‹ Monuments d'antiquité figurée recueillis en Grèce par la Commission de Morée et expliquésChapitre 7 sur 7 · FRAGMENTS DE SCULPTURE TROUVÉS A BASSÆ · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE SCULPTURE TROUVÉS A BASSÆ

Nous ne pouvons nous dispenser d’ajouter ici quelques mots sur les fragments de sculpture recueillis dans les ruines du temple de Bassæ, et qui ne font pas partie de la frise intérieure ou ionienne^”®. M. Stackelberg pense avec raison que les fragments r à 4 appartenaient aux métopes de la frise dorienne du vestibule , et il conjecture que l’artiste avait eu pour objet d’indiquer l’union du culte d’Apollon et de celui de Bacebus. Il prouve par des pas-

Plaque».

Xenoph.,*Hipp., VII, 5. Hipparch., VIII, 4 . Ce caparaçon se trouve sur le cheval de l’Amazone équestre publiée dans les bronzes d’Hercnlanum , t. 9 , pl. LXIII.LXIV.

**’* C’est ainsi qu’est représentée Hippolyte sur' le’vase du Musée Pourtalès. Voyez planche a3, fr. r — 5.

sages nombreux que ces deux divinités sont souvent confondues ou du moins considérées comme ayant entre elles une grande analogie. Ainsi, dit-il, si l’on trouve un Apollon-Dionysos dans l’Apollon Dionysodotos adoré à Phlya en Attique on trouve aussi chez les Acliarniens comme à Athènes un Atovuso; MeXiroaevo; le chanteur, c’est-à-dire le conducteur des Muses *

Dans le temple de ce Bacchus Me^.iro'fitvoî à Athènes étaient réunies près du masque d’Acratus ou de Silène, la statue d’Apollon , celles des Muses, de Minerve Ilaiwvîa {medica) et de Jupiter. Bacchus était honoré sur le Parnasse aussi bien qu’Apollon Sur le fronton du temple de Delphes, on voyait Apollon suivi des Muses, et Bacchus escorté par les Thyades Bacchus était aussi adoré à

Dans l’Antigone de Soph., 1146, le chœur s’adresse à Bacchus comme s'il invoquait Apollon ;

’Iw TTÜp TTVeOVTlOV Xopdy’ iffrptov, vuy(o)v tMtyjjLoÎTow iirîffxoTti.

Macrobe, Saturn., 1 , 18 : JUberum tjuoque patrem, emn ipsum esse deum tjuem soiem.

Pausan, I, 3 i, a.

Id. I, i, 4 ,et 3 i, 3 .

Sophocle, dans un chœur de l'Antigone, v. 965, fait figurer les Muses dans le cortège de Bacchus (il s’agit de Lycurgue, roi de Thrace) :

Ilotûtext {xèv yap Fuvaïxaç euiov te injp <t>iXa4Xou< t’ TjptOii[e Moèaa;.

Et non pas sous le portique où se trouvait ce temple, comme l’a fort mat entendu Clavier. Cf. Siebclis ad Pausan., t i , p. 1 1 .

*” Pausan., X, 3 a.

Pausan., X, 19, 3 .

Amphiclée eu Phocide , comme devin, et comme secourant le pays contre les maladies

Silène, conducteur du chœur bachique, était aussi, comme devin, en rapport avec Apollon ; on prétendait même qu’il était le père de l’Apollon Arcadien nommé vo'[uoç près duquel il est représenté sur des médailles. M. Stackelberg remarque en outre que la musique, ce moyen d’adoucir les mœurs, était très en usage chez les Arcadiens , naturellement portés à la rudesse comme habitant des contrées montagneuses et sauvages ; qu’ils passaient même pour les plus habiles musiciens de toute la Grèce, et que les lois. leur en faisaient un devoir. Chez eux l’ignorance de la musique était un déshonneur, et, dès leur enfance, on les habituait à chanter despéans et des hymnes bachiques De plus les Phigaliens étaient des adorateurs zélés

de Bacchus et le mythe des Amazones comme celui des Cen-

taures se rattachent au cycle dionysiaque. Il ne faut donc pas être surpris si l’architecte et les sculpteurs, athéniens comme on l’a prouvé, ont, en travaillant pour des Arcadiens, fait allusion au culte de l’un et de l’autre dieu. Voilà pourquoi parmi les fragments, nous voyons (fragm. 4) un corps de Silène, deux danseuses bachiques (fragm. i et 3), et Apollon citharède (fragm. a), jouant de la cithare ou d’une espèce de lyre^'*, qui, à en juger par la place laissée disponible pour la recevoir, devait être rapportée et en métal. La main étendue devait faire résonner les cordes , tandis que l’autre tenait le

Pausan., 33 (et non 3a): AcYtTon Si SirS'cûv ’AfafixXtdbiv, uivTtv té tSv Oeiv TÔÎTOv xa» vo'owv ffçi'ii xoôsoTTixtvai.

Comme législateur. Cic.de Nat. Deor., III, a3 , et sans doute aussi comme berger.

Voyez Creuzer, Symbol, u. Myth., a® édit., part., III, p. i63 et ai3-ai5., Polybe, IV, ao.

’’’ Pausan., VIII , 39 . Ils l'adoraient sous le nom d’dxpaT(xp<>p<x;.

