MOSQUÉE D’HASSAN AU KAIRE
Nous ne saurions donner de spécimen mieux choisi de l’architecture arabe que la mosquée d’ Hassan ; bâtie au temps de l’apogée de cet art remarquable, elle semble le résumer tout entier, et peut par conséquent mieux que tout autre nous le faire connaître : c’est d’ailleurs l’un des plus grands et des plus beaux édifices de l’Orient. Commencée en 757 de l’hégire ( 1356 de notre ère) par le sultan Hassan ( Melec-el-Naser Abou-l- Maali-Hasan ben-Mohammed-ben-Kalaoun ) , sa construction dura trois années jour pour jour ; elle coûta une somme énorme, que Makrisi évalue à près de mille mitqàls d’or (environ 15,000 fr. ) par jour : c’est à la persévérance et à la louable ambition de son sultan que le Kaire doit de posséder un aussi bel édifice.
Située en face de la citadelle , dont elle est séparée par la place el-Roumeyleh , la mosquée d Hassan , dont la longueurTotale est d’environ 150 mètres , affecte la forme d’une croix grecque, au centre de laquelle se trouve une grande cour carrée. La porte principale A, ouverte sur la rue nommée Souq-el-Selah, donne entrée à un grand vestibule B, au fond duquel est une niche C , contenant un siège ou divan, sur lequel Hassan s'asseyait lorsqu’il donnait ses audiences publiques; des galeries ou passages D conduisent dans l’intérieur. Trois des grandes salles, celles marquées E sur notre plan, servent aux prières ; la quatrième, ou sanctuaire F, plus grande encore, était spécialement réservée au souverain ; c’est là qu’il accomplissait ses actes religieux devant la niche demi-circulaire et ornée de colonnes qui est située au fond; auprès est une chaire G, de laquelle il prêchait ou proclamait des édits. Le seuil en porphyre de cette grande nef, ainsi que les colonnes de la niche, sont considérées comme ayant des vertus talismaniques et sont encore l’objet de certaines pratiques superstitieuses. Deux larges portes, percées dans le mur du fond du sanctuaire, à droite et à gauche de la niche dont nous venons de parler, donnent entrée dans la salle du tombeau H, au centre de laquelle se trouve le monument funéraire d'Hassan marqué I sur notre plan. Le milieu de la grande cour K, qui a 35 mètres de long sur 32 de large, est occupé par un bassin L pour les ablutions, auprès duquel est une fontaine avec un réservoir M ; la décoration de ce bas sin est d une composition peu commune; une sphère de 8 mètres de diamètre, surmontée d’un croissant, peinte en bleu et supportée par des colonnes, représente le monde; autour d’elle, sur une large zone , on lit une inscription arabe en lettres d’or. Aux quatre angles de cette cour sont des portes N, qui conduisent à des latrines O et aux logements des scheyks P desservant la mosquée. Les salles R , situées près de l’entrée, servent à divers usages, et principalement de dépôt pour les builes des lampes. Un certain nombre de petites cours S donnent de l’air et du jour dans les corridors et les constructions accessoires annexées aux salles principales.
Les grandes salles sont couvertes de voûtes très-éievées ; celle du sanctuaire a 21 mètres dans œuvre, et 28 de hauteur sous clef ; la coupole de la salle du tombeau, soutenue par d’élégants pendentifs, est d’un fort beau caractère et a 21 mètres de diamètre sur 55 de haut ; elle repose sur une haute muraille couronnée d'une belle corniche. La façade extérieure de la mosquée présente de ce côté l’aspect le plus grandiose ; à droite et à gauche de la coupole et sur les angles de l’édifice , s’élèvent deux minarets T, assis sur de solides fondations ‘ celui du sud, composé de trois étages de galeries, n’a pas moins de 80 mètres d’élévation. Tout l’édifice est couronné extérieurement par une forte corniche en encorbellement, formée par des espèces de petites niches circulaires ou triangulaires d’un fort bel effet , et au-dessus règne un ornement en pierre découpée imitant des fleurs de lis.
La construction de cette mosquée est en pierre appareillée régulièrement et alternativement blanche et peinte en rouge ; lorsqu’on en examine le plan, on remarque d’abord la solidité des points d’appui qui, en certains endroits, ont jusqu’à 8 mètres d’épaisseur. L’application de l’arc aigu ou ogive, comme principe générateur des arcades et des voûtes , était un autre gage de stabilité, dont l’emploi fut, en Orient , l’un des caractères distinctifs de l’architecture purement arabe.
La décoration extérieure, d’un très-bon style, contraste quelque peu avec la simplicité de l’intérieur, dont le caractère peu commun présente un aspect très-original; la porte d’entrée, surtout, est remarquable par sa grandeur, par la variété et la richesse de ses ornements , par l’inscription et la corniche dont elle est surmontée. Toutes les salles sont pavées en dalles de pierre; la cour seule présente un pavement en marbres, disposés par compartiments; la même matière a encore été employée dans la décoration de la salle du tombeau et dans celle du sanctuaire, où l’on voit en outre une grande inscription en caractères coufiques tracés au milieu de fleurs et d ornements dont la variété égale la magnificence; en plusieurs endroits, tant à l’intérieur qu'a 1 extérieur de l’édifice, ou remarque de semblables inscriptions peintes en bleu d’outremer, en vert , eu rouge ou en or, et qui toutes reproduisent des passages ou versets du lvoran. De très-nombreuses lampes en brou e appendues aux voûtes se font aussi remarquer par leur ingénieuse combinaison.
— STYLE OGIVAL IDE L’ORIENT*
Pour bien juger le mérite du monument dont nous venons d’esquisser la description , il faut, par la pensée, se reporter à l'époque où il fut construit et se placer au point de vue de l’art et des usages religieux dont il est 1 expression; la symétrie et l’harmonie de son plan, abstraction faite des irrégularités motivées par la direction et l’emplacement des rues, la commodité de sa distribution, les belles proportions de ses salles, le bon style de sa décoration, dénotent la meilleure époque de cette architecture musulmane qui a produit de si remarquables édifices : certaines parties sont littéralement couvertes de ces ornements riches et variés, mais d’un goût exquis, que les Arabes seuls savaient composer.
— BIBLIOGRAPHIE
1° Description de l’Egypte publiée parie Gouvernement. Paris, Pane- j 2e Coste (P.). Architecture arabe. Id- fol. Paris, 1837. koucke. Texte in-4°, el Atias in-fol. |
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