VANTAUX DE PORTE, DANS L’ÉGLISE DE S. ALBAN
Bien qu’on se soit occupé, depuis plusieurs années déjà, de la description de quelques œuvres de la sculpture monumentale en bois , l’histoire de cette branche de l’art n’en reste pas moins encore à traiter aujourd’hui ; et c’est là , il faut l’avouer, une de ces grandes lacunes qui semblent devoir se faire sentir pendant un certain laps de temps. Cela, d’ailleurs, se conçoit aisément ; car, à part les recherches faites sur un nombre assez restreint de monuments de ce genre , un très-petit nombre d’archéologues se sont occupés jusqu’ici de cette étude. On doit même ajouter que ceux qui s’y sont livrés , ont plus particulièrement porté leur attention suides œuvres de la statuaire de petite dimension, sur certains genres d’objets, sur certains meubles ou certaines catégories de meubles sacrés ou civils ; mais aucun d’eux, je pense, n’a encore abordé cette partie de la sculpture, qui comprend les différentes pièces du mobilier et de la décoration des églises , telles qu’ autels , retables , stalles, jubés, chaires, buffets d'orgues, portes, etc. Ainsi, malgré la connaissance d’un grand nombre de monuments produits par toutes les écoles et appartenant à toutes les époques, il reste démontré qu’il n’existe pas encore un travail d’ensemble, en forme de traité méthodique et général, sur cette branche de l’art , celle de la sculpture monumentale en bois, ou, pour mieux nous exprimer, sur le travail artistique du bois appliqué à l’ameublement et à la décoration des édifices religieux et privés. Or , dans l’état présent de la question , on conçoit fort bien cette hésitation, pour ne pas dire cette impossibilité, à aborder un tel sujet, une semblable matière : la plupart des éléments manquent encore. Sans aucun doute, on possède, sur cet objet, et la connaissance d’un certain nombre d’œuvres d’art et la notion de quelques rares documents écrits ; mais on doit dire qu'il résulte, du rapprochement de ces œuvres et de ces documents, l’évidence de nombreuses lacunes, ce qui prouve qu’il n'y a point encore lieu à écrire maintenant une histoire et à présenter une théorie que l'avenir et les découvertes viendraient , très - probablement , renverser; enfin, il faut ajouter aussi l’absence de textes originaux qui, par leur nature, élucideraient la matière , soit en faisant connaître une technologie spéciale , soit en fournissant des renseignements qu’on ignore et qu’il serait indispensable de posséder afin d’établir et un plan d’études et un système de classification rigoureuse, d’où l’on déduirait des règles caractéristiques et des particularités exceptionnelles. Toutes ces causes réunies, absence de documents écrits, lacunes importantes dans la connaissance des différentes œuvres d’art et petit nombre d’études et d’observations sur ce sujet , sont autant de motifs qui empêchent l’exécution d'un tel travail d’ensemble.
Loin de nous la pensée de vouloir entreprendre une semblable tâche ; car, pour arriver à un résultat satisfaisant, il faudrait certes un investigateur bien autrement sérieux que nous. Pour le moment, il ne s’agit ici que de traiter, isolément, d’une des nombreuses divisions de cette sculpture monumentale en bois qui ont trait à la décoration des monuments d’architecture religieuse. Déjà, dans une de nos précédentes notices, il a été question des célèbres stalles d’Amiens, si remarquables à tous égards , et l’un des plus importants spécimens de la sculpture d'ameublement. Maintenant, c’est d’une autre catégorie de la même branche de l'art dont nous avons à vous entretenir ; nous devons vous signaler deux spécimens de l’ornementation appliquée aux vantaux des portes , c’est-à-dire deux exemples de sculpture de décoration.
Disons tout d’abord que , pour traiter d’une manière convenable un sujet aussi important , il conviendrait de présenter ici l’histoire du vantail à toutes les époques , puis d’en indiquer les transformations diverses, et, enfin , d’examiner la nature des matériaux mis en œuvre ou employés à son exécution. Mais on comprend qu’un tel travail , pour être complet , exigerait ici des développements assez étendus qui excéderaient de beaucoup les limites assignées à cette notice. Nous nous bornerons donc à appeler seulement votre attention sur le vantail entièrement constitué et tel qu’il nous apparaît au XVe siècle , époque qui est , à peu près, celle des deux spécimens que nous offrons à nos lecteurs.
Sans appartenir, par leur importance, à la catégorie des œuvres capitales de la sculpture monumentale en bois, ces deux exemples présentent néanmoins un certain intérêt (*) ; toutefois, on doit observer qu ici 1 art du charpentier, du menuisier, du maistre liuchier , comme on disait alors, exclut entièrement la part ordinairement réservée au sculpteur, ce qui n’avait point lieu pour les vantaux de certaines portes où tous les panneaux renfermaient des bas-reliefs, et la partie supérieure un grand luxe de décoration. Au reste, et c est là un fait à remarquer que souvent, au moyen âge, certains arts libéraux offrent entre eux une telle connexité, qu on ne sait quelquefois préciser, d’une manière bien nette, l’endroit où un art finit et celui où un autre commence; il faudrait, pour ar-
(*) Nous passons ici sous silence le système général de la membrure, ainsi que tous les détails technologiques qui s y rapportent; nous les réservons pour une autre occasion , qui se présentera tout naturellement bientôt.
STYLE OGIVAL
river à une connaissance approfondie de la chose, pouvoir étudier, avec soin et patience, des séries entières de monuments sur lesquels on chercherait cà saisir les différentes phases et transformations d'un art professionnel, depuis son origine jusqu'au moment où on le voit combiné à un autre qu’il croit devoir appeler à son secours, dans l'exécution ou pour l’achèvement d’une œuvre.
De ces deux exemples de vantaux , celui de gauche se voit dans une chapelle située derrière le maître autel de l’église abbatiale de Saint- Alban, où se trouvait autrefois la châsse de ce saint personnage. On pense que cette porte fait partie des travaux que fit exécuter William de Wallingford , qui était abbé de 1476 à 1484 , ou bien qu’elle pourrait remonter à l'époque de Jean Wethamstead , qui mourut en 1464. La décoration en est assez simple, et présente deux divisions superposées : elle consiste surtout en nervures verticales, terminées, à la partie supérieure, par des motifs dont on retrouve souvent les analogues dans les œuvres de l’art anglais. — Le second exemple existe dans une petite chapelle érigée par l’abbé Thomas Ramryge, sous le règne de Henri VIII. C’est , comme on voit, un spécimen de la dernière époque de l'art dit ogival. Ici , toutefois , l'ornementation est un peu plus complète que dans l’exemple précédent. On y remarque particulièrement une inscription relatant probablement l'année de son exécution , et , dans les panneaux , des espèces de banderoles , ou genre d’ornement qui s’introduisit en Angleterre sous Henri MIT, et qui fut fréquemment employé jusqu’à l'époque de la reine Elisabeth.
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