‹ Monuments antiques de Chypre, de Syrie et d'ÉgypteChapitre 3 sur 99 · I. Planche I · texte numérisé non relu

I. Planche I

Le choléra (i865) fit oublier, puis abandonner les fouilles^ et ce n'est qu'au milieu de Tannée 1866 que Ton se remit à travailler au même endroit. Le nombre et la valeur artistique des figurines qu'on en tira encouragèrent les amateurs dans leurs recherches; mais bientôt lamine parut s'épuiser, et, au milieu de Tannée 1867, Tattention commença à se porter d'un autre côté.

Des paysans apportèrent un jour de Dali des figures de terre cuite d'un type particulier, de demi-grandeur naturelle, et qu'ils cédèrent avantageusement. Des objets identiques et d'innombrables poteries arrivèrent plus tard de la même localité, et les prix de plus en plus élevés qu'on en ofFrit encouragèrent les Daliotes à donner aux fouilles une impulsion et une activité qu'elles conservent encore.

L'exemple gagna les autres parties de Tîle, et on se mit à travailler dans les lieux circonvoisins de Larnaca et de Dali, puis à Limassol, BafFo, au Carpas, et dans l'intérieur, à Hagi Héracliti, Athiénau, Chytri, etc.

Avant de classer et d'énumérer tous les monuments mis à jour depuis trois ans, je décrirai sommairement les localités où curent lieu les principales découvertes et où les travaux continuent. Leurs situations respectives pourront être facilement déterminées sur des cartes détaillées, telles que celles de MM, A. Gaudry et de Mas-Latrie pour Tintérieur de Tîle, et du capitaine Graves, R. N., pour les côtes. L'on se rendra compte ainsi des accidents naturels et, jusqu'à un certain point, des paysages.

g I. — LARNACA (Aapva^).

La ville actuelle se divise en marine et ville proprement dite. Sept minutes de chemin séparent les deux Larnaca. A

f% CHYPRE

près du couvent^ , des morceaux de statuettes de marbre blanc, etc. — Sur un de^ chemins les plus fréquentes et les plus directs qui vont de la marine à la ville, on rencontre, sur remplacement probable de la cite grcco-romaine, des restes de substructions en briques et des traces de mosaïques.

Dans les rue-», Ion voit souvent des chapiteaux brisés servant de bornes, des tronçons de colonnes, etc.

(2cttc plaine, qui va de Larnaca aux salines, est une carrière continuellement exploitée, où, à une profondeur qui varie de I à 3 mètres, on extrait de larges dalles carrées de gypse lamelleux blanc,* des tuiles de grande dimension et d'excellente fabrication, de gros blocs tout taillés et de grand appareil. Ces trous, qui rendent la plaine dangereuse à traverser dans Tobscurité, se succèdent presque sans interruption jusqu'aux rives de la grande lagune.

Les salines s'étendent vers le sud parallèlement à la mer et au port de Larnaca. Elles sont au même niveau qu'un vaste terrain placé entre elles et la côte. Ce terrain, très fertile, entrecoupé de cloaques d'eau saumàtre, est séparé de la mer par une levée de galets fort basse, et des salines par une chaîne de collines dont la base forme de ce côté un plateau qui surplombe le sol d'une hauteur d'environ i o à 1 5 pieds. Évidemment taillé de main d'homme en quelques endroits, ce plateau formait en quelque sorte le quai de cet ancien port de Citium.

La pente des collines est assez douce de ce côté. Au bas de cette pente et sur une grande partie de la longueur du plateau dont je viens de parler, on a découvert des tombeaux où conduisaient des escaliers pratiqués dans la terre sèche elle-même. Ces tombeaux contenaient de grands sarcophages rectangulaires en pierre calcaire, couverts d'une seule dalle, et des stèles rondes, ornées de moulures et portant des inscriptions terminées par la rubrique bien connue : XPHCTE XAIPE^

* I. Voir plus loin, Première partie, chapitre vi.

