‹ Monuments anciens et modernesChapitre 36 sur 58 · FONTS BAPTISMAUX · texte numérisé non relu

FONTS BAPTISMAUX

On sait qu’il existe deux manières d’administrer le baptême, l’immersion et l’infusion. Aujourd'hui, la dernière a complètement remplacé l’autre, mais il n’est pas facile de déterminer depuis quelle époque. Dans l’origine, l’immersion était surtout commune; mais comme ce procédé n’était pas toujours facile à employer, dès 754 le pape Étienne III permit l’infusion en cas de nécessité. Plus tard, en 1311, le concile de Ravenne décida qu’on pouvait indifféremment faire usage de l’infusion et de l’immersion ; il est donc vraisemblable que c’est surtout à partir de cette époque, que l’infusion est devenue le mode habituel. Cependant, au XVIe siècle encore, on baptisait par immersion en Angleterre. Quoi qu’il en soit, il est à croire qu’au XIIe, au XIIIe et au XIVe siècle, on a employé les deux procédés simultanément; car les vitraux et les bas-reliefs de ces époques représentent toujours le néophyte, la partie inférieure du corps plongée dans le réservoir des fonts, et prêt à recevoir l’infusion sur la tête. 11 faut reconnaître que, d’après ces représentations, on ne peut déterminer si le réservoir des fonts était effectivement plein d eau ; mais tout porte à le croire. Dans tous les cas, une chose est certaine, c’est que les diverses modifications qui ont pu être apportées dans la manière d’administrer le baptême, du XIe au XVIe siècle, n’ont eu aucune influence bien accusée sur les dimensions et la forme des fonts, qui ne paraissent en avoir subi d’autre que celle résultant des styles architectoniques en usage.

Les fonts ogivaux sont ordinairement en pierre, suivant la règle posée par les auteurs ecclésiastiques; mais il en existe encore en cuivre et en plomb (*), et même de fort remarquables. Quant à leur forme, on peut dire que le type principal est le type mono-pédiculé avec réservoir octogone, surtout à partir du XIVe siècle, car au XIIIe les modèles de l’art roman ne sont point encore complètement abandonnés, et on rencontre ainsi des cuves circulaires et cantonnées de colonnettes détachées du pédicule central. Pour ce qui est de l’ornementation, elle se compose d’arcatures et surtout de panneaux. On y remarque aussi des feuillages, des figurines et même des armoiries ; plusieurs fonts portent également des inscriptions relatant le nom du personnage qui les a fait faire ou de l’artiste qui les a exécutés (**). Les fonts ogivaux sont peut-être moins communs que les fonts romans; leur place est le plus ordinairement vers l’entrée de l’église, du côté du nord; mais il y a de nombreuses exceptions ; ils sont généralement isolés, mais on en cite qui sont adossés à des piliers. Celui de Luton, dans le comté de Bedford, est entouré d’un petit édicule fort élégant. C’est le seul exemple qu’on ait signalé de cette disposition.

Le font n° 1 est celui de l’église de Saint-Michel, à Coventry. Il date vraisemblablement du XIIIe siècle. Sa hauteur est de 0m,985, et la largeur du réservoir à l’extérieur est de 0m ,680.

Le font n° 2 est celui de l’église de West-Deeping (Lincolnshire). On le croit du règne d’Édouard le“ (1272- 1307), et on suppose qu’il a été donné par la famille desAVake, dont il porte les armoiries, avec plusieurs autres dont on ignore les possesseurs. Sa hauteur est de 1 m ,064, et sa largeur de 0m,708.

Le font n° 3 provient de l’église de Haydon; il date de la fin du XIV' siècle, et est placé sous la deuxième arcadedu bas côté du nord. C’est un type peu commun pour son époque. Sa hauteur estde tm,34l, et sa largeur de 0m,808.

Le font n° 4, qui, comme l’on voit, est d’une grande élégance, a plusieurs fois été reproduit en gravure, à cause de sa beauté. Le gracieux motif formé de trèfles, qui orne ses faces, se retrouve dans une balustrade de l’église de Beverley. Ce font se voit dans la chapelle occidentale de l’église de Knaith (Lincolnshire). On le croit aussi du XIV' siècle. Sa hauteur est, de 1 m,087 et sa largeur de 0m,887.

La figure V représente le couvercle ou couronnement d’un font de l’église de Fosdyke. Cette gracieuse pyramide, découpée à jour, est exécutée dans le goût de la fin du XV' siècle ; le font qu elle surmonte , et qui est en partie engagé dans un plancher, n’offre que peu d’intérêt.

L’usage où l’on était, au moyen âge, de conserver de l’eau dans les fonts, pendant un temps plus ou moins long, obligeait à les couvrir; mais ce n’était pas là le seul motif qui y contraignait : la crainte des maléfices y contribuait également. En effet, Edmond, archevêque de Canterbury, dit dans ses Constitutions, publiées en

(*) Il y avait, dans la cathédrale de Canterbury, des fonts en argent; mais nous ignorons de quelle époque ils étaient. On cite encore des fonts en bois revêtus de plomb.

(**) Les magnifiques fonts de Sainte-Marie à Beverley, en Angleterre, portent cette inscription écrite en vieil anglais : « Priez « pour l’âme de William Tériffaxe, drapier, et de son épouse, qui ont fait faire ces fonts à leurs frais, le Xe jour de mars de l’année de Notre-Seigneur MDXXX. >»

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

1236, que les fonts doivent être scellés à la cire, de peur des sortilèges , « sub cera clausi propter sortilegia. » Un rituel romain d’Anvers, de l’année 1659, mentionne encore cet usage, mais en ne donnant plus pour motif que la nécessité d’empêcher la poussière de pénétrer dans le réservoir. Les anciens couvercles de fonts sont devenus fort rares, surtout en France, où nous n’en saurions citer que deux importants , celui de Saint- Ricquier , près d’Abbeville , et celui de Tolleville (Somme). Les deux datent de la dernière période ogivale , de même que tous ceux qu’on rencontre en Belgique et en Angleterre. Pour mouvoir ces pyramides qui avaient jusqu’à 3 mètres de hauteur, on se servait d’une grue en fer, qui, tournant sur un axe, les déplaçait aisément , en leur faisant décrire une portion de cercle. Quelques-unes de ces grues sont des ouvrages de serrurerie fort remarquables.

— BIBLIOGRAPHIE

1° Archæologia Britannica , vo!. X, XI, XII. Londres. In-4°. 3° De Caumont. — Cours d’antiquités monumentales. 6e partie , in-8%

T Simpson. — A sériés of ancient baptismal fonts chronologically pl. Paris, 1841. arranged • In-4°, pl. Londres, 1828-

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