‹ Monuments d'architecture et de sculpture en Belgique (volume 2)Chapitre 16 sur 26 · PALAIS DES PRINCE S-ÉVÉOUES · texte numérisé non relu

PALAIS DES PRINCE S-ÉVÉOUES

La puissance tout à la fois temporelle et spirituelle des princes-évêques paraît avoir enfanté de longs désordres. Peu de communes ont une histoire aussi tumultueuse que celle de Liège, et les peuples et les nobles s’y sont tellement disputé le pouvoir et la liberté, qu’aux meilleurs règnes on aperçoit encore des traînées de sang. Parmi les princes soucieux de cicatriser ces plaies sociales, l’on cite fréquemment Érard de la iVIarek, et si ce n’était, son zèle trop ardent contre le luthéranisme, il n’v aurait, en effet, qu’à donner des éloges à celui qui fortifia la ville, y rétablit l’ordre, et la dota de son magnifique palais épiscopal.

Un premier palais avait été construit sur le même emplacement, en 97 3, par l’illustre évêque Notger. Après deux siècles d’existence, cet édifice disparut dans l’incendie qui consuma la cathédrale de Saint-Lambert et toutes les constructions voisines. En J 189, un nouveau palais fut bâti. Quelle était son importance? Quelles sommes furent consacrées à son achèvement? Voilà ce que les vieux chroniqueurs ont omis de mentionner et ce qu’a vainement recherché l’excellent historien de cette contrée, M. Polain. Les faits parvenus jusqu’à nous apprennent seulement qu’un nouvel incendie vint détruire ce second édifice et qu Erard de la Marck commença les travaux de sa magnifique demeure l’an 1508. Trente ans plus tard, à la mort de l’évêque, la construction n’était pas entièrement achevée et ne devait plus l’être avec la même magnificence. L’aspect en était cependant tel qu’au seizième siècle il ravissait d’admiration une princesse de France. « C’est, disait en ses mémoires la spirituelle Marguerite « de Valois, le palais le plus beau et le plus commode qui se puisse voir, ayant plusieurs « fontaines, jardins et galeries, et le tout tant peint, tant doré, tant accompagné de « marbre, qu’il n’y a l ien de plus magnifique et plus délicieux... »

Le grand portail, formant l’entrée, a été détruit par le feu au commencement du dix-huitième siècle, et remplacé par une nouvelle façade sans corrélation avec les parties existantes. L’une des deux cours, ayant la forme d’un vaste quadrilatère, a échappé à ce sinistre, et, malgré les outrages du temps, elle offre encore un splendide et imposant aspect. Les soixante colonnes, ouvragées par h* ciseau du sculpteur liégeois,

LIÈGE

1 rançois Borset, émerveillent surtout par la variété de leur dessin et leur eapricieuse exubérance . Peu s’en est fallu cependant que cette construction ne disparut sous prétexte d’embellissement; il a été question, pendant quelque temps, de la démolir et de la remplacer par une nouvelle rue; mais ce projet a été enfin abandonné, et une restauration dirigée par l’un des architectes les plus distingués de la Belgique, VI. Delsaux, tend actuellement à restituer au palais des princes-évêques sa splendeur primitive.

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