‹ Monuments d'antiquité figurée (volume 2)Chapitre 1 sur 7 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

" To û£ ovo|jLa syevETO TÔi'ATToXXwvi £7Tixoupy]tjavTi Itci voaw Xoi{i,wS£i. Paus., ibid.

^ Baffaat, forme dorienne pour SYJcïaai, saUus y vallée ^ravin situé au milieu d'une foret. Homère emploie souvent les locutions oupeo; h p>îaayi<;, et h xaXyî p^<7<JTf],

Mon. de M or. J .

même ^, caractérise parfaitement la contrée. Rien de plus imposant et de plus enchanteur à la fois que le spectacle dont on jouit de ce lieu. Au nord, et comme un vaste mur servant de rempart au temple, les crêtes les plus hautes du Cotylius, oii s'élevait un temple d'Aphrodite, déjà en ruine du temps de Pausanias^, et que M. Blouet croit avoir retrouvé^; à l'est, les monts Lycée, l'Olympe de l'Arcadie, le herceau de Jupiter, et dans le lointain, au-dessus des sommets de cette chaîne presque toujours couverte de neige, le pic orgueilleux du Taygète; au sud, les chaînes de montagnes s'abaissent et laissent apercevoir un admirable lointain, la Messénie, le mont Ithome, le golfe de Messénie, et la Méditerranée qui termine ce vaste horizon ; enfin, à l'ouest, se déroule la belle vallée du Cotylius: la Néda l'arrose; et après de nombreux détours, comparés par les anciens 7 à ceux de Méandre, elle va se jeter dans la mer Ionienne que l'on aperçoit au-delà des montagnes ^.

Le temple de Bassœ, aujourd'hui en ruine, soit par suite des ravages du temps, soit par suite des tremblements de terre, est appelé par les habitants du pays (jtoùç ctuIouç^, les Colonnes ; et en effet

11. XVIII, 588, cf. XIX, 435. Il joint à ce mot les épithètes de xoi'Xvj et de Tp-/])(^£ïa dans l'hymne à Apollon, v. 284. On trouve aussi dans ce poète le pluriel pour le singulier, Od. X, 210. Dans Pindare, pScaaa désigne une contrée inhabitée et déserte: lochi inabitati , ermi e selmggi, suivant l'expression de l'Arioste. Or. Fur. 1,33.

"* KoxuA'/], crew^, cavité.

'' Loc. cit., 6.

^ Voy. t. 2, p. 5.

^ ÏIoTocuojv û£ oTToaouç 'i(7[jL£v Maiavopoç [xh (DtoXiw (xàXiaxa xaxetffi tw ^£U[xaTi , eç T6 To àvo) jta[xT:à<; xa\ auôiç iTriaxpocpàç Traps/^ofxsvoç TrXEiaxa;' Seuxspa Sa Dviyjxwv ye svExa cpspoixo v) NsSa. Pans. VIII, 4i , 3.

« Voy. Der Jpollo Tempel zu Bassae in Arcadien und die daselbst aiisgegrahenen Bildwerke^ dargestellt und erlàutert durch O. M. Baron von Stackelberg. Rom. 182G, in-f*", pi. letll.; et A description ofthe Collection of anciens marble s in theBritish Muséum (par M. Combe), part. IV,Lond.i 821, 4"* pl.XXVIetXXVlI.

^ Pour £iç xou<; (txuXouç.

ri)

presque toutes les colonnes, au moins celles de l'enceinte extérieure, restent encore debout '°. De tous les temples du Péloponèse c'était, après le temple de Minerve Aléa, à Tégée, celui qu'on admirait le plus dans l'antiquité, tant pour la beauté des matériaux que pour l'harmonie des proportions ^^ Pausanias nous apprend que ce temple fut bâti parictinus, l'architecte du Parthénon d'Athènes '^, à la suite de la grande peste qui désola la Grèce, pendant la guérie du Péloponèse, l[6o ans avant J.-C. (01. 87, 3)^^. A ce témoignage si positif M. Ch. O. Muller^^ oppose des arguments que l'on regarde avec raison comme peu plausibles ^^, et d'après lesquels le temple de Phigalie aurait été bâti par Ictinus immédiatement après le Parthénon et avant la guerre du Péloponèse, de l'Ol. 85, 3 à l'Ol. 87, 3. Les objections faites à ce système par M. Ch. Lenormant paraissent sans réplique, et le surnom donné à Apollon ne peut laisser aucun doute sur l'assertion de Pausanias.

