‹ Monuments antiques de Chypre, de Syrie et d'ÉgypteChapitre 15 sur 99 · I. Voir pi. VII · texte numérisé non relu

I. Voir pi. VII

Sa forme, très évasée, est un tronc de' cône renversé dont le grand diamètre est de o", 1 325, et le petit diamètre de o"*,o5. Le fond a même dimension (g", o5). C'est une capsule aplatie, saillant en dehors de o'",oo45 seulement, et au centre de laquelle, à l'intérieur, s'élève l'ombilic. L'extrémité des bords de la patère se relève verticalement et sur une hauteur de o",oo45. Les parois du vase ne sont point droites dans leur obliquité. Elles ont été légèrement bombées en dehors, sans doute pour supporter sans affaissement les coups répétés d'un outil.

La scène, qui se détache en bosse légère sur la surface interne de la patère, fut d'abord travaillée au repoussé. Le métal étant peu malléable, l'artiste a dû faire grande attention pour ne pas le faire éclater, et s'est contenté d'obtenir une vague esquisse. Après quoi il accentua les contours indécis et exprima les détails par des traits au burin qui terminèrent l'œuvre.

IL Sur le disque qui forme le fond, convergent, vers un ombilic central de o",ot4 de diamètre, vingt-cinq lobes ou fuseaux, en forme de pétales de pâquerette. Ils sont gravés seulement et garnis, chacun à son extrémité, d'une lentille, repoussée et peu saillante. Une élégante torsade entoure cette rosace.

Une seconde torsade circulaire garnit la partie inférieure de la paroi oblique.

Plus haut, à l'angle que fait avec cette paroi le rebord vertical de la patère, court encore une autre torsade de o",4i34 de circuit, et de même dessin que les précédentes, mais un peu moins large.

Entre ces deux zones règne un intervalle dont la largeur, de o",375, représente la hauteur exacte des personnages et des objets qui constituent la scène principale.

Celle-ci se compose de deux groupes de figures dont sept ont le visage tourné vers la droite et quatre regardent vers la

gauche. Entre ces deux groupes est un emblème qui paraît être une partie très importante du sujet et dont voici la description :

C'est, en premier lieu, une sorte de petite table dont le dessus est formé d'un plateau massif sur la tranche duquel se dessinent sept petits losanges. Ce plateau est supporté par les deux membres postérieurs d'un quadrupède, réunis, à la partie supérieure des cuisses, par des cannelures qui semblent un faisceau de cordelettes, et joints, au-dessus des deux talons (tournés en dehors), par une barre transversale. Celle-ci se relie aux cannelures par un barreau de forme légèrement conique, la pointe en bas, et qui supporte le plateau.

En second lieu, par-dessus le guéridon, est dressé sur sa partie convexe un croissant, entouré à son milieu de quatre cannelures verticales ; un double et un triple trait dessinent ses contours. Les pointes, qui semblent avoir été tronquées, sont tournées vers le haut. Dans la concavité figurent neuf petits polygones irréguliers, disposés en cône renversé, 4, 3 et 2.

A côté de cet emblème, à droite (pour le spectateur), est une figure assise, vue de profil, et regardant vers la gauche.

Les traits du visage sont, comme ceux des autres personnages du tableau, d'une exécution grossière et primitive. Ainsi le nez est informe, proéminent et anguleux, les narines saillantes, l'œil placé sur la joue et la bouche à peine indiquée.

La coiffure consiste en un bonnet ou calotte hémisphérique, bien ajustée et à raies de grènetis ou de perles. Des ornements sont très vaguement indiques aux oreilles. La chevelure, toute féminine, se divise en deux mèches ou flottes, dont Tune, partant de la tempe, est rejetée derrière l'épaule; l'autre, partant de l'occiput, est ramenée en avant et tombe sur le haut de la poitrine.

Le vêtement consiste en une robe finement ra3'ée et tombant un peu plus bas que la mi-jambe.

f^^i CHYPRE

Le bras droit, un pej élevé er tenJj en avant, montre un poignet orné d'un bracelet ou annille à triple tour. La main droite, où le pouce es: énorme et les doigts nettement marqués* est fermée et tient une grande fleur de lotus, dont la tige est très épaisse et dont la corolle touche le nez du personnage, qui parait flairer le calice. Le bras gauche, baissé et porté sur la cuisse, est tendu en avant. Au poignet, point de trace d'armille. La main, à demi fermée, tient un objet rond.

