‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 21 sur 58 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

* Geger, Histoire de Suède, pag. 41 . Le mot forgeron^ chez les Finnois, embrasse tous les métiers. On pourrait objecter que cette considération pouil'art du forgeron est particulière à ce peuple.

litu. ET DOCUM. XXV, 13

le martelage est fort ancien. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à examiner de près les bracelets et les fibales à spirales doubles Bt plates que nous possédons ^ Un seul fit de bronze continu, un peu aplati et d'une largeur de 2 à 3 lignes, a suffi pour la confection de toute la pièce. Le fil, à l'une des extrémités, s'enroule en spirale, de manière à former un disque d'une grandeur déterminée, puis il s'élargit en plaque ou en anneau, suivant la destination de la pièce, après quoi il reprend son diamètre précédent et décrit de nouveau une spirale pareille à la première. Cette plaque ou cet anneau, formé d'une lamelle mince sur le milieu de la longueur du fil, ne peut avoir été produite que par le martelage. Le D^ Schreiber m'a dit avoir aussi observé quelques instruments dont le tranchant avait été rendu plus vif à l'aide du marteau, c'est-àdire battu comme les agriculteurs battent encore leurs faux, d'autres sont aiguisés sur la meule. Malgré ces faits, il n'en reste pas moins certain que les instruments tranchants ont été coulés et non forgés, en sorte que le martelage, demeuré exceptionnel, est plutôt employé pour achever quelques objets d'ornements, sans constituer encore Tart du forgeron. Il est adopté pour étendre le métal, le réduire en feuilles, pour réparer le tranchant, mais non pour forger les armes. Quand nous disons que les feuilles de bronze, employées à divers usages, trop minces pour être sorties du moule, ont été martelées, c'est que nous hésitons à les envisager comme un produit du laminoir. bes hommes les plus versés dans la connaissance de l'antiquité ont en effet refusé, même aux Grecs et aux Ro-

* Voyez aussi les diadèmes à torsade dont les extrémités se termiDent sa plaques.

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mains, la découverte de ^ cet instrament. Nous pouvons cependant constater leur erreur sur ce poiq^ grâces à l'observation judicieuse d'un de. nos compatriotes. M. Piccard, chargé par l'empereur de Russie de dessiner les antiquités de la Crimée réunies à Saint-Pétersbourg, me faisait remarquer une lamelle en or assez étendue, sur laquelle se reproduit de distance en distance un défaut toujours parfaitement le même. L'intervalle entre chacun de ces défauts répond exactement à la même ouverture du compas. Qu'en conclure, sinon que la feuille a été laminée et a reçu l'empreinte d'une paille de l'un des cylindres? Et même rien de plus simple que de retrouver le diamètre des cylindres, en prenant pour leur circonférence l'intervalle entre les accidents. Les tombeaux de Kertsch, d'où proviennent cette lamelle et bien d'autres trésors, renferment un grand nombre d'objets d'art grec, dont plusieurs remontent au IV<^ siècle avant notre ère. Il est difficile de dire à quel peuple appartient l'invention du laminoir, mais ce qui nous importe, c'est de constater son existence dans l'antiquité. Il est probable qu'une fois connu, l'usage ne tarda pas à se répandre. Ceci nous explique comment on a pu obtenir ces fines lamelles en or, fixées ou incrustées sur les bronzes Scandinaves, de manière à produire l'effet de la dorure.

Les vases en or consacrés au culte, et quelques objets en bronze de la seconde période, présentent divers ornements repoussés avec le poinçon ou d'autres instruments qai montrent que le bosselage a été connu aussi à unl^ hante antiquité.

On trouve des fils en cuivre et en or d'une assez grande ténuité, qui ne peuvent avoir été obtenus qu'à l'aide de la

filière. Employés à des bagnes on à des bracelets, ils conservent encore toute leur élasticité. Ainsi la tréfUerie, dans ses éléments du moins, appartient déjà à l'âge qui nous occupe.

Nous avons mentionné plus d'une fois les divers ornements qui recouvrent le métal. Quelques-uns, en creux ou en bosse, ont été produits immédiatement par le moule. D'autres, de beaucoup les plus nombreux, consistent en lignes gravées. Après avoir sorti la pièce du moule, on la réparait soigneusement ; puis, à l'aide du poinçon on du burin, on achevait le travail à la main, à moins toutefois qu'on n'ait eu quelque procédé mécanique pour ce dernier travail, supposition qui prend quelque vraisemblance quand on remarque la rondeur parfaite des disques, la régularité des spirales et la reproduction identique des mêmes ornements.

