre de hauteur, qui couronnent le sommet des pyramides des tours de Saint-Étienne de Vienne, n'y furent placées qu’en l’année 1631. D’après une ancienne gravure sur bois de 1502, il y avait auparavant, à la place de ces statuettes, une croix et une couronne.
La chapelle de la Croix, à la gauche du spectateur, placée sur la face du portail occidental, et celle de Saint- Éloi à sa droite, en forment les deux extrémités. Elles sont ornées chacune d’une belle rose, dont le diagramme a pour principe la figure du carré, et peuvent être rangées parmi les plus belles et tes plus gracieuses créations de cette espèce qui nous restent du moyen âge. C’est aux contre-forts élégants et si richement ornés que se trouvent les statues, plus grandes que nature, du duc Rodolphe IV et de sa femme Catherine, placées tous deux sur un lion, et accompagnés d’écuyers portant leurs armes et celles de la ville de Vienne. Au-dessus de ces deux chapelles, s’en élèvent deux autres d’une fort belle architecture, et dédiéesà saint Barthélemy et à saint Jean-Baptiste. C’est dans cette dernière, située au-dessus de la chapelle ditede la Croix, que l’on conserve une partie des ornements de l’église; elle est appelée aussi, pour cette raison, chapelle du Trésor.
Si la façade occidentale de la cathédrale devienne offre un grand intérêt en nous présentant plusieurs styles d’architecture de différentes époques, ayant plus de deux siècles de distance, eet intérêt doublera en étudiant les façades latérales du nord et du sud. On est frappé d’admiration et saisi d’étonnement, lorsqu’on porte ses regards tout à coup sur la façade méridionale, où l’œil aperçoit dans toute sa splendeur un monument harmonieux et achevé de la plus belle époque de l’architecture à ogive en Allemagne. Là, on voit nu centre, avec un plaisir infini, la célèbre et haute tour qui semble s’elever en triomphe pour se perdre dans les cieux.
Les deux chapelles dont nous avons parlé plus haut forment des avant-corps sur les faces latérales. Elles sont flanquées de contre-forts richement ornés de colonnettes, de frontons à feuilles à crochets, de clochetons, de pyramides, etc., etc. Entre ces beaux contre-forts, s’élèvent deux étages de gracieuses fenêtres, dont les me-
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neaux, à dessins élégants, forment autant de chefs-d’œuvre. La nef s'étend depuis ces chapelles jusqu’aux tours placées sur l’axe des transsepts. Elle présente de chaque côté sept grandes fenêtres, qui contiennent toutes à leur sommet des compartiments d’un dessin différent. Deux fenêtres sont toujours accouplées et comprises entre deux contre-forts. A l’extérieur il règne une frise et une corniche au-dessus de ces fenêtres , ornées de feuillages, et desquelles sortent , aux angles des contre-forts , des gargouilles représentant les animaux les plus fantastiques et les plus curieux. Au-dessus de la corniche, il existe une balustrade faisant tout le tour de l’église ; à l’endroit de la nef, cette balustrade est surmontée par quatre frontons aigus. Ces frontons ne sont pas achevés, il n’y en a qu’un seul, le premier sur la face méridionale, qui soit terminé et en harmonie avec la richesse du reste de la décoration du monument.
Les deux petits porches en avant de l’entrée pratiquée au nord-est et au sud de la nef, ne contribuent pas médiocrement à l'embellissement des faces latérales de Saint-Étienne. Ils sont hexagonaux et présentent un angle de front, ainsi que le fait voir notre plan. Ils sont éclairés par trois fenêtres richement ornées de roses au sommet, et entre lesquelles il y a à l’extérieur d'élégants clochetons à pyramide, offrant des niches et de belles statues. Ces porches sont couronnés par un parapet très-élevé, orné de compartiments géométriques, de clochetons gracieux et de sculptures. Mais c’est surtout aux portes conduisant à l’intérieur de l’église que 1 architecte a déployé toute la richesse de son imagination. On admire en particulier, à celle dite de la Cour épiscopale, les deux belles statues en pierre représentant la mort et le couronnement de la sainte Yierge. Dans la division inférieure du tympan à ogive, au-dessus de cette porte, l’on voit le corps de la Vierge posé sur un lit de repos et entouré de femmes pieuses et d'apôtres, tous dans une attitude de tristesse et de deuil. A côté du lit est placé Jésus-Christ : il a la main droite levée pour bénir, et sur sa main gauche l’on aperçoit lame flottante de sa mère, représentée par une petite ligure habillée, ainsi qu’on le voit encore ailleurs dans les ouvrages plastiques de la même époque. Dans la division supérieure de ce même tympan, séparée de la précédente par une espèce de toit richement sculpté et composé de frontons à ogive en accolade, de clochetons, d’une rangée d’arcades à plein cintre, couronnée d’une frise à feuillages, l’on voit la vierge Marie assise à la droite deDieu, qui lui place sur la tète, commercine des cieux, une couronne, en présence de tous les chœurs d’anges composant la hiérarchie céleste. L’encadrement monumental de cette porte est des plus riches. Il se compose de deux rangs de statuettes de 0,n,80 de hauteur. Dans la partie inférieure, on voit la statuette du duc Rodolphe IV, portant le modèle d’une église dans la main droite ; en face de lui, on aperçoit sa femme Catherine. Les deux figures sont accompagnées de leurs écuyers portant leurs écussons. Parmi les dix figures de la voussure, continuation de l’encadrement perpendiculaire de cette porte, l’on distingue clairement sainte Catherine, sainte Barbe, sainte Élisabeth, sainte Agnès et sainte Geneviève, qui ont chacune leur attribut.
