PATERE ET RONDACHE
trouvées dans un tombeau de la nécropole
.d'amathonte *.
Une étude attentive des ruines et de la nécropole d*Amathonte a décidé le général de Cesnola à entreprendre des fouilles sérieuses et suivies sur ce point, jusqu'à présent peu ou mal exploré. La découverte de nombreux tombeaux, de deux beaux sarcophages, d'un colosse (volé au général et maintenant au musée de Sainte-Irène, à Constantinople), de plusieurs inscriptions grecques et chypriotes, de quantité d'objets d'art, statues, bronzes, bijoux, etc., témoigne en faveur de la vieille expérience, de la persévérance et du savoir incontestable que le consul américain a apportés dans ses recherches.
Dans la première dizaine du mois d'avril iSyS furent trouvés dans une même tombe les objets suivants ;
I* Une patère d'argent dont une moitié environ est détruite par l'oxydation ;
* I. Revue archéologique, XXXI, p. 25 et suiv. (1876). Le mémoire est daté de eptembre 1875.
i3S CHYPRE
2* Un petit bouclier rond ou rondache, en bronze, très oxydé aussi et assez endommagé :
3* Une espèce de sabre en fer d*environ deux pieds anglais de long, très oxydé ;
4* Une masse de pointes de javelots en fer;
5" Deux haches de bronze ;
6* Plusieurs vases et coupes en bronze très épais et bien conservés;
7* Bandeaux, colliers, bracelets, bagues, boucles d*oreilIes en or;
8* Scarabées et scarabéoïdes en agate blanche ou en cornaline, montés à pivot sur les deux extrémités d'une tigefusiforme en argent, recourbée en fer à cheval; les sujets gravés sont traites dans un style ég}-pto-assyricn ;
Sf Cylindres assyriens en pierre dure;
\o^ Des anneaux en or, argent et bronze formés d'un boudin recourbe, et dont les extrémités, rapprochées et juxtaposées, sont concentriques Tune à l'autre. Ces anneaux, trop étroits pour avoir été d'aucun usage, ont paru au général de Cesnola représenter de la monnaie'. Il y en a de trois grandeurs différentes.
Les pièces capitales de toute cette trouvaille sont les deux premières, la patère et la rondache. Le général de Cesnola a bien voulu me les envoyer et m'autoriser à les publier. Qu'il reçoive ici mes remerciements.
I. Dans la partie de son mémoire {Poids, mesures et monnaies des Égyptiens) lue à TAcadémie des inscriptions dans la séance du iS juillet iSyS, M. Chabas dit que, postérieurement à Tupoque de Tancien empire, on trouve mentionnées sur les monuments des monnaies de bronze, d'argent ou d'or. Elles consistaient soit en anneaux f soit en disques percés d'un trou au centre. Dans une scène de pesage gravée en champicvé sur le plat d'un grand scarabée de la collection Cesnola, l'un des plateaux de la balance contient le gigot d'une antilope qu'un personnage CM en train de dépecer; dans Pautrc plateau est un disque percé d'un trou au centre, ce qui confirme Passcrtion de M. Chabas.
On a découvert à Curium, dans un temple, des anneaux pareils à ceuxd*Ama- (lioiitc; on en u trouve aussi à Pnphos et à Idalie.
AMATHONTE iJg
Les deux monuments originaux ont été confiés à M. Dardel, qui, d'après eux, a exécuté les gravures très fidèles qui me dispensent de toute description préalable et auxquelles je renvoie le lecteur (planches VIII et IX).
g I. LA PATÈRE (PL. VIIl)-
C'est une calotte de sphère en argent fin de o™,ooo5 d'épaisseur, o™,i 88 de diamètre et o™,o36 de hauteur. Le bord est consolidé par un listel plat faisant, en dedans, une saillie horizontale de o'",oo4. Les deux patères de vermeil trouvées à Citium et exposées au Louvre (salle des bronzes) sont de forme identique. Les figures et sujets ont été esquissés au repoussé, leurs contours et détails arrêtés par des traits fins et nets et comme burinés, mais dont plusieurs, vus à la loupe, semblent formés par un pointillé très délié.
La pâquerette ou fleur épanouie à seize pétales qui occupe le centre me semble être un lotus, fleur d'Isis, vu de haut; ou plutôt le soleil avec ses rayons.
Les zones de lignes brisées et réunies en faisceau (et pour le tracé desquelles un trait circulaire d'un pointillé menu a servi de guide à l'artiste) représentent Vêlement humide (où s'élabore tout germe vital ', surtout Veau, principe féminin ^).
Les sphinx sont l'image de la déesse Neith, c'est-à-dire la
1. s. AihanasCf De incarnat ione, Contra pentes ; Arisiides Rhet., In jEgyyt,; Jules Firmicus, Deprof.rel,; Cicérone De nat. deorum, lib. I, ex; lib. III^ c. xxii ; Eusèbe^ Prœp* evang.y lib. III, c. ix et xi; Diog. Laért., lib. I, c. i; Sext. Empiricus^ Adv, math., lib. V^III ; Myp. Pyrrh,, lib. III, c. iv ; Homère, Iliade, ch. v.
Tout animal naît d'un liquide et au sein d'un liquide. (Bérard, Physiologie, t. I, p. 78.) — La vie ne s*accomplit jamais que dans un milieu liquide. (Claude Bernard, Revue des Deux Mondes, i«f sept. 1864, p. 177.) Cf. Plutarch., De placit, phil,, lib. I, c. ii.
2. Plutarch., Quast, Prom., c, i; Pseudoplutarch., De vita et poes, Homeri, c. xciii^ éd. Didot.
z^% CziYrRE.
Nature, cette énigme i^nt li permanence et Tubiquîté sont figurées p^r des ailes. Sur sa :î:e est îe giobe lunaire d'Isis «.
Dans Î2 scconit zone Je sgures. a droite, le scarabée ailé tient au-dessus de si tî:te le g' obe 5*:«Iaire. Lui-même en symbolise le rayon rapide -. rii'ificaîeur et inîelligi fiant ^ le rit a, consi-lium et lux d Orphée, le spiritus et mens -, Vi-riç ou ratio des anciens *. La masse ovoïde qu'il tient entre ses deux panes de derrière représente îe monde pénétré de ses germes de vie ^ et que les Arabes faisaient, seîon une inscription^, le père d'Osiris, à qui d'ailleurs les Eg}"pî:ens l'avaient consacré 7. Les deux adorants, vcnis de la schenti^ sont coiffés de la tête déper^ier. symbole de Fré ou d'Osiris - surmonté du disque solaire. Celui-ci est orné de Yurœus a^athadjtmon) adoré dans toute r Egypte 9 comme le ton génie ^^^ le pouvoir bienfaisant, et" en quelque sone médical '% du soleil (serpent d' Esculape .
1. Isisest elle-mcnie la Nauire unÎTcrselîe Apulée, A/rf dm.. Ut. XI].
2. Les ailes, suirant Porphyre 'a p. Euseb., Prjtp. evjmg^ lib. Ul, c zi), oiractérîsent le mouvement.
3. WzcTohz, SaturfuiL, lib. I; Somn.Scif.. lib. l,c xvii; Mart. Capella, Hjrmtu ad Soient; Proclus,/» 7ïm., I; Sallust. Phil., c vu; Virgile, -^ii., VI, v. 727.