Du côté des salines, le versant de ces mêmes collines est assez raide. A sa base, à quelques mètres de distance du marais, on a mis à jour des restes de maçonnerie et quantité de figurines en terre cuite appartenant à Tépoque gréco-romaine, quelques verreries et quelques fragments de marbre et de pierre calcaire. Les eaux du marais venaient peut-être jadis baigner le pied de Tédifice qu'il y avait là : des murs de refend partaient du mur principal adossé à la colline, et formaient des compartiments carrés, dallés de gypse, et dont je comptai jusqu'à quatre. Parmi les décombres, je trouvai des fragments de fresque; sujets ou simples ornements, je ne pus rien déterminer. Quelques pierres portaient la trace du feu.

C'est à cet endroit même qu'eurent lieu les premières découvertes dites des salines.

Si de cet endroit on suit le rivage vers le sud, on dépasse les meules de sel, la maison du garde, et on arrive, par une levée assez étroite et évidemment artificielle (et qui sert aussi de chemin pour gagner le Tekieh de la Sultane), à un monticule élevé d'une quinzaine de mètres, isolé au milieu de la lagune et la dominant.

Au sommet, rien n'indiquait qu'il eût existé sur ce petit plateau un édifice quelconque. Le consul d'Amérique voulut bien, sur mes indications, y faire travailler ses fouilleurs. Ils mirent à découvert des restes de maçonnerie, substructions en petits moellons enfouies peu profondément, et récoltèrent, éparpillés en divers endroits, un assez grand nombre de fragments de marbre portant tous sur leur bord, gravées en caractères lapidaires assez nets, des inscriptions phéniciennes.

Un tertre de même genre existe sur la rive opposée du marais, à un mille environ du Tekieh de la Sultane, sur une langue de terre qui s'avance assez loin dans l'eau. Des travaux suivis amèneraient peut-être en cet endroit des découvertes d'antiquités également phéniciennes.

Pour en revenir à Larnaca, nous ajouterons que c'est dans un terrain situé non loin de la ville, à la limite nord de l'ancien port supposé de Citium, que Ton a trouvé la stèle de caractère assyrien du musée de Berlin.

Quelques tombeaux de caractère monumental se trouvent à Larnaca ville ou aux environs. Je ne les décrirai point ici. Je me réserve d'en parler dans une étude géographique plus détaillée sur l'ancienne Citium. Quelques autres sépultures, assez semblables à celles de Dali (une chambre en cul-de-four fermée d'une dalle), ont fourni des poteries de genres divers et entre autres des jarres portant des inscriptions phéniciennes, tracées à l'encre, et dont nous reparlerons en détail au titre de la Céramique de Chypre '.

g 2. — PYLA (lluXa), ALASSO ('AXa<j<Jo), OROMIDIA ('OpojJLYi^ia).

Si, partant de Larnaca, on se dirige le long de la côte vers le nord-est, on marche dans cette vaste plaine, en grande partie carrossable, qui sépare Larnaca de Pyla et qui semble, vu l'absence des débris antiques, avoir été récemment abandonnée par les eaux. Au bout d'une demi-heure ou trois quarts d'heure, on passe devant Livadia, Aiêà^ia, où quelques trouvailles ont été faites, devant Voroclini, Bopox>.ivYi, et, après avoir franchi un massif de roches calcaires fort basses, on atteint Pyla.

Pyla est un village placé comme en sentinelle au pied des collines qui séparent en cet endroit la plaine de laMessaorée de celle de Larnaca. On ne peut entrer dans laMessaorée qu'en passant par Pyla, point stratégique où une tour carrée vénitienne se voit encore. Une inscription (latine ou grecque?) sur pierre

!• Appendice, f^

(AnOAAON MAFEIPIOS), cuiseur ou maturateur des fruits. Il paraît avoir été circulaire.

Dans Tenceinte du temple, la confusion entre les statues chypriotes et grecques avait été soigneusement évitée, et les statues chypriotes se trouvaient en rang, placées vis-à-vis des statues à inscriptions grecques, également en rang.]