Laporte d'entrée du sud, nommée le Singerlhor , est égale à la précédente, quant aux dispositions générales. Mais, là, la voussure ne contient que des statuettes d’hommes. On n’y a pas non plus oublié les statues de Rodolphe IV et de sa femme Catherine. Les deux bas-reliefs du tympan au-dessus de la porte représentent la conversion et la décollation de saint Paul.
Aux extrémités des transsepts sont placées les grosses tours. Au sud s’élève majestueusement celle qui est achevée, et qui rend immortels les architectes Wenzel de Klosterneubourg, Pierre de Brachawitz et Jean Buchsbaum. Cette tour est la plus grosse de l’Europe, mais elle n’est pas la plus haute, comme on l a prétendu.
Elle est entièrement bâtie en pierre de taille, et il est impossible de voir une niasse plus forte rendue aussi légère et aussi élégante par l'heureuse combinaison et par l’habile choix de l'ornementation. La hauteur de la tour de Saint-Étienne est de 136m,95. Elle penche visiblement vers le nord, et la déviation de l’axe n’est pas moins de 0"“,98. Vue de face, la tour a l’aspect d’un cône; mais si l’on se place sur une des diagonales ou sur un des angles, cet aspect change immédiatement, et alors les clochetons et les pyramides s’épanouissant par étages superposés, semblent se détacher de la masse générale, et lui donnent un caractère de fierté et de hardiesse prodigieuse.
La proportion des parties au tout est d’une harmonie et d’un bonheur accomplis. La diminution de la largeur de ses innombrables étages à mesure qu’ils approchent delà pyramide, est presque imperceptible et calculée avec un rare talent; l'architecte est parvenu, par ce moyen, à dissimuler toute apparence de pesanteur qu’une masse de pierre aussi considérable aurait pu facilement affecter.
La troisième entrée de la cathédrale est sous la tour méridionale; son porche n’est pas aussi élégant ni aussi richement décoré que les trois autres entrées précédemment nommées. Il n’y a point de statues dans les niches destinées à en recevoir.
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Au-dessus des trois arcades à ogive très-aiguës , s’élèvent deux fenêtres jumelles, sous lesquelles sont placées les armes des provinces autrichiennes (* (**)) ; au-dessus de ces deux baies, existe un grand fronton triangulaire, qui se répète sur les quatre faces de la tour, et qui cache une partie de la grande fenêtre ou ouïe, de 1 Gm de hauteur, destinée à l’échappement des sons des cloches. Plus haut encore, s’élèvent des frontons triangulaires et jumeaux, derrière lesquels est pratiquée la grande fenêtre supérieure de la tour aboutissant au cadran. Au-dessus du cadran, le tronc de la tour se détache visiblement de la pyramide, par un chéneau et une bqlustrade richement découpée et maintenue par douze clochetons isolés de près de 9m d’élévation (*¥).