Un petit nombre d'objets porte des traces AHncrusiation. La pièce de l'art le plus primitif dans ce genre est une petite pierre quartzeuse, conservée dans le musée de Copenhague, sur laquelle sont incrustées, sans symétrie et sans art, d'étroites lamelles de cuivre. L'incrustation de feuilles en or orne parfois des pommeaux d'épées, des têtes d'épingles et quelques autres objets. Sur quelques vases du culte les ornements ciselés en creux ont été remplis d'une espèce d'émail ou d'une matière étrangère à celle du vase. Quant à la poterie noire incrustée en blanc elle n'apparaît guères qu'à l'âge de transition, dans les contrées de la Saale.

Les Gaulois acquirent fort anciennement une assez grande habileté dans l'art de travailler les métaux. Pline leur attribue l'invention de Vétamage du cuivre avec du

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plomb blaoc fondu, étamage qu'il était difiScile de distinguer de l'argent même. Ils portèrent la perfection de cet art jusqu'à vernisser avec de l'argent les harnais des chevaux et l'attelage des chars '. Philostrate dit aussi que les barbares qui habitaient l'Océan enduisaient fort délicatement d'or, d'argent et d'autres couleurs, le cuivre sortant rouge du feu, en sorte que tout ne faisait qu'un seul corps solide et un mélange d'émaux excellents V

Une question dont on s'est beaucoup préoccupé, est celle de la trempe ou de l'alliage par lequel les anciens bont parvenus à donner au cuivre, métal naturellement, doux, la dureté et l'élasticité de l'acier. Les recherches les plus approfondies sur ce sujet ont été dirigées par le comte de Caylus, à qui nous empruntons les détails suivants ^ Philon, en parlant d'une machine qui servait à lancer les traits, formée de deux lames courbes qui avaient du ressort, dit que ces lames étaient faites d'un cuivre rouge, purifié et recuit plusieurs fois. On mêle, ajoute-t-il, à une mine pesant de cuivre, trois drachmes d'étain bien purifié ; et après avoir fondu le tout ensemble, on en forme des lames, on leur donne une courbe légère, et lors-

* Album incoqiiitur œreis operibus Galliarum invento, iia ut vix discerni possit ab argento, eaque incoctilia vocant. Deinde et argentum incoquere simili modo cœpere, equorum maximi ornamentis, jumentorum jugis ia Alexia oppido... » Alise en Auxois. — D'après le comte de Caylus, les ustensiles de bronse des anciens n'ont pas conservé la moindre trace d'étamage. U ne connaît que les objets tirés d'Herculanum qui sont recouverts d'argent mais non point d'étain. Il cite cependant ce passage de Pline XXXIV, 12, où il est dit, que l'étain appliqué sur les vases de cuivre donne un goût plus agréable et empêche le vert de gris « Stanum iUitum œneis vasis, saporem gratiorem facit et corupescit œruginis virus. >

' Martin, Religion des Gaulois, tom. II, liv. IV, pag. 6.

' HecueU d'onltç., tom. I, pag. 239.

qa'elles sont bien froides, on les bat peDdant longtemps. — Différentes expériences faites d'après ces données produisirent un alliage qui n'avait ni le grain ni la dureté des armes des anciens. — Dans un autre essai, on parvint à allier par la fonte une faible quantité de fer avec le cuivre rouge, puis, jetés en moule, on obtint une épée, qu'il n'y eut plus qu'à réparer et afBler sur la meule. Par ce procédé on obtint la dureté et le tranchant du bronze antique, mais moins d'élasticité et un peu plus de cassant. Du reste, les anciens ont pu arriver à ce résultat d'une manière fortuite, vu qu'il existe beaucoup de mines de cuivre fer rugineuses, dont le métal, en s'évitant la peine de le raffiner, possédait la dureté voulue. L'analyse montre en effet, dans quelques-uns, la présence d'un peu de fer avec le cuivre; ainsi, nous avons probablement là l'un des moyens employés, car ils purent varier beaucoup. La voie de la trempe, essayée par un simple fondeur, sur la demande du comte de Caylus, a réussi d'une manière tout à fait satisfaisante. Ses ouvrages n'étaient que de cuivre jaune pur, et consistaient en lames d'épées, en coins, en couteaux et même en rasoirs. Après les avoir fondus, travaillés et terminés, il les mit au feu et les trempa tout simplement dans une eau de boue, mêlée de suie, de sel et d'ail. Il obtint de cette manière un bronze qui avait toutes les propriétés que la trempe donne à l'acier. Après ce résultat, acquis par un homme sans étude, on s'étonnera moins que les anciens aient pu se passer, pour y arriver, des secours offerts par la science.