Nous ne ferons pas ici la description de ce temple; ce soin appartenait à M. Blouet, dont le travail ne laisse rien à désirer. Nous n'entrerons également dans aucun détail sur les singularités architectoniques que présente ce monument, l'un des mieux conservés de la plus belle époque de l'art; elles ont été indiquées avec trop de talent par le savant éditeur du Trésor de numismatique et de glyptique, pour que nous croyions devoir rien ajouter après lui. Nous signalerons seulement l'orientation extraordinaire de ce temple, dont la porte principale n'est pas, comme celle de tous les sanctuaires antiques, ouverte à l'est, mais au nord^^, avec une légère inclinaison vers l'est.

'• Voy. pi. 4 et 8.

■' Paus.VIII, Al, 5.

'^ Ibld. •^ IbicL

'* Dans sa dissertation sur la vie de Phidias, p. 14, i5.

'^ Voy. M. Ch. Lenormant, Trésor de numismatique et de glyptique : Basreliefs du Parthénon et du temple de Phigalie y p. i3. '^ Stackelbcr-, p. 3i, H!) et 3G.

M. Lenormant a cherché à expHquer cette disposition de l'axe du monument. Suivant kii^^^ « les Phigaliens, obligés par l'invasion de la peste d'abandonner leur ville, s'étaient réfugiés sur les montagnes du voisinage, et là l'influence du vent du nord, par conséquent l'intervention directe de \ Apollon Hjperboréen , avait tout d'un coup arrêté le fléau. Thucydide put donc affirmer qu'en comparaison de l'Attique la peste n'avait rien été en Arcadie^^. Les Phigaliens, dans la ferveur de leur reconnaissance envers le dieu qui venait de les délivrer si promptement, résolurent d'élever un temple magnifique à Apollon Epicurius. Ils choisirent donc pour site du nouveau temple le lieu oii ils s'étaient réfugiés dans leur terreur, et ils dirigèrent l'entrée de l'édifice vers la partie du ciel d'où le vent salubre avait soufflé, d'où le dieu leur avait apparu.» Cette explication, il faut en convenir, paraît très-séduisante au premier abord; cependant je ne pense pas qu'on doive l'admettre en tout point. Ce que M. Lenormant dit des raisons qui déterminèrent les Phigaliens à bâtir leur temple sur le Cotylius, me semble toutà-fait incontestable ^9; mais je suis porté à croire, et c'est aussi l'opinion de M. Stackelberg (p. 36), que l'orientation du temple fut due moins à des motifs religieux qu'à des considérations purement topographiques. En examinant bien les vues données par M. Combe et par M. Stackelberg, il est facile de se convaincre que la place manquait pour que l'axe reçût la direction ordinaire, et c'est peut-être là seulement ce qui a déterminé l'infraction aux lois établies. Ce qui fortifie cette opinion, c'est que le temple est orienté non pas au N., mais

'7 Op. cit., p. i5.

'^ Peut-être ce lieu avait-il déjà servi de retraite aux Phigaliens dans des temps plus reculés , alors qu'ils furent chassés de leur ville par les Spartiates, GSg av. J.-C. 01. 3o, i. Cf. Paus., XIII, 39, 1. Cette conjecture pourrait trouver sa justification dans les ruines remarquées par M. Blouet, sur le plateau où il a cru retrouver le temple de Vénus. Voy. t. 2, p. 5.

( 5 ) au N. E., c'est-à-dire dans la direction du plus grand diamètre du plateau de la montagne.

Nous ne reproduirons pas ici les ingénieuses conjectures de M. Lenormant sur les expédients auxquels durent recourir les Phigaliens, peuple sans commerce et sans mines , afin de pourvoir aux dépenses de la construction et de la décoration du monument, sur l'emploi qu'ils firent d'artistes athéniens, et sur les motifs qui les décidèrent à donner place dans la frise à deux scènes qui intéressaient particulièrement les Athéniens, leurs ennemis, et oii le héros de l'Attique, Thésée, jouait le principal rôle. Nous croyons devoir renvoyer nos lecteurs à l'intéressante dissertation où ces conjectures sont développées ^^.