La partie supérieure de la tour de Saint-Étienne présente une pyramide à huit pans, de 50», 70 de hauteur, y compris le pompon de couronnement en feuillage. Elle est composée de côtes verticales, de frontons et de découpures à jour de plusieurs formes, et elle offre quatre étages. Sur ses huit arêtes sortantes sont placées des touffes ou feuilles de près d’un mètre de saillie, espacées à lm,30 les unes des autres, et fixées par des barres de fer en croix, traversant de part en part la construction. Le pied de cette pyramide a 7M,50 de diamètre d’une face extérieure à l'autre. On monte dans cette tour jusqu’à la hauteur du faîtage par cinq cent cinquante-trois marches en pierre, et plus haut par deux cents en bois. La pyramide n’est accessible que par des échelles. La tour opposée et non achevée du nord ressemble en tout à celle du midi, quant à l’ensemble. Elle a 45m,20 d’élévation; il n’est question ici que de la partie bâtie au moyen âge. Sa hauteur totale , y compris la construction de Jean Saphoy de l’année 1579, est de G4m,80 jusqu’au pied de l’aigle. Le porche qui précède l’entrée de cette tour a les mêmes dispositions que celles du sud. A l’intérieur cependant, elle est plus richement ornée de sculptures et de baldaquins travaillés à jour.
Derrière ces deux grosses tours, commence le chœur, dont l’architecture, moins riche que celle delà nef, est cependant en harmonie avec elle. Sa terminaison orientale ressemble à celle des basiliques anciennes : la partie centrale et les deux collatéraux se terminent polygonalement à trois pans, formés par l’octogone. Sur les quatre arêtes de ces trois pans s’élèvent des contre-forts élancés , mais de la plus grande simplicité. Cinq fenêtres, de plus de 15 mètres d’élévation , à deux meneaux perpendiculaires, se perdant dans de riches combinaisons curvilignes, éclairent cette partie centrale de 1 édifice. Les deux chapelles polygonales latérales ne sont éclairées que par deux fenêtres. Les bas côtés offrent quatre contre-forts et autant de fenêtres. Au-dessus de ces dernières règne une élégante et riche corniche ornée de feuillages, couronnée d’une balustrade pleine de goût , supportée au droit des contre-forts par de gracieux clochetons à pyramide.
Si l’aspect extérieur de Saint-Étienne pénètre l ame d’un sentiment de pieuse vénération, ce sentiment redouble lorsqu’on entre dans cet imposant monument. L’obscurité mystérieuse qui enveloppe le spectateur sous ces voûtes séculaires et hardies, ce jeu de teintes diverses et infinies produites par les vitraux peints enchâssés dans ces hautes et solennelles fenêtres, le ton grisâtre des murs et des piliers, qui contraste avec les couleurs de ses dalles, contribuent avec la solitude et la tranquillité qui régnent dans ces nefs, avec la richesse universelle des œuvres d’art prodiguée dans ce monument, contribuent, disons-nous, à saisir le spectateur d’une sainte admiration et d’un recueillement religieux et profond.
Douze piliers hardis supportent les voûtes obscures des trois nefs, qui, réunies, ont 36,n,60 de largeur. Ces douze piliers séparent la nef centrale d’avec les bas côtés. La largeur de la nef principale n’excède que de fort peu celle des collatéraux. Dans le chœur, dont les voûtes sont également supportées par deux rangs de piliers, au nombre de douze, six de chaque côté, les trois divisions longitudinales ont la même largeur. La hauteur de la nef est de 27m20 ; celle des collatéraux est de 21m,80. Les piliers sont fort compliqués et abondamment fuselés. Ils sont ornés de coupoles et de dais ou baldaquins d'une grande richesse, sous lesquels sont placées de« statues. Saint-Étienne de Vienne a cette particularité en commun avec la cathédrale de Strasbourg et l’église de Fribourg en Brisgau. Chaque pilier offre six statues, dont trois sont tournées vers la nef et trois autres vers les bas côtés. Celles de ces statues qui font face à la nef sont placées à une plus grande élévation que les autres.
Le chœur est plus simple que la nef; le maître-autel est placé à son extrémité orientale. Ses piliers ne supportent que de simples voûtes d'arête, dont les clefs ne sont ornées que des attributs des évangélistes.
Sous le rapport de l’architecture, les quatre principales chapelles de la cathédrale méritent encore 1 atten-
(*) L’Autriche supérieure et inférieure , Vienne , le Tyrol , la Carniole et la Styrie.
(**) C’est contre le clocheton du nord-est qu’on aperçoit le banc de pierre sur lequel était assis le comte de Stahremberg pour suivre les mouvements des ennemis pendant le second siège de Vienne, en l'année 1GS3.
