TIR A L’ARC DE LA SOCIÉTÉ SAINT-SÉBASTIEN
Depuis que la révolution française du siècle dernier a fait passer son niv eau sur toutes les corporations privilégiées, on a peine à se rendre compte de l'importance acquise autrefois par les sociétés d’archers, d’arbalétriers, d’arquebusiers ou d’escrimeurs. N’offrant en apparence qu’un caractère futile, ces SERMENTS ou GILDES constituaient, en réalité, une force communale militairement organisée, et dont les princes cherchaient à s’assurer le concours, tantôt par la voie de la popularité en se mêlant à leurs jeux, tantôt au moyen de la faveur en les gratifiant de privilèges.
Toutes les grandes villes de nos différentes provinces, Bruxelles, Louvain, Anvers, Naniur, Garni et Bruges, eurent de ces confréries; quelques-unes existent encore, mais ne sont plus que les pâles fantômes de ces corps autrefois puissants et guerriers. Au quatorzième et au quinzième siècle, l’arc était l’arme de guerre par excellence; son emploi détermina le succès des Anglais aux journées de Créey, de Poitiers, d’Azincourt, et continua à être encouragé jusqu’au règne du roi Henri VIII. Ces encouragements étaient inutiles dans nos contrées : les tirs y faisaient partie intégrante des plaisirs habituels et des grandes réjouissances publiques; les concours, alternativement ouverts par les principales communes du pays, étaient les véritables passes d’armes de la bourgeoisie, et formaient des solennités auxquelles les chefs de l’Etat ne dédaignaient point de s’associer. En i45i, l’héritier du duché de Bourgogne, monseigneur «h* Charolais, était roi du serment de Saint-Georges à Bruxelles. En i534, Marie de Hongrie, devenue reine de ce même serment, se rendit au concours de Matines, à la tête de trente et une compagnies. Enfin, en 1497, la confrérie de Bruges, ayant à sa tête son roi, Philippe le Beau, lit son entrée au concours de la ville de Garni. Tous les magistrats de Bruges, les chambres de rhétorique, les corporations des marchands hanséatiques, lombards, castillans et autres, faisaient partie de ce cortège, qui ne comptait pas moins de deux cents cavaliers revêtus de soie, de damas, de pierreries! et cependant, cette fois, la cité flamande n’obtint pas le prix de la plus belle entrée : ce fut Anvers qui l’emporta.
Riche, prospère, promptement arrivée à l’état de puissance, Bruges eut, dès une époque reculée, plusieurs confréries militaires, dont les deux plus connues sont celles de Saint-Georges et de Saint-Sébastien. Celle dernière possédait, dès le quatorzième siècle, une chapelle dans le couvent des Frères mineurs, et y faisait célébrer une messe tous les jours fériés. En r 4^4? :l la suite d’une donation faite parla famille Adornes, la