La jambe qui s'avance vers la table porte, au-dessus de ia cheville, une armille dont Fautre jambe n'a que la trace. Les pieds paraissent nus.

La chaise est basse. Le dossier, bombé et un peu renversé en arrière, est orné de guillochures à la partie en contact avec le dos du personnage, et il est aussi haut que la tète de celui-ci. Sous les guillochures sont quatre cannelures horizontales. Un barreau horizontal et trois verticaux consolident les pieds et le siège en les reliant entre eux.

Immédiatement derrière la chaise viennent trois personnages debout, dans lattitude de la marche, tournés aussi vers la gauche et jouant de la double flûte Ç^vrj^^j d'une sorte de IjTC (WpT,) et du tympanon (Tjarxviov).

La coiffure de la première figure est une sorte de tiare formée de cinq bandes verticales contenant chacune deux lentilles saillantes et superposées. La chevelure est arrangée de la même façon que celle de la personne assise.

Les deux poignets sont ornés d armilles à triple tour. Les mains, dont les doigts sont nettement tracés, tiennent chacune un tuyau de la double flûte, dont les becs se réunissent aux lèvres du musicien.

Le costume se compose d'un corsage finement rayé et dont les manches paraissent s'arrêter au coude. Une ceinture serre la taille. De la ceinture, un jupon descend, par derrière, presque jusqu'aux talons, et par devant seulement un peu plus bas

que la mi-jambe. Ce jupon est à fines raies ondées. Il est grand ouvert par devant et cette large échancrure laisse voir une jupe de dessous à raies droites. Au bas apparaît le bord inférieur d'un vêtement qui me semble être la chemise elle-même, dont le haut ne serait autre que le corsage précité.

La cheville du pied tendu en avant porte une armille à triple tour.

Le personnage qui vient ensuite est costumé et coiffé comme le précédent. Toutefois la tiare ne porte que quatre bandes verticales et huit lentilles, et le jupon de dessus n'est point ouvert. Il est orné de trois bandes séparées par un intervalle et composées chacune de quatre raies. Ces bandes viennent rejoindre la convexité d'un demi-cercle formé d'une triple raie et qui semble rattacher ses extrémités à la ceinture ellemême. Le bras gauche se voit seul. Il est tendu en avant. La main, grande ouverte et aux doigts bien marqués, est appliquée sur les cordes d'une l3Te de la bizarre forme que voici :

Sur la convexité d'une sorte de bâton arqué et non loin de ses deux bouts (la concavité étant tournée vers la gauche), se rattachent les deux extrémités de la pièce principale. Celle-ci est d'abord, à sa partie supérieure, recourbée en forme de crochet qui, près de sa pointe, a le bâton pour tangente. Puis, descendant obliquement vers la droite, elle s'évase pour former une caisse d'harmonie d'un ovale allongé, et que le personnage tient appuyée contre sa poitrine. Coudée ensuite horizontalement, la caisse se termine à gauche en jambe, talon et patte de quadrupède, et vient se souder au bâton. De celui-ci, enfin, partent, obliquement et descendant de gauche à droite, sept cordes fixées à la table d'harmonie, mais dont les points d'attache sur celle-ci sont masqués par la main.

Derrière ce musicien se voit un tronc ou colonne légèrement conique, et terminée en une fleur de lotus qui ne dépasse point

la hauteur du sein des personnages. La base de la fleur et le milieu du fût sont ornés d'armilles à triple tour.

Vient ensuite une figure dont la coiffure est pareille à celle de la précédente et le costume identique à celui de la première (flûtiste). La mèche postérieure de la chevelure est lice par une triple bandelette; de plus, des armilles serrent le haut des bras juste là où s'arrêtent les manches. Le bras droit soutient, à hauteur du visage, un tympanon à peu près rond que frappe la main gauche gantée d'une sorte de tampon allongé et pointu, cambré à son extrémité et bombé. De la ceinture, par derrière, tombe un petit appendice assez court. Le pied, porté en arrière, a la cheville ornée d'une armille.

Ces trois instrumentistes me semblent, à juger d'après la chevelure et l'ensemble du costume, être des femmes. Ce qui du reste corrobore cette hypothèse, c'est que chez les autres personnages debout, et qui sont vêtus de même, le sexe féminin est affirmé par l'indication nette et saillante des deux seins sur la poitrine.

