I. — REMARQUES GÉNÉRALES
Avant d'énumérer et de décrire les monuments des huit classes mentionnées précédemment, je compléterai mes études préliminaires par des notices spéciales sur les temples de Golgos, Dali, Pyla et les tombeaux avoisinants*.
Afin d'éviter les redites, voici les généralités applicables aux monuments susdits et, je pense, aussi à ceux qu'on découvrira plus tard.
Les sanctuaires chypriotes sont, à l'inverse de ceux de Phénicie, situés dans les vallées, dans des lieux bas où l'humus, d'une plus grande épaisseur que sur les hauteurs, assurait
* I. Revue archéologique, XXII, p. 36i et suiv. (iSyo-iSyi)* Le mémoire est daté du 22 novembre 1871.
* 2. Comme on le sait, une mort prématurée a empêché l'auteur d*exécu ter à la lettre le programme quMI sMtait tracé. Seuls les sanctuaires de Golgos ont pu être décrits par lui avec quelque détail.
Texistencc d'une végétation abondante qui contribuait à rendre les abords du temple frais et salubrcs. On peut regarder comme relativement récents et contemporains des dominations phénicienne ou grecque les édifices religieux dont les ruines se rencontrent sur les hauteurs. Par la consécration des forêts attenantes, forêts peuplées d'oiseaux et surtout de colombes (Athén., XIV), ils empêchaient le déboisement des cimes et, par suite, le tarissement des sources fertilisatrices du pays'.
Les temples chypriotes avaient ainsi, comme les temples phéniciens, un côté éminemment utilitaire.
Ils sont entourés de nécropoles. On remarque la même chose dans certaines localités de Phénicie, notamment à Palaebyblos [Sarba-Djouni^ près de Beyrouth), où le seul temple phénicien presque intact qui existe encore est entouré d'une multitude de tombeaux taillés dans le rocher^. L'ensevelissement autour des sanctuaires contribuait à augmenter la vigueur de la végétation environnante et assurait aux cendres des morts un repos et un respect inviolables^.
I. [Quelques sanctuaires toutefois étaient situés sur des hauteurs (à Dali par exemple, sur Tune des deux collines d^Ambelliri), qui alors devaient être boisées.
....Fotum grtmio dea tollit in altos Idalia lucos. (Virg., JEn., h vers 693.)
II est probable que c'est le siteseul, boisé, qui fitTimportance d*Idalie. Servius, en effet, dit : « Idalium Cypri nemus est in quo oppidum brève ; ut paullo poste Idaliœ lucos. i De plus, une rivière, affluent du fleuve Pidaeus, arrosait le vallon et assurait à tout le territoire environnant une fertilité qu'il possède encore. Autre* fois comme aujourd'hui c'éuit Vldalium frondosum de Catulle (Carm. LXV, épi» thalame de Pelée, vers 96).] (* Note retrouvée dans les papiers de Tauteur.)
* 2. Voir Deuxième partie, IV.
3. [La forme générale des tombes chypriotes est celle-ci : Grotte à fond en cul-defour. Hauteur, 3 à 7 pieds ; largeur, 6 à 12. I^ porte s'ouvre à égale distance du plancher et de la voûte; demi-circulaire, elle laisse juste passer le corps d^un homme et est toujours fermée par une pierre plate de 6 à 8 pieds de surface. Parfois un étroit couloir conduit à cette entrée.
Ces tombes sont toujours situées à la biise de collines dans des terrains dont la déclivité assurait la sécheresse. Dans les terrains purement calcaires, le sol est d'une siccité à peu près absolue. Aussi les verreries qu'on en tire sont-elles peu ou point irisées.] (* Note rcirouvéc dans les papiers de l'auteur.)
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A Golgos, Dali, Pyla, les ruines des temples consistent en lignes de soubassement de maçonnerie dessinant les contours de l'édifice. Peu ou point de décombres, jamais de traces de hauts murs. A Dali, un tronçon d'une muraille percée de fenêtres et bâtie de grosses pierres de taille est d'une époque postérieure, grecque probablement, et n'a point fait partie du sanctuaire primitif. Dans l'intérieur de l'enceinte on trouve des chapiteaux, colonnettes, socles, restes de portes, dalles, piédestaux de statues, fragments d'architecture, statues, ex-voto, basreliefs, inscriptions et graffiti, bronzes, vases, médailles, ustensiles divers, le tout généralement en très bon état.
