ÉGLISE DE SAINT-BOTOLPH, A BOSTON
L’église paroissiale de Boston (comté de Lincoln) est depuis longtemps célèbre par ses vastes dimensions, supérieures à celles de toutes les églises d’une nature analogue que renferme l’Angleterre; elle n’est d'ailleurs pas moins admirable par son magnifique clocher, qui s’élève au milieu des plaines dont il est entouré , avec une majesté et une élégance vraiment rares. Cette église est dédiée à saint Botolph , célèbre abbé du VIT siècle, pour la mémoire duquel les Anglais avaient une grande vénération, comme le témoignent les nombreuses fondations religieuses placées sous son invocation. Il y avait anciennement à Boston une église , dédiée à saint Jean, dont relevait celle de Saint-Botolph, qui n’en était qu’une annexe (a chapel ofease). L’église Saint-Jean est depuis longtemps démolie , mais le cimetière qui en dépendait existe toujours; du temps de Leland, c’est-à-dire au XVIe siècle, elle était encore debout; mais, comme il le dit lui-même, la grandeur et, la richesse de celle de Saint-Bodolph en faisaient la première de la ville.
L 'église de Saint-Botolph fut donnée à la grande abbaye de Sainte-Marie, à York, par Alan Bufus, comte de Bretagne, sous le règne de Guillaume le Conquérant. Elle resta sous le patronage de l’abbé et du couvent jusqu’au règne d’Edward IV, à qui les moines la cédèrent en retour de la remise partielle d’une certaine redevance qu’ils étaient obligés de payer au duché de Lancastre. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem l’obtinrent bientôt après du même monarque, en échange de terres situées dans le comté de Leicester ; ils obtinrent également que la cure fût chargée de pourvoir aux lourdes dépenses pesant sur eux, par suite de l’obligation où ils étaient de pratiquer l’hospitalité, de réparer l’église conventuelle et son beffroi , d’entretenir divers prêtres ou clercs pour célébrer le service divin , etc. On fonda en conséquence un vicariat avec une rente de cinquante marcs, plus la jouissance de la maison ou presbytère, situé près de l’église et appartenant précédemment au curé. Ce sont maintenant les bourgeois et le maire qui sont les patrons de ce bénéfice , le droit d’y nommer leur ayant été concédé à l’époque de la dissolution des couvents.
La plupart des auteurs qui ont parlé de l’église de Boston, ont cité d’après Stukeley le texte suivant, relatif à la fondation du clocher ; ce texte, copié sur une gravure de W. Stennitt jeune, publiée en 1715, doit être authentique : «Vue occidentale de l’église et du clocher de Boston. Les fondations, entreprises le lundi après les Rameaux en 1309, la troisième année du règne d’Edward II, furent commencées par un grand nombre de mineurs et continuées jusqu’au milieu de l’été suivant, époque à laquelle les travaux atteignirent à cinq pieds plus profond que le port. On trouva alors un lit de pierre sur une couche de sable, et enfin un fond d’argile dont on ne put déterminer l’épaisseur. Le lundi après la Saint-Jean-Baptiste, la première pierre fut posée par dame Margery Tilney, après quoi elle donna cinq livres sterling. Sir John Truetdale, alors curé de Boston, donna aussi quatre livres, et enfin Richard Weveuson donna cinq livres; et ce sont là tous les dons qui furent faits alors. »
Leland parle , à plusieurs reprises, de la famille des chevaliers de Tilney comme des principaux bienfaiteurs de l’église de Saint-Botolph , et confirme, en particulier, cette circonstance, que la première pierre a été posée par une dame de cette famille ; seulement il lui donne un autre nom de baptême. On suppose qu’une grande partie des dépenses énormes que l’érection de l’édifice a dù coûter ont été faites par les marchands qui, suivant Leland , « venaient de toutes les parties de l’est, et avaient l’habitude de se rendre à Boston; les religieux , ajoute-t-il , les considèrent en quelque sorte comme les fondateurs de leur maison. » ( Ilin ., vol. VI, fol. 59.) Une chose certaine, c’est que l’architecture de l’église est d’au moins un demi-siècle postérieure à la date que nous venons d’indiquer; il se peut que les travaux aient traîné en longueur, comme cela avait souvent lieu dans les édifices aussi considérables. Le peu d’importance des premiers dons tend d’ailleurs à le faire croire.