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tion particulière de l’artiste et de l’antiquaire. Deux d’entre elles sont placées contre la face orientale des deux grosses tours ; les deux autres se trouvent sur la façade, entre les deux tours occidentales du XII* siècle. La chapelle Sainte-Catherine, au pied de la tour achevée du midi, et celle de Sainte-Barbe, du côté opposé, ont une voûte offrant une étoile à huit branches, et dont les nervures diagonales viennent gracieusement se réunir au centre, dans la clef de voûte pendante. Le plan de ces deux chapelles représente un octogone; elles ont une sorte de petit chœur orné à l'extérieur de quatorze contre-forts, et entre lesquels il existe trois belles fenêtres ornées de roses et de compartiments. La chapelle de Sainte-Catherine est de la fin du XIVe siècle ; celle de Sainte-Barbe est d’un siècle moins ancienne.
L’ancienne chapelle, bâtie en 1326 parle chevalier de Tirna, aujourd’hui chapelle de Saint-Eugène et placée au nord de la façade occidentale, a été mutilée et décorée dans le style moderne. Mais, du côté opposé, la chapelle de Saint-Éloi a heureusement conservé tout son caractère primitif. La grande quantité de statues de saints placés sous des dais richement sculptés adaptés aux piliers du pourtour intérieur de cette chapelle, les fenêtres si magnifiquement ornées à leur sommet de feuillages sculptés, ainsi que la grande rose de 3m,20 placée derrière l’autel de Saint-Éloi et ornée de beaux vitraux peints, en font la plus belle chapelle de laj cathédrale.
Entre les deux dernières chapelles que nous venons de nommer et la porte du Géant, sont situées les entrées des escaliers conduisant au pied des tours de la façade. La partie inférieure de ces tours contient encore à l’intérieur des piliers de l’ancienne église, avec des chapiteaux d’une grande magnificence, et qui datent du règne du duc Henri II. Au-dessus de l’axe de la porte des Géants est située la tribune de l’orgue.
La haute ou grande sacristie se trouve à l’extrémité orientale du collatéral du nord; elle a été bâtie en 1466, agrandie et couverte en cuivre en 17 18. Du côté opposé, l’on voit le trésor de l’église , où l’on conserve les reliques, au nombre de deux cents. La basse ou petite sacristie est située sur la façade méridionale de la nef et contre la face occidentale de la grosse tour achevée du midi.
Entre l’entrée méridionale de la nef et le troisième contre-fort de la chapelle de Saint-Éloi, à l’extérieur de la cathédrale, l’on voit le tombeau du Minnesœnger Nithart Fuchs, le conseiller spirituel du joyeux duc Otlion d’Autriche, mort à la fin du XIIIe siècle.
La chaire à prêcher et la tribune de l’orgue sont trop intimement liées à la construction de Saint-Étienne elle-même, pour que nous puissions omettre d’en donner ici la description et l’histoire. La chaire, dont la belle et savante exécution ne saurait être assez admirée, est élevée contre le pilier central de la rangée de piliers de la nef qui la sépare du collatéral du nord. A l’exception de son élégant dais, qui est sculpté en bois, elle est entièrement exécutée en pierre. Le corps de la chaire est surtout remarquable. Elle représente quatre niches surmontées d’un couronnement extraordinairement riche, composées de frontons à ogive en accolade, enlacées les unes dans les autres, et ornées de feuillages et de pyramides intermédiaires formant la croix de Saint-André. Dans ces espèces de niches sont placés les bustes des quatre Pères de l’Église, de grandeur naturelle. Ces niches sont séparées par de petites colonnettes, eu avant desquelles il y a des piédestaux élégants supportant de petites figures de saints. Le pied de la chaire, orné à l’infini de colonnettes et de pilastres isolés entre lesquels sont placées vingt statuettes gracieuses d’environ 0,n,15 de hauteur, présente une légèreté extraordinaire par les découpures, les à-jour et les parties isolées que l’artiste a su y pratiquer avec un si rare bonheur, une habileté si parfaite et une science si profonde. Le baldaquin octogone suspendu au-dessus de ce chef-d'œuvre est d’une composition tout aussi compliquée que la chaire elle-même. Un soubassement supporte des bas-reliefs séparés les uns des autres par de minces contre-forts et de petits arcs-boutants. Ces bas-reliefs représentent les sept sacrements. Le tout est couronné de frontons, hors desquels s’élève une pyramide ornée de feuilles et d’anges à son sommet. La rampe circulaire est d’un merveilleux effet : elle se compose de roses ou lobes avec compartiments circulaires formés du triangle et du carré. La main courante est ornée d’écureuils et de grenouilles qui grimpent au sommet.
