TRÈS GROSSIER ET TRÈS PRIMITIF, ORNES DE DESSINS AU PINCEAU
(traits ENTRE-CROISÉS El FORMANT HACHURES)
Presque toutes ces poteries sont pourvues de bases ou de pieds qui assurent leur stabilité. La plupart ont des anses fixées près des goulots ou orifices qui servaient à introduire les liquide^^. Beaucoup ont des orifices de déversement pratiqués dans la bouche même des animaux qu'ils représentent : oiseaux, béliers, bœufs, poissons, toutes bêtes consacrées et destinées aux sacrifices dans le culte de Vénus.
De pareils vases ne pouvaient guère servir pour l'usage courant. Il est supposable que, remplis d'offrandes, soit sèches, soit liquides, ils étaient destinés à remplacer les bêtes vivantes que les pauvres gens notamment ne pouvaient guère présenter à la déesse, ou à donner simplement aux tributs apportés la figure des victimes les plus agréables à Vénus.
Quelques pièces représentent des groupes de deux animaux (béliers surmontés d'un oiseau ou portant un oiseau attaché aux flancs).
Parfois la forme du vase ne rappelle que d'une manière très approximative celle de l'animal, de Toiseau par exemple, et, dans ce cas, la tête est représentée par un bec de burette très allongé et légèrement courbé.
Beaucoup de vases de cette classe sont pourvus de boutons saillants percés de trous et destinés vraisemblablement, en raison même de leur position, à servir de points d'attache à des ornements.
Presque toutes les poteries de cette classe viennent d'Hagios
Nicolaos, au nord de Dali. On ne les a jamais rencontrées avec des verreries ni des lances de bronze, mais souvent avec les pièces grossières de la classe n** i et des vases d'offrandes, en forme de petits bœufs (d'une fabrique plus soignée que les animaux de terre blanche dont nous venons de parler) ; en un mot, ils proviennent de tombes qui, selon toute apparence, ont été des tombes de pauvres.
Parfois la forme de l'animal disparaît pour ainsi dire complètement. On n'a plus alors qu'une cruche ordinaire avec sa base, une œnochoé avec une tête de bête (de bœuf le plus souvent) formant goulot ou encore issant en saillie sur la panse, à la base du col.
Parfois aussi c'est une tête d'animal fixée à la courbure de l'anse et se rattachant au rebord du goulot. Un vase de la collection Cesnola représente une tète humaine, informe, coiffée d'un disque ou bouchon cannelé, simulant une couronne. Les oreilles sont remplacées par deux saillies percées chacune de deux trous où l'on fixait, je pense, des ornements comme aux vases déjà décrits. Cette tête surmonte un vase allongé en forme d'olive. Deux petits bras grêles et allongés, terminés en mains où les doigts sont visibles, partent du col, et, embrassant la panse du vase, se réunissent sous une anse saillante fixée à l'endroit qui figurerait le sternum. Un goulot, planté obliquement du côté gauche et taillé en sifflet, présente, du côté de l'anse, son ouverture béante.
Ce petit monument est de même fabrique, de même matière que les animaux de terre blanche décrits plus haut. Symbolisaitil l'être humain que l'on offrait en quelque sorte à la divinité (en supposant, bien entendu, que ce vase eût la même destination que nous avons attribuée aux animaux), ou était-il la simple effigie du donateur de Tollrande, qui se consacrait ainsi luimême au dieu ? Quoi qu'il en soit, ce vase est le prototype de monuments céramiques de même espèce dont nous étudierons
les variétés plus loin et qui rappellent le type primitif d'une manière plus ou moins fidèle, selon que la tradition s'est plus ou moins bien conservée et que l'idée d'offrande religieuse s'est plus ou moins affaiblie dans l'ornement des poteries susdites. Nous verrons les figures modelées se transformer en vases à usage à une époque où la fabrication atteignit sa perfection ; puis les figures elles-mêmes complètement supprimées et remplacées par des animaux peints (oiseaux notamment), ou même simplement par deux yeux dessinés de chaque côté du bec du goulot et rappelant vaguement une tête d'oiseau. L'idée religieuse et consécrative s'était ainsi conservée pour ces pièces de céramique, qui, par leur ornementation caractéristique, semblent exclusivement indigènes.
A la classe des bêtes votives appartiennent aussi des vases en terre blanche assez dure, aux parois minces et affectant généralement des formes bizarres. Ils sont également garnis, sur leur pourtour et leurs anses, d'anneaux saillants où l'on fixait des ornements. Cette série se compose presque exclusivement de fioles jumelées dont le spécimen le plus remarquable, et intact, est une pièce de la collection Cesnola.
Elle consiste en deux panses lenticulaires et de forme ovale très allongée, réunies latéralement et surmontées de deux cols, unis également, et taillés en becs de burettes. Une anse de suspension, très saillante et percée d'un petit trou, s'attache aux deux fioles un peu au-dessous de la naissance des goulots. Ceuxci sont ornés de chaque côté de doubles anneaux ainsi que l'anse et le corps même des fioles ; ces anneaux sont réunis, sur les deux faces, par des filets saillants, partant de l'anneau supérieur latéral, et venant, après avoir formé guirlande, se réunir au point de jonction des deux vases. Le tout a 20 centimètres de hauteur '. — Cette double burette était-elle un ustensile
• I. Voir plus loin> pi. XXXII, n© 34, une gravure de ce monument d'après un dessin retrouvé dans les papiers de Tauteur.
de ménage ou un vase religieux? Cette dernière opinion semble la bonne si Ton voit dans ce monument Temblème des deux testicules. — Cette curieuse pièce vient de Dali, ainsi que toutes celles de même catégorie qui sont dans le même genre.
VASES EN TERRE BLANCHE ASSEZ DURE ET PARAISSANT AVOIR ÉTÉ FAITS AU TOUR.
Ces vases sont de formes irrégulières, mais indiquent de notables perfectionnements dans les procédés de fabrication.
Leur caractère distinctif est dans leur ornementation, qui consiste exclusivement en traits entre-croisés ou hachures, dessinés au pinceau en noir, très rarement en rouge, et formant des bandes, des zones, des figures géométriques distribuées d'une façon sobre et élégante sur la surface du vase.
Les poteries de cette classe affectent généralement la forme de cratères pourvus d'anses. Quelques-uns portent un appendice, recourbé en arrière, saillant sur le bord de Torifice, au point d'attache de l'anse, et taillé en encoche à son extrémité. Cet appendice servait sans doute de point d'appui au pouce de la main qui tenait le vase. — D'autres cratères portent en outre, vers leur partie inférieure, et fixé antérieurement sur la panse, un autre appendice destiné peut-être à servir de pivot, d'appui au pot pour aider au déversement.
Les premières pièces de cette classe ont été trouvées à Hagios Nicolaos. D'autres viennent d'Aradippo. A Verghi, on a trouve une coupe à fond plat, haute de 0^,05 et ovalaire (o",i45 sur o",i35)'. Le fond du vase, blanc d'argent, est appliqué à dessein pour faire mieux ressortir les ornements de couleur vermillon tirant sur le brun qu'on y a tracés au pinceau. — A cause de cette particularité, cette pièce est unique jusqu'à présent. — Elle fait partie de la collection Sandwith.
I. Un petit trou placé près du bord servait à passer un cordon de suspension.