‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 3 sur 31 · A...5II2A · texte numérisé non relu

A...5II2A

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Il est impossible de rien tirer de cette inscription dans l'état de mutilation où elle se trouve, de même qu'on ne saurait décider si les deux personnages du bas-relief représentent deux époux ou deux divinités irdpe^pot.

181 5, in-S", et Biographie univ., partie myth., t. 53, au mot Cabires. L'auteur, M. Parisot, y expose les différents systèmes auxquels cette question a donné lieu , mais ne paraît pas avoir eu connaissance de VAglnophamus de M. Lobeck, qui cependant a paru trois ans avant son ouvrage. {Regimontii Priissorum, 1829, 1 vol. in-8°.) Dans ce dernier livre (t. II, p. 1202-1271), le savant éditeur de Phrynicns a discuté, avec une critique rigoureuse et un esprit plein de finesse, les différents passages relatifs à ces divinités mystérieuses, et cherché à prouver qu'il reste trop peu d'éléments pour construire avec certitude un système mythologique. Mais peut-être, dans cette discussion comme dans tout le reste de son ouvrage, se tient-il trop strictement sur le terrain grec, dédaignant à tort les notions que peuvent fournir les monuments de l'art elles croyances religieuses des peuples voisins de la Grèce.

5 ^r^o/w, pl. 7. Voyer, Bœckh , Corp. Inscr. gi: 11. 2, p. '^.

Pl. 6i, Fig. I.

La pose encore un peu roide du personnage principal, et la sévérité de son costume dorien, semblent devoir faire rapporter ce monument aux derniers temps de l'art archaïque argien ; de même que la pureté des formes et le style large des draperies y font reconnaître une époque voisine du siècle de Périclès. M. Em. Wolf, sculpteur prussien, qui a aussi copié ce monument à Argos, le croit des temps postérieurs, et fonde particulièrement cette opinion sur ce que l'artiste s'est contenté d'indiquer avec le ciseau les parties intérieures, sans s'inquiéter beaucoup de la variété et de la différence des plans ^*". Je doute que cette raison soit concluante.

Qu'a voulu représenter l'artiste? sans doute une jeune fille montée sur des cothurnes, vêtue de l'habit dorien, et tressant une couronne que veut saisir, ou que vient de lui remettre de la main droite, un jeune enfant nu, portant sur l'épaule gauche son petit manteau plié dont il tient l'extrémité de l'autre main. Mais l'intention du sculpteur s'est-elle bornée là? Non, sans doute. La dignité de l'altitude, la noblesse des traits, la proportion héroïque du personnage, les accessoires de son costume, annoncent une muse ou une poétesse; et l'on peut conjecturer que ce monument se rattache à quelque événement remarquable de l'histoire d' Argos.

De tous les personnages célèbres auxquels Argos a donné naissance, la poétesse Télésilla^ est peut-être celui dont cette ville fut le plus fière. Télésilla, issue d'une famille illustre , mais d'un tempé-

5 '" Annales de l'Inst. Arch. , 1. 1, p. i36.

" Voyez, sur cette femme célèbre, Fabricius , Bihl. gr., lib. II, cap. i5 , num. 58, vol. I, p. 598 (II, p. i57, Harl.) Olearius, Dissert, de poclriis grœcis, à la fin du recueil de Wolf, intitulé : Poelrinvam octo fragm. et clogin. Haniburgi, 1734 , in-4", et M. Hevmann Ulrici, Geschiclue der Helle/tischcn Diclukunst, 1^ partie, p. 5f)D et siiiv. lîci-lin, i83f>, 2 vol. in-8°.

( 78 ) rament maladif , envoya consulter les dieux sur les moyens de rétablir sa santé. L'oracle lui ordonna de servir les muses. Docile à la voix de la déesse, elle s'appliqua au chant et à l'harmonie, et, bientôt délivrée de ses souffrances, elle fît, par son talent poétique, l'admiration de toutes les femmes '.

Mais Télésilla devait acquérir une plus grande gloire; elle devait sauver sa patrie. Lorsque (vers l'an 5jo avant J. C.) Argos, dans sa lutte contre les Spartiates , ses éternels ennemis ^, eut vu son armée anéantie par Cléomène, fils d'Anaxandride, qui, d'abord vainqueur dans un combat, avait détruit par une ruse odieuse tous les Argiens échappés à ses armes 9^ Télésilla, témoin du danger qui menaçait sa patrie, rassemble les esclaves et tous ceux que leur jeunesse ou leur âge avancé rendaient incapables de porter les armes , et les fait monter sur les murs, tandis qu'elle-même , réunissant tout ce qui restait d'armes dans les maisons et celles que renfermaient les temples, les fait prendre aux femmes dans la force de l'âge ■"; puis, comme chez nos pères Jeanne d'Arc et Jeanne Hachette, elle marche à la rencontre de l'ennemi. Cette troupe héroïque, animée par les chants de Télésilla, non moins puissants que ceux de Tyrtée et d'Alcée ^% ne s'effraya point des cris de guerre de l'ennemi , et soutint le choc avec la plus grande valeur '2. S'il faut en croire Plutarque '^, elles forcèrent Cléomène à se retirer après avoir perdu plusieurs des siens, et chassèrent même Démarate, son collègue, qui, au rapport de Socrate, auteur d'une description d'Argos '^, avait déjà pénétré dans