On ne voit point de traces d'édifice à la surface du sol . Tous les débris sont enfouis.
L'intégrité des parements, l'absence de décombres, les assises de maçonnerie basses et de même niveau dessinant le plan du temple, la conservation parfaite des objets découverts, la couche de terre fine qui recouvre le tout, amènent à supposer que les sanctuaires étaient bâtis comme les maisons chypriotes d'aujourd'hui, en briques crues ou mattons sur soubassements de maçonnerie. Les tremblements de terre, le fanatisme chrétien, d'autres causes peut-être, ont renversé les statues et tout le reste, et fait écrouler, par dessus, les murs de terre séchée qui, en se pulvérisant, ont conservé tous les débris sous une épaisse couche de poussière.
L'emploi de la brique crue était, comme aujourd'hui, préféré parce que la fabrication en est très simple, ne nécessite point de construction difficile de fours à brique,' économise le combustible et évite ainsi des abattis d'arbres trop considérables; enfin, parce que l'on peut construire rapidement des murs de forte épaisseur, frais l'été, chauds l'hiver, toujours secs et sains à habiter. La bâtisse en mattons était donc et est encore une nécessite de climat, et cependant ni la pierre ni la chaux ne font défaut dans Tilc.
Le temple seul de Paphos était hypèthrc et l'autel de Vénus à découvert'. Je suppose donc que les autres sanctuaires de Chypre avaient une toiture, laquelle ne différait guère de celle des maisons actuelles. Celle-ci consiste en chevrons soutenus par des poutres (ces bois sont quelquefois en grume) et recouverts d'abord de nattes ou de roseaux, puis d^une épaisse couche de terre tassée (20 à 3o centimètres), parfaitement imperméable, formant terrasse et se couvrant, au printemps, de gazon et de fleurs.
Les temples étaient dallés en calcaire de Chypre. Les dalles ont environ 10 centimètres d'épaisseur.
Dans chaque temple, les dieux étrangers avaient leur chapelle comme les saints dans les églises chrétiennes. Les divinités adorées de préférence en compagnie de la grande déesse sont : Apollon, Hercule, Diane. On a trouvé aussi beaucoup de monuments relatifs au culte du cyprès, qui se rattache au mythe de Cybèle.
Les sanctuaires chypriotes n'ont pas changé de place pendant tout le règne du paganisme et ont conservé leur aspect primitif: un simple clos ou une cabane de mattons couverte de clayons et de terre. Les éléments d'architecture qui les ornaient révèlent les uns l'influence de Tart assyro-phénicien, les autres celle de l'art grec; ils n'appartiennent pas au plan primitif et ont été ajoutés au monument déjà construit. Plus tard enfin, la chapelle primitive, que l'affluence des pèlerins avait rendue insuffisante, fut agrandie ou entourée d'édifices qui lui servirent de succursales.
1. Cette particularité a été, pour ce seul temple de Pile, remarquée des anciens, qui prétendaient même que la pluie ne mouillait jamais l'autel. (Parisot, Biog, univ, mytholog.y art. Vénus.) * Pline, liv. Il, ch. C, xc. [« Célèbre fanum habet Veneris Paphos in cujus quamdam aram non impluit. »] (* Citation ajoutée par Pauteur dans une note manuscrite.)
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g 2. — LES SANCTUAIRES DE GOLGOS.
Dans la nuit du 6 au 7 mars 1870, on vint avertir le général Palma de Cesnola, consul des États-Unis à Chypre, que des paysans, en travaillant dans un vallon aux environs d'Athiénau, avaient rencontré une portion de statue colossale et d'autres plus petites. Le consul se transporta immédiatement sur les lieux, constata l'importance de la découverte, loua tout le champ où les fouilles avaient commencé, et donna au plus intelligent de ses ouvriers ses instructions pour déblayer complètement et avec grandes précautions les monuments enfouis.
Les collines ou plutôt les ondulations très accentuées de terrain qui environnent et dominent l'emplacement des fouilles avaient déjà été explorées.
