I, LUI
'" Ed. Wh. Millier, 2, 64.
'° Ed. Vuk, I, n° 404.
^- « Quand la mort viendra graisser nos bottes. ■■ Noei horguignon , p. 249. ^ ^ *
"' Voyez Grimni, op. cit., p. 490.
" Recueil d'antiquités, t. III, pj. XCIX, lig. HT, p. 36^.
( 96) pour un bouclier, et de la main droite il emporte une femme vêtue d'une tunique qui ne couvre que la poitrine, et laisse à découvert le corps et les jambes, dont les extrémités ainsi que les bras ont disparu. Le cheval s'avance au pas, et de son pied droit de devant pèse sur la tête d'un homme enfoncé dans la terre jusqu'aux épaules.
Caylus voit dans cette statue une composition fantastique; je crois, moi, qu'il faut y reconnaître le dieu de la mort portant dans la roue l'image la plus immédiate du cours de la vie ^4, ou plutôt de la révolution solaire, de la vie et de la mort. C'est au retour dans le sein de la mère commune que fait allusion le cheval enfonçant un homme dans la terre, de même que le voyage suprême est indiqué par la femme que le dieu impitoyable emporte comme le Xapo; des Grecs modernes emporte les Tpucpspà tzm^qtzouIix.
Nous avons vu plus haut que , dans son Apocalypse , saint Jean donne à ©àvaTo; un cheval pâle, c'est-à-dire blanc. Longtemps avant lui, Pindare avait désigné Proserpine par l'épithète de >£u)ctiri:o; ^^ *". C'est aussi un cheval blanc qui, sur la plupart des vases peints, est destiné à conduire le mort aux demeures fortunées »5. Le mort va commencer une nouvelle vie, et la couleur blanche annonce cette renaissance, cette apothéose. Les monuments et les textes cités par
** Anacr., Od. 4, v. 7 et 8 :
Tpoyoç apjxaxoi; yo-f oîa Pioxo; Tpsyst xuXtcrOeîi;.
Voyez les autres passages anciens cités par Fischer , dans sa note sur ces deux vers, p. ai. —La roue, sur les vases peints et sur les urnes étrusques , est l'attribut des divinités implacables, de Némésis, par exemple. Gorl, Mus. étr., t. III , cl. III , tab. XVII , (ig. I, et tab. XVII , lig. II. Voyez aussi les textes et les monuments cités par M. Welcker, Ann. de Hnst. arch., t. II , p. 7" ft ^"'V-
84 b,s 01. VI, 95 , éd. Boeckh. Cf. Schol. ad h. I.
»* Voyez MiUin, PeùUures de vases, t. II, pi. XXX; et Description des antiquités du cabinet Durand, n" 6g5.
(97 ) M. Raoul Rochette dans son OrestéideSc, „e laissent aucun douto à cet égard. Ainsi les poètes donnent des ailes blanches à «Ixog^oûo^^-: .t >.
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I Aurore««, symboles de la v.e et de la renaissance, tandis que celles d'Éaxapoç 89 et de la Nuit 9o, j^nages de la mort , sont noires. Sur un vase méd.t du musée Pourtalès-Gorgier 9r où les Dioscures sont représentés près de leurs chevaux, l'un de ces chevaux est rouge, et l'autre est blanc sans doute, dit le savant antiquaire que je viens de nommer, q/ïn d'indiquer cette alternative de vie et de mort qui distinguait ces deux frères; sur les monuments, au contraire, où ils figuraient tous deux comme déifiés, ils étaient représentés l'un et l'autre sur un cheval blanc, et de là l'épithète de ^s.'xcrTrot qui leur est donnée par Eunp.de 9^ Cette opposition se retrouve dans lés noms de MeXavcoxoç et de MajcapraToç, donnés aux deux chevaux qu'on avait représentés combattant sur la stèle funéraire du monument érigé en commun aux Athéniens morts pour leur pays 93, et dans la doctrine allé^onque des deux chevaux, l'un bon et l'autre mauvais, développée clans le Phèdre de Platon 94. Elle se retrouve aussi dans les bandeettes, alternativement blanches et noires, qui ceignent des stèles funéraires sur quelques vases peints 95, et dans la personnification dÏTrvoç et de ©«varoç, représentés, l'un blanc et l'autre noir sur le
" P. 96, note I, col. 2.
