‹ Monuments d'architecture et de sculpture en BelgiqueChapitre 35 sur 39 · SALLE DU CONSEIL A COURTRAI · texte numérisé non relu

SALLE DU CONSEIL A COURTRAI

Au bon vieux temps, quand plus de naïveté s’alliait «à plus de rudesse, et que, fermée a d ambitieux désirs, la vie se resserrait dans les liens de la famille, le foyer domestique était chaque soir un point de ralliement. C’est autour de l’àlre enfumé qu’on se rassemblait après les pénibles labeurs du jour; c’est là qu’on échangeait ses craintes, ses regrets, ses espérances; c’est là enfin que se faisaient les longs récits de la veillée, et que, tout en tisonnant, l’aïeule racontait, à ses petits enfants attentifs, les exploits d un pieux chevalier ou les maléfices d’une sorcière. Par suite de ces habitudes et de ces mœurs, on en vint à orner avec soin le lieu oii l’on se retrouvait; on décora d’abord le vaste manteau de la cheminée d’une image vénérée de la Vierge, du calendrier, de 1 attirail de la chasse et de la ramure du cerf; puis, lorsque le luxe de l’ornementation se fut étendu des constructions religieuses à l’édifice civil et à l’habitation seigneuriale, on vit, à la même place, la sculpture réaliser ses merveilles et ses. plus charmantes inventions.

Déjà développé a la deuxième période de l’art ogival , ce luxe continua à l’époque de la Renaissance, et plusieurs de nos maisons communales en offrent l’heureuse manifestation. La cheminée du Bourg ou palais de justice à Bruges, celle de l’hôtel de ville d’Audenarde, celle de la salle des mariages à l’hôtèl de ville d’Anvers, et celles placées dans deux salles de l’hôtel de ville de Courtrai, doivent notamment être citées comme des types remarquables de décoration intérieure.

La cheminée dont notre planche reproduit l’aspect se trouve dans la salle du rez-de-chaussée de l’hôtel de ville de Courtrai. Elle porte la date de 1Ô87 et annonce déjà, par le caractère de ses ornements, la transition qui va s’opérer. A la partie supérieure, on voit Adam et Eve dans le paradis terrestre; plus bas, et comme motif principal de la composition, la Vierge et l’enfant Jésus; enfin, au milieu du fouillis des ornements, des personnages sacerdotaux supportent différents écussons, sur lesquels sont sculptées les armes de la commune et celles des quatre membres formant le corps politique du comté de Flandre : Gand, Bruges, Ypres et le Franc de Bruges. Tout cet ensemble, exécuté en pierre de grès et primitivement doré, se rattache aux poutres du plafond, poutres en partie sculptées et également revêtues d’or et de carmin.

L’hôtel de ville, considéré dans son ensemble, offre peu d’intérêt. Sa façade, détruite par l’incendie en l’an i382 et reconstruite en 1026, était autrefois ornée des statues dorées des comtes de Flandre; cette décoration a été enlevée pendant les troubles

LES FLANDRES

politiques; les niches dans lesquelles ces statues étaient placées ont en meme temps disparu, à la suite d’une prétendue restauration, et l’édifice a ainsi perdu tout aspect monumental. Un escalier en pierre, placé dans le vestibule, la cheminée de la salle représentée dans notre ouvragé, celle de la salle du magistrat, et la chapelle attenante actuellement occupée par le dépôt d’archives, conservent seuls quelques traces de la splendeur du passé.

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