Les gens d'Athiénau, trouvant plus de profit à vendre des antiquités aux amateurs de Larnaca qu'à cultiver leurs champs, avaient rencontré là, sous leur pioche, des tombeaux qui leur avaient fourni des verreries grecques, des bijoux et des terres cuites. Quand la nécropole ne leur donna plus rien, ils allèrent dans le vallon.
Lorsque je visitai Golgos au mois de mai 1870, je pus m'assurer que les fouilles avaient été faites dans deux endroits différents. Arrivé par l'ouest, je m'arrêtai au milieu d'un terrain bouleversé par des excavations récentes. M. de Cesnola, qui m'accompagnait, me dit qu'en cet endroit on avait trouvé des statues rappelant, pour la plupart, le style égyptien quant aux costumes et aux attitudes, mais non quant au type; qu'il avait tout lieu de croire qu'il avait existé là un temple circulaire et fort ancien, abandonné ou détruit plus tard, et que beaucoup de ses statues et ornements avaient dû être trans-
férés dans un édifice plus moderne, sa succursale, qui était devenu bientôt en quelque sorte la paroisse métropolitaine de Golgos. Cette hypothèse était, selon lui, corroborée par l'absence dans le vieux sanctuaire de statues en bon état, celles qu'on y trouva étant plus ou moins frustes ou brisées, de pièces de style plus moderne et de la belle époque, de basreliefs, inscriptions, ex-voto comme on en trouva dans l'autre temple; enfin par la découverte dans celui-ci d'un torse de très vieille statue, nue, creusé en alvéole carrée et destiné à servir de piédestal.
Nous franchîmes, à l'ouest, une ondulation de terrain qui séparait les deux champs de fouilles, distants entre eux d'environ 200 mètres, et nous mîmes pied à terre sur un sol profondément bouleversé et retourné par les hommes de M. de Cesnola.
Découragés sans doute dans leurs recherches au vallon voisin, les paysans avaient attaqué une portion de champ contiguë à celle où, peu d'années avant, M. de Vogué avait fait faire des excavations dont les déblais existent encore.
Ces excavations n'avaient donné que des résultats médiocres. Elles n'avaient eu lieu que sur un espace très restreint et dans la direction oblique du sud à l'ouest. Les paysans espéraient qu'en travaillant, dans la direction du sud au nord, le sol vierge d'à côté, ils seraient à peu près payés de leur peine. Ils ne furent pas déçus, et dès les premiers coups leurs outils rencontrèrent le beau colosse dont la gravure est ci-jointe (pi. II et III).
Un an auparavant, les fouilles du temple de Dali avaient commencé de même par la découverte d^un colosse, et M. Lang, encouragé, avait donné aux travaux une impulsion qui amena la trouvaille de trésors archéologiques d'une extrême importance. M. de Cesnola, à l'exemple de son devancier, résolut de savoir le plus tôt possible à quoi s'en tenir sur la valeur de ce nouveau placer^ et cinquante hommes furent mis à l'œuvre.
GOLGOS
Un déblayement progressif fit bientôt mettre à jour une ligne de maçonnerie que je ne pus voir malheureusement, M. de Cesnola m*ayant dit que les ouvriers l'avaient recouverte de terres; cette ligne de maçonnerie, qui délimitait probablement Tédifice construit là, formait un carré long de i8°',20 environ sur 9",io de large. Une porte de 9 pieds anglais de large était pratiquée au nord, non point sur le grand axe du carré, mais reportée vers l'ouest. Sur la face est, une autre porte de 8 pieds anglais était également percée plus près du mur sud que du petit axe du temple.
Toutes ces données m'ont été fournies par le plan que M. de Cesnola me communiqua et me permit de reproduire. (Fig. i .)
Fouilles i» MI de Vo«ue' .
Ji2i.
E Fio. I.