La tour n’est pas beaucoup plus ancienne que le milieu du XVe siècle, et encore est-il douteux qu’elle remonte à cette époque. L’agencement des différents étages lui donne beaucoup de ressemblance avec celle de Louth; mais celle-ci est moins vaste et moins imposante. L’étage inférieur communique avec la nef par un grand arc qui atteint à la même hauteur que les fenêtres des autres faces. (Voir la coupe.) Un plafond eu bois est maintenant placé un peu au-dessus de ces fenêtres, et empêche qu’on ne voie d’en bas celles de l’étage supérieur, ce qui détruit complètement l’effet saisissant que la disposition originale avait pour but de produire. Ce second étage, où se trouvent aujourd’hui les cloches, a été terminé avec soin à l’intérieur. Il est éclairé par huit fenêtres , et l’on en peut faire le tour au moyen d’une étroite galerie pratiquée dans l’épaisseur du mur et communiquant avec les escaliers. Dans les encoignures et aux trumeaux des fenêtres sont des colonnettes en faisceau, du sommet desquelles s’élancent des nervures de pierre, amorces d’une voûte qui
— STYLE OGIVAL
n’a probablement jamais été achevée , le plancher placé à cette hauteur paraissant aussi ancien que la tour elle-même.
Les larmiers de la première retraite des contre-forts étaient surmontés de statues qui s’élevaient au milieu d espèces de tourelles à créneaux. Ces figures, dont plusieurs ont été renversées par le vent, représentaient des personnages religieux. La porte d’entrée de la tour a été d’une grande beauté , mais les ornements du fronton qui la surmonte sont fort dégradés. La porte, d’ailleurs, est si peu élevée, par rapport à la masse de la tour , quelle en semble comme écrasée (*). Le troisième étage de la tour, dit le Beffroi, est divisé dans le milieu de sa hauteur par un toit couvert de plomb qui abrite les cloches. Sur la face ouest est une porte basse et large, qui communique avec une galerie à balustrade, faisant le tour du clocher; on a pensé que cette porte a pu être pratiquée dans le but de servir de passage pour les cloches.
La lanterne, ou quatrième étage de la tour, est octogone, et la différence de sa forme avec celle du beffroi est rachetée par des pendentifs en trompe. Le toit ou plate-forme est en pierre ainsi que les gouttières; le système en est curieux et décèle beaucoup d’art. Toute la construction de la lanterne est, du reste, d’une légèreté et d’une élégance admirables. Élle est éclairée par huit fenêtres, dont le motif estune reproduction en petit de celui des fenêtres du second étage , mais qui présentent trois divisions au lieu de deux dans leur hauteur. Les angles de la lanterne sont consolidés par des arcs-boutants doubles, qui s’appuient sur les pinacles couronnant les angles du beffroi, et portant eux-mêmes sur les grands contre-forts à trois retraites qui portent de fond et assurent la solidité de la tour. Au sommet est une balustrade à jour, au centre de laquelle s’élève, sur chaque face, un petit gable surmonté d’une girouette. Des corbeaux en pierre et une porte constatent qu’à la hauteur du bas des fenêtres de la lanterne, devait exister jadis un plancher.
La maçonnerie de la tour tout entière est aussi digne d’admiration que l’élégance de ses formes ; à peine y peut-on remarquer des traces de lézardes ou de tassements. Ce dernier accident a été prévenu complètement par d’énormes fondations, dont les dernières assises ont tant d’empâtement, qu’elles atteignent jusque sous le lit de la rivière. L’architecte a également pris les plus grandes précautions afin que la tour ne pût en aucune façon fatiguer la nef ; afin de mieux rendre impossible ce danger, il a même fait le sacrifice de la symétrie de l’étage inférieur, en y ajoutant un contre-fort supplémentaire , destiné à éviter tout mouvement. (Voir le plan.)