Vanalyse chimique des anciens bronzes montre que les alliages étaient assez divers et que plusieurs ne sont pas le produit de l'art, mais bien celui des mines. On ne se

doDoait pas toujours la peine d'affiner suffisamment le enivre, en sorte qu'il conserve parfois des traces de plomb, de zinc, de fer, de bismuth et d'arsenic. Cependant le caivre pur se trouve souvent allié à un ou deux autres métaux dont les proportions sont évidemment artificielles. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher les résultats de l'analyse d'anciens bronzes de différents pays. Quelques monnaies chinoises présentaient 10 à 20 parties d'étain et 80 ou 90 de cuivre. Des bronzes de VInde, de YEgypte, et du midi de la Rwsie offraient des proportions analogues, et quelquefois 3 parcelles de fer sur 100 de cuivre. Les bronzes grecs ne renferment jamais le zinc, mais toujours l'étain dans des proportions très différentes, accompagné parfois de traces de plomb plus ou moins fortes. il en est de même pour les anciens bronzes de Vltalie; mais plus tard, sur 400 parties d'alliage, on en trouve 15 à iO de zinc, 1 à 10 de plomb et 1 à 3 d'étain. Les analyses en France et en Angleterre donnent 12 parties de plomb ou d'étain et 88 de cuivre. Parfois l'étain varie de 4 à 15. Pline dit que les Gaulois mêlaient Vs d'étain avec le cuivre, or les 13 parties indiquées forment le '/s de 96; il ne reste donc qu'une fraction qui a pu être négligée par Pline. En Allemagne, les bronzes romains présentent presque toujours l'alliage du zinc, tandis que ceux qui ont été découverts dans les tumuli de la 2o>e période se distinguent par l'absence de ce métal. Ils contiennent ordinairement 10 à 20 parties d'étain et aussi des traces de plomb et d'argent. Cette observation convient également aux bronzes des bords de la Baltique et à ceux des tombeaux Tschudes, vers V Altaï, avee cette différence que les parties d'étain varient de 6 à 9 sur 100. — Le D>' Kruse»

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professeur à Dorpatb, a fait analyser plusieurs broDzes de la Livoaie et de la Courlande qui donnent en moyenne sur 100 parties d'alliages 79 de cuivre, 16 de zinc, 3 d'é* tain et 2 de plomb. Mais nous devons nous hâter dajouter que ces bronzes sont d'une époque postérieure à celle qui nous occupe, en sorte qu'ils ne peuvent entrer en ligne de compte dans les conclusions à tirer de ces faits. Les noms de d'Ârset, Clarke, Klaproth, Rose et Berzelius nous garantissent l'exactitude de ces analyses. Nous voyons par là que l'emploi du zinc est propre aux Romains, mais non dès les premiers temps, tandis que l'étain est universellement répandu. Les mines de ce dernier métal sont cependant beaucoup plus rares que celles de zinc, qui se trouvent dans beaucoup de pays. Si le zinc est resté longtemps sans être employé, il faut en chercher l'explication dans les difficultés que sa fusion présente. Il fallut sans doute bien des essais avant d'arriver à savoir le fondre dans des vases bien clos. Autrement, il s'oxide rapidement au contact de l'air, se volatilise et se répand en flocons. L'alliage du cuivre avec le zinc étant ainsi le résultat d'un art plus avancé que Talliage avec l'étain, il n'est pas étonnant qu'il n'appartienne d'abord qu'aux Romains. Mais le travail du zinc, une fois connu, se répand de proche en proche et devient général dès la chute de Rome.

Modes divers de sépultures.

Après nous être rendu compte de la nature des objets propres à la seconde période, ainsi que des procédés métallurgiques employés à leur fabrication, nous devons rechercher à quel mode de sépulture ils appartiennent.