La hauteur de cette magnifique chaire, depuis la dalle jusqu’à la pointe du dais, est de 8m,70. La chaire elle-même, c’est-à-dire sa corbeille, a 3ra,60 de hauteur jusqu’à l’appui. Elle a été achevée en 1430 et sous la direction de l’architecte Jean Buchsbaum, par les tailleurs de pierre André Grabner, Conrad de Himperg, Pierre de Nurenberg, George Achmülner, Jean Pehen et Jean de Vartzheim.
Au pied de la chaire, contre son noyau et au-dessous de l’escalier, l’on voit une petite fenêtre carrée , une sorte de niche, hors de laquelle se penche un homme vu jusqu’à mi-corps. De la main droite il tient un compas, et la gauche est levée et semble ouvrir le volet de la niche. Un autre buste formant console sous le pied
— ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE, A VIENNE
de l’orgue , représente le même personnage tenant une équerre dans la main gauche et un compas dans la droite. Ces deux bustes en pierre sont d’un grand intérêt sous deux rapports différents. Car ils représentent sans aucun doute des portraits , et secondement , comme œuvre d’art, ils peuvent être placés parmi les plus belles sculptures du moyen âge en Allemagne.
On a prétendu que les deux bustes en question ne représentaient pas Antoine Pilgram de Brünn, qui n’a été employé qu’au XVIe siècle comme architecte de la cathédrale. Le buste de la chaire représente un homme d’environ quarante ans. L’autre, au pied de la console de l'orgue, exécuté en même temps que la tour non achevée, entre les années 1450 et 1454, représente un homme de soixante et quelques années, ce qui correspondrait parfaitement à la vie de Jean Buchsbaum qui mourut à l’âge de soixante-quatre ans, en l’année 1454. Cependant le costume et surtout la coiffure, qui consiste en cette toque portée par Maximilien, Albert Durer, Érasme, etc., trahissent l’âge et la date de ces deux bustes, qui, pour cette raison péremptoire, ne peuvent pas avoir été exécutés avant le XVIe siècle ou tout au moins vers la fin du XVe.
La tradition rapporte que Jean Buchsbaum, l’habile architecte qui a terminé le sommet de la tour de Saint- Étienne, jaloux de son élève Antoine Pilgram, précipita ce dernier en bas de l’échafaudage où ils travaillaient ensemble. Cette tradition n’a aucun fondement et tire son origine d’une ancienne sculpture de la cathédrale. A gauche et au-dessus de l’arcade du porche de la façade occidentale, l’on voit une sculpture représentant un jeune homme appuyant sa jambe gauche sur la droite : il semble blessé et se reposer. Le costume de ce jeune homme est celui du XVIe siècle. Il suffit de rappeler toutefois, pour détruire la vraisemblance de la tradition , que maître Buchsbaum est mort au moins un demi-siècle avant qu’Antoine Pilgram ne fût employé comme architecte à Saint-Étienne de Vienne.
Il existe dans la chapelle de Sainte-Catherine de la cathédrale de Saint-Étienne, des fonts baptismaux de la fin du XVe siècle. Ils sont à douze pans, et leur diamètre est de 1 58. Chaque face est ornée de la figure d’un apôtre, ayant son attribut consacré, et exécuté avec hardiesse, élégance et habileté. La cuve est un marbre rougeâtre et veiné. Le pied est en pierre et orné des statues des quatre évangélistes, moins bien exécutées que celles des apôtres. Autour de la cuve on lit les quinzième et seizième versets du dernier chapitre de l'évangile saint Marc : lte in orbem universum et predicate evangelium omni créature ; qui crediderit et baptizatus fuerit , salvus erit ; qui vero non crediderit , condemnabitur . Marci ult. cap. — Complétant est lapidis opus an Dni. mcccclxxxi.
Il existe, dans notre cathédrale des stalles fort remarquables; de chaque côté du chœur, on en compte vingt basses et vingt-trois hautes, en tout quatre-vingt-six. Les stalles hautes ont 3m,66 d’élévation, et 0m, 75 de largeur. Elles sont séparées les unes des autres par une colonnette élégamment sculptée et décorée, dont le chapiteau forme en même temps console , qui supporte des statuettes de 50 centimètres de hauteur, représentant des rois et des saints, et recouvertes d’un gracieux baldaquin. Les dossiers présentent trois compartiments perpendiculaires. Le premier, coùronné d’un plein cintre formé de fines baguettes, et pénétrées par des carrés, ne contient d’ornementation qu’à son sommet. Le second compartiment se compose d’un bas-relief représentant la passion de Notre-Seigneur, et le troisième enfin de pénétrations architectoniques, variant à l'infini. Les stalles se terminent par une corniche horizontale, et non par des frontons et des clochetons, comme nos belles stalles d’Amiens. Quant à leur goût et à leur exécution, elles sont aussi infiniment inférieures à ces der nières.