La lanterne de l’église de Boston , dit JM. Wilson, à qui nous empruntons les détails de cette notice , était destinée à être éclairée la nuit , afin de servir de phare. Cette circonstance ajoute encore à l’intérêt qui s’attache à une construction aussi magnifique que la tour de Boston ; elle est d’ailleurs confirmée par des faits analogues: ainsi Stow affirme que le clocher de l’église de Bow à Londres {Bow church, Cheapside ) était garni de cinq fanaux , et Drake, en parlant de l’église de Tous-les-Saiuts à York, qui présente une grande ressemblance avec celle de Boston , assure , d’après les traditions , qu’on allumait la nuit , dans la tour, un fanal destiné à servir de guide aux voyageurs, obligés de traverser l’immense forêt de Galtree pour se rendre à la ville ; le crochet qui servait à suspendre la poulie de ce dernier fanal existe encore.
(*) On remarque un défaut semblable dans la façade de la cathédrale de Cologne, et il ne serait pas impossible que ce peu d’élevation des portes eût eu pour objet de donner, par le contraste, plus de grandeur aux tours mêmes.
1” Leland. Itenerary of Great-Britain. Oxford, 1710. 9 vol. in-8°.
2" E. J. Wilson. Notice sur l’église de Boston, dans le 4e vol. des Architectural antiquitics of Great-Britain. Londres, 1814. In-4°.
3° J. Briston. Chronological history and graphie illustrations of Christian architecture in England. Londres, 1835. In-4°. Ce volume forme le 5e et dernier du grand ouvrage que nous venons de citer.
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ÉGLISE DE DORCHESTER (fenêtre septentrionale du chœur)
L’église de Dorchester, dans le comté d’Oxford, est un vaste édifice de différents styles, dont il est souvent question dans l’histoire de la province. Sous la dynastie anglo-saxonne, il existait à Dorchester un siège épiscopal, qui fut transféré à Lincoln, vers la fin du XIe siècle. En 1 1 40, cette perte fut compensée par la fondation d’un prieuré, due à Alexandre, évêque de cette dernière ville. C’est à l’époque de l’établissement de ce prieuré qu’il faut reporter la construction de la plus grande partie de l’église actuelle, ainsi que le démontre une porte d’architecture normande pratiquée dans le mur du nord. Le chœur, qui est la partie la plus intéressante du monument, ne date que du milieu du XIVe siècle ; dans l’origine, il devait produire un magnifique effet; mais aujourd’hui les beautés en sont presque disparues, par suite du défaut d’entretien, de l’emploi du badigeon, et des décorations de mauvais goût. C’est encore, néanmoins, une construction fort remarquable par la richesse des sculptures et l’élégance du style. Terminé carrément, comme l’est ordinairement le chœur des églises ogivales d’Angleterre, il est éclairé par quatre grandes fenêtres ornées de splendides vitraux, et aussi gracieuses qu’originales de composition. De ces fenêtres , deux sont percées dans le mur de face, à l’orient, une l’est dans le mur latéral, au midi, et l’autre, en face, dans le mur du nord. C’est cette dernière que nous avons reproduite, parce qu’elle offre un type curieux des capricieuses créations auxquelles se laissaient souvent aller ces maçons et ces imagiers dont l’imagination était aussi féconde que l’esprit était naïf et le cœur pieux.
Jusqu’à ce jour, ce qu’on a surtout étudié dans l’architecture du moyen âge, ce sont ses formes et les transformations qu’elles ont subies; maison ne s’est encore que peu attaché à en comprendre l’esprit. Cependant, dans le grand art de bâtir, le système passe avant la forme ; l’un est l’esprit, l’autre la lettre. Or, pour bien interpréter la lettre, il faudrait d’abord qu’on se fût bien pénétré de l’esprit, et c’est ce qu’on n’a pas fait ; il est vrai que lorsqu’on n’a, pour se guider, que les muets enseignements que fournissent les monuments euxmêmes, l’intelligence des principes qui en ont dirigé la construction , est difficile à acquérir ; elle demande une organisation d’élite et des travaux sérieux, deux choses qu’on rencontre rarement. 