' Plut, Aevirt. mul.^ t. II, p. 245. Cf. Pausan. II, 20, 7.

* Isocr. Panath. % 35.

•^Her. VI, 19, 77-83.

'° Pausan. loc. cit.

" Max. Tyr. Dissert. XXI, p. 218, éd. Davisii.

'^ Pausan. loc. cit.

•' Loc. cit. Cf. Polyœn, Slratag. VIII, 33.

" Voy. l'explication des inscriptions d'Argos, l. 1, p. 216, note 10.

( 79 ) la ville, et s'était emparé d'un quartier de la ville appelé IIau.<pu- Xtaxov. Clément d'Alexandrie va plus loin : suivant lui , le regard seul des Argiennes mit les Spartiates en fuite '^.

Quoi qu'il en soit des motifs qui décidèrent Cléomène à se retirer, qu'un prodige l'y ait déterminé'^, qu'il ait cédé au courage des Argiennes '7, ou qu'enfin il ait considéré qu'une victoire remportée sur des femmes serait peu honorable pour les Spartiates, tandis qu'une défaite les couvrirait de honte •*^, l'influence qu'exerça Télésilla dans cette circonstance ne saurait être révoquée en doute ^9, Le souvenir

'* Slrom. lib. IV, c. 19, § 124, 224 , Sylb.; 619, Pott.

'^ Herod. VI, 82.

'' Comme l'assure Plutarque, loo. cit.

" Pausan. loc. cit.

'" M. K. O. Mûller dans son histoire des Doriens, 1. 1, p. 173, regarde l'histoire de Télésilla comme purement fabuleuse. La fête des'YêpidTixà, dit-il , n'a pas une origine historique, mais se rapporte au culte de la nature; et la prétendue statue [lisez la prétendue .ç/è/e] de Télésilla citée dans Pausanias, était une Vénus qui s'armait et regardait son casque. Mais de ces deux assertions, la première, telle qu'elle est formulée, aurait besoin de preuves, et la seconde est contredite par Pausanias lui-même qui nous apprend qu'aux pieds de Télésilla l'artiste avait placé des livres, attribut qu'on ne s'est jamais avisé de donner à une Vénus guerrière. M. Millier trouve d'ailleurs , et avec raison , que le récit d'Hérodote est incohérent en ce qu'il n'explique pas les deux premiers vers de l'oracle; mais faut-il avec ce savant croire qu'Hérodote rapportait ôii^eta à Junon? c'est ce dont il est permis de douter. Ce qui serait, selon moi, un argument plus solide, ce serait celui qui s'appuierait sur ce qu'Hérodote ne prononce pas le nom de Télésilla et ne parle pas explicitement de l'armement des femmes argiennes dont Lucien, Polyen, Pausanias et Suidas, quia copié ce dernier, ont seuls fait mention; mais encore pourrait-on répondre que l'oracle rapporté par Hérodote prédit et annonce suffisamment le fait. Peut-être, d'ailleurs, ne serait-il pas impossible d'expliquer jusqu'à un certain point , et sans adopter les injustes préventions de Plutarque contre Hérodote, le silence que le père de l'histoire garde sur Télésilla et sur ses héroïques compagnes. A l'époque où Hérodote écrivait, on était encore tout plein du souvenir des guerres médiques; les Argicns, à tort ou à raison, étaient accusés d'avoir attiré les Perses dans la Grèce, ou du moins de les avoir favo-