"' Ion, apud Schol. Aristopli. Pac. 832, '" Eurip. Troad. 848-855.
'' Stat. Thebaid.yiW,^^^.
'° Eurip. Orest. 178.
■" La même opposition se retrouve dans le passage de Pindare que j'ai cite plus l.a«t, où Proserpine, dc-esse infernale, est désignée par l'épithète de AeuxtTTTToç, et Déméter, déesse terrestre, par celle de «o.vt.oVsra "' Helen. 646.
■*' Pausan. I, ag^ 5 X, 3ao, éd. Bipoiit.
D'Haticarville, 1 , 55. Vases de Lamberg, I, XIH. Mon. de Mor.
(98) coffre de Cypsélus ^'. Le rapport symbolique de ces deux couleurs, avec la vie et la mort, n'a point ccliappé à M. Creuzer 97.
Du reste, le cheval n'est point le symbole unique du voyage suprême. Depuis que le séjour des bienheureux eut été placé par les poëtes dans les îles fortunées 9\ les Néréides, l'hippocampe 99, le dauphin, les monstres marins'-, les navires^S se partagèrent, avec le cheval, l'honneur de transporter les héros dans leur dernière demeure, et vinrent à leur tour fîgurer sur les tombeaux.
Nous croyons avoir suffisamment prouvé que le cheval, sur les monuments funéraires, représentait toujours le cheval de la mort. Mais tous les monuments où il figure sont-ils funéraires? C'est ce que je crois pouvoir nier. L'examen attentif et la comparaison d'un grand nombre de stèles, de bas-reliefs et de vases, m'a convaincu que presque toujours là où le buste du cheval est placé à une fenêtre sur le dernier plan, il ne figure que comme symbole de la mort imminente, et pour ajouter une nouvelle force aux prières qu'une famille vient 'adresser au dieu de la médecine ou à ses représentants, en faveur de l'un de ses membres atteint d'une maladie grave, et que le cheval de ©àvaxoç va emporter, si un dieu sauveur ne vient point
"* Pausan. V, 17, A- .
" Sjmbnlik, IV, 116. Voyez, sur cet emplo. alternatif du blanc et du no.r, pour caractériser les divinités solaires, M. Émeric David , Introd. à Vétudc de l.
niyth., p. cci.xxxi.
^' Voyez les témoignages anciens cités par M. Raoul Rochettc dans son second mémoire sur les antiquités chrétiennes , p. 60, note 2.
'« Sur un bas-relief du palais Grimani à Venise, on voit Pluton sous la forme d'un jeune homme monté sur un cheval marin, et serrant dans ses bras Proserpine qui lui résiste. Voy. F. W. Rinck Kunstblan, .6 mai i8a8, p. 167.
""' Dans les Monuments étrusques d'in^hivami, ser. 1, pi. 6, 10, et pi. 55, n^ 8, on voit des ombres qui se rendent dans l'autre monde sur des monstres
uiarins
- Voyez M. Raoul Rochette, p. 48 et suiv, du mémoue c.te plus haut.
( 99 ) à son secours '°'. Ces monuments forment donc une classe à pari, et doivent être rangés parmi les ^aptarvipia, les eù^'^l , les ex-voto.
Convaincu qu'au point où est arrivée, de nos jours, la science archéologique, on ne doit plus s'en tenir aux généralités, mais que le temps est venu d'appliquer aux monuments de l'antiquité figurée la méthode suivie pour les sciences naturelles, j'ai recueilli le plus grand nombre possible de faits, je les ai comparés entre eux, j'ai noté leurs affinités et leurs différences, et j'ai été conduit à reconnaître que là aussi on pouvait distinguer des classes, des familles, des divisions, des subdivisions; qu'enfin tous les monuments funéraires où l'on trouve le cheval n'indiquaient pas tous la même circonstance du dernier voyage. De ce travail est résultée la classification suivante :