‹ Monuments d'architecture et de sculpture en BelgiqueChapitre 2 sur 39 · INT II 0 DICTION · texte numérisé non relu

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elle \ a de la sève et de l'exubérance. Dans le midi, au contraire, elle est rare et étiolée, elle semble en désaccord avec ce qui l’entoure, et ses éléments y (dirent une sorte d’incohérence quand ailleurs on les voit harmonieusement groupés.

De l'éclosion simultanée du slvle ogival et de la liberté des communes, quelques archéologues sont arrivés à conclure que le nouveau style était principalement du a la sécularisation de Fart; d’autres, au contraire, ont albinie que cette sécularisation n avait produit aucun effet, le clergé étant resté tout-puissant, même après la transformai ion de l'architecture;, Les uns circonscrivent trop rigoureusement la cause dans un lait unique; les autres méconnaissent à certains égards la logique des événements. Les artistes laïques étaient évidemment impuissants à modifier le principe et les formes de toutes les constructions; mais la réforme politique opérée dans la société devait nécessairement s’empreindre dans l’art. Celui-ci offre, dans tous les temps, la contre-épreuve de l’étal social .

Rien ne contraste plus vivement avec l'architecture romane que celle qui la remplace : à des formes rondes, épatées, bombées, succèdent les combinaisons de lignes sveltes, ténues, effilées, superposées en chaînes infinies, et se coupant dans toutes les directions. La basilique romane semblait, ainsi que les catacombes des premiers chrétiens, coupee dans le roc; la cathédrale ogivale est pareille à une forêt dont les mille rameaux se rejoignent et s’enlacent. Comme toute révolution durable, celle-ci s’accomplit néanmoins par transitions adoucies; F ogive s’introduit d'abord timidement, et, pendant plus de cent ans, alterne avec le plein cintre. A la longue, Fini de ces deux éléments, qui satisfait mieux le regard, qui réunit davantage la .force à la légèreté, qui tend, s’il est permis de s’exprimer ainsi, avec plus de fer\eur vers le ciel, triomphe et subsiste seul. Ainsi qu’au début de tout art nouveau et de toute société nouvelle, les constructions les plus importantes sont d’abord consacrées au culte. Au douzième et au treizième siècle, le cierge possède des richesses considérables et peut souvent, par ses propres ressources, édifier de grands monuments; quand celles-ci sont insuffisantes, lorsqu il lui faut recourir a l’assistance des fidèles, un zèle passionné et un indicible enthousiasme se manifestent. Non satisfaits de contribuer à la construction par leurs offrandes, les gens de toute condition accourent pour prendre part aux travaux les plus pénibles. Il se forme alors de pieuses associations d’ouvriers dans tous les genres, qui ont pour but de racheter ainsi leurs fautes ('l d’obtenir des grâces spirituelles.

Cet élan religieux des populations eut été néanmoins insuffisant pour produire tous les résultats obtenus, si, par un étrange contraste , il n’v avait eu alors, au milieu du désordre, de la dépravation et du conflit de toutes les violences, I habitude de la hiérarchie et l’esprit de discipline. On ne discutait aucun pouvoir, et tous s inclinaient devant Dieu. Les rois et les seigneurs lui consacraient leurs richesses, le clergé son savoir, le peuple ses labeurs. Par le concours de toutes ces forces, convergeant

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vers un seul et meme 1ml, s'édifièrent , pemlanl des guerres incessantes, tant de constructions <[ue notre époque essaye de copier, mais dont elle ne saurait plus égaler ni la richesse, ni la variété, ni P abondance. Au quinzième siècle, Jacques Cœur, argentier du roi Charles VII, comptait dix-sept cent mille clochers dans le royaume de France et le duché de Bourgogne était à la meme époque plus riche et plus prospère.

Inorganisation hiérarchique, dont nous venons de constater les merveilleux effets, s’étendit dans le domaine des arts par l’influence de l’Eglise; c’est elle qui vint en fournir l'exemple et le précepte. Dès que les aumônes et les quêtes, autorisées par l'évêque, avaient réuni la somme nécessaire à la construction d’un nom eau temple, c’était presque toujours un prêtre qui en dressait le plan. Désigné sous le nom de MAITRE DE L’OEUVRE , il répartissait les travaux , subdivisait les moines par escouades, les transformait en manœuvres, maçons, taille-pierres, et ceux-ci, aidés des fidèles d’alentour, s’attachaient pieusement à leur labeur jusqu’à ce que l’édifice lut revêtu d’une sorte de symbolique existence. Ces moines bâtisseurs, en allant d’un couvent à l’autre , initièrent graduellement les laïques à leurs secrets; ils favorisèrent ainsi rétablissement des confréries de francs-maçons, d’abord privilégiées par les souverains et les papes, mais qui, grandissant avec la lumière et la liberté, manifestèrent bientôt leur esprit d’opposition contre tous les pouvoirs.