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Les tombeaax de Tâge du bronze soDt encore essentiellement les tamuli. Bien que leur grandeur varie beaucoup ils sont cependant, en général, moins élevés que ceux de la première période. Les piliers en pierres dressés à lear base, sur leur flanc ou sur le sommet, loin d'être la régie générale, sont tout à fait exceptionnels et apparaissent comme la survivance d'anciens usages. La construction intérieure présente de grandes variétés. Dans les contrées habitées dès les premiers temps, on retrouve quelquefois les salles spacieuses avec les restes d'an squelette assis, mais non dans l'attitude de l'embryon ' ; ou bien ce sont des urnes d'argile renfermant la cendre des morts. La position reployée des squelettes ne tarde pas à disparaître généralement. Les morts soDt couchés sur le dos, les bras étendus le long des côtés. Od en a trouvé plusieurs réunis sous la même colline, et dont la position sur le sol répondait à celle des rayons d'un cercle ou d'une roue. Rarement ils sont étages dans le tnmulus. Quelquefois, au-dessus d'un sarcophage en pierre contenant un squelette , est une petite cavité destinée à recevoir une urne cinéraire. Cependant rinhnmation nest pas généralement répandue. L'usage de brûler les morts l'emporte de beaucoup dans la plupart des pays. Les cendres humaines, renfermées dans une urne d'argile, sont parfois déposées sur les tumnli de l'âgé primitif au-dessus des salles sépulcrales. Placées sur le sol, on se borne souvent à les recouvrir d'une colline de terres rapportées. Parfois l'urne repose sur un pavé, d'autres fois on l'entoure d'un cercle de pierres, ou bien elle est renfermée dans une petite caisse ou

* En excepter Verchies près d'Aigle qui présente la survivance de cet usage.

llOi MONUMENTS DB L* ANTIQUITÉ.

niche construite avec des plaques. Ces. niches sont aussi recouvertes de cailloux roulés, amoncelés en grand nombre et au dessus desquels on a répandu une couche de terre plus ou moins épaisse, en sorte que ces tombeaux peuvent être appelés des demi-caims. Il en est d'autres, appartenant à cette époque, qui sont aussi de véritables cairns ^ Ces tumuli divers ont été' élevés pour un ou plusieurs morts. A côté des urnes, on trouve aussi des vases nombreux, quelquefois des squelettes humains et des ossements d'animaux, ainsi les deux modes de sépulture réunis ; celui de l'inhumation et celui du bûcher. Dans quelques cas, le squelette inhumé est entouré d'armes et d'ornements qui témoignent de la considération dont jouissait le défunt, tandis que l'urne cinéraire ne contient autre chose que des cendres. D'autres fois, les débris de la parure sont mêlés aux cendres de l'urne, qui contient aussi les tronçons des armes, à moins que l'épée et la lance, laissés intacts, ne reposent auprès ; à côté de ces restes honorés, sera étendu un squelette sans aucun ornement*. Ces quelques mots suflQsent pour montrer que les usages n'offrent plus l'unité des premiers temps. En donnant une statistique rapide de ces tombeaux, nous en retrouverons plus d'une fois les divers modes réunis dans la même localité '.

* Les tombeaux (kimmériens d'après Dubois de MontpAreux), construits de dalles comme des cellules extérieures au sol, doivent-ils rentrer dans cette époque ?

* M. Perd. Kelier a aussi retrouvé l'ustion et l'inhumation dans la même colline, également riches et ornés d'objets identiques.

* fl faut ajouter qu'à cette époque le cimetière proprement dit est déjà usité ; il se retrouve dans le canton de Vaud , dans plusieurs contrées de Franee et d'Angleterre, avec tumuli ou même absence de tumuli. Dans les

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Les tumnli que nous venons de décrire sont répandus daDS un grand nombre de pays de VAsie. L'usage de rorne cinéraire se retrouve dans d'anciens tombeaux du Bengale et des Indes. Dans les contrées du nord de l'Asie où nous avons rencontré les tumuli de l'âge primitif, sont aossi de nombreuses collines qui recouvrent des niches OQ caisses de pierres, dans lesquelles sont déposés l'urne cinéraire et des objets de bronze coulés, comme couteaux, épées, marteaux, vases, bracelets, statuettes, miroirs métalliques et ornements de harnais. On y retrouve également les cairns dont les pierres recouvrent parfois des pointes de lance en bronze. Comme en Europe, ces tamoli varient beaucoup entr'eux par leurs dimensions et lear contenu. Nombreux aussi dans VAsie mineure, ils se reproduisent dans la Grèce.