, ( 8o ) qu'Argos avait conservé de cet acte de courage et sa reconnaissance pour un si important service, sont attestés par trop d'institutions et de monuments. Du temps de Pausanias, il existait encore à Argos, devant le temple de Vénus, une stèle représentant la valeureuse poétesse, ses livres épars à ses pieds, et tenant à la main un casque qu'elle regardait comme pour le mettre sur sa tête *°. Plutarque, de son côté, nous apprend qu'en récompense de ce noble dévouement, les femmes qui avaient péri dans le combat furent ensevelies sur la voie Argienne, et que les autres, en mémoire de leur valeur, ob-

risés. Hérodote (VII, i/iS-iSa) le leur reproche formellement. Or , serait-il impossible que clans cette disposition d'esprit à leur égard, il ait à dessein passé sous silence un fait également honorable pour les Argiens qui étaient morts en défendant leur patrie, et pour les Argiennes qui l'avaient sauvée? S'il faut en croire Plutarque , que son patriotisme béotien aveugle, il est vrai , quelquefois, Hérodote n'a pas toujours été juste pour les Thébains {de malign. Uerod. c. 40 seqq.); ne pourrait-on admettre qu'il en a été de même pour les Argiens? Plutarque (op. cit. c. a8) lui reproche l'accusation grave qu'il intente à ce peuple; si l'écrivain de Chéronée eût aussi bien été d'Argos, il n'eût pas manqué de lui faire également un crime de son silence sur Télésilla. D'ailleurs, si l'on peut admettre avec M. Sillig que le statuaire Nicérate, auteur d'une statue célèbre représentant Télésilla, ait été contemporain d'Alcibiade , on serait fondé à croire que moins de cent ans après la victoire de cette héroïne, les arts s'occupaient d'en retracer le souvenir, sans doute d'après un type contemporain, et ce serait encore une nouvelle preuve de l'existence de l'héroïne d'Argos. — Il est presque inutile de relever l'erreur d'Eusèbe (cité par le Syncelle, Chron., p. 247 D. éd. de Paris , p. 470, i3 éd. de Bonn. Voy. la trad. armén., t. II, p. 211), qui place Télésilla dans l'Ol. LXXXII , et celle d'Oléarius qui k fait vivre du temps de Cléomène, roi des Athéniens [!] vers l'Ol. CXXXIX. Oléarius, pour cette dernière date, s'était laissé égarer par Fabricius (voy. Biblioth. gr. lib. II, c. XV, n° 58) , dont la bévue n'a point échappé à Harless. Enfin, les lettres que Théophylactus Simocatta ( Epist. 24 et 72) suppose avoir été adressées à Laïs par Télésilla, et à Télésilla par Sopater , en admettant que Théophylactus ait eu en vue la poétesse d'Argos, ne peuvent être regardées que comme de purs jeux d'esprit, qui n'ont aucune valeur chronologique. '* Pausan. loc. cit.Snidas in v. TeXsdiXXa.

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fuirent la permission d'élever une statue à Mars ^' ; fait confirmé par le témoignage de Lucien *=*, qui atteste qu'à Argos, par suite de la résistance opposée par Télésilla aux Spartiates , Mars était compté parmi les divinités des femmes ^^. Enfin , Plutarque *4 rattache à cet événement la fête argienne appelée têpiGTix.a , où les femmes portaient des vêtements d'hommes, et les hommes des hahits de femmes ■^^, ainsi que la loi qui ordonnait aux nouvelles mariées de mettre des barbes postiches quand leurs maris s'approcheraient d'elles. Si je ne me trompe, c'est à cet événement mémorable qu'il fau rapporter notre monument. Mais ce n'est point la guerrière, c'est uniquement la poétesse que l'artiste a voulu y représenter. Car si le temps ne nous a conservé d'elle qu'un seul vers ^^, et quelques mots isolés *7 qui permettent seulement de reconnaître qu'elle composa

"" Plut. loc. cit.

Amor. § 3o : Où/ r\ SirapTUoratç àvôortrXKjaÉviî TeXéaiXXa, 8i' ?iv Iv 'Apysi ôeoi; àpt6|jL£tTai YuvaixGv "ApYiç.

'' Meursius, Grœcia Feriatn lib. VI, p. •271, a fait sur ce passage de Lucien un contresens assez ridicule. Il croit que Télésilla était comptée au rang des dieux et regardée comme le Mars des femmes, et pour arriver à ce sens, il lit : Iv "Apysi Ôeoç (xpiQ[ji.£tTat , Y^atxwv 'Apriç. Mais, pour que cette interprétation fût possible, il faudrait changer ot' y)v en ^ib, ce qui est inadmissible.

'* Loc. cit.

'' Cf. Polysen. VIII, 3:î, et Meursius, loc. cit.

^^ Hephaestion, Enchir., p. 68, 6 et 28,5, cd. Lips. Cf. Hemiann. Elem. Doctr. Metr., p. 442.

