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MOSQUÉE D’EL MOYED AU KAIRE

Lors de la défaite des Mamelouks par l’émir Mentacli , le sultan Abou el Nasr Cheykh Malimoudy, surnommé Melek el Moyed,' fut jeté en prison, et bientôt après, vainqueur à son tour, il faisait construire, en 1415 (hégire 818), sur le lieu même qui avait été le théâtre de ses souffrances, la belle mosquée qui porte encore aujourd’hui son nom.

Placée près du grand bazar el Soukaryéh, dont les deux tours demi-circulaires de l’entrée, portent chacune un minaret (Voy. A sur le plan ), la mosquée el Moyed présente un plan carré d’environ 98 mètres de côté. Dans sa disposition générale, elle rappelle complètement les mosquées d’Amrou et de Touloun : car c’est toujours une cour quadrangulaire , environnée, sur ses trois côtés, de portiques à arcades ogivales disposés sur deux rangs, et qui, du côté Sud, communique avec la mosquée proprement dite, composée de trois nefs principales, où l’on trouve le sanctuaire, le Mihrab B, le Mimbar C, et en face, la tribune du Khatib D, à droite et à gauche de laquelle sont placés les pupitres E pour la lecture du Koran. Aux extrémités de ces nefs , on remarque à l’Ouest les tombeaux de la famille du sultan el Moyed F ; à l’Est, celui du sultan lui-même G, la belle porte d’entrée de la mosquée par le bazar Soukaryéh H , les vestibules et passages par lesquels on se rend aux écoles et sur les combles de l’édifice J. Du côté du Nord, un grand passage découvert, espèce de Narthex, sert de vestibule et d’entrée K ; à son extrémité Ouest, se trouve la cour des latrines , accompagnement obligé de toute grande mosquée L. De ce vestibule aussi, on communique avec un bain public voisin fil , charmante construction, dont le plan est ingénieusement combiné. Le centre de la cour est toujours occupé par une fontaine jaillissante au milieu d'un bassin, mais qui n’est point ici, comme dans les mosque'es de Touloun et d’Hassan, surmontée d’une coupole.

La porte de l’angle Sud-Est, ouvrant sur la rue qui conduit au bazar Soukaryéh, est un des plus magnifiques spécimens d’architecture arabe au XVe siècle ; l’arcade trilobée qui termine sa façade, à l’extrémité supérieure, est d’une rare élégance, et les tympans de chaque côté, d’une grande richesse de dessin. Mais la décoration de 1 intérieur de l’arcade surpasse encore ce luxe d’ornements; la demi-coupole en pierre, dont l’appareil offre des lignes gracieuses, se rattache à la partie inférieure par une suite de ces petites niches ou pendentifs multiples, superposés en encorbellement, et qui forment un des caractères principaux de l’architecture des Arabes. La porte d’entrée de la Mosquée est carrée, entourée de frises et d’inscriptions ; delà rue Soukaryéh, on monte à la terrasse richement pavée qui la précède , par une suite d’escaliers. La coupole surélevée du tombeau du sultan el Moyed, et qu’on aperçoit de ce côté, présente à l’extérieur une riche combinaison de lignes disposées en bâtons rompus ou chevrons, et du meilleur effet ; elle est percée de nombreuses petites fenêtres qui éclairent l’intérieur, comme les anciennes coupoles byzantines, qui d’abord servirent de modèle aux constructeurs arabes.

Vues delà cour, les galeries et les nef3 présentent un magnifique coup d’œil: l’appareil des parois et des arcs, composé d’assises et de voussoirs alternativement blancs et rouges, la forme particulière et très surhaussée des arcades ogivales, qui se ferment légèrement à leur naissance, et reposent en encorbellement sur les dés ou impostes allongées qui surmontent les chapiteaux, les fenêtres plein-cintre à l’intérieur, mais décorées de niches et de colonnes qui en modifient la forme à l’extérieur, les nierions élégamment découpés qui servent de balustrade autour de la cour, forment un ensemble de décoration d’une grande variété, et surtout d’une richesse que présentent bien peu de monuments.