Si Ton gravit le sentier de la colline marno-calcaire qui domine Pyla, et sous laquelle passait un aqueduc récemment découvert, on entre dans la Messaorée, et, en se dirigeant au nord vers Arsous, ^'Afco;, on atteint, après trois quarts d'heure de marche environ, un mamelon couvert de débris. On y a trouvé en grande quantité des fragments de statues. Tous ceux que j'ai vus étaient de caractère romain. Une tête colossale d*untype particulier (juif ou assyrien?), et dont la coiffure est assez originale, a été trouvée au même endroit. Elle avait servi d'applique ou de bas-relief à un monument quelconque.

Je n'ai point visité le lieu nommé dans le pays Alasso. Quand on va de Pyla à Famagouste, il faut se détourner de sa route et aller à gauche pour voir Alasso.

A Oromidia, village situé non loin de la côte, à deux heures de marche environ de Pyla, à l'est, on a trouvé des poteries et des vases peints, dont quelques-uns de caractère très archaïque.

g 3. — DALI ('l^a>.iov), ATHIÉNAU (AÔtévou), CORNO

(Kopvo;), ETC.

Deux routes conduisent de Larnaca à Dali. La plus courte et la plus fréquentée pénètre, à une lieue de la ville, dans une chaîne de collines peu élevées et de calcaire blanc (en grande partie de calcaire statuaii^e). Elle les traverse en longeant des ravins et le lit d'un torrent à sec pendant l'été, passe par Coschi,

qu'on suppose avoir été l'ancienne Golgos. D'importantes découvertes, consistant surtout en statues de pierre calcaire de l'époque grecque et d'un âge plus ancien, ont été faites dans le bourg même et aux environs.

La plaine d'Athiénau est bornée au nord-ouest par des collines ou plutôt des ondulations de terrain qui, une fois franchies, permettent d'apercevoir une vallée verdoyante, large d'environ une lieue et demie, et arrosée l'été par un ruisseau. L'hiver, un torrent assez considérable la traverse.

Ce torrent, qui sort du massif du Mâchera, est un affluent de l'Aoûs. Il arrose le petit village de Nysso, près du tchiftik Mattei, et, faisant un coude vers le nord, atteint la petite ville de Dali, qu'il laisse au sud, enfouie dans la verdure et les jardins. Au sortir de Dali, ce torrent, se dirigeant toujours vers Test, longe une chaîne de collines, atteint Potamia, ïloTajjiia, et entre dans la Messaorée.

Qu'on vienne de Larnaca par Coschi ou par Athiénau, on remarque dans les plaines des élévations complètement isolées qu'on serait tenté de prime abord de prendre pour des tumulus artificiels ou des amas de décombres. Ils se trouvent surtout dans l'est et le sud, à peu de distance des collines. Quelquesunes de ces élévations sont très hautes. Aucune n'a été fouillée, que je sache.

Le Dali actuel occupe-t-il l'emplacement de l'ancienne cité d'Idalium? C'est ce que je ne saurais préciser. J'ai vu dans la ville de nombreuses traces de l'antiquité, telles que chapiteaux corinthiens, tronçons de colonnes, et, dans deux maisons de paysans, des statues mutilées ; mais point de ruines d'édifices.

La ville de Dali ' est limitée au sud par un ruisseau qui n'est

* I. Cf. le plan partiel, à plus grande échelle, donné au chapitre m, l'Appendice et la planche I.

presque jamais à sec. Entre ce ruisseau et la chaîne de collines qui, partant du Mâchera, ''Opo; ty;; Ma)(^aipa^oç, court de Touest à Test, s'étendent des champs ensemences de céréales, de vignes et de chanvres, et présentant, des collines au ruisseau, une déclivité peu prononcée. Ce sol, où les eaux ne séjournent pas, est léger et sec, et renferme une nécropole dont on n'a pas encore déterminé les limites.

Une autre chaîne de collines, située au nord de Dali, court parallèlement à la chaîne du sud, presque en ligne droite. Elle prend naissance à quelque distance de TAoûs, à Péra, Il^pa Xwpfov, et se termine brusquement, presque à pic, à la hauteur du village de Potamia, à Test de Dali.