M. Stackelberg conjecture que près deini, dans la même métope, se trouvait le bachique.

plectrum. De plus, de cette circonstance que la statue est d^jout, on peut en conclure que l'instrument appartenait à ce genre -de ci* thares appelé Phorminx, parce qu’en jouant on pouvait le porter attaché au bras par un lien. Ce qui semble encore le prouver, c’est le costume de citbarède que porte la figure, et qui consistait en une tunique longue (yiT&v iroÿrfpY)î) et en un manteau tombant par dei^ rière. Or c’est ainsi qu’on représentait Apollon Pytbien ^'9. Ici le c6stume du dieu offre encore quelques accessoires remarquables : sur sa poitrine, par-dessus les plis de l’étoffe, est une face représentant le soleil, et qui, suivant M. Stackelberg, indique en lui le dieu du soleil, PhœbtLS A polio . Sur sa tête est un casque dont les couvre-joues sont relevés, et sur le devant duquel se relève également sa chevelure. Dans les plus anciennes représentations d’Apollon Lycien , ce dieu portait le casque , comme on peut en juger par la description de sa statue en forme de colonne , qui se trouvait à Amyclée Un beau bas-relief du musée royal de Naples, et une figure du musée royal de Paris, représentent un chanteur et un prêtre d’Apollon avec cette même coiffure en peau. Ce qu’on aperçoit derrière la tête ne doit pas être regardé comme un prolongement du casque destiné à défendre le cou, mais bien plutôt comme un pétase ou chapeau de berger, vu de profil; attribut qui convient parfaitement à Apollon envisagé comme le berger par excellence La tête du dieu, malgré les mutilations qu’elle a subies, est encore d’une grande beauté.

L’exécution de la danseuse (fragm. i) n’est pas moins remarquable; les plis de la draperie sont traités d’une manière large et riche tout à la fois, et la transparence de l’étoffe est indiquée de la manière la plus heureuse. Autant qu’on peut en juger par le mou-

Propert., II, El. ao. Voyez les médailles de Delphes.

Pausan., III , 19 (et non x 3 ).

Macrol)., .Sat. I, 17.

vemenl de la partie conservée, elle se levait sur la pointe des pieds, tout en agitant des crotales, sortes de castagnettes***. Sur l’autre fragment (3), on retrouve les mêmes circonstances; et de plus, on y voit la main d’une danseuse qui complétait le groupe. Quant au corps du silène (fragm. 4)> 'P'i sans doute s’appuyait sur un bâtoji, les plis de la peau et les chairs déjà un peu flasques y indiquent parfaitement les approches de la vieillesse.

Les fragments de mains et de pieds en marhre hlanc de Paros, «t d’une dimension colossale (fragm. 5), paraissent avoir appartenu •à une statue d’Apollon, qui, suivant les conjectures de M. Stackelberg, aurait remplacé la statue en hronze transpoi tée h Mégalopolis lors de la fondation de cette ville par Epaminondas, dans le cours de la toa® olympiade, c’est-à-dire quinze olympiades après la fon- <lation du temple. Cette nouvelle statue devait être en bois dore ou peint, avec la tête, les mains et les pieds en marbre*’*. Ainsi elle appartenait à ce genre de statues nommées Acrolitlies, dont Pausanias cite plusieurs exemples **L II est à présumer que la tête était également en marbre avec des ornements en métal ; et en effet, on -a trouvé dans les décombres (juelques feuilles de laurier en bronze doré. On peut conjecturer d’après ces fragments, que le dieu portait la longue robe à manches des citharèdes. On voit encore une partie de la lyre dans la main gauche, et à l’un des doigts de la main droite on aperçoit un reste de plectrum.

Suidas : ’lSitoi; 6 (r/^iïo'jwvo? xiXatiOÇ xod xaTaoxeuâïojievoç èitiTiriSeî, w<rc« iyjii't, tt Tiç Œuviv Sovotii Tai; /tpci. Cf. Lampe, de Cymbaüs veter., lib. III, Ultraj., I 7 o 3, in-n.

’’’ Un long clou tenant encore au pied droit, les trous pratiqués dans les poignets, la semelle de lu sandale parfaitement lisse, tout prouve en faveur de cette conjecture.

La statue de Minerve à Ægire, VII, a6; la .Minerve Clialinilis à Corinthe, II, 4; la Vénus Méchanitis, il Mégalopolis, VIII , 3i; llithie, a Ægium, VII, a3; Je çroupe des Grâces, à Élis, VI, a4 , et la Minerve Aréia que Phidias avait faite pour les Piatéens , IX , 4. ,

Mon. dr Mor., I (i

L’enlèvement de la statue en bronze fut fatale au temple de Phigalie. Suivant l’ingénieuse remarque de M. Stackelberg, un temple cessait d’être honoré par le peuple et tombait bientôt en ruine, quand la statue qui le décorait en était enlevée et que par conséquent la divinité n’y habitait plus. Pausanias^’® nous en donne une preuve frappante dans ce qu’il rapporte du temple de Minerve à Alalcomènes ; ce temple fut bientôt renversé du moment que Sylla en eut retiré l’image de la déesse. Il en fut de même à Phigalie; le départ du dieu avec la statue primitive diminua le zèle des Ârcadiens accoutumés à visiter le sanctuaire. L’abandon des pèlerins fit peu à peu cesser le culte; le temple devint bientôt solitaire , et avec le temps n’offrit plus aux regards que d’imposantes ruines

M. Stackelberg a prouvé jusqu’k l’évidence, p. 19 , que la destruction du temple de Phigalie est antérieure à l’introduction du christianisme. Son plus fort argument, c’est que si, à cette époque, le temple eût encore subsisté, il eût été.

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Côté droit

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