Dès l’année i 14.0, on trouve des traces de ces confréries en Angleterre et en Ecosse; au treizième siècle, elles existent plus puissantes sur une partie du continent, et leur développement s'\ continue pendant l’espace de deux cents ans. Parvenues à ce terme, elles 11e forment plus seulement des corporations locales entre gens de même métier, mais de véritables ligues européennes d’artistes. En i45a, Jodoque Dotzinger, maître des œuvres de la cathédrale de Strasbourg, établit une alliance entre toutes les loges maçonniques de l’Allemagne. En i4%, on règle à Balisbonne les statuts de ces corporations et leurs rapports avec les corporations étrangères. Ces rapports, étendus jusqu’à l'Italie, embrassaient dans un même rayon toutes les villes des bords de la Moselle, du Rhin, et celles de la Weslphalie, delà Bavière, de la Suisse; quoique rien ne l’établisse, il y a lieu de croire qu’ils comprenaient aussi les villes des Pays-Bas. Dans les comptes relatifs à la construction de l'église Sainle-Gudule à Bruxelles et de l’église Notre-Dame à Anvers, les architectes et les ouvriers sont qualifiés de mailres et d’ouvriers des loges (MEESTERS EN GEZELLEN VAN DE LOGIEN). D’autres faits viennent encore ajouter à la probabilité de notre hypothèse : la parenté établie entre les écoles de peinture de Cologne et de Maestricht, ainsi que l’analogie de nos monuments avec ceux des pays voisins. Les édifices du nord de l'Europe révèlent, presque partout, un art soumis aux mêmes règles, basé sur les mêmes principes et, par suite, exercé par des ouvriers placés dans des conditions analogues.

Les corporations ouvrières et maçonniques suivirent en quelque sorte dans leur

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développement les différentes périodes de l’architecl ure ogivale. L ai l el la eoninume grandirent simnllanément. L’enthousiasme éveillé par le style nouveau devint, en meme temps, l’occasion d’une étonnante activité : partout on se mil a édifier ou a reconstruire. Des églises encore solides lurent démolies, pour être immédiatement relevées sous la forme nouvelle; d autres, en voie d achèvement, lurent envahies pai l’ogive et marquèrent ainsi l’époque de la transition qui s’opérait. A Journay, on modifia le chœur de la cathédrale bâti, ainsi que les nefs et les transepts, dans le plus splendide style roman; à Liège, on commença l’église Saint-Paul; à Bruxelles, à Garni, à Bruges, àTongres, el dans d’autres villes, on entreprit de vastes constructions. Beaucoup restèrent incomplètes ou du moins s’achevèrent lentement. Çà el là on y travaillait à de longs intervalles, à mesure des ressources acquises; pendant ce temps, legoùl changeait et l’édifice, tout en se continuant, subissait le joug de ces changements. Telle église, dont la base est simple et austère, se couronna ainsi d’ornements el d’efflorescences. Vu moyen âge, ou erovait à la stabilité, a l’avenir; on était moins soucieux du temps que du résultat, et les générations se transmettaient l’une à l’autre, comme une sainte pensée, I achèvement de quelque belle œuvre <1 art.

Le quatorzième siècle eut moins d’initiative que le précédent; il se voua surtout à des travaux complémentaires. L’art se perfectionna cependant et l’habileté des ouvriers ne cessa de progresser. La transition entre la sévérité native et le style fleuri se fit ainsi par gradations. Arrivée au dernier degré d’épanouissement, l’architeelure ogivale prodigua les broderies, les dentelles, les statuettes. Et tous ces détails, fruits d’une imagination inépuisable, n’enrichirent plus seulement les édifices consacres au culte et à la prière, mais les constructions civiles, les beffrois, les hôtels de ville, les halles. Une société nouvelle s’était constituée; le serf et le vassal étaient devenus ou fermier ou bourgeois; la commune étalait les preuves matérielles de sa puissance.

Cette puissance avait grandi par degrés, et l’art monumental permet d’en suivre tous les progrès. Les beffrois forment en quelque sorte le symbole des premiers af franchissements ; c’est à leur sommet que résonnait la cloche du ban et du couvre-feu, le tocsin pour l’incendie, le bourdon des rejouissances. Parfois, a la suite des coalitions populaires, la cloche était enlevée, le beffroi abandonné ou démoli, et la plèbe retombait sous le régime du bon plaisir. Quand, au lieu de ces libertés passagères, immunités ou privilèges, la commune se fut véritablement constituée, quand elle eut une organisation cl des attributs : une charte, une milice, une juridiction el des magistrats pris parmi les bourgeois, il fallut alors une maison communale. L’hôtel de ville se construisit cl augmenta de splendeur, de somptuosité, selon l’importance et la richesse de la population. Tout s’enchaîne dans ces grandes familles qui forment des cités ou des nations : les garanties sociales obtenues par la bourgeoisie donnèrent bientôt la mesure de son bien-cire; les communes les plus libres lurent aussi les plus prospères, el dans

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