C'est dans ces collines, m'a-t-on dit, à environ deux milles de la ville, que l'on fit, en janvier 1868, les premières découvertes de tombes creusées dans le roc même. La forme de ces tombes est celle d'un cul-de-four d'environ i"*,5o de haut sur i",8o à 2™,5o de diamètre. Un trou, percé dans la paroi et à égale distance du plancher et de la voûte, qui est hémisphérique, donne accès à l'intérieur, ne laissant passer que juste le corps d'un homme. Cette entrée se trouve fermée par une pierre plate de o"',6o à i",2o. Généralement un étroit et court couloir conduit à la porte. On ne trouve dans ces tombeaux aucune trace de maçonnerie.

Les objets qu'on y a découverts sont : des poteries à raies noires et rouges, entrecroisées et formant des espèces de hachures ; des vases vernis ou non, brunâtres ou noirs et sans peintures; des lampes dites romaines, à sujets, et des lampions grossiers en forme de godets, pareils à ceux dont on se sert encore dans l'île ; des animaux et des oiseaux de terre cuite, creux et ayant servi de vases ; des lances de bronze; quelques coupes de bronze, hémisphériques et unies; enfin une très grande quantité d'ossements.

A 200 mètres de là, au pied d'un mamelon, sont disséminées

des pierres de taille de grand appareil et qui semblent indiquer l'existence d'une ancienne ville, ou village, dont dépendait la nécropole.

Des sépultures identiques furent découvertes au pied des collines du sud, en février 1868, dans des champs que traverse un chemin qui part de Dali, côtoie un petit tertre, et conduit dans les vallées voisines de Lympia et d'Alambra, après avoir traversé la chaîne de hauteurs par une coupure où le dominent, en cet endroit, les deux collines d'Ambelliri.

C'est après les récoltes que les fouilles se font ordinairement. Elles ont commencé à droite du sentier en quittant Dali, dans un champ de vigne et de blé, parsemé de gros cailloux roulés et de rognons de pierre dure et noirâtre.

Les tombeaux, en cet endroit, sont presque tous les mêmes : un couloir d'environ 4 mètres de long conduit à une ouverture fermée d'une dalle de 2 à 3 pieds carrés, et donnant accès dans une grotte en cul-de-four d'environ 7 à 8 pieds de long sur 6 à 7 de large et autant de haut. Les corps sont, soit couchés avec soin le long des parois, soit ramassés pêle-mêle dans un coin et les ossements confondus. A terre sont épars des vases de toutes sortes, dont les ornements caractéristiques consistent en cercles concentriques ou en des lignes rouges et noires entrecroisées, ou en des figures en relief (très rares); peu de vases avec vernis; quelques lampes et lampions.

Je visitai, dans le même terrain, un tombeau trouvé à 2",5o environ sous terre et d'une remarquable construction : un escalier de vingt marches, de très belles pierres de taille, pratiqué dans un couloir de même appareil, donnait accès à l'intérieur d'une chambre sépulcrale, construite en pierres soigneusement équarries et toutes de même dimension. La voûte, effondrée, était angulaire, ainsi que le montrent les arrachements, visibles sur la paroi du fond. Au centre, je vis un sarcophage violé et brisé. Tout l'intérieur de ce caveau était noirci, et la pierre cal-

cinée en plusieurs endroits, comme si un violent incendie y eût été allumé.

On trouva près du sarcophage deux anses de bronze affectant la forme d'étriers et pourvues, à la partie supérieure de la courbe, d'une sorte de fleur de lis, quelques débris de vases de bronze et une lampe à trois anneaux et à deux becs de même métal.

Dans la partie de ce même terrain qui touche la route, vers Dali, quelques tombes renfermaient des verreries et des bijoux ; Ton m'a assuré que les curieux vases à personnages (que je décrirai dans la Céramique de Chypre) proviennent tous, sauf un seul, de ces mêmes sépultures.

Au pied de la colline Est d'Ambelliri, est une chapelle grecque fort délabrée. De ce point au chemin et au ruisseau de Dali, s'étendent des champs où l'on a ouvert des tombeaux, toujours de même genre que les précédents, peut-être un peu plus grands, et qui ont fourni des poteries unies, des verreries plus ou moins irisées, selon la nature plus ou moins calcaire et sèche du terrain, des lampes dites romaines à sujets et à inscriptions, des lampions et des poteries grossières qui ne semblent pas avoir été travaillées au tour. Presque toujours les ossements sont entassés par couches séparées entre elles par de la terre.