Homère nous apprend qu'au temps de la guerre de Troie, les Grecs avaient l'habitude de brûler leurs morts *. Il existe encore en Grèce des tumuli qui contiennent une urne protégée par une niche de pierres. — Plutarque prétend qu'on avait retrouvé la tombe de Thésée, et qu'elle renfermait la lance et l'épée du héros.

cimetières de cet âge on trouve aussi ustion et inhumation sans différence d'ornements, ainsi à Qallstadt près Salzbourg. L'absence de vases est commune à plusieurs contrées.

' Oây$Ue XI, 69 et suiv. L'ombre d'Elpénor dit à Ulysse: « .... Ne partes point, je vous prie, sans m'avoir rendu les derniers devoirs, de peur que je n'attire sur votre tète la colère des dieux. Brûles mon corps sur un bûcher avee toutes mes armes, et éleves-moi un tombeau sur le bord de la mer, afin que ceux qui passeront sur cette rive apprennent mon malheureux sort. IToublies pas de mettre sur mon tombeau ma rame, pour marquer ma profession et le service que je vous ai rendu pendant ma vie.... > Plus loin, l'ombre de la mère d'Ulysse dit à son fils : « Tout ce qui ne compose que le corps matériel est la pâture des vers dès que l'esprit l'a quitté, et l'âme, corps délié et subtil, s'envole de son côté comme un songe. >

Wk MONUMENTS DB L*ANTIQUITÈ.

Ed Italie y eu Sar daigne et en Espagtie, il est des tumali pareils à ceux de la Grèce, avec urnes cinéraires et instruments en bronze, mais nous manquons de descriptions assez détaillées pour donnera ces anciennes sépultures la place qu'elles réclameraient dans ce travail. Grâces à Carnevali, nous connaissons mieux les tombeaux d^Albano, provenant d'une population qui avait l'habitude de brûler ses morts et d'en déposer les cendres dans la terre sans élever, à ce qu'il parait, de collines au-dessus. Nous ne reviendrons pas sur tous les détails de cette découverte ; toutefois, nous rappellerons qu'un vase de grande dimen sion contenait, urnes, cendres et ossements calcinés, vases de la vie domestique, armes en miniature, fibules, épingles, anneaux, petites roues en bronze, ambre, petite idole en argile du travail le plus primitif, et un objet de même matière représentant l'oreille de sycomore des Egyptiens. — La même population parait avoir occupé la Campanie dont les couches volcaniques recouvrent aussi de ces urnes qui, d'après Raoul Rochette, représentent les demeures des Aborigènes. Ce que nous avons dit des tombeaux étrusques et de ceux de la Grande Grèce montre que l'usage du bûcher ne passa pas chez ces peuples, qui continuent à déposer leurs morts dans des salles, à l'ornementation desquelles ils emploient toutes les ressources de l'art qui leur était propre. — Le bûcher et l'inhumation furent employés simultanément par les Romains. Pline dit que les premiers Romains ne brûlaient pas les cadavres, mais qu'ils les enterraient S cependant

* vu, Si. rpsum cremare apud Romaiios non fuit veteris institut! : terra condebantur.

il écrit ailleurs * que le roi Numa défendit d'arroser les bûchers avec du vin. et leroâme Numa, dans son testament, défendit de brûler son corps % ce qui indique que c'était alors Tusage le plus répandu. Les deux usages se conservèrent. Une loi des 13 tables défendait de brûler OQ d'enterrer dans les villes. Quelques familles, d'après Cicéron% entr'autres la famille Cornélia, inhumèrent toujours leurs morts *. Pline * assure qu'on ne brûlait les <orps humains qu'après qu'ils avaient acquis des dents. De là vient que Juvénal désigne un enfant par ces mots : trop jeune pour être brûlé*. En résumé l'inhumation fut cependant l'exception chez les Romains, jusqu'à Tintroduction du christianisme \

En France, sont un certain nombre de collines artificielles qu'on appelle improprement tombelles, vu qu'elles ne renferment aucune trace de sépulture. Elles sont la reproduction de ces collines répandues dans les plaines île la Russie, qui, sans être des tombeaux, en ont cependant toute l'apparence à l'extérieur. On sait que dans la guerre les Russes allumaient souvent de grands feux à

* XIII, li. Rogum vino asperf^i.

' PluUrque. Vie de Numa.

> DeLeyei II. 2i Pline; III, 2.

* Jusqu'au dictateur Sylla (li. Cornélius), qui ordonna en moucant de brûler le sien, de peur qu'on ne le déterrftt pour le jeter dans le Tibre, ainsi qu'il avait fait pour les restes de Marius.