Je pris rapidement une vue du site. Le temple était parfaitement orienté; ses petits côtés regardent le sud et le nord. Lorsqu'on s'adosse à la façade septentrionale, on a devant soi
rentrée du petit vallon; plus loin, au nord-ouest, à 5oo mètres de distance environ, des ruines éparses qu'on croit être celles de l'antique Golgos; dans le lointain la plaine de la Messaorée, et au dernier plan les sommets de Cérines qui se continuent à Test jusqu'au Carpas. Vers le nord-est est Athiénau; au sud, le fond du vallon ; à droite et à gauche, des collines peu élevées où, comme je l'ai dit, des tombes ont été ouvertes^
Je vis et dessinai une multitude de débris curieux dont le général fit transporter plus tard quelques-uns à son logis de Larnaca. Près de la porte nord je mesurai trois fragments d'arc, un petit tronçon de colonnette dorique non cannelée, avec son chapiteau (fig. 2) de o",i3 de hauteur; l'abaque carré a o",3i sur chaque face; à côté était un cube de pierre de o",23 de haut sur o",55 de côté, creusé d'une alvéole ronde de o",37 de diamètre, et où la base de la colonnette était peut-être encastrée; une longue pierre de o",45 de haut sur i",54 de long et ornée d'un bandeau saillant décoré de petites guillochures; une autre pierre haute de o",23 et garnie d'un rebord. Ces pierres faisaient peut-être partie de la maçonnerie du soubassement.
P'iG. 2.
J'ai vu à Larnaca, au consulat américain, deux chapiteaux curieux que M. de Cesnola me dit avoir été apportés de Golgos et qui peut-être viennent de l'ancien temple, le plus primitif des deux du moins, bien certainement. Celui-ci (fig. 3) se com-
pose d'un abaque carré de o',57 de côté, et d'un hémisphère un peu allongé, portant sur tout son pourtour des cannelures peu profondes et serpentant verticalement, depuis l'alvéole ronde pratiquée à la base et que l'on coiffait sur le sommet du fût,
jusqu'à l'abaque lui-même. L'autre chapiteau, plus petit, est haut de o",29 (fig. 4), Comme le précédent, il est en pierre calcaire. Sa moitié supérieure est un tronc de pyramide renversée, carrée et dont la base a o",3i de côté. Chacune des faces est encadrée d'un bandeau plat et divisée par deux baguettes, ou trois bandes horizontales, superposées et ornées de zigzags en relief. La moitié inférieure est circulaire et se compose de huit rameaux qui, en contact par leurs sommités avec l'abaque, se recourbent gracieusement en rappelant ainsi les bouquets épanouis des acanthes corinthiennes. Il se pourrait que ce chapiteau vînt du grand temple ou même des ruines de Golgos. Je ne sais rien de précis là-dessus.
Au milieu de l'enceinte je vis, renversé, un cône de pierre grise, dont le sommet avait été brisé et qui ne mesurait plus que o",65 de haut. La base avait o",3q de diamètre et la stabilité en était assurée par un évidement. Intact, le monument devait avoir un peu plus d'un mètre. Le travail en est très soigné. La
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figure 5 représente le cône. La partie figurée depuis la cassure jusqu'en haut est de restitution. La figure 6 représente^la base avec son évidcment, d*après une coupe verticale pratiquée seulement à partir de A B. On ne trouve point aux environs la pierre dont il est fait. Celle-ci a donc dû être apportée de loin. Nul doute, selon moi, que ce cône n'ait été le simulacre de la Vénus Golgia. Celle-ci était évidemment la même que la Vénus Paphia, adorée sous cette même forme conique et dont le culte fut apporté à Golgos par Golgus, fils de Vénus et d'Adonis ( Pausanias, VIII, 5 ).
Outre cette pierre, mon guide me montra tout à côté, et ayant dû occuper à peu près le centre de l'édifice, un piédestal double
Fio. 7.
en pierre calcaire, long de i",i6, haut de o"',38, large de 0^,49 à la base, de o'",56 en haut, et portant deux alvéoles carrées dans lesquelles étaient encastrés jadis les socles de deux statues, colossales probablement, et adossées comme l'étaient généralement toutes les statues chypriotes, dont la partie postérieure est ou à peine dégrossie ou tout à fait plate (fig. 7). M. de Cesnola me dit avoir compté ainsi douze piédestaux doubles disposés en quatre rangs et point pareils. Cela suppose vingt-quatre statues importantes ornant le sanctuaire. D'autres statues plus petites étaient placées vraisemblablement parmi les colosses, car on a trouvé des piédestaux disséminés çà et là et de toutes grandeur\,
quelques-uns assez petits, certains même portant des inscriptions en langue chypriote.