Les colonnes ne sont pas non plus les objets les moins intéressants de la mosquée , elles sont empruntées aux monuments antiques ; mais l’architecte apprend enfin à les employer avec un sentiment plus complet de leurs proportions et de leurs formes; les fûts étant inégaux, ce manque d’unité est dissimulé par l’exhaussement du socle; partout les chapiteaux sont plus en rapport qu’ils n’avaient été jusqu’alors, avec les fûts qu’ils surmontent, et l’art arabe, au Kaire du moins, ne semble pas s’être élevé plus haut.

A l’intérieur du monument, on remarque les plafonds en bois , enrichis d’admirables compartiments , de caissons , de rosaces, d’entrelacs , de dessins de tous genres, toujours peints ou dorés; la frise qui les accompagne n’est plus cette fois comme à Touloun, une inscription continue en caractères coufiques, elle se compose de médaillons isolés , alternant avec des compartiments allongés qui renferment une inscription en écriture arabe neskhi ou cursive.

Mais la nef centrale du sanctuaire surpasse toutes les autres par la magnificence de sa décoration: son pla-

— STYLE OGIVAL

fond est chargé d'ornements et d’inscriptions; quant à la Maksoura ou sanctuaire, qui comprend le Mihrab, les deux grandes niches latérales et le Mimbar, la profusion des marbres de toutes couleurs, découpés en compartiments de toutes formes , l’extrême variété des dessins , l’appareil capricieux et recherché des voussoirs des arcs, l’opposition habilement entendue des couleurs, des ornements et des marbres, assurent à cette partie de la mosquée une prééminence évidemment incontestable.

Le Mihrab en particulier résume toutes les beautés de l’ensemble; on y retrouve la disposition en chevrons que nous avons déjà remarquée à la coupole du tombeau d’el Moyed, les voussoirs alternés de diverses couleurs, dont les joints présentent les lignes les plus bizarres , sinueuses , à crochets ou redents , à angles compliqués saillants et rentrants, combinaisons qui, au moins en apparence, présentent une assez grande solidité. Les parois sont chargées d’ornements de la plus grande délicatesse, et d’incrustations de marbres précieux qui se prêtent à tous les caprices du décorateur. Des inscriptions en caractères neskhy, répandues partout, donnent un grand intérêt à toute cette partie de la mosquée.

Les deux minarets, à l’angle Sud-Ouest, s’élèvent à la hauteur d’environ 61 mètres; ils sont, avec ceux des mosquées d’el Azhar et de Kaïd Bey, les plus parfaits du Kaire. On y trouve employés avec un goût exquis, la plus grande partie des ornements que nous avons décrits.

BIBLIOGRAPHIE

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K° 676 et suivants de la Bibliothèque royale de Paris. 3° Architecture arabe du Kaire par M. P. Coste; Paris, 1638, t toi

Sc Description de l’Égypte , état moderne , tome II , 2e partie ; Descrip- j in-folio, planches.

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Porte Principale .

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Porta Principale.

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Vue du Sanctuaire .

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L’ALHAMRRA A GRENADE.

L’Alhambra, l’un des plus beaux monuments dont la domination mauresque ait dote le midi de l’Espagne, a été élevé à l’époque où, les conquêtes des princes catholiques ayant resserré les limites de la domination étrangère, la ville de Grenade put s’émanciper de la suprématie de Cordoue et devenir la capitale d’un royaume particulier où ne tardèrent pas ci fleurir les arts et les sciences. Fondé par Muhamad-ben-Alhamar, ce palais était presque achevé en 1273, époque de la mort de ce prince; mais ce furent ses successeurs, et particulièrement Jusef Abul-Hagiag , qui lui donnèrent la magnificence tout orientale dont sont encore revêtues la plupart de ses salles, et il est présumable, d’après l’inscription de la porte dite du Jugement, que ce ne fut que vers 1348 qu’il atteignit cette dernière perfection. Lorsque les conquêtes de Ferdinand et d'Isabelle eurent anéanti la puissance arabe à Grenade, c’est-à-dire en 1492, l’Alhambra commença à perdre une partie de sa splendeur et reçut dans quelques-unes de ses parties des changements qui devaient l’approprier à la résidence que se proposaient d’y faire passagèrement les souverains légitimes de l’Espagne; mais ce furent surtout les princes de la maison d’Autriche qui lui portèrent le coup le plus funeste. Charles-Quint, charmé de la disposition des lieux et voulant rivaliser de luxe et de puissance avec les califes, fit raser, en 1526, une grande partie de l’édifice mauresque, pour faciliter l’érection d’un palais d’un style lourd et dont l’architecture, toute septentrionale, était encore plus choquante à côté des sveltes constructions des rois de Grenade. Ce nouveau palais, resté inachevé, n’est remarquable que par la masse de ses bâtiments et par la profusion des marbres. Abandonné de nouveau, l’Alhambra fut dès lors livré à la faux du temps, qui, du moins, exerce sur les monuments des ravages moins prompts que la main des hommes. En 1802, l'académie de San-Fern&ndo fit faire au milieu de ses ruines une exploration, qui eut pour résultat principal de faire connaître à peu près son ancienne disposition. L’occupation de Grenade par les Français fut aussi profitable à ses monuments, et l’Alhambra désert, encombré de débris de toutes sortes, fut presque entièrement recouvert, débarrassé des décombres, et ses fontaines, si longtemps taries, coulèrent de nouveau. Aujourd’hui encore ce monument si remarquable et si précieux reste abandonné sans aucune destination à une destruction qui, pour être plus lente, n’en est pas moins imminente; ce lieu, qui jadis était le siège d'un gouvernement puissant et éclairé, n’est plus habité que par quelques pauvres familles qui se sont établies au milieu des ruines.