* VII, 16. Non huminem prius quam genito dente cremari.

* Sat. XV. Minor igné rogi.

* Cette inhumaiion. propre à certaines familles, ces modes parallèles, paraissent provenir de la manière dont la ville fut peuplée. Ramassis de f:unille» diverses et de peuplades diflërentes, chacun conserva sans doute la liberté de suivre ses usages de sépulture. Ce souvenir s'eflaça plus ou moins «t. suivant les circonstances, on passait de Tun à l'autre mode.

-OG MONUMENTS DE i/aNTIQUITÉ.

leur sommet, en sorte qu'elles paraissent avoir servi de signaux. Les tumuli proprement dits se retrouvent dans tous les départements de la France. Les plus anciens de la seconde période sont la continuation du premier mode de sépulture. Un grand cairn, ouvert en 1833 près de Villeplaine (département de TAveyron), renfermait une salle construite de grandes plaques, dans laquelle reposaient deux squelettes, dont l'un portait 1S anneaux et était entouré de plusieurs autres. Les tumuli de cette période sont moins grands que ceux de l'âge précédent, et montrent que l'usage du bûcher devint général. L'urne cinéraire n'est plus déposée dans des salles, mais simplement entourée de terre ou de pierres plus ou moins nombreuses. César* nous apprend que, de son temps, les Gaulois avaient l'habitude de brûler leurs morts.

Ces tumuli ne sont pas moins nombreux dans la Grande- Bretagne. La cendre des morts fut d'abord déposée dans un petit creux au milieu de l'aire du tumulus, puis dans un vase de poterie grossière; l'ouverture de l'urne est souvent tournée en dessous. Quelquefois le même tumulus recouvre l'urne et le squelette, réunissant ainsi les deux modes de sépulture.

En Suisse, le canton de Vaud est un de ceux où les tu muli ont été le moins observés, vu le peu de soins apportés à l'ouverture de ceux que le défrichement du sol a fait disparaître. Il reste cependant encore un certain nombre de ces collines coniques, mais plusieurs pouvant être des moraines, il est nécessaire de se convaincre, par une tranchée, si la superposition des couches est naturelle,

« Lib. VI.

OU si la terre a été rapportée par la maîn de rbomme. — Sar an plateaa élevé, prés de Sermuz, sont deux monticules séparés par un étroit passage. L'un a la forme d'un mamelon ; l'autre» allongé, se termine par une terrasse en avenue, à laquelle on arrive par les versants rapides de la colline. On les nomme f les buttes de Sermuz. » M. le Dr Briére a entrepris la fouille du mamelon. Les recherches n'ayant rien produit, il parait qu'il rentre dans la classe des tombelles que nous avons mentionnées. Cependant on ne peut douter que plusieurs de ces collines ne soient de véritables tumuli. Un monticule, voisin de Chavannes-^sur-le'Vep'on, arrondi et haut de 15 pieds» détruit il y a quelques années, contenait des cendres, des charbons et des ossements \ Plusieurs ont été rasés au nord et à l'occident du village de Granges. Ils recouvraient de nombreux ossements. Dans l'un était une grande boucle en bronze ; un autre renfermait un squelette recouvert d'une couche de charbons, sur laquelle reposait une matière blanchâtre, puis venait un lit de cailloux et enfin la terre végétale. — Au-dessus de Granges, Villarzel occupe une des sommités du Jorat. Cette commune, plus étendue dans le moyen ftge que de nos jours, possède encore les mines d'un château des évoques de Lausanne. Il en reste dans un lieu retiré, une grande tour, des terrasses, de vieux murs et une chapelle ; alentour sont des fossés à demi-comblés; mais au delà, d'autres bien plus considérables sont creusés par la nature. C'est là, sur le bord dn rocher qui domine le val étroit et profond, qu'a été

* Ce monticule, dont il reste encore une bonne partie, appartient, d'après les fouilles que j'y ai faîtes (1849) aux collines de sacrifice.