'' Athen. X, p. 467 F. C. Eustath. ad II. v. 269; Alhen. XIV, p. 619 B.; Pausan. II, 28, 2 et 35, 2; Apollod. III, 5, 6; Hesychius in v. psXTitoTaç; PoUux, Onom. II, 3 segm. 23. Photius, Bibl. cod. CLXVII, la cite parmi les poètes que Stobée a extraits pour la rédaction de ses Eclogœ. L'auteur anonyme du traité de Miisica, réuni à Censorinus de Die natali, dit,ch. 9, que Télésilla a employé une forme de vers plus petits encore que ceux d'Alcman. Ces divers fragments, ainsi que tous les passages relatifs à Télésilla, ont été recueillis par Orsini, Carmina noveni iUustr. fœmin. Anvers, 1668, in-8°, et par Wolf , Poetriarum octofragm. et elogia. Hamburgi, 1734, in-4°.

Mon. (te Mor. I (

( 8a ) surtout des hymnes en l'honneur des dieux *^, et qu'elle y faisait mention de mythes épiques '9, nous savons qu'elle mérita d'être rangée parmi les neuf muses mortelles^", et d'être comparée à Sapho et à Corinne ^^ Argos devait à la poétesse non moins de reconnaissance qu'à l'héroïne, puisque c'était par ses chants qu'elle avait enflammé le courage d'un sexe ennemi des combats, et nous ne devons pas nous étonner qu'un monument particulier ait été consacré à rappeler sa gloire littéraire. Ce qui semble confirmer cette conjecture, ou du moins lui donner quelque force, c'est, indépendamment des raisons alléguées plus haut, la pose de la tête qui annonce l'inspiration poétique; c'est le génie place près d'elle , et que les artistes grecs donnent souvent pour compagnon aux poètes ^*; c'est la dimension peu commune du monument (i mètre 80 cent.) qui ne permet guère d'y voir un monument funéraire, comme le pense un archéologue justement célèbre; c'est enfin ce qui reste de l'inscription qui avait été gravée sur la corniche du monument; on y retrouve plus d'un élément du nom de Télésilla, et l'on peut sans trop de hardiesse y lire :

[TEAE]5[IA]AAI 2[nTEIPAI]

en admettant toutefois, ce qui me paraît douteux, qu'antérieurement à l'époque des successeurs d'Alexandre on ait donné, même à des personnages héroïques, une épithète réservée aux divinités.

'' Hephaestion, loc. cit. Atheii. XIV, p. 619 B. Pausan. locc. citt.

^' Appollod. loc. cit.

'" Antipater Thessal. Anth. Pal. IX, 26. Ce poëte appelle Télésilla, TeXé- CTiXXav (XYay.Xéa.

" Ciem. Alex. Strom. IV, 19, 124 , p. 620 Polt. 224 Sylb.

'^ La pi. b. IV du Mus. Pio Clem. représente, suivant Visconti , uu acteur tragique près duquel est un génie jouant de la double flûte. Le savant éditeur du musée Pourtalès a reproduit ce monument (pi. XXXVIII) et y voit un poëte dramatique. La pose de l'enfant placé devant Télésilla rappelle celle du génie ailé, représenté sur un fragment de camée que Caylus a publié 1. 1, pi. LXII, fig. 2 de son Recueil d'antiquités , mais sans en donner aucune explication.

( 83) Je sais qu'on pourra m'objecter le silence de Pausanias sur ce monument; mais Pausanias a-t-il tout vu, tout décrit ? Il y aurait, je crois,

de la témérité à l'affirmer.

Tatien ^^ nous apprend que Nicérate, sculpteur célèbre, avait fait

une statue de Télésilla. Or, comme Télésilla est citée par Tatien dans une longue énumération des poétesses grecques, et que d'ailleurs Nicérate est regardé comme ayant vécu du temps d'Alcibiade, c'est-àdire vers l'an 420 ^'*, moins d'un siècle après la délivrance d'Argos, on pourrait présumer que quelque monument local, le nôtre ou la stèle décrite par Pausanias, lui avait fourni l'image de cette héroïne.

FiG. II.

Ce fragment en marbre, copié à Merbaka, où il est encastré dans les murs de l'église, doit avoir appartenu à quelque petit monument, ses proportions (environ o,3o centimètres, la base comprise) ne permettant pas de supposer qu'il ait fait partie d'un grand édifice. Les traces de draperies qu'on distingue encore près de la figure principale, prouvent que le sujet devait avoir une certaine étendue, et se composer de plusieurs acteurs. Je serais donc assez disposé à croire que nous avons là sous les yeux l'une des plaques qui composaient la frise d'un petit temple, car les arêtes du marbre sont trop régulières pour qu'on admette que ce fragment provient d'un sarcophage qui a été brisé.

Quel peut être ce personnage vêtu d'une tunique talaire et enveloppé d'un large manteau qui recouvre le bras et la main droite ramenés sur la poitrine, tandis que le pan gauche, retombe le long de la jambe et laisse à découvert la main gauche dans laquelle on

Unit. lidGrœc. c. 52 et 62.