L’Alhambra est situé sur le plateau d’une colline qui domine à l’est la ville de Grenade, et d’où la vue, bornée au midi par les sommets neigeux de la Sierra-Nevada, s’étend au nord et à l’ouest sur une plaine toute couverte d’arbres aux fleurs odoriférantes, aux fruits délicieux. Rien ne saurait être comparé à la beauté de ce site, rien de plus voluptueux que l’air embaumé qu’on y respire. Il est probable qu’avant le milieu du XIIIe siècle les constructions qui couronnaient cette hauteur, escarpée de presque tous les côtés, ne consistaient que dans la partie forte située à l’ouest et qui domine immédiatement la ville, constructions qui conservèrent le nom d’Alcazaba (la citadelle). L’idée d’y bâtir un palais-forteresse a pu naître parles succès des armées catholiques et par la proximité de leurs nouvelles conquêtes, aussi bien que par l’existence d’un site agréable. L’extérieur du palais n’avait rien qui annonçât la magnificence , et cependant là était réuni tout ce qui constitue la sécurité dans la guerre, le luxe et la volupté dans la paix. Au milieu d’une enceinte garnie de tours et épousant les sinuosités du plateau, se trouvait le palais, occupant un espace carré d’environ cent quarante-huit mètres sur quatre-vingts, et divisé en cinq parties, au centre de chacune desquelles se trouvait une vaste cour entourée de portiques, dont le milieu était occupé par un bassin plus ou moins grand, accompagné de plantations de myrtes et d’orangers, ou par une fontaine jaillissante, dont l’eau, amenée des pentes neigeuses de la Sierra-Nevada par un aqueduc encore existant, se rendait par une multitude de canaux dans presque toutes les salles et y répandait la fraîcheur en même temps que la gaieté. Autour de la cour centrale, dite de Y Alberca, plus vaste que les autres, se trouvaient les salles des archives et un immense vestibule précédant la salle des ambassadeurs, située au nord, au rez-dechaussée de l’énorme tour de Comarès, dont les murs n’ont pas moins de neuf pieds d’épaisseur; à gauche se trouvait une mosquée, aujourd’hui reconstruite et convertie en chapelle, précédée d’une cour qui a conservé son ancien état et qui présente dans sa construction quelques détails curieux. A droite et du côté opposé à la mosquée, se trouvaient les hains avec tout leur cortège de luxe et de volupté, avec leurs cours intérieures et leurs salles de repos. Au sud-est de la cour centrale se trouve celle dite des Lions ; une troisième, située au nord de cette dernière, avec deux autres qui leur faisaient pendant du côté de l’ouest, et qui depuis longtemps n’existent plus, complétait F ensemble des constructions. La cour des Lions est certainement la partie la plus curieuse de tout l’Alhambra, aussi l’avons-nous choisie entre toutes les autres pour en faire le sujet d’une planche qui nous dispensera d’entrer dans de grands détails sur son architecture et sur l’effet qu’elle produit. Rien n’égale l’élé-

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