déposée une colline élevée ; parfaitement arrondie de la base au sommet, elle se termine par une terrasse qui lui donne l'aspect d'un côno tronqué ; mal située pour servir de signal, nous partageons l'opinion populaire qui en fait un tombeau. Du côté de Mont-la-Ville, à 5 ou 600 pas du passage de Petrafelix, on voit dans un petit vallon plusieurs monticules de dimensions différentes, dans lesquels on assure avoir trouvé des armes. La tradition, habile à enrichir les faits les plus saillants de l'histoire, les attribue à des soldats romains qui auraient campé dans ce lieu, bien que le tumulus n'ait pas été en*usage chez les Romains ; d'autre part elle raconte que les tertres de Genollier et du Bois-du-Chêne sont des tombeaux élevés après une grande bataille, livrée, dans des temps très reculés, entre les Helvétiens et une nation qui voulait envahir le pays. On voit de ces mamelons ou collines coniques près de Gingins, Moni-le-Grand, Latngny^ Chigny, Crissier, Gollion, Suchy, entre Grandson et le Jura sur les bords de l'Amon, vers La Lance, Valeyres-sotis-Ursins^ Cambre^ moni'le-Grand, Maracon et les Planches^.

Le Mont Riond, au midi de Lausanne, est remarquable par la régularité de ses contours et ses formes arrondies; mais si l'on a égard à sa grandeur et au travail qu'aurait eiigé le transport de toutes ces terres, il parait peu probable qu'il ait été élevé par la main de l'homme. Les plus grands tumuli du nord sont fort au-dessous de ses dimensions; cependant il sérail possible que la partie supérieure du Mont-Riond eût été utilisée pour des sépultures,

* A mesure que j'examine, les unes après les autres, ces collines du canton de Vaud, je m'aperçois qu'on a souvent pris des moraines pour des tumuli.

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d'après l'usage adopté de les déposer sur des lieux éle- ?és. Dans les pays du nord, la tradition raconte que plus d'une élévation de ce genre est l'œuvre des géants. On montre en Scanie un lac creusé par un géant, qui, ayant des parents en Danemark, prenait là de la terre, afin de créer dans le détroit un ilôt où poser le pied. A cet effet, il remplit un sac qui se creva jusqu'à trois fois. La terre répandue sur le sol forma les collines qu'on voit encore à quelque distance du lac. D'après la tradition, le Mont- Riond doit avoir eu une origine pareille. Gargantua, FHercule populaire, occupé à transporter des terres dans une botte, s'achoppa à la tour de Gourze, fit quelques pas et tomba tout étendu sur les bords du Léman, en répandant par-dessus sa tête la terre de sa hotte. La formation du Montet près de Bex a la même origine, Gargantua s'était cette fois achoppé à la tour de Saint-Tri phon.

Les tombeaux de la seconde période, les plus riches dans le canton de Yaud, diffèrent sensiblement, non par leur contenu, mais par leur construction, des monuments correspondants observés dans les autres pays. Non-seulement les corps n'ont pas été brûlés, mais ils n'ont pas même été recouverts de collines. On les a déposés dans des cercueils en dalles brutes, à une certaine profondeur dans le sol, à peu près comme dans les cimetières modernes, et sans signe apparent à l'extérieur. Je ne pense pas que ce genre de tombeaux soit uniquement propre au canton, mais on l'a sans doute peu remarqué à l'étranger parce qu'il ne frappe pas les regards comme les collines tumulaires. Non loin d'Aigle, est un plateau de la montagne, adossé contre un rocher à pic, et qui élevait ses broussailles plus haut que les châtaigniers de Verchiez.

MtM. n DOCUM. XXY. 14

Défriché en 1835, on découvrit uoe centaine de tombeaux construits en dalles brutes, comme ceux de Pierra-Portay, c'est-à-dire trop courts pour avoir permis d'y étendre le mort. Avec les squelettes, se trouvaient des brassards ornés de gravures, des bracelets ronds ou en spirale et de grandes épingles en bronze. — Deux ans plus tard, des monuments pareils furent découverts à peu de distance de là, sur le versant méridional de Charpigny, attenant au mont de Saint-Triphon, mais les squelettes étaient étendus et non plus dans l'attitude embryonnaire. Plusieurs objets furent recueillis par les soins de M. le pasteur Buttin. Les bracelets se font remarquer par la variété de leurs formes. Le plus grand est un fll de cuivre, aplati et large de 4 lignes, qui donne dix fois le tour de l'avant-bras. D'autres sont des anneaux gravés, ronds ou ovales, fermés ou entr'ouverts. Deux, en argent fin, pèsent chacun 4 onces, et représentent des têtes de serpent à leurs extrémités. Outre les bracelets, on trouva trois celts, la lame d'un petit poignard en bronze, deux grandes épingles, une bague, une chaîne de six anneaux ronds réunis par 5 petits liens plats, quatre tours de tête en bronze, des tubes du même métal, diverses pièces difficiles à déterminer, et les fragments d'un petit vase en terre brune. — Les tombeaux de Trey, près Payerne, renfermaient des bracelets et un collier en bronze. — Dans beaucoup d'autres localités du canton, on a découvert des antiquités du même genre, mais on ne sait pas toujours si elles reposaient en terre libre ou dans des tombeaux.

