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Monuments d'architecture et de sculpture en Belgique

La domination romaine a laissé peu de traces en Belgique; quelques roules militaires, quelques débris, autels votifs et pierres sépulcrales, voilà tout ce qui subsiste d’un empire de quatre siècles. Nous omettons à dessein les fondations de deux ou trois villas, dont la poussière, récemment déterrée, exerce la sagacité des archéologues. Pour ceux qui se complaisent peu à de telles énigmes, l’étude de nos monuments ne commence que plus tard, alors que les yeux et l’esprit trouvent des éléments comparables, c’est-à-dire à l’époque oii un art nouveau succède à la décadence de l’art ancien. Dès le sixième siècle, cette transformation se fait; au dixième, elle est accomplie. A ce moment, la féodalité et la commune s’organisent, la société moderne liait, et, sans cesse plus assouplie aux nécessités des mœurs et du climat , l'architecture imprime la marque de chaque temps dans la physionomie de chaque édifice.

La révolution qui s’opère est d’abord peu sensible. Quoique devenues chrétiennes, les constructions religieuses ne subissent aucun changement radical; « les premières églises de l’Occident ne sont que des temples retournés; » les colonnes passent du dehors au dedans et l’intérieur s’agrandit, parce que la foule, autrefois reléguée sous le péristyle, s’entasse maintenant sous la voûte. C’est, en un mot, la forme de la basilique latine, qui subsiste. Cette appropriation à une foi nouvelle sera nécessairement transitoire; à mesure (pie le culte gagnera en autorité, sa manifestation extérieure sera plus apparente; il y aura plus d’accord entre la forme et l’idée. Bientôt, en effet, ce progrès se réalise, et il a lieu non-seulement par l’influence morale, mais par les mains mêmes du clergé : beaucoup d’évêques sont architectes.

Dès le septième siècle se multiplient ces monastères destinés à nous conserver tout l’héritage scientifique du passé. Au huitième siècle se fondent de nombreuses maisons chapitrales, et, à ha même époque, le génie de Charlemagne étend son rayonnement sur une grandepartie de l’Europe. Sous son règne, l’ordre s’établit, et le progrès recommence. Longtemps encore ce progrès sera partiel, peu sensible, souvent suspendu; mais ces longues périodes de désorganisation et de stérilité intellectuelle auront au moins cessé. Nous n’avons conservé aucun des monuments (pie ce grand homme a édifiés dans nos contrées; mais les effets de l'impulsion imprimée par lui à tous les arts sont restés

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sensibles. J ./organisa lion sociale due à son pouvoir n’v a pas eu moins d influence, e! c’est vraisemblablement à elle qu’il faut attribuer le calme relatif dont la Belgique a joui pendant les deux siècles suivants, alors que d’autres pays étaient livrés au plus affreux désordre. On sait qu’à ce moment une idée étrange poussait les peuples à la démoralisation : toute la chrétienté croyait à la fin du monde et considérait l’an 1000 comme devant être l’époque du jugement dernier. Quelques esprits supérieurs combattaient seuls celte opinion, et parmi ceux qui s’efforcaient le plus efficacement d’en atténuer les effets, il faut citer les deux évêques auxquels Liège doit son premier développement : Eracle et Notger.

Dans la plupart de nos villes, et jusqu’au développement des associations de francsmaçons, le clergé est ainsi partout le grand bâtisseur; lui seul possède la connaissance des arts, et c’est grâce à lui que la cité s’agrandit et que la maison de Dieu s’élève. Nous possédons, principalement dans les provinces wallonnes, quelques types remarquables de cette architecture primitive du moyen âge. Tournai et Liège sont richement dotées sous ce rapport, et cette supériorité résulte, croyons-nous, des progrès plus rapides du christianisme dans ces contrées : le clergé avait, depuis longtemps , converti les habitants à la foi nouvelle, que le culte d’Odin et de Thor était encore en honneur dans le Brabant, les Flandres, la Campine. Quelle que soit la rareté des constructions romanes dans ces dernières provinces, il en existe néanmoins assez dans l’ensemble de notre pays pour étudier ce stvle et ses différentes nuances. Du dixième au onzième siècle, 1 architecture est sortie de la voie des tâtonnements; devenue plus mystique et plus austère, elle a prêté le caractère du génie septentrional aux éléments empruntés a Borne et a Byzance. -Elle veut émouvoir l’intelligence, et use du symbolisme : à la forme rectangulaire de la basilique succède la forme cruciale qui rappelle le divin sacrifice du Rédempteur; le maître-autel se place à l’orient, afin que les fidèles aient la face tournée vers le berceau du christianisme ; enfin, la brosse et le ciseau vivifient de mille images emblématiques les nefs de l’église. Les ornements s’épanouissent sur les archivoltes des arcades; les modillons grimacent sous les corniches; les chapiteaux et les bases des colonnes prennent les reliefs les plus variés : les fleurs, les fruits, les chimères, les figures y apparaissent brillants de tout l’éclat de la peinture. L’on ne saurait énumérer toutes les variétés de forme, tous les motifs de décoration que les architectes accumulent et amalgament pour arriver à une grande splendeur. Et cependant, soumis à des règles, l’art suit dès lors une voie rationnelle : tous les détails ne sont que des corollaires de la pensée première de l’artiste; ils servent à la rendre plus compréhensible, ils complètent le caractère et la destination de son œuvre.