L'exploration de ces nécropoles a fait constater ce fait important que, toutes les fois qu'on rencontre dans une sépulture des poteries communes, les verres et les bijoux manquent, et les ossements de plusieurs cadavres sont entassés dans un coin. Ces tombes, dont l'arrangement intérieur dénote de la négligence et de la précipitation, sont vraisemblablement celles des pauvres. Quant à celles des riches, elles sont, bien entendu, en moins grand nombre et caractérisées par des vases peints ou ornés, des verreries et des bijoux, soit funéraires (c'est-à-dire fabriqués exprès et économiquement), soit usuels.

A l'inspection des premiers objets qu'ils tirent des tombes, les

Dâliotes savent à quoi s'en tenir sur leur contenu et s'ils doivent continuer à les fouiller. Ils ne se trompent jamais.

Si Ton se dirige vers la chapelle grecque dont j'ai parlé, au pied de la colline Est d'Ambelliri,on se trouve, en faisant quelques pas vers le sud, au bas d'une rampe évidemment factice, d'une pente uniforme, assez raide, et qui permet d'atteindre le double mamelon qui forme le sommet de ladite colline. Cette rampe était-elle primitivement un escalier? C'est ce que la présence de quelques fragments de maçonnerie m'a fait supposer.

Sur le mamelon de droite se trouvent les restes d'un édifice qui a dû être important. Construit en belles pierres de taille et en moellons, il n'en reste plus que quelques tronçons de mur et une sorte de grande citerne carrée, de bel appareil, au fond de laquelle je remarquai des ouvertures rondes qui me parurent être des orifices de tuyaux. Quelques débris de statues de pierre calcaire jonchent le sol en cet endroit.

Une dépression de terrain ensemencé sépare cet édifice de l'autre mamelon, celui de gauche, distant de 5o mètres environ.

Là se voient également des restes de maçonnerie, dépendances sans doute de l'édifice principal. Le sol est profondément bouleversé et l'on y trouve une immense quantité de figures de pierre cassées, et de débris de statues de terre cuite, le tout appartenant à différentes époques. La grande statue, maintenant au Louvre, publiée par mon frère dans le numéro d'avril 1869 de la Revue archéologique ', provient de là. On y a trouvé aussi des pieds chaussés de brodequins richement ornés et brodés, des mains chargées de bracelets et d'ornements, des têtes de type chypriote (yeux très grands, nez gros, droit et un peu arrondi du bout, bouche petite et sensuelle, petit menton),

* I. Voir à TAppendice. V, et pi. XVIII.

DÉCOUVERTES 2g

portant de curieuses coiffures, le tout en terre cuite, de grandeur presque nature, d'un travail très soigné et ayant appartenu à des statues entières dont on ne saurait trop regretter la perte.

L'autre colline d'Ambelliri, située en face, de l'autre côté du chemin, est plus élevée que sa voisine. De son sommet on domine le chemin, la plaine de Dali, le grand carrefour formé par la rencontre des deux vallées de Lympia et d'AIambra- On gravit la colline par le côté nord, car au sud elle se termine en falaise à pic. Un peu avant d'arriver au piton, on se trouve sur un terrain aplani de main d'homme peut-être, et où le consul de France fit fouiller il y a près d'un an. On n'y trouva que deux ou trois grandes pierres de taille, un trou circulaire peu profond, quelques fragments de bronze et quelques décombres. C'est là que la plaque dite de Dali, la massue, les coupes du cabinet de Luynes et des armes de bronze auraient été découvertes.