Je mesurai quelques-uns de ces piédestaux intacts que le général de Cesnola avait fait transporter à Larnaca. L'un avait o",23 de haut et o",29 sur o",3o de côtés. L'alvéole, formant un carré long, a été creusée plus près d'un bord que de l'autre. Un autre bloc a les quatre pans évidés et formant un évasement de la base à la partie supérieure. Il a o",3o de haut, o™,5i de côté à la partie supérieure et o",4i à la base, et présente cette particularité que l'un des bords de l'alvéole est garni de quatre trous carrés; deux autres existent latéralement. Ces six trous
.ftjf.
ÛlSi.
Fio. 8 et 9*
ont été, je pense, pratiqués après coup et garnis de tenons de bois ou de pierre dure destinés à assujettir la base endommagée d'une statue ou à donner plus de fixité à une figure trop haute (fig. 8 et 9). Enfin un piédestal de même genre mesurait o",2i5 de haut sur o",24-o",26 de côtés.
Le sanctuaire était peuplé d'une très grande quantité de statues de toutes tailles. Plusieurs étaient colossales; beaucoup
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étaient tombées la face en avant et s'étaient brisées en gros fragments faciles à rajuster. Les plus grandes gisaient auprès de leur piédestal.
On avait suspendu aussi aux murs des tableaux gravés ou sculptés sur plaques de pierre, quelques-uns accompagnés de longues inscriptions chypriotes, et des ex-voto travaillés de même; les lambris, à l'intérieur, étaient formés par une suite de tableaux sculptés sur pierre, en relief peu saillant. Un fragment que M. de Cesnola conserve dans son musée représente Hercule et les troupeaux de Géryon. Je suppose donc que les tableaux se rapportaient pour la plupart aux principaux traits de la vie d'Hercule, à ses douze travaux. Ces sculptures sont traitées à la façon des bas-reliefs assyriens.
L'on trouva mille débris d'ustensiles, etc., objets ayant servi au culte et que nous décrirons en temps et lieu. Enfin l'on mit à jour le dallage du temple, fait de beaux carrés de calcaire de Chypre et épais de o"*,io.
Avec les données qui précèdent, il est possible, je pense, de faire une restitution idéale du temple de Golgos.Il était construit en briques séchées au soleil ou mattons, formant quatre murs, dont la base était assise sur les pierres à rebords du soubassement. Ces murs étaient revêtus d'un crépi blanc ou de couleur et imperméable à la pluie. Au nord et à l'est, peut-être aussi à l'ouest, des portes qui furent ornées, plus tard sans doute, de colonnettes doriques remplaçant les primitifs chambranles de bois. Des piliers soutenaient à l'intérieur un toit qui était à double pente très peu sensible, vu la largeur de l'édifice; il formait ainsi terrasse, comme les toits chypriotes actuels. Ce toit se composait de pièces de bois très rapprochées; par-dessus, des nattes et des roseaux recouverts d'une couche épaisse de terre battue, aussi imperméable à l'humidité qu'aux ardeurs du soleil.
L'extérieurdu temple de Golgos devait donc être fort modeste.
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La gravure d-yoînte pi. II et Iir est la repcoductxoa très exacte de ce magnifique morceau.
I^ coiffure consiste en demi-fuseaux« dont la réunion forme un bonnet ^'ajustant bien sur la tête. Le cimier est une tète d V nimaL peut-être de lion ; le tout rappelle le bonnet phrygien.
Une rangée de mèches frisées rondes et s\*métriques couvre le front. Une triple bandelene gaufrée ou une triple mèche de cheveux ondulés et à brins séparés tombe de la coiffure sur chaque épaule.
1^ figure a le tj'pe chypriote : gros yeux à fleur de tète, nez droit et fort terminé en pointe d'œuf, bouche petite, lippue et M:nftuellc, jadis colorée en rose, menton rond et peu proéminent, ce qui indique peu d'énergie.
GOLGOS 49
Au COU, un collier ou plutôt une sorte de hausse-col bordait la tunique et se divisait en deux zones superposées, dont l'ornementation est caractéristique : dans la première zone est un rang de douze croix grecques cantonnées de points et peintes en rouge; dans la zone inférieure il n'y a que onze de ces croix.