Autrefois le monument remplaçait le livre, et, pour s’adresser a 1 esprit des fidèles, il fallait d’abord parler à leurs regards. Cette mission civilisatrice s’accomplit par l’intermédiaire de la statuaire. Elle devient, comme on le disait au moyen âge, 1 image

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ou 1(* miroir de 1 univers. Constamment expressive et vouée à une pensée morale, même alors quelle brave I honnêteté dans ses sujets, on la voit passer successivement du symbole à la légende, de la légende au fabliau et à la satire. Ici elle représentera, sous une forme allégorique, les mystères de la passion et de la résurrection. Plus loin, après avoir raconté le péché originel, elle indiquera à l’homme comment il peut encore se racheter par le labeur : les douze signes du zodiaque lui apparaîtront accompagnés de la représentation des travaux champêtres pendant les douze mois de l’année. Ailleurs enfin, à mesure que Part entrera davantage dans le domaine des artistes laïques, l’opposition se manifestera contre le pouvoir du clergé; l’on verra des prêtres à têtes de renard prêcher des paroissiens sous forme d’oies et de dindons. Ces trois phases de I inspiration correspondront en même temps à trois caractères plastiques différents. Pendant la période romane, la statuaire se produira sous deux types distincts : l’un, court et rond, du à des artistes inhabiles; l’autre, noble et élancé, continuant en quelque sorte I art grec a travers la tradition byzantine. Au treizième siècle, la tradition byzantine sera, à son tour, abandonnée; le sculpteur cédera aux influences nationales et donnera à son travail un caractère plus historique. Enfin, au siècle suivant, l’artiste atteindra «à la vérité naïve du portrait, et l’exécution continuera à se perfectionner, alors même que le goût se pervertira. En passant ainsi de la simplicité à la richesse, de la richesse à la prodigalité, l’art caractéristique de chaque époque arrivera par une pente insensible «à la nécessité d’une transformation. Ainsi, quand le style roman sera parvenu au plus haut degré de somptuosité auquel il puisse atteindre, l’ogive s’introduira, d’abord accidentellement, puis avec prédominance, ensuite exclusivement. Plus tard, quand I art ogival a son tour aura, par excès de richesse, dénaturé ses éléments, l’on verra surgir la renaissance. En outre, et par une inflexible loi, chacune de ces grandes modifications architectoniques annoncera l’heure de quelque grande réforme sociale : le style roman est le résultat du christianisme; le style ogival apparaît au moment de I émancipation des communes; la renaissance surgit alors que l’autorité religieuse se meurt, et qu il se lait, par l’érudition, un retour vers les idées païennes.

Nous signalons ces coïncidences, nous ne venons pas les expliquer; le désir d’une ingénieuse interprétation a trop souvent fait confondre les effets et les causes. L’introduction de l’ogive a notamment provoqué d’innombrables hypothèses, en général plus ingénieuses que rationnelles. Il est inutile d’en grossir le nombre. Que l’ogive soit d origine orientale ou meme indienne, qu elle ait été importée à la suite des croisades ou que sa naissance ait eu lieu accidentellement, voilà des problèmes dont la démonstration absolue n est guère possible. Ce que les faits forcent seulement d admettre, c est que son développement complet ne.se produisit qu’en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre et dans l’ouest de la France. Acclimatée ou indigène, l’architecture ogivale apparaît là comme une plante du sol; elle s’v épanouit à plaisir;

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