Au pied même des collines d'Ambelliri, entre les deux et à l'entrée des vallées voisines de Lympia et d'Alambra, se trouve un petit tertre que longe le chemin. Au pied de ce tertre et au bord du chemin on a découvert, en mars 1869, un amas considérable de statues de pierre de tous genres, de toutes dimensions et toutes de caractère hiératique. Presque toutes étaient brisées. Les têtes de plusieurs étaient entassées dans une vasque ronde en pierre. Un petit chapiteau en pierre, ayant appartenu à une colonnette ionique, gisait à côté. Un buste colossal, fragment d'une statue entière brisée à mi-corps, fut tiré de là. Il est d'un beau travail et d'une conservation hors ligne. Il semble appartenir à l'âge de transition du v* siècle avant J.-C, âge caractérisé par la symétrie et les détails du costume, la régularité des boucles de la barbe, de la coiffure, par les yeux encore taillés en amande et un peu relevés, le nez droit, le menton moins pointu que dans les figures d'art archaïque, la bouche plus hori-

3o CHYPRE

zontale, c'est-à-dire moins relevée par le rictus des figures plus anciennes.

Encouragé par ces belles trouvailles, M. Lang donna une impulsion vigoureuse aux fouilles, et son intelligente persévérance vient d'être récompensée, il y a deiix mois, par la découverte de substructions importantes, de deux autres vasques de pierre, d'un grand nombre de statues, de débris de colonnes et de neuf inscriptions sur marbre, dont six phéniciennes, une grecque, une chypriote de huit lettres et qui paraît complète, et une bilingue, phénicienne et chypriote. Le texte phénicien se compose de cinquante lettres en trois lignes, et est très mutilé. Le texte chypriote, presque entier et en très beaux caractères, se compose de cent lettres en quatre lignes. Quelques pierres calcaires, rongées par le temps, portaient aussi des inscriptions presque exclusivement chypriotes et reconnaissables seulement à quelques caractères encore visibles çà et là.

Les inscriptions sur marbre sont fort rares à Ch3^pre. Cette matière manque dans Tile, et les Chypriotes semblent ne Tavoir connue que fort tard et par les Phéniciens,

M. Lang trouva aussi des bronzes qui sont pour la plupart des statuettes de caractère égyptien, sauf une, de travail grec et représentant un athlète nu; des ornements d'émail bleu ou blanc, paraissant avoir appartenu à des colliers, de petites figures grotesques de même matière, des verreries presque toutes brisées, des débris de vases grecs à peintures noires, genre de Vulci ».

[2 On a trouvé à Dali, à la chapelle d'Ambelliri, des os d'animaux, des dents de chameau, des os de mouton, des parcelles

* I L'on a reproduit, planche I, le plan de ces fouilles tel qu'on Ta retrouvé dans les papiers de lauieiir.

• 2. Fragment inédit retrouvé dans les papiers de Tauteur.

DÉCOUVERTES 3i

de charbon et même, m'a affirmé M. Lang, des os de nouveau-nés.

Les belles têtes de terre cuite viennent presque toutes de la chapelle de la colline occidentale d'Ambelliri. On y a trouvé encore des pieds de terre cuite d'un beau travail et remarquablement chaussés, ainsi qu'un grand nombre de statues de toutes époques, grecques, chypriotes, même romaines.

Le temple d'Ambelliri était dédié à Apollon Amycléen. Il était entouré de tombeaux, et proche de la colline (orientale) où Ton a trouvé la plaque de la collection de Luynes, les armes et les coupes. Ce lieu, qui, contrairement à l'opinion reçue, n'était pas un champ de bataille, était un endroit consacré, et il y avait peutêtre là un temple.]

§4. — LYMPIA ('oWjJWÇta), AL AMBRA ( 'AXàfATupa).

Le chemin qui, de Dali, va vers le sud, passe entre les deux collines d'Ambelliri et se bifurque dans une sorte de carrefour où aboutissent deux vallées. Celle qu'on a devant soi conduit à Lympia, celle de droite, à Alambra. Dans la première, à 600 mètres environ d'Ambelliri, àgauche, sur la déclivité que forme la base d'un contrefort, on mit à jour une nécropole. Même genre de tombeaux que dans la plaine de Dali. On en a tiré des pots et des verreries. Mon frère y fit fouiller et ne trouva rien qu'un massif de pierres de taille et un fût de colonne cannelée, brisée par le milieu.

