ÉGLISE SAINT-JACQUES
L’origine, si douteuse, si controversée, de l’architecture ogivale cesserait d’être mise en question si la plupart de nos monuments religieux avaient le caractère tranché, pittoresque et original, particulier à l’église Saint-Jacques. Les laits remplaceraient alors les hypothèses, et l’origine orientale de l’ogive apparaîtrait à l’état de démonstration ou de certitude absolue. Loin qu’il en soit ainsi, c’est, au contraire, un monument exceptionnel et l’œuvre d’un artiste placé dans des conditions spéciales qui se présente aux regards. L’architecte qui donna le plan de celle basilique avait-il séjourné dans la terre sainte? Est-ce à des souvenirs personnels qu’il emprunta le choix inusité et gracieux de son ornementation? L’on ne sait; mais, néanmoins, la trace d’une influence particulière est apparente, et la richesse décorative de l’art arabe semble avoir été appliquée à faire valoir l’ensemble d’un temple chrétien. Cet alliage a été opéré d’ailleurs avec un goût exquis; nul désaccord ne se manifeste; le premier aspect étonne, charme et captive tout à la fois.
I rois nefs divisent le vaisseau; celle du milieu, plus spacieuse et plus élevée, aboutit au chœur dont l’aire se hausse de trois marches; les deux autres s’arrêtent aux transepts et sont séparées par une double rangée de colonnettes qui s’élancent et se perdent dans les nervures de la voûte. Ces dispositions 11e s’écartent guère de celles (pii sont adoptées dans la plupart de nos églises; mais ce qui échappe à la description et constitue ici le charme particulier, c’est la légèreté des ornements répandus sur cet ensemble. Il n’y a cpie le travail du passementier ou les dessins de la guipure qui rappellent les découpures attachées aux arcades et les meneaux entrelacés (h* la galerie.
La richesse de l’édifice augmente cependant encore en raison de la sainteté du lieu : rien de plus somptueux, de plus élégant que le chœur et l’abside de Saint-Jacques. Là, sous des clochetons que le ciseau a délicatement fouillés, se dressent une suite de statues ; cinq chapelles, groupées en hémicycle, s’ouvrent derrière le maître-autel; plus loin s étendent les boiseries des stalles; et le ton foncé des vieilles sculptures, les couleurs brillantes appliquées à la voûte, les pierreries étincelantes des vitraux, tout semble se réunir pour compléter un ensemble de la plus rare magnificence.
LIÈGE
par Lambert Lombard, l’orgue construit par André Séverin, les peintures murales, les
verrières anciennes, mériteraient un examen que nous ne pouvons leur accorder. Il faut même nous borner à quelques indications pour les beaux autels de marbre construits
dans le style de la renaissance et placés aux deux cotés du chœur. La forme générale de
ces œuvres contraste avec les lignes verticales de l’église cl, par suite, semble s’épater outre mesure sur le sol; mais les plus sévères exigences de la sculpture, la finesse, la vérité, l’ampleur, se montrent dans l’exécution des bas-reliefs et des statues, et le style
magistral dont ils sont empreints rappelle la plus brillante époque de l’école florentine.
L’église Saint-Jacques doit son origine à une pensée d’expiation : ce fut pour avoir versé inutilement le sang de ses sujets, dans une guerre contre Lambert le Barbu, comte
de Louvain, que l’évêque Baldric la fil construire. Les historiens rapportent qu’un évêque italien de sesamis, nommé Jean, lui donna ce conseil et fournit le plan nécessaire. La première pierre fut posée en 4016 et la dédicace d’une petite crypte eut lieu pendant la même année. Baldric mourut bientôt, mais ses successeurs continuèrent les travaux et l’évêque Reginard les acheva en 1030. Les bâtiments de l’abbaye furent terminés «à la même époque et mis, ainsi que l’église, à la disposition d’une communauté de bénédictins. Au commencement du seizième siècle, ils durent être reconstruits et subsistèrent jusqu’au temps de la domination autrichienne et du règne de Joseph 11. Sous l’influence des réformes qui s’opéraient alors, l’abbaye fut sécularisée et l’église convertie en collégiale par un bref du 28 mai 1785.