‹ Monuments d'architecture et de sculpture en Belgique (volume 2)Chapitre 7 sur 26 · CHEMINÉE A L'HÔTEL DE VILLE D'ANVERS · texte numérisé non relu

CHEMINÉE A L'HÔTEL DE VILLE D'ANVERS

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ANVERS

pas organisée : il n’y a pas eu de coutrat entre le seigneur et les habitants. De ee eontrat, loi ou tard accordé, la KEURE ou charte forme la première preuve écrite et l’hôtel de ville le principal signe extérieur.

Dans une charte octroyée en 1120, le duc de Brabant, Henri Ier, mentionne déjà les bourgeois d’Anvers (BURGENSES NOSTROS IN ANTVERP1À) et déclare leur rendre, sous certaines conditions, leur ancienne liberté. Pendant ce même siècle, Anvers possède également une seconde preuve de ses droits d’échevinage : la maison communale bâtie sur la grande place et située à peu de distance de Phôtel de ville actuel. Cette construction primitive, d’assez mesquine apparence, est démolie en 1560, et, en même temps, un artiste habile, Corneille de Vriendt dit Floris, présente les plans d’un édifice plus en rapport avec l’importance de la cité commerciale.

Un long séjour à Rome avait familiarisé de Vriendt avec le style de la renaissance. Sculpteur et architecte, il aimait à associer les richesses empruntées à ces deux arts, et e est en obéissant à cette tendance qu’il sut donner à son monument un aspect noble et imposant. L’avant-corps central, orné de statues cl de colonnes de marbre rouge, se distingue surtout par sa pittoresque somptuosité. On a reproché un peu de lourdeur aux deux ailes du bâtiment, et, à l’intérieur, le caractère massif des escaliers a motivé une critique analogue; la disposition des appartements est, en général, d’un goût moins répréhensible; plusieurs salles, notamment, celles dites des Etats et des Mariages, méritent de fixer l’attention. Dans la première des deux, on trouve une vaste cheminée supportée par des cariatides, ornée de guirlandes sculptées et qui offre, comme motif principal de décoration, un des plus beaux tableaux d’Abraham Janssens, l’orgueilleux émule de Rubens! Dans la seconde, le ciseau du sculpteur a répandu sur la cheminée les arabesques, les cartouches, les figurines, et, par une sorte d’ingénieuse allusion à la destination du lieu, il a pris pour sujet principal de ses compositions les noces de Cana.

Les tableaux des grands maîtres, les délicates sculptures, les meubles précieux qui remplissaient autrefois le monument ont été, en partie, détruits ou enlevés. L’on doit même s’étonner d’en retrouver quelques-uns : il semble, en effet, étrange qu’ils aient échappé à tous les troubles dont Anvers a été le théâtre et parmi lesquels il faut successivement compter l’émeute provoquée par les apôtres de Luther, les pillages commis par les soldats espagnols, la malencontreuse algarade du due d’Alençon, et surtout le terrible siège de 1585. Au eommencement de celle année, un des plus illustres capitaines modernes, Alexandre Farnèse, était venu bloquer la ville, et sa tentative, faite avec une faible armée et sans le secours d’une flotte, n’avait d’abord provoqué que le sourire; mais depuis il avait pris le fort de Liefkenshoek, construit ceux deSainte-Marie et de Saint-Philippe, rattaché ces deux points par une digue gigantesque, et fermé le tout par une cstacade de navires. Bref, l’assiégeant commençait à être pris trop au sérieux, et

AN VE ItS.

(■(Mil bouches à feu , lonnanl incessamment, présageaient déjà la délaile des assiégés, quand un ingénieur italien vint à leur aide : deux navires chargés d’assez de poudre pour l’aire sauter une ville lurent ahandonnés par lui au cours de l’Escaut, et l’un d’eux, éclatant avec la force d’un volcan, rompit en partie la digue. Ce succès ne produisit cependant aucun résultat définitif à la ville demeura assiégée, et quelques mois plus lard', elle dut recourir à un nouvel expédient, ce fut d’abandonner à Farnèse le fleuve qu’il avait conquis et d’en créer un second, par l’inondation, sur la rive droite. Les champs disparurent alors sous les eaux et il ne resta plus de \ isilde qu'une langue de terre, qu’il fallait percer pour confondre en un seul lac la vaste plaine liquide. Tout aussitôt cet espace rétréci devint le théâtre du plus terrible combat; mais la victoire y resta aux Espagnols, et l’on raconte que les corps de leurs ennemis servirent à boucher treize ouvertures déjà faites dans le champ de bataille par les soldats d’Anvers et de Zélande.

Après cette boucherie, le vainqueur se rapprocha de la ville et, peu de jours après, il y entra armé de toutes pièces. Anvers se soumit alors à la domination de ses anciens mailres, reprit ses habitudes laborieuses, ('l vil renaître la paix, mais ne retrouva plus ni sa prospérité, ni sa richesse. C’était là l’enjeu perdu dans les hasards de la guerre, et (pu* rien désormais ne pouvait lui restituer.

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