Monuments d'antiquité figurée recueillis en Grèce par la Commission de Morée et expliqués
A quarante stades de l’ancienne Phigalie, entre deux hautes chaînes de montagnes d’où coule la Nëda, s’élève, sur le revers du Cotylius, . ombragé par des arbres séculaires ^ le temple d’Apollon Èmxoupioç , secourable, protecteur, ainsi surnommé, au témoignage de Pausanias', parce qu’il avait secouru les Phigaliens contre Jes ravages d’une ma^ ladie pestileutielle ’ »
L’emplacement qu’occupe ce temple s’appelait dans l’antiquité Macai, le ravirt}, nom qui, rapproché de celui que porte la montagne elle-
* Il est inutile de faire observer que les bas-reliefs du temple de Phigalie, découverts long-temps avant l’expédition scientifique de Morée, ne figurent dans ce recueil que parce qu’ils ont été, ainsi que le temple lui-méme, l’objet d’un travail nouveau, reposant sur une étude attentive faite par la commission , .
de ce qui reste du monument , et des lieux où ce monument est situé ; et que d’ailleurs il était impossible de parler du temple sans parler Mes sculptures qui en faisaient le plus bel ornement. C’est par suite de considérations semblables que nous nous occuperons plus tard des frontons du temple de Jupiter Panhellénien à Égine.
■ Vm, 4i, 5.
’ Tè Si évoiMt tfévtTO ’AicéXXidvi tittxoupTjuavT» liii vé«p XoiiuuÎe». Paus., tbiel. '<■
’ BSscai, forme dorienne pour Sriccai, sahus , vallée, ravin situé au iruUeu d’une forêt. Homère emploie souvent les locutions oJpto? fv pi^oaTiÇ, et iv xaX^
Mon. Hf jl/or. f .
même earactérisc parfaitement la contrée. Rien de plus imposant et de plus enciftmteur à la fois que le spectacle dont un jouit de ce lieu. Au nord, cP comme un vaste mur servant de rempart au temple, les crêtes les* plus hautes du Cotylius, où s’élevait un temple d’Aphrodite, dija en ruine du temps de Pausanias®, et que M. Blouet croit avoir retrouvé®; à l’est, les monts Lycée^ l’Olympe de l’Arcadie, le berceau de Jupiter, et dans le lointaiii, aù-dessus des sommets de cette chaîne presque toujours couverte de neige, le pic orgueilleux du Taygète; au sud, les chaînes de montagnes s’abaissent et laissent apercevoir un admirable lointain, la Mcssénic, le mont Ithome, le golfe de Messénie, et la Méditerranée qui termine ce vaste horizon; enfin, à l’ouest, se déroule la belle vallée du Cotylius: la Néda l’arrose’; et après de nombreux détours, comparés par les anciens 7 à ceux de Méandre, elle va se jeter dans la mer Ionienne que l’on aperçoit au-delà des montagnes *.
Le temple de Bassæ, aujourd’hui en ruine, soit par suite des ravages du temps, soif par suite des tremblements de terre, est appelé par lés habitants du pays ctoiiç ctûXou;9, les Colonnes; et en effet
II. XVIII, 588, cf. XIX, 4,35. Il joint à ce mot les épithètes de xo£Xi) et de Tp/,y£îix dans l’hymne à ApoUqn, v. a84. On trouve aussi dans ce poète le pluriel pour le singulier, Od. X, aïo. Dans Pindare, passa désigne une contrée inhabitée et déserte: lochi inabitati , er/ni e seleaggi, suivant l’expression de l’Arioste. Or. Fur. I, 33.
* KotvXti , ereiiJT, cavité.
’ Loc. cit., 6.
* Voy. t. 2, p. 5.
’ ÜOTdiuar» Si àmaou; Ispsv MaiavSpof piv sxoXiiji pcîXtsxa xetTtisi vü ^cifiazi,
Ti tX ôvti> xapwiî xal au8i; èmstpoipiî itapc';^apsvo( itXsîeraî' otûr»pa SI IXiypüv ys fvexa «pt'poiTo Nsîa. Pans. VIII , 4 • , 3.
* Voy. Der Apollo Teinpel za Bassae in Arcadien und die daselbst ausgegrabenen BiUlwerke, dargeslcllt und erlàutert durch O. M. Baron von Stackelberg, Bom. 1826, in-f°, pl. I et II.; et A description of the Collection of anciens marblet in the British Muséum (par M. Combe), part. IV, Ix>nd. > 821,4° pl. XXVI et XXVII.
" Pour âîç Toù« STvXouç.
presque toutes les colonnes, au moins celles de l’enceinte extérieure, restent encore debout'®. De tous les temples du Péloponèse c’était, après le temple de Minerve Aléa, à Tégée, celui qu’on admirait le plus dans l’antiquité, tant pour la beauté des matériaux que pour » l’harmonie des proportions". Paiisanias nous apprend que ce temple fut bâti parictinus, l’architecte du Parthénon d’Athènes à la suite de la ^grande peste qui désola la Grèce, pendant la guerre du Péloponèse, 43o ans avant J.-C. (01, 87 , 3)'^. A ce témoignage si positif M,-Ch. O. Muller'* oppose des arguments que l’on regarde avec raison comme peu plausibles*^, et d’après lesquels le temple de Phigalie aurait été bâti par Ictinus immédiatement après le Parthénon et avant la guerre du Péloponèse, de l’Ol. 8'5, 3 à l’Ol.
87 , 3. I^s objections faites à ce système par M.*Ch. Lenormant paraissent sans réplique, et le surnom donné à Apollon ne peut laisser aucun doute sûr l’assertion de Pausanias.
Nous ne ferons pas ici la description de ce temple; ce soin appartenait à M. Blouet, dont le travail ne laisse rien à désirer. Nous n’entrerons également dans aucun détail sur les singularités architectoniques que présente ce monument, l’un des mieux conservés de la plus belle époque de l’art; elles ont été indiquées avec trop de talent par le savant éditeur du Trésor de numismatique et de glyptique, pour que nous croyions devoir rien ajouter après lui. Nous signalerons seulement l’orientation extraordinaire de ce temple, dont la porte principale n’est pas, comme celle de tous les sanctuaires antiques, ouverte à l’est, mais au nord'^, avec une légère inclinaison vers l’est.
’• Voy. pl. 4 et 8.