Le temple de Bassœ avait été, dès l'année 1760, signalé au docteur Chandler par l'architecte français Bocher ^^ Mais ce qui a surtout contribué à lui rendre son ancienne célébrité , ce sont les fouilles entreprises en 1812 par une société de savants et d'artistes anglais et allemands qui avait déjà signalé ses travaux par la découverte des statues du temple de Jupiter Panhellénien à Egine ^^. A ce premier service déjà si important, elle en a ajouté un second plus important encore, en retirant des décombres où elle était enfouie , la frise intérieure de la cella du temple de Phigalie. Cette frise consistait en 2 3 plaques de marbre ^^ de 2 pieds i pouce et demi de haut ^^^ mais d'une longueur très-inégale : la plus courte (la 19^) est de 2 pieds 7 pouces 3/4 1 la plus longue (la 8^) est de 5 pieds 10 pouces; la longueur moyenne du plus grand nombre est de 4 pieds 5 pouces , et la longueur de toute la frise était de 100 pieds jo pouces. Ces différentes plaques

Op. cit., p. i5.

Chandler Travels, c. 77.

Stackelberg, p. 12. Nous aurons occasion de revenir sur ce monument.

L'opinion énoncée en Angleterre, qu'une 24® plaquen'apasété retrouvée, ne saurait être admise si l'on compare la longueur des 23 plaques à l'espace qu'elles ont occupé.

*" Les mesures indiquées ici sont des mesures anglaises.

(6) ont été, dans leur chute, brisées en un grand nombre de fragments; mais la patience et la persévérance de ceux qui les découvrirent sont parvenues à retrouver tous ces précieux débris; et quand ils ont été rapportés et rapprochés, le bas-relief s'est trouvé si complet qu'il n'a été besoin d'aucune restauration pour le rendre intelligible. Un fragment perdu ^^, ou plutôt dérobé pendant le trajet , a été retrouvé en i8j6 et offert au musée britannique par John Spencer Stanhope; deux autres fragments ont été, en iBa/j? ajoutés à la collection par le chevaHer Brôndsted.

M. Stackelberg raconte avec de grands détails ^^ par combien de fatigues et de travaux fut achetée cette précieuse découverte. A défaut de son récit, si plein d'intérêt, nous donnerons ici un extrait d'une lettre de M. C. R. Cockerell ^", l'un des membres de la société , parce que cette lettre peut être considérée comme l'analyse de la narration du savant allemand.

«Combien je regrette, dit-il, de n'avoir pas été de cette délicieuse partie de Phigalie^^, qui se composait de plus de vingt personnes! Ce fut sur le sommet du Cotylius, d'où la vue s'étend sur toute l'Arcadie, qu'ils s'établirent pour trois mois entiers. Ils construisirent autour du temple des huttes couvertes de branches d'arbres, et finirent par former une sorte de village qu'ils appelèrent Francopolis. Là, souvent 5o et même 80 hommes étaient à l'ouvrage dans le temple, et un orchestre composé de musiciens arcadiens se faisait continuellement entendre pour charmer et encourager les travailleurs. I.a nuit venait-elle mettre fin aux travaux, alors commençaient les danses et les chants ^^. Sur de longues broches en bois on faisait rôtir des

*^ Stackelberg, op. cit.^ p. 47 '^ P. 12 à 26.

^' Publiée dans le Voyage en Grèce de Hugues, t. i , p. 194 (i83o , 8°). ^^ M. Cockerell était alors en Sicile.

^^ M. Stackelberg, p. ii3 et suiv., nous a conservé quelques chants arcadiens qui respirent la naïve simplicité des temps antiques. Nous donnons ici une tra-

( 7 ) agneaux entiers ^o. Comment se faire une idée d'une semblable scène, au milieu de cet admirable paysage et de circonstances si intéressantes, alors que chaque jour rendait à la lumière quelque nouveau chef-d'œuvre des plus beaux temps de la sculpture? Apollon a dû s'étonner de ces fêles qui venaient interrompre son long repos. Il a dû croire que les jours de son ancienne gloire étaient enfin revenus. «Le succès de notre entreprise étonna tout le monde, et, il faut le dire, la fortune nous seconda dans toutes les circonstances qui s'y rattachaient. Précisément à cette époque Ali - Pacha fut déposé. Nous eussions été fort embarrassés par le traité que nous avions fait avec lui, et d'après lequel il devait être maître de la moitié des marbres découverts. Mais dans cette occasion il se trouva très-satisfait de nous vendre sa part; et à peine notre trésor était-il embarqué, que nous vîmes les officiers du nouveau pacha arriver dans le port avec

duction littérale de la première de toutes, qui est peut-être la plus populaire, et qui avait déjà été publiée par M. Fauriel, mais avec de nombreuses différences dans le texte, quand l'ouvrage de M. Stackelberga paru. Voyez Chants populaires delà Grèce moderne, Paris, t825, 2 vol. in-8°; t. 2, p. 196 et 197.

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