Les stalles basses sont moins richement ornées; leur dossier forme en même temps le prie-Dieu des stalles hautes. On aperçoit sur leurs' faces latérales des bas-reliefs remarquables dont les sujets sont tirés de l’histoire sainte : au-dessus de ces sculptures, on voit des animaux très-curieux et extraordinaires. L’appui, en avant des stalles basses, et dont l’épaisseur est ornée de statuettes représentant des moines, est enrichi de nombreux feuillages, au centre desquels on a placé les armes de la maison d’Autriche et celles de la ville de Vienne. On voit sur le dossier de la première stalle haute de gauche, en allant de la nef au chœur, les armoiries de la Lombardie. L'on aperçoit sur un livre tenu par un des moines représentés dans l’épaisseur de l’appui, un monogramme formé des lettres I et S. George Syrlin, sculpteur et artiste très-habile, exécuta les stalles de la cathédrale d’Ulm en 1469. George Syrlin le cadet était également un artiste distingué. L’étonnante ressemblance entre les stalles de Saint-Étienne et ces dernières, peut faire présumer que ces deux ouvrages eurent pour auteur le même sculpteur.
A 1 extrémité du bas côté méridional du chœur est placé le beau tombeau de l'empereur Frédéric III, que nous n’entreprendrons pas de décrire, parce qu’il nous faudrait pour cela un volume entier. Ce monument a
- STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT
été exécuté en marbre de Salzbourg, veiné blanc et rouge : il est placé sur un piédestal de 63 centimètres de hauteur, et entouré sur ses quatre faces d’une clôture de 6m,05 de longueur, sur 3m,52 de largeur et lm, 13 de hauteur. Le sarcophage a 3m,86 de longueur, 2^,00 de largeur sur lm,50 de hauteur. Commencé dès le vivant de l’empereur par le sculpteur Nicolas Lercli de Strasbourg, ce tombeau ne fut achevé qu’en 1513. Lerch avait été appelé à Vienne par l’empereur dès 1467, et il mourut en 1493.
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Pulpito.
-Par Jules Gazlhabaud
église de saint-laurent, a ixurenberg
Le XIIIe siècle est sans contredit la plus belle époque de l’architecture du moyen âge. Les monuments des règnes de Frédéric II. de Rodolphe Ier d'Allemagne, de Louis VIII et de saint Louis de France n’ont plus, à la vérité, cette mâle puissance, ce caractère éminemment sacerdotal et hiératique des XIe et XIIe siècles; mais aussi ils sont plus originaux, plus complets, et surtout plus élégants d’ensemble, plus riches et plus harmonieux de détails. La transition du plein cintre à l’ogive, qui commence au milieu du XIIe siècle et qui arrive jusqu’aux premières années du XIIIe, semble en quelque sorte former l’enfance de ce style du règne de Louis IX, et que nous appellerons architecture nationale de France ; car elle s’est entièrement dépouillée des traditions antiques, elle a créé de nouvelles formes et de nouveaux types inconnus auparavant, et qui sont nés au sein de notre civilisation nationale. Ce style du XIIIe siècle, si simple en apparence au premier abord, a su revêtir des formes infinies, dont l’ogive est la source, et que trois siècles d’existence n’ont pu tarir ni épuiser. Malgré cette similitude des monuments du XIIIe siècle entre eux, lorsque l’architecte les étudie avec soin , lorsqu’il analyse leurs ensembles et leurs détails , il reconnaît immédiatement qu’ils offrent la plus grande diversité, semblables en cela aux arbres qui portent le même genre de fruits et de feuilles, mais dans le nombre desquels on ne peut en trouver deux semblables. Les plans des édifices religieux de cette grande époque forment presque tous la croix ; les portails sont ornés de sculptures et de statues, flanqués d’une ou de plusieurs tours; les côtés latéraux ont des contre-forts et des arcs-boutants; toutefois les parties principales, comme les accessoires, présentent une variété infinie qui fait un des charmes de cette puissante et savante architecture. Mais il n’est pas donné à tout le monde de comprendre complètement le style à ogive; il n’est pas donné à tout le monde d’en pénétrer la science profonde, d'en saisir les innombrables mérites, d’en apercevoir le sens poétique. Sa beauté et son expression peuvent et doivent frapper la foule , le plus grand nombre des mortels ; mais il faut avoir étudié longtemps plusieurs monuments du XIIIe siècle , il faut en avoir relevé toutes les parties , cubes , surfaces , étendue , moulures , ornements , etc., pour concevoir ce qu’ils renferment de savoir, de goût et de grandeur. A chaque monument l’esprit est obligé d’entreprendre un nouveau travail et de nouvelles études; et lorsque l’architecte a six , douze ou vingt monuments en portefeuille avec tous leurs accessoires et leurs détails , il est encore loin, bien loin , d’avoir seulement les éléments de ce grand style, qui se développent à l’infini , comme nous l’avons dit , et qui se font jour à travers mille et mille apparences nouvelles et encore inconnues. Dans ce style, il n’y a pas, comme dans les ordres grecs, que la colonne, l'entablement et le fronton ; il contient le développement de toutes les figures de la géométrie appliquées aux surfaces , aux cubes et à l’ornementation. 11 ne contient aucun caprice ; tout y est positif , formé d’après des lois sévères et absolues, qu’on s’est bien gardé d’oublier ou d’enfreindre. Yoilà pourquoi l’architecture du XIIIe siècle est si correcte , si majestueuse ; voilà pourquoi aussi elle est si régulière et cependant si variée. Car cette régularité qui n’ennuie pas, et cette variété qui charme à un si haut point , découlent d'uu principe, et d'un grand principe d’ordre, qui règne dans la nature entière et dans l’intelligence saine de l’homme; et une organisation complète peut saisir aussi complètement le sens et l’expression des monuments dont nous parlons. Aux esprits incomplets et médiocres appartient de ne pas être pénétrés des sublimes qualités de monuments comme Notre-Dame de Reims et Saint-Pierre de Reauvais.
Nous avons cru nécessaire de faire précéder ces courtes observations , à la description et à l’histoire du monument dont nous allons nous occuper. Elles aideront nos lecteurs à s’initier aux beautés architecturales que nous allons leur exposer, et concourront à détruire la fausseté de quelques dates assignées à certaines parties de l’édifice si remarquable dont l’histoire et la description vont suivre.
Parmi les villes d’Europe, il en est surtout deux qui conservent à un haut degré l aspect qu’elles avaient il y a quatre à cinq siècles. Ces deux villes sont Lubeck, à peu de distance des bords de la mer Raltique, et Nurenberg en Ravière, une des villes les plus curieuses du midi de l’Allemagne pour l’architecte et l’antiquaire. Parmi les nombreux et curieux monuments de cette antique et célèbre ville impériale, se distingue surtout la belle église paroissiale de Saint-Laurent (*), commencée en 1274 par Rodolphe, comte de Nassau. Elle forme un rectangle allongé, terminé à l’orient par un chœur polygonal à sept faces, formées par la moitié du polygone régulier de quatorze côtés. La forme en croix latine de cet édifice n’est point visible à l’intérieur par l’ordonnance de son plan. A l’extérieur, elle est faiblement accusée par la partie supérieure de la nef et la saillie des transsepts qui est peu considérable. L’extrémité septentrionale du transsept, nommée porte et porche de la Fiancée, date de 1520. L’extrémité méridionale, formée par la sacristie, est de la même
(*) Saint Laurent était archidiacre du naoe Sixte II , 250 après J. C.
— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT
époque, car leur architecture est identique. Cette église a cela de remarquable que tous ses contre-forts sont placés à l’intérieur au lieu d’ètre à l’extérieur, comme dans presque toutes les autres églises, et ils y sont fort habilement dissimulés. Saint-Laurent a cette particularité en commun avec les églises Sainte-Catherine de Oppenheim et Sainte-Catherine de Brandebourg. Par cette disposition exceptionnelle au moyen «âge, les chapelles sont pratiquées entre les contre-forts. Si la nef a une hauteur plus considérable que les bas côtés , le chœur s’élève aussi beaucoup plus haut que la nef. La longueur totale de Saint-Laurent est de 94m69, sur laquelle le chœur a 45m52; sa largeur est de 31m86. La largeur de la nef est dé 1 2m7 4 ; celle des collatéraux est de 6ra37.
Le chœur n’est pas de la même époque que le reste du monument. Il a été commencé en 1439, et achevé en 1477, d’après les dessins de Conrad Roritzer de Ratisbonne : il a donc été bâti en trente-huit ans. Le sanctuaire se termine intérieurement par trois côtés , formés de la moitié d’un hexagone. La nef a sept piliers de chaque côté , qui la séparent des collatéraux.