L'accoutrement des sept femmes qui, comme je viens de le dire, composent le reste de la scène, est le même que celui des musiciennes. Une triple bandelette serre la mèche de cheveux^ qui descend de l'occiput sur le sein. Toutefois la mèche pariétale tombe sur la joue au lieu d'être rejetée en arrière; aux bras sont des armilles, ainsi qu'aux poignets et aux chevilles. Les doigts des mains sont bien marqués. Les jupons sont tantôt ouverts et à raies ondées, tantôt fermés et à bandes. Ils alternent entre eux.

A gauche de l'emblème, et tournée vers lui, est une figure dont la main droite est levée et tient à la hauteur du visage un objet triangulaire monté sur un long manche à bout arrondi. La main gauche, portée en avant, tient aussi par la hampe un objet en forme d'hameçon tourne la pointe en haut. Costume : jupon échancrc.

Derrière ce personnage est une table dont le dessus, plan convexe, porte, à ses extrémités et aux deux tiers de sa longueur, des faisceaux de triples cannelures. Le côté bombé repose sur deux pieds tracés par une double raie et s^amincissant vers le bas. Ils sont unis par une barre horizontale que quatre barreaux verticaux relient au plateau.

Sur celui-ci, et près des deux bouts, sont posés côte à côte deux vases dont les goulots portent, à Tévasement de leurs bords, des cannelures verticales. Le vase à gauche est une urne sans anses sur laquelle sont tracées, depuis l'orifice jusqu'aux deux tiers de la hauteur, quatre zones multiples de traits, également distantes les unes des autres; les trois dernières alternent avec des zigzags peu marqués. Le vase de droite est une lagène ou bardaque à col un peu allongé, ornée aussi, depuis le bord jusqu'aux deux tiers environ vers la base, de trois triples zones. Une anse, coudée presque à angle droit, s'attache sous les cannelures, près de Torifice, et revient se fixer à la panse presque à mi-hauteur. Elle est tournée vers la figure précédente.

En dernier lieu vient une file de six femmes qui semblent exécuter une danse.

La première appuie sur le haut de la panse de l'urne sa main portée à hauteur du visage, et saisit de la droite, tendue en arrière, la main gauche de la personne suivante. Costume : jupon ouvert et à raies ondées comme celui des troisième et cinquième danseuses.

La femme qui suit tend la main gauche vers la précédente et sa droite va saisir la gauche de la suivante, qui exécute le même mouvement. Costume : jupon fermé et à bandes comme celui des quatrième et sixième danseuses.

Les tiares des n^s 2 et 3 ont cinq bandes au lieu de quatre.

Enfin le n^ 6 se trouve dos à dos avec la tympaniste, et son bras droit retombe le long du corps.

Ces six choristes sont comme séparées Tune de Tautrc par

cinq piliers aussi hauts qu'elles-mêmes et pareils au premier décrit. Cependant les armilles qui les ornent sont quadruples au lieu d'être triples.

Tel est Tensemble de cette curieuse scène, dont l'archéologue saisira de prime abord le sujet évidemment mystique et que je vais essayer d'expliquer.

g 3. — EXPLICATION DE LA PATÈRE.

I. Le personnage principal est sans aucun doute celui qui, devant la table emblématique, occupe un siège semblable au solium royal représenté dans le Virgile du Vatican et attribué à Latinus. Ce siège est, en outre, conforme à la description que Servius Honoratus, dans son commentaire sur Virgile ', fait du trône réservé aux dieux et aux rois.

La chevelure du personnage, pareille à celle des musiciennes et analogue à celle des danseuses, fait supposer une femme.

La figure assise est donc une déesse ou une reine. Mais Chypre, le vallon sacré d'Idalie, la découverte de la patère à proximité d'un temple, tendent à faire prévaloir dans mes conjectures l'idée religieuse. Je suppose donc une déesse.

La main droite tient le lotus, fleur d'Egypte, attribut d'Isîs; dans la main gauche est un objet rond que je pense être un fruit, également égyptien, et consacré à la même déesse. Ce fruit, Plutarque nous le fait connaître' : <c Parmi les végétaux d'Egypte consacrés surtout à la déesse, se trouve, dit-on, la pêche (t*>,v T^epcaav), parce que son fruit est la figure du cœur et sa feuille l'image de la langue^. »

Page 1