11 ne faut pas croire, au reste, que ces principes resteront toujours aussi obscurs qu’ils nous le paraissent aujourd’hui ; il est fort vraisemblable qu’ils s’éclairciront peu à peu, à mesure que les recherches deviendront de moins en moins superficielles, pour pénétrer plus avant au fond des choses. Déjà , en effet , on a obtenu des résultats qui le prouvent. On commence, par exemple, à comprendre comment s’est formée cette sublime architecture à ogives, sur l’origine de laquelle on a débité tant de fables bouffonnes; on peut aujourd’hui démontrer que le grand principe sur lequel elle repose, de même que l’architecture grecque , c’est le rationalisme , c’est-à-dire qu’elle a été conçue pour répondre aux différents besoins des populations auxquelles elle était destinée, pour satisfaire aux exigences du climat sous lequel elles vivaient, pour permettre l’emploi des matériaux dont elles pouvaient facilement disposer. On peut reconnaître également que ces irrégularités si nombreuses dans les édifices du moyen âge, proviennent d’une sorte d’indifférence pour la symétrie, indifférence qui nous choque , parce qu’elle est contraire à notre éducation, mais qu’on peut expliquer en partie chez des gens habitués à marcher droit à leur but, et chez lesquels il n’existait pas de traditions pour étouffer le sentiment de l’originalité; il semble, d’ailleurs, qu’au moyen âge on laissait aux inspirations individuelles une latitude très-grande, trop grande peut-être. La prodigieuse variété qu’on remarque dans l’ornementation des monuments ogivaux , tend au moins à le faire croire. Il en est de même de ces disparités dans les ensembles, dont il n’est plus possible de dire quelles sont le résultat de l’ignorance. Une telle assertion est effectivement tellement ridicule, qu’on hésite à prendre la peine de la réfuter : qui pourrait croire que ceux qui étaient capables d’élever à 30 ou 40 mètres des voûtes d’une énorme portée, ne réussissaient pas à placer quelques jalons en ligne droite, ou à diviser une nef en parties égales? Un classicisme caduc, édenté et aveugle, pouvait seul formuler une proposition aussi réjouissante. Nous le répétons, nous sommes persuadé qu’on expliquera un jour convenablement la plupart de ces anomalies qui nous étonnent, et de ces excentricités souvent aussi ingénieuses que bizarres, dont la fenêtre reproduite sur la planche offre un curieux exemple.
Cette fenêtre représente la généalogie de Jésus-Christ. C’est la traduction en pierre de ce verset d Isaïe : « Il sortira un rejeton delà tige de Jessé : une fleur naîtra de sa racine (*). » En effet, du ventre de Jessé, couché sur l’appui de la fenêtre, s’élève une tige qui, en se ramifiant, forme les meneaux de la baie, et supporte vingtquatre petites figures représentant, a-t-on dit, les rois de Juda , ancêtres de Jésus. Mais cette explication pa-
(*) Chap. XI, vers. 1.
— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT
rait fort problématique ; car d’abord les rois de Juda étaient, d’après saint Matthieu, au nombre de vingt-huit et non de vingt-quatre ; ensuite trois seulement des statuettes de la fenêtre (au nombre desquelles est celle de David, reconnaissable à sa harpe) portent des couronnes, emblèmes de la royauté; les autres présentent des attributs fort différents, et qui pourraient bien désigner les prophètes qui ont prédit la naissance du Messie. Il est fâcheux que les phylactères déroulés que tiennent la plupart des personnages ne portent plus d’inscription, comme cela devait avoir lieu primitivement, car ces inscriptions décideraient vraisemblablement la question. Nous avons, au reste, donné toutes les figurines en grand, afin qu’on pût juger de leur caractère.
Le sujet de la généalogie de Jésus, figurée par un arbre mystique, chargé de rois et de prophètes, a été commun du XIIe au XVIe siècle, mais les détails offrent diverses modifications. Ainsi, la tige ne part pas toujours du ventre ; elle part également de la poitrine, de la bouche et du crâne. Ordinairement, au sommet de la branche principale, est la statue de la Vierge, tenant son fils dans ses bras. On trouve des tigeade Jessé sur des tympans de porte, des retables, des poteaux corniers, des vitraux, des manuscrits, etc.
Sur les meneaux de la fenêtre opposée à celle que nous venons de décrire, se voient dix figurines représentant une procession transportant un cercueil ou plutôt une châsse : on n’en peut décider avec certitude, l’objet transporté n’existant plus, et n’ayant peut-être jamais existé. Divers groupes existent aussi sui le réseau des deux fenêtres, à l'orient du chœur.
— BIBLIOGRAPHIE
r J. Britton. — The Architectural antiquiües of Great-Britain. ! 2° Didron et Durand. — Manuel d’iconographie grecque et latine. 1 vol. 5 Vol. in-4°. Londres, 1835. | in 8°. Paris, 1845.
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