Nous arrivons maintenant à la partie la plus remarquable de l’église de Saint-Laurent, à son beau portail occidental, dont le centre est représenté par notre planche. Il a 34m de largeur. La partie centrale a 13m70de longueur sur 46"'50 de hauteur jusqu’au sommet de la pyramide du clocheton central. La tour du nord a été construite en 1283, et celle du midi en 1400, et terminée en 1403. La partie que représente notre planche date, dit-on, de l’année 1280, et n’a été achevée, selon quelques auteurs, qu’en 1332. D’autres prétendent que ce beau portail fut fondé en 1274 , et terminé en 1280. La maçonnerie avec les épannelages a pu être montée dans l’espace de six années; mais il a certes fallu plus de temps pour terminer entièrement la grande quantité de détails dont se compose ce beau portail. Il n’y aurait donc rien d’étonnant, prétendent quelques auteurs allemands, que l’ornementation et la statuaire fussent de la lin du XIIIe siècle ou du commencement du XIVe. Nous allons plus loin encore, et nous pensons que la belle rose et le pignon triangulaire qui la surmonte sont incontestablement du XIVe siècle , bien que la grande porte du dessous soit du XIIIe. 11 suffit de jeter un coup d’œil sur notre planche pour apercevoir la différence de style qui existe entre la porte du rezde-chaussée et la rose et le fronton. La rose et le fronton portent tous les caractères de l’architecture du règne de Louis IV (1314 à 1347), et même de Charles IV (de 1347 à 1378) qui favorisa puissamment les arts en Allemagne. La porte est d’une grande tranquillité de composition , tandis que l’ensemble de la rose et du pignon offre une richesse de combinaison qui contraste avec la partie qu’ils couronnent. Comparez la rose de Saint-Laurent avec celles des portails de Strasbourg, de Paris et de Reims, et vous comprendrez qu’elle n’est pas du même siècle. Dans la première, on remarque une expression mathématique, une recherche de combinaison de figures carrées avec des cercles, qui caractérise surtout l’architecture du XIVe siècle, créée par ces hommes savants et grands mathématiciens , ces membres distingués des loges maçonniques de la plus belle époque de cette grande association. Etudiez le style des dômes de Prague et d’Erfurt , qui datent du règne de Charles IV, et vous y trouverez une analogie frappante de détails avec la partie qui nous occupe. Or, le premier de ces édifices fut commencé en 1343 et achevé en 1385 ; le second , fondé en 1349 et terminé en 1353. Comparez le fronton de Saint-Laurent au portail de l’église Notre-Dame de Nurenberg, qui est du milieu du XIVe siècle, et vous trouverez plus d’une analogie entre les deux monuments. Quant au fronton, toutes les petites arcades géminées et à ogive , au lieu d’être couronnées par un tympan aigu et isocèle formant larmier, n’ont point ce tympan. L’ogive de couronnement a un simple chanfrein suivant la courbe de l'ogive , et orné de feuilles ou touffes. Or, ce détail ne se trouve jamais au XIIIe siècle , pas plus en Allemagne qu’en France ; il appartient au XIVe, et à sa fin même. Enfin ces sept clochetons si fluets et si maigres, qui subdivisent perpendiculairement en huit parties le fronton, étaient plutôt d’usage au XIVe qu’au XIIIe, et le pignon est en général trop riche, trop détaillé , trop ciselé , pour avoir la date que l’on donne à la porte d’entrée. Il se soude de plus trop mal au-dessous, à la partie qui contient la rose, pour que ces deux portions soient sorties de l'imagination du même artiste. Nous pensons donc, par les raisons que nous venons d’exposer, que ce portail n'a pas été conçu d'un jet , et qu’il date de trois époques différentes. Il y a plus de rapport entre l’architecture du fronton de Saint-Laurent avec celle du chœur, qu’avec celle de la nef et de la porte occidentale. Au chœur, qui est du commencement du XVe siècle, les fenêtres ne sont point couronnées du larmier isocèle et aigu qui manque également aux petites arcades géminées du tympan. Cette circonstance rapproche sa date de celle de îa partie orientale de l’église , et prouve que Saint-Laurent a été bâti à de grands intervalles. Il ne serait donc pas étonnant que son portail soit resté pendant un siècle sans voir son couronnement commencé.
Maintenant que nous avons terminé nos remarques sur le caractère et la date de ce portail , un des plus remarquables de l’Allemagne, nous allons chercher à faire connaître les sujets de sculpture qu’il renferme. Les