Sur la déclivité de la base des collines opposées, à droite, est une autre nécropole plus importante. Elle est située à 800 mètres environ de la première. Même genre de tombes, d'où Ton a tiré : des poteries à cercles concentriques, à traits croisés, des lampions, des verres, des poteries grossières et d'un caractère primitif, des lampes gréco-romaines, des bijoux et plusieurs

Stèles rondes, en forme de petits fûts de colonnes, ornées de moulures et portant des inscriptions qui finissent toutes par la rubrique XPHCTf XAIPE.

Une de ces tombes présentait une particularité remarquable. Elle était dallée. Sous les dalles, on rencontra un autre tombeau dont rentrée s'ouvrait juste au-dessous de celle de l'autre. On trouva dans ces deux réduits des ossements et douze pièces de verre épais, d'un blanc verdàtre, travaillé à la meule et portant, fondues avec lui, des lentilles de verre bleu tirant sur le violet, placées symétriquement sur la paroi des vases qu'elles ornaient. Ces vases consistent en coupes coniques ou cornets sans pied, tasses hémisphériques, assiettes, etc. Ces pièces sont les seules de ce genre découvertes jusqu'à présent, et on ne les a trouvées que là.

On n'a point fouillé dans la vallée voisine d'Alambra, mais les terrains en pente qui se trouvent au pied des collines et quelques tumulus isolés donneraient, je pense, avec des travaux bien conduits, d'intéressants résultats.

Les tombeaux de la plaine de Dali appartenaient à la cité et aux villages voisins. Ceux de la vallée de Lympia dépendaient vraisemblablement d'une autre ville. Où était cette ville? je ne saurais le préciser. Toutefois, en partant, avec mon frère, de la nécropole où Ton a trouvé les stèles et nous dirigeant vers Lambra, sans suivre les sentiers tracés, nous gravîmes une colline qui se trouve au point d'intersection des deux vallées et forme un musoir qui les domine toutes deux. Le sommet et le liane de cette hauteur étaient couverts d'une grande quantité de grosses pierres qui sentaient d'une lieue leurs décombres d'édifices antiques. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que rien n^indique que la présence de ces pierres soit due à

un cboulcment venu d*un lieu plus élevé ou à un accident géologique.

g 5. — AUTRES LIEUX DE DÉCOUVERTES.

A Hagi Héracliti, "Ayio; 'H^fxxktiTnç (rancienne Témessus), à rentrée d'une vallée dont la Mâchera forme le fond et où Ton recueille de la terre verte, existaient de riches mines de cuivre. On y voit encore des ruines importantes et très étendues. Je ne les ai point visitées. Près de là sont des nécropoles qui ont donné des verreries et, m'a-t-ondit, beaucoup de médailles.

A Péra, nepa, village situé au nord-est de Témessus, à l'entrée de la plaine de Dali, on a découvert aussi des tombes, et, il y a quelques années, une grande statue de bronze. Les habitants la cassèrent, s'en partagèrent les morceaux et les vendirent à Nicosie 2 piastres et demie Toque.

A Salamine, on trouve des médailles. A Tricomo, dans le Carpas, on a trouvé des statues. Sur la côte nord de l'île, au Carpas, vers le cap Saint-André, au lieu nommé 'Axttiv 'Apyîwv, la présence de nombreux débris, tombeaux, statues, colonnes, promet une riche moisson aux fouilleurs.

A Cérinia, Morphou, Chrysocou, sur la côte, à Tembria et Nicosie, dans l'Intérieur, aucun coup de pioche ne serait donné en vain,

Chypre est une terre pour ainsi dire vierge, qui réserve à l'archéologue les découvertes les plus intéressantes et les plus inattendues. Centre d'un admirable culte, toutes les nations du continent voisin s'y sont donné rendez-vous et y ont laissé leurs traces. Au milieu de tant de débris divers, les monuments de style chypriote se reconnaissent à leur originalité typique, et font désirer de connaître davantage une île si peu explorée.

Il est extrêmement difficile, sinon impossible, d'arriver à savoir au juste à quel endroit tel morceau a été trouvé. La méfiance des Chypriotes est si grande, leurs réponses sont si

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