Le vêtement se compose d'une draperie dont les plis, traités d'une manière symétrique, peu large et tout à fait archaïque, semblent plutôt gravés que sculptés, tant est faible leur saillie. Cette draperie se relève sur les deux bras, aux coudes, tombe de chaque côté du personnage, en plis pressés, et couvrait une robe. Celle-ci est à découvert à partir de la ceinture. Le bas de cette robe est orné d'une zone de broderie distante d'un pied environ du bord inférieur. A partir de la broderie, l'étoffe tombe sur les pieds nus, raide et droite, en formant des plis réguliers simulant des godrons.
Le vêtement, selon la coutume, avait dû être rehaussé de rouge. Je n'ai vu de trace de couleur qu'au hausse-col.
Les deux bras sont nus et tendus en avant. La main droite tient une coupe hémisphériqueàpied. L'autre tient une colombe, dont la partie antérieure fait face au spectateur; le corps de l'oiseau est fixé sur le poing et la queue sur l'avant-bras, au K .
moyen de deux chevilles carrées; les pattes se voient entre les doigts qui les retenaient. Les ailes sont un peu relevées le long du corps comme sur le point de s'éployer tout à fait.
Les pieds de'la statue reposent sur une base carrée.
La statue est intacte, pour ainsi dire, car deux doigts seulement manquent à la main qui tient la coupe.
On sent, à regarder cette œuvre attentivement, qu'elle est vraie, et par conséquent bcllectd'un incontestable mérite comme art, qu'elle exprime une réalité disparue et n'est point le produit d'une fantaisie d'artiste. C'est un portrait, comme l'étaient du reste toutes les figures de pierre trouvées dans les temples, et
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représentant, je pense, des individus qui avaient voulu, en se plaçant en effigie autour de la divinité, lui consacrer pour ainsi dire leur propre personne.
La coupe de libations et la colombe, animal consacré à Vénus^ indiquent selon moi un personnage sacerdotal. Les autres statues m'ont paru toutes porter ce caractère, et cela me porte à croire que le costume sacerdotal était de rigueur pour les statues votives.
La façon dont les plis du costume sont agencés et traités dénote répoque grecque. La raideur hiératique de la pose, Tarchaîsme des détails, la physionomie placide et béate, le léger riaus des lèvres, le manque de science anatomique dans les parties hues, indiquent une époque contemporaine de celle du colosse de Dali, un peu plus soigné d ailleurs comme exécution; peut-être même la figure de Golgos est-elle antérieure. Gela nous reporterait au V* siècle avant J.-C; et si Ton admet que le colosse de Golgos n'avait point été primitivement dans le temple voisin, et que par son style, plus archaïque que celui de presque tous les objets trouvés au même lieu, il est un des premiers de ceux qui ornèrent le grand temple au lendemain même de son inauguration, on pourrait assigner au sanctuaire neuf Tàge même de la statue et fixer au commencement du v* siècle l'abandon de Tancien temple.
La tête colossale, dont la gravure accompagne sur la pi. III la reproduction agrandie de la tête du prêtre à la colombe, et que M. de Cesnola me dit avoir été trouvée dans le second temple, serait contemporaine de la statue précédente, peut-être plus ancienne à cause de la façon sommaire et tout égyptienne dont la barbe est traitée. Elle viendrait, dans ce cas, du vieux sanctuaire, malgré son poids énorme et la taille de 8 mètres du personnage tout entier.
Cette tête a plus d'un mètre de haut. Elle est coiffée d'un bonnet ovalaire terminé par une pointe; deux jugulaires sont
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relevées contre le bonnet. Les yeux, en amande, sont à fleur de tête, le nez droit et en pointe d'œuf, la bouche petite et les lèvres accentuées. Le tout est d'un style très archaïque et d'un type identique à celui de la première statue.
Ce colosse était probablement costumé à l'égyptienne : tunique ou justaucorps collant, bras nus ramenés le long du corps ou repliés dans les poses consacrées; les jambes droites et réunies, ou dans l'attitude de la marche. Vu ses dimensions, il devait être placé hors du temple, peut-être devant une porte.