TABERNACLE DE SAINT-LÉONARD A LÉAU
La commune de Léau offre le spectacle d’une grandeur déchue. Considérée autrefois comme l’une des sept principales villes du Brabant, et formant au pays une sorte de bouclier du côté de la principauté de Liège, ce n’est plus aujourd’hui qu’un village isolé, presque inconnu, comptant à peine une population de i,5oo habitants.
Quelles ont été les causes de cette décadence? La première de toutes lient à la situation topographique. Bâtie sur un terrain marécageux, dont les personnes non originaires de la contrée supportaient difficilement les émanations, la ville se trouvait, en même temps exposée à toutes les invasions militaires. C’est ainsi qu’elle fut pillée par les Liégeois en 1 9. 1 3, occupée par le comte de Flandre en 1 356, escaladée par les Français en 1678, et prise par les alliés en 170:3. Outre ces blessures, reçues de l’étranger, elle eut à souffrir encore de ses propres dissensions : quelques patriciens (h; Saint-Trond ayant refusé d’acquitter la dépense faite chez un marchand de vin de Léau, il (ni résulta une longue suite d’escarmouches, d’assassinats, de sanglantes représailles! Les guerres civiles, fréquentes au moyen âge, avaient souvent un motif aussi futile; l’étroite solidarité (pii lie entre eux les membres d’une même famille, s’étendait alors jusqu’aux membres d’une même cité. Al ,éau, notamment, le magistrat avait le droit de rassembler
LE BRABANT
lous les bourgeois pour aller venger l’injure faite à Lun d’eux, et quiconque ne répondait pas à l’appel était passible d’une amende de vingt sous ou de la perte d’une oreille.
En touchant ici aux lois et aux coutumes de la localité, nous arrivons à une nouvelle cause de décadence : l’épuisement des ressources financières. Cet épuisement fut l’oeuvre de l’administration municipale, où dominaient les patriciens, et qui se montra trop complaisante pour les exigences des souverains. Jean 1,T avait exempté les habitants de Lé a u d’impôt, taille, tonlieu, mais ils avaient néanmoins la faculté d’accorder des services ou redevances. Les ducs de Brabant usèrent de ce détour et, grâce au bon vouloir des magistrats, ils rendirent l’exemption des impôts illusoire. Jean I" eut une redevance pendant quinze ans, Jean II pendant vingt, Jean 111 obtint ioo écus d’or, Wenceslas se lit payer un cens considérable, enfin Charles le Téméraire reçut plusieurs rentes viagères. Tandis qu’ils extorquaient ainsi l’argent de la commune, les ducs accordaient en meme temps les privilèges nécessaires pour pressurer les habitants. Entre autres faveurs, ils permirent d établir des accises, auxquelles étaient meme sujets les bogards, les béguines et le clergé marié ( 1291 .
Il \ eut une troisième cause de ruine : l’anéantissement de I industrie. Prospère au quatorzième siècle, l’industrie drapière fut promptement détruite dans le Brabant, et la fabrication des bières, qui devint plus tard la principale ressource de Léau, \ perdit bientôt son importance par suite de la renommée acquise aux bières de Louvain. Enfin, la seule voie ouverte au commerce, le cours de la petite Geete, cessa d’être navigable, et dès lors, sans communications, Léau dut graduellement passer du rang de ville forte et bien peuplée à celui de pauvre bourgade. Aujourd’hui, la commune conserve à peine quelques traces de son importance militaire, mais son hôtel de ville et son église de Saint-Léonard subsistent comme des témoignages de son ancienne prospérité.
Jusqu’au treizième siècle, l’église dé Saint-Léonard n’était qu’une modeste chapelle. Vers 1237, elle fut reconstruite et devint église paroissiale, en remplacement de celle de Sainl-Sulpiee, située en dehors des murs. Le portail, les tours qui l’encadrent, et le chœur, portent la marque de ce temps; les transepts et les chapelles qui les décorent offrent, par contre, le caractère architectonique du quatorzième au quinzième siècle. Ce que le monument présente de plus intéressant est sa décoration intérieure, et spécialement, son admirable tabernacle en style de la renaissance. Haut d’environ 100 pieds, celui-ci s’élève en dix étages superposés, qui renferment chacun plusieurs statuettes et bas-reliefs. Ainsi que l’indique une pierre sépulcrale encastrée dans le mur, ce petit monument, chef-d’œuvre de délicatesse et d’élégante correction, fut exécuté aux frais de Martin Van Wilre, seigneur d’Oplinter, et de son épouse. L’analogie qu’il offre avec le tabernacle autrefois placé à l’église abbatiale de Tongerloo, l’a fait attribuer à Bombant de Drwere, maître sculpteur de Malines.
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