'* Voyez Sillig. Catal. Àrtific.,\y. i^t^.

distingue un ^ objet rond, trop fruste pour qu'on en détermine la forme avec certitude? A en juger par la saillie des hanches et du sein gauche, car la tête est trop mutilée pour qu'on en puisse rien conclure, cette figure ne peut être que celle d'une femme. Je crois y voir une muse, et si cette conjecture est fondée, cette muse ne peut être que Polymnie. En effet, Visconti ^^ a déjà remarqué que Polymnie se reconnaît au soin qu'elle semble mettre à s'envelopper dans son manteau, et cet illustre archéologue n'a oublié aucune des preuves, aucun des monuments remarquables qui pouvaient appuyer son opinion. La pose que l'artiste a donnée ici à cette muse, l'agencement des draperies, le mouvement de la tête, tout rappelle la charmante statue du musée du Vatican ^^, dans laquelle Visconti a reconnu Polymnie, déesse de la mémoire, et celle qui porte sur sa base le nom de Mnémosyne elle-même ^^ ; c'est sous cet aspect que s'offre encore Polymnie sur un bas-relief du même musée ^^ qui représente les muses, Apollon et Minerve; c'est sous cet aspect que s'offi-e le génie de cette muse sur un sarcophage également conservé au Vatican ^9. Seulement sur ce dernier monument le génie tient dans la main gauche un rouleau, et c'est sans doute l'attribut qu'on avait donné à Polymnie sur notre bas-relief.

Ainsi ce bas-relief représentait les neuf muses. Celle que l'artiste avait placée à la droite de Polymnie était sans doute Melpomène; c'est du moins ce que portent à penser la richesse et l'ampleur des draperies. Les traces de l'autre sont trop vagues et trop effacées pour qu'on puisse se livrer à aucune conjecture sur son compte.

'* Mus. Pio Clem., vol. I, p. 146 et suiv., 172 et siiiv.; vol. IV, p. 107; éd. (îe Milan.

"• Vol. I, tav. XXIII.

'' ^bid. tav. XXVII.

'' Vol. IV, tav. XIV.

"• Ibid. tav. XV.

Resterait à déterminer l'édifice auquel ce monument devait appartenir. Ce ne pouvait être qu'un temple d'Apollon; et comme notre bas-relief a été trouvé à Merbaka dans la plaine d'Argos, tout donne lieu de croire que ce temple était situé hors de la ville '^°, probablement non loin de la citadelle. Ce serait alors celui d'Apollon Diradiotès '^'.

Du reste, je n'insiste pas sur cette conjecture. J'ajouterai même que l'exécution un peu lourde de la sculpture dénote une époque de décadence, et ne permet guère de supposer qu'il soit antérieur au troisième siècle de notre ère.

Pl. 62.

Bas-relief trouvé à Merbaka , dans la plaine d'Argos.

De tous les monuments recueillis par la commission , il en est peu qui offrent plus d'intérêt et qui méritent plus d'attention que celui dont la planche 62 nous donne une copie , tout à la fois élégante et fidèle. La pureté du dessin, le mouvement varié des figures, le style large des ajustements, l'harmonie, en un mot, de la composition, tout semble annoncer dans ce bas- relief l'œuvre d'un artiste habile, et permet de le rattacher à l'époque florissante de la sculpture.

La scène que représente ce bas-relief est encadrée entre deux pilastres doriques qui soutiennent une architrave, et reposent sur une base à angle droit indiquant le pavé, de manière que tout le champ occupé par les figures forme comme un vestibule. Sur la gauche du monument un homme à la chevelure épaisse et à la barbe touffue est couché sur un lit, le bras gauche appuyé sur un coussin. Son corps est nu jusqu'à la ceinture; ce qu'on aperçoit de la partie

*" Voyez ce que je dis à ce sujet, Section I , § i . " Pausan. II, 2/1,1.

(86) inférieure est enveloppé dans un manteau. Dans la main gauche, il tient un objet arrondi dont le temps a altéré la forme, mais qui devait être une coupe, tandis que la main droite qui, étant en saillie, a sans doute disparu de bonne heure, s'étendait en avant comme pour annoncer l'attention. Au pied du lit est assise une femme dont le pied droit s'appuie sur un ûuot^o'^iov , tandis que le gauche s'étendant en avant ne semble porter que sur la jambe droite. Elle est vêtue d'une tunique sans manches, qui laisse à découvert sa poitrme et son sein droit, et dont les plis légers et onduleux accusent l'élégance des formes qu'ils voilent sans les dérober entièrement aux yeux. Un ample peplus, d'une étoffe plus épaisse, couvre ses reins et enveloppe ses jambes; de la main gauche elle retient les plis de la partie supérieure de ce vêtement, dont elle a sans doute dégagé ses épaules en s'asseyant. Le mouvement du bras droit mutilé au-dessus du coude semble indiquer que de la main droite elle tenait une patère, et la tendait à un serpent qui se redresse au pied de la table placée devant le lit, et sur laquelle on distingue encore les traces des gâteaux sacrés. La tête de cette femme, dont le côté droit a disparu à partir de l'œil, de la joue et du menton, exprime aussi l'attention, et de plus la douceur et la bienveillance.