Sur plusieurs points du canton de Bemey M. de Bodstetten a ouvert des tumuli, dont plusieurs paraissent

appartenir à cette période. Le tombeaa de Horgen, dont nous avons parlé, était, comme ceux de la vallée du Rhône, déposé dans le sol, sans colline au-dessus. Les tomuli du canton de Zurich, riches en objets divers, le sont aussi en poterie. On retrouve les mêmes monuments dans les environs de Constance. La Haute-Engadlne, dans les Grisons, possède plusieurs tumuli, qui, manque de recherches, ne peuvent encore être déterminés. Quant aux vallées élevées des Alpes, on y chercherait en vain des monuments de cette époque.

Les sépultures n'offrent pas moins de diversité en Ailemagne que dans les autres pays. Le mode primitif d'inhumation ne tarde pas à disparaître. Les instruments en bronze ne se retrouvent que rarement dans les salles sépulcrales des tumuli, et encore ceux-ci n'existent-ils qae dans les contrées habitées durant la 1^^ période; aussi doit-on les envisager comme appartenant à l'âge de transition. Non loin de Farrenstàdt, à quelque distance deQuarfortS on a ouvert les caveaux de quelques collines qui renfermaient des poteries et des traces de bronze!. L'un de ces caveaux avait 16 Vi pieds de long, sur 7Vi de large et 37i de haut. Les dalles des parois entraient dans des rainures pratiquées sur les couvertes qui forment le plafond '. Au-dessus de celui-ci, étaient entassés des blocs de grandeurs diverses, recouverts à leur tour d'une couche de terre. Au milieu du caveau.

* A Niederweeden. Voir Deuts. Alt. von Kru$e, tom. I, cah. 6, pi. I.

' C'étaient les fragments de bracelets en spirales formés d*un petit fil de bronze.

' Rapprocher ce fait de celui de la salle de Regny décrite par M. Blavignac.

94 i MONCMKNTS DE l'aNTIQUITÉ.

reposaient les restes d'ao squelette, aatoar daqael se troavaieat ooe trentaine de vases, dont plusieurs étaient munis de couyercles. On y recueillit deux pincettes en bronze et de petits anneaux du môme métal de 2 à 3 lignes de diamètre ^

En 1841, on trouva dans la Rodehûgd*^ à un quart de lieue é'Ober-Farretistâdi^ un tombeau construit en dalles, mesurant 14 pieds de long, A de haut et 5 pieds S pouces de large. A Tintérieur, il était divisé en deux compartiments inégaux par une dalle sur laquelle on avait pratiqué une ouverture d'environ 2 pieds de diamètre. Dans le plus grand compartiment étaient les restes très décomposés d*un squelette, sans traces de charbons ou de cendres, une pointe de lance et un poignard en bronze dont la lame, large de 2 pouces, avait été fixée à la poignée par 5 clous rivés. L'autre compartiment ne renfermait que les fragments ornés de rayures d'une urne en belle terre noire, munie de 4 anses* D'un cùté se trouvaient donc l'inhumation et les armes; de l'autre, les cendres sans aucun ornement; peut-être, le chef et son serviteur. L'ouverture pratiquée sur la dalle de séparation parait indiquer qu'on croyait à la communication des mânes'. — Il existe encore entre )lVks:.vii/V/.< et Saumbourg, dans la contrée de la Saale, 70 tumuli, dont quelques-uns ont été fouillés. Ils recouvraient des salles, dans lesquelles les sque-

* C«s dii^r» ob^els $Mit «)«ssîiM« (iuks Xmse.

* M««e Mùtk. 9^ //j>. li>m, VU CAk. i« l^iU, pa^. tSl-lSl.

* ▲ DM!$àitt» ealr» Rilh» ei L«î|>4iolu vhi trvHiri, sous une loûte fronière iàk%t 4e ina^m |^i«fra8s hâc^ «I ouurtiBifts île tr^wae arec qndqves objets en er. Keientaùi« pf . 19.

lettes avaient Tattitade de l'embryoD, auprès d'eux étaient des?ases, des anneaux, