‹ Monuments antiques de Chypre, de Syrie et d'ÉgypteChapitre 88 sur 99 · ET SONORE · texte numérisé non relu

ET SONORE

Le caractère distînctif des pièces de cette classe consiste dans une ornementation bizarre, originale, dont on retrouve cependant des analogues chez d'autres peuples et à d'autres époques, mais qui, par son style, tend à faire assigner à ces poteries une origine purement indigène. Elles sont, en effet, ornées soit de figures peintes, soit de figures en relief ou complètement détachées, et dont on retrouve les reproductions parmi les statuettes, hiératiques pour la plupart, de types chypriotes, découvertes sur tous les points de Tîle où on a fouillé. — Les figures peintes se ressentent de l'influence égyptienne : elles sont accompagnées d'ornements dont les uns sont chypriotes, les autres d'origine évidemment assyrienne.

Les pièces de cette classe sont peu nombreuses, mais elles sont toutes remarquables. Nous décrirons chacune d'elles séparément et aussi brièvement que possible.

I® Bardaque trouvée à Dali (?). Elle est sphérique. Le goulot est formé d'une tête de femme de même style que les figurines chypriotes découvertes dans l'île depuis quatre ans, et ayant, comme celles-ci, pour ornement caractéristique un bandeau à franges sur le front, et, tombant sur chaque épaule, deux doubles torsades.

La figure est hideuse : les sourcils peints, les yeux à fleur de tête et remplis de blanc, le nez droit, aux narines ouvertes, la bouche large et béante; au cou pend un disque à rosace, retenu par un cordon dessiné au pinceau.

Deux petites saillies figurant des mamelles sont fixées immédiatement sous chaque tresse pendante, à gauche et à droite. Les oreilles sont saillantes et non protégées par des oreillères, comme on le voit sur les statuettes. Sur chaque tempe pend, un peu

plus bas que le lobe des oreilles, une mèche tordue et raide.

L'anse du vase, fixée à l'occiput de cette tête, s'attache un peu au-dessous de la naissance du goulot, sur la panse même.

Sur cette panse est peint en couleur bistre un personnage qui paraît être une femme. Le stjle de ce dessin est très primitif. La figure est vêtue d'une longue robe, sans plis. Au cou est un double collier de pendeloques. La tête, de profil, regarde à gauche. Les cheveux tombent sur le dos. Le personnage semble flairer une fleur de lotus que tient la main gauche relevée à hauteur d'épaule; la main droite tombe le long du corps en s'écartant un peu. Une bande droite formée de dessins (ou de caraaères ? ) fort altérés tombe sur le devant de la robe, du sein aux pieds. Sous le coude gauche est une fleur de lotus épanouie, garnie de feuilles. Derrière le personnage, un peu plus bas que répaule est une autre fleur épanouie, d'où sortent deux cornes ou montants de lyre. L'artiste a rehaussé de blanc l'œil de la figure, la fleur qu'elle tient, les deux bras et toute la partie supérieure du corps jusqu'au-dessous du sein, ainsi qu'une partie de la traîne de la robe, les deux grandes fleurs épanouies, et deux zones en torsade double formant encadrement au su jet principal et le séparant des deux calottes sphériques latérales du vase. Ces deux dernières portions sont elles-mêmes divisées en bandes concentriques. La zone qui touche la torsade est ornée de fleurs de lotus dessinées au trait et retouchées en blanc. Une rosace, aux feuilles rehaussées de blanc, termine chaque calotte.

Nous retrouvons sur les monuments d'origine assyrienne les fleurs de lotus du genre de celles de notre bardaque. Quant à la figure, elle paraît de style égyptien. Cette double influence de l'art égyptien et de l'art assyrien se remarque sur bon nombre de monuments chypriotes découverts aux grands centres religieux de Dali, Golgos, Paphos, Amathonte, Pyla, etc. — Ce remarquable vase, qui faisait partie de la collection Cesnola, se trouve maintenant au musée de Berlin. C'est une terre ordinaire

de couleur rouge clair tirant sur l'orange. Hauteur : o"*,4o. Était-ce un vase votif? Il serait assez difficile de le préciser. Les vases à usage ont des ornements bien moins riches, moins compliqués, moins soignés, et composés, pour la plupart, de simples figures géométriques, cercles ou zones concentriques, rapidement tracées. Ils sont généralement unis, sans saillies ni sculptures, et plus commodes que celui-ci, où le déversement des liquides, par la bouche et les narines, percées à jour, de la tête du goulot, ne devait pas être très facile.

Les poteries à cercles concentriques paraissent avoir été en usage général à Chypre jusqu'à la domination romaine; à cette époque probablement la fabrication commença à se restreindre.

Ces cercles concentriques se trouvent généralement sur des vases de fabrique très soignée, bien qu'on les rencontre aussi sur des poteries archaïques et de tout autre fabrique (vases rouges et noirs à traits gravés). Ce genre d'ornement, long et difficile à faire, relativement, devait avoir, comme la croix et la quadriquetra qui souvent l'accompagne, une signification hiératique. Ils représentent à mon sens, en perspective, un sein de femme, et leur présence sur les vases serait un symbole de fécondité, d'abondance, qu'on n'aurait point, pour plus de commodité dans l'usage, mis en relief sur le flanc du vase comme dans certaines poteries d'où ces vases sont dérivés (vases à col étroit, vases de Corno modernes, vases à têtes de prêtresses et mamelles saillantes percées pour déverser l'eau).

Les vases à figures sculptées, ceux dont le goulot est formé d'une tête en relief, se retrouvent chez les Étrusques [Vulci^ p. 201, t. II, Birch), avec l'œil au goulot (/rf., p. 202). On les retrouve encore chez les Américains (poteries du Mexique et du Pérou).

Analogie entre les parfumoirs du Louvre (maisons à personnages) et les figurines étrusques de terre cuite (cabane de Romulus) d'Albano.

Les poteries de terre fine de Samos ornées d'arabesques, qu'on trouve dans tout l'empire, sont classées par Birch dans la poterie romaine.

A. de la Marmora avait dé)à remarqué l'analogie des ornements phéniciens de Gozzo {Nonv. Annales des voyages^ p. 19) avec ceux des poteries mexicaines. — A consulter làdessus, Franz Kryler, Handbuch der Kunstgeschichte (3* éd., p. l3).

A Hagios Nicolaos, au nord de Dali, on a trouvé des poteries blanches à traits noirs {canthares ou cratères), ainsi que des poteries en forme d'animaux, petits bœufs, etc.; des poteries grossières, non travaillées au tour, et dont plusieurs stfectent la forme de théières et d'ustensiles de cuisine.

A Alambra, ce sont surtout les poteries noires et rouges, jt traits gravés, qu'on a trouvées dans les fouilles ....

Layard, Nineveh and ils remains. On a trouvé à Ninive, entre autres poteries, des gourdes tout à fait analogues à celles d. Chypre (pi. XCII).

Plusieurs vases chypriotes ont pour ornement des fleurs de lotus tout à fait analogues aux ornements assyriens de même fcnre, comme celles du pavage du seuil d'une porte du palais ^Koyoundjik.

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