Un peu en avant de la jambe droite de la femme assise, on voit un autel triangulaire auprès duquel un jeune enfant nu conduit un bélier à la toison épaisse et aux cornes recourbées, tout en hxant ses regards sur les deux personnages que je viens de décrire. Cette attitude est celle des six autres individus qui s'avancent sur deux rangs. Au premier plan, deux jeunes enfants, dont l'un est nu et l'autre enveloppé d'un manteau qui passe sur l'épaule gauche et laisse à découvert le côté droit, suivent le jeune sacrificateur. Celui qui vient immédiatement après lui, et dont la chevelure retombe sur les épaules, est sans doute une jeune fille. Au second plan, quatre personnages d'âge et de sexe différents : d'abord , le chef de la famille, le menton garni d'une barbe moins longue que

( 87 ) celle de l'homme couche , et le tribonium sur l'épaule gauche ; viennent ensuite son épouse, la tête voilée, suivant l'usage des femmes mariées 4'; sa fille, dont la tunique est recouverte d'un peplus à manches courtes garnies de fibules, dont les cheveux sont élégamment relevés et qui de la main droite s'appuie sur l'épaule de sa mère; enfin, l'aîné de ses fils, encore dans l'âge des éplièbes, et entièrement enveloppé dans son manteau. Au dernier plan, derrière un mur d'appui, ou plutôt dans l'embrasure d'une fenêtre, s'élève le buste d'un animal que M. Trézel a pris pour un bœuf, mais qui, à en juger par l'encolure, par la forme de la mâchoire, de la bouche et des naseaux, ne peut être évidemment qu'un cheval, ce dont il sera facile de se convaincre plus tard par la comparaison de monuments analogues. A la gauche du monument, et en avant du lit sacré, est un jeune enfant vêtu d'une simple tunique sans manches, dont le pan droit laisse son épaule et sa poitrine à nu, et qu'une ceinture relève audessus des genoux. De la main gauche il tient un objet arrondi que M. Trézel, sans doute trompé par l'état de mutilation de cette partie saillante du monument, a pris pour une feuille de nénufar ou un éventail, mais qui, à en juger pard'autres sujets semblables, devait être un TCpo^ooç. De la main droite il puise, sans doute avec un cyathus'^-', dans un large cratère terminé en œuf à la base, et soutenu par un pied creux dans lequel il s'adapte comme le prouvent plusieurs vases peints de la collection du prince de Canino, qui ont été retrouvés avec leur pied antique '**.

" Voyez Musée de Mantoue , vol. I, p. 3o2. Mantova, i83o et suiv. ; et Visconti, Mus. Pio Clem., t. V, p. 122.

* C'est ce que prouve le cratère de bronze conservé au musée de Naples et provenant, je crois, d'Herculanum. On a retrouvé dans ce vase le cyathus qui servait à y puiser. Voyez, pour la forme du cyathus, Panofka, Recherches sur les noms des vases grecs, pi. VII, fig. 5, p. 2/|.

Voyez Descript. d'une collection de vases peints et de bronzes ant. prov. des fouilles de l'Étrurie, par M. J. de WiUe, Paris, 1837, n»* 38, l^^ et io5.

(88) Avant de passer à l'explication de ce monument, je dois dire que dans les deux personnages principaux je vois deux divinités et non pas deux mortels. Cette opinion se fonde sur la différence du costume, sur le sacrifice indiqué, et surtout sur les proportions plus qu'humaines que ces deux personnages ont reçues de l'artiste, comparativement aux différents membres de la famille qui vient sans doute les invoquer. Et si j'insiste sur ce point, c'est que Zoega^s, eontre l'autorité de nUustre Visconti'^% nie que les artistes de l'antiquité aient employé ce moyen pour caractériser la nature divine. Mais, il faut le dire, sa réfutation n'a aucune solidité; il s'est trompé sur le sens de presque tous les monuments qu'il cite à l'appui de son opinion. Ainsi, par exemple, sur un bas-relief que Paciaudi a publié dans ses Monumenta Peloponnesiaca ( t. I, p. i .o), et qui, comme nous le prouverons plus tard, représente une offrande religieuse, les deux personnages d'une taille plus élevée sont, non pas des mortels, mais deux divinités, et sur l'autre monument du même recueil (t. II, p. 234), auquel il renvoie également, la plus petite figure est un enfant. Il en est de même des n" i43 et i44 des marbres d'Oxford, et des exemples qu'il emprunte au musée de Vérone; tandis que l'opinion contraire a pour elle un nombre considérable de monuments dont le sens ne peut donner lieu à aucun doute 47, et celui-là même au sujet duquel Zoega, par un esprit de contradiction dont son dernier ouvrage offre plus d'une preuve, a cherché à nier un fait incontestable.

'' Bassirilievi , t. I, tav. XVIII, p. l'i-

*" JW«.v. Pio Clem., t.V, tav. XXVII. Cf. Panofka, musée Pourtalès,^\.y.ym,

p. 82 et suiv.

*i Voyez Cayliis, t. III, p. io5; v. p. 117, musée de Mantoue, vol. I, tav. XIII; museo Pio Clem. 1. c. ; musée Pourtalès, 1. c. ; musée royal, n° 261, et les nombreux monuments dont nous aurons occasion de parler dans le cours de cette dissertation.

Il était d'ailleurs d'autant plus important de constater ici la présence de deux divinités que plusieurs monuments qui retracent des scènes semblables, et dont j'aurai bientôt occasion de m'occuper, n'offrant que les deux personnages principaux, seuls ou avec le jeune échanson, l'absence des suppliants pourrait laisser des doutes sur l'explication que j'en donnerai.

Cela posé, occupons-nous d'abord du sens qu'il convient de donner à la tête de cbeval placée à l'angle gauche de notre bas-relief. Ce symbole figure sur un grand nombre de monuments, et a été l'objet d'interprétations très-diverses. Ch. Patin ^^ pense que le cheval fait allusion aux courses funèbres qui avaient lieu à la mort des personnages illustres; le P. Paclaudi^9, se bornant à l'explication d'un seul monument, y voit la monture d'une femme malade qui vient consulter son médecin 5°, ou un remède que le médecin a prescrit. Je passe sous silence, en ce moment, deux autres interprétations qu'il propose encore dans son extrême incertitude; j'aurai lieu d'en parler plus loin. Winckelmann ^', qui paraît n'avoir connu que trois exemples de ce symbole, y a vu le cheval Arion, fruit des amours de Cérès et de Neptune; Zoega^*, qui cette fois blâmait avec raison Tinterprétatiou de Winckelmann, mais en proposait une encore moins admissible, a vu dans ces monuments des scènes domestiques, et dans le symbole en question un cheval favori que son maître a voulu rapprocher le plus possible de lui, pour l'avoir sans cesse sous les yeux. Visconti^^, plus près de la vérité, mais restreignant beaucoup ti'op le sens du symbole , affirme que le cheval doit faire reconnaître, dans le persoimage près

Commentarius in très inscripHones grœcas Sinyrna nuper allatas. Patavii , i685,in-/,°, p. 237.

^ Animadversiones philol. ad niimni. consul. Roniae , 1757, in-4*. '"' Op. cit., p. 112 et suiv. " Mon.ined.^fA. i<jQX.%u.

'^' Bassiriliei'i, vol. I, p. 72.

'^ Mus. Pi» Ckm., [. V, p. x'iG, éil. de Milan.

Mon. de Mor. \ x

auquel il est placé , ou «u héros ou un chevalier. Les interprètes du musée de Mantoue ^4 rapportent le sens donné par Wuickelmann, et une autre opinion d'après laquelle la tête du cheval indiquerait que le sculpteur s'appelait Equilius ou Hlppias ; mais ils n'admettent m l'une ni l'autre de ces interprétations, et pensent que le cheval désigne le mois d'octobre. Et cependant tous, Patin excepté, auraient pu connaître la dissertation de Passeri de animamm trans.ectione , ou ce savant antiquaire prouve que la présence du cheval , sur la plupart des monuments, indique le passage dans l'autre vie, et annonce par conséquent que ces monuments sont funéraires. Tous ils auraient du savoir que cette oirmion avait été adoptée par Gori ^^ et par Caylus 5'. C'est le sens auquel les plus habiles archéologues de notre époque se sont arrêtés, et parmi eux U me suffira de citer MM. Raoul Rochette^Mnghirami^RinckeoetK.O.MuUer^'

Mais le cheval a-t-il toujours cette signification funéraire? Est-ce bien là le sens uu'.l faut lui donner sur notre monument et sur tous les monuments du même genre? Même avec la signification funéraire se rapporte-t-il toujours à une même circonstance du voyage suprême? Ce sont autant de'questions que je vais examiner à l'aide des témoignages bien vagues et bien peu nombreux que les auteurs anaens nous ont laissés , mais aussi à l'aide des monuments aussi nombreux que variés qui peuvent suppléer au silence des textes.

Dès les temps les plus anciens le cheval joue un grand rôle dans les

- Museo délia rcnlr accademia di Manlo.a. Mantova, .83o, segg. 8", vol. I,

'■ ^ tkTs'.Gemrn. ant. astnf., vol. III , p. . » 5 sqq. ; er Pict. etr., vol. III, p. 54- '" Muséum etmscum, vol. III, p. i74-

'-^ Recueil d'antiquités, t. VI, p. i8i- ^

'« Monuments inédits, vol. I, p. 96, «t no.e i, p. i'^5 et note ... ='^ Monum. etrusc, vol. I passun.

«" Kunsthlatt, o.Q, mai et 1 juin 1816. '■ Archéologie dcr Kunst., 2« édit., p. «04 et 696.

cérémonies funèbres. Déjà à l'époque homérique, les courses de chars

font une partie essentielle des jeux célébrés à l'occasion des funérailles ,

sans doute par allusion à la révolution du soleil, image alternative

de la vie et de la mort^^ Bien plus, prévoyant que tout ne finit pas

avec cette vie, mais qu'il est une autre existence qui commence pour

nous avec la mort, les Grecs, dès cette même époque, sacrifiaient

sur le bûcher du défunt les chevaux et les chiens qu'il avait aimés «^^

afin qu'il les retrouvât dans l'autre vie64. Plus tard, quand l'imagination

des poètes eut fixé le théâtre de cette vie meilleure dans les champs

fortunés , bien loin à l'occident de cette terre , le cheval , emblème delà

rapidité, le cheval qui figure au lever du soleil et à son couclier,«4 t.s ^t

qui encore dans ce cas est successivement un symbole de la naissance

et un symbole de la mort, le cheval eut pour mission de porter le

défunt dans ces demeures si reculées, et d'abréger pour lui la durée

de ce long voyage. C'est ce qu'atteste d'une manière incontestable le

passage où Quintus de Smyrne «5 raconte les destinées des chevaux

d'Achille :

** Macrob. Satum. I, 20.

''^^ Hom. II. XXIII, 171 seqq. cf. J. Terpstra , ^«r/y- homer., p. 53 et smv. Zoega, de orig. et usa obelisc, p. 279, note 2, a prouvé que cet usage Je tuer sur le bûcher du mort, pour lui servir de compagnon dans une autre vie, le coursier qui avait été le compagnon de ses travaux ici-bas, se retrouve c liez les anciens Germains, chez les Scandinaves , chez les Scythes du Pont-Euxin, <;hez les Tonguses de la Sibérie, etc., etc. - Dans un tombeau de Panticapée \ <:'est-à-dire, sur la limite du monde grec et du monde barbare, on a retrouvé,' "I y a quelques années, avec les différentes pièces d'une armure guerrière, les ossements d'un cheval qui sans doute avait été tué sur le tombeau de quelque personnage illustre. Voyez M. Kaoul Rochette, Journal des sa.ants, ]nm i835 , P- 337. -- Il faut voir une trace de cet antique usage dans le cheval caparaçonne de no.r, qu'aujourd'hui encore on conduit derrière le char funèbre loi-squ'on rend les derniers devoirs à un officier général.

*^ '- Voyez musée Blacas (pi. XVII , XVIin le beau vase peint représentant ^0 lever du soleil, si bien explique par M. Panofka '' III, 755-759.

oûvay.' apa (i(ptv (■^ecçara yiyvofJLévoiffi Xaou; Upoio ÔûyaTpe; MoTpai èTC£y.Xw<javTO , xai àGavccToiç Tcep èouffi , lIpÔTa noGeL^aiovi §a[xvi>evai • aùxàp ÉTOiTa Wapca'Xéto HtiV/îï , xal âxa[xàTw ÀxiVTit;- TérpaTOv aùr' èrl toîgi , N£07CTol£>(o pyaOu[;.(o, Tôv îcal et; mucrtov ire^iov (/.SToxicÔev ê'jxenov Zr,vo; ÛTC £vv£Gi-flcrt çépeiv , {xaxapcov èwl yaiav.

Les filles du dmn Chaos avaient, lors de leur naissance , fdé

pour eux cette destinée, bien qu'ils fussent immortels : ils seraient

d'abord domptés par Neptune, ensuite par V intrépide Pelée et

par V infatigable Achille, et enfin par le magnanime Néopto-

lème , qùils devaient, suivant les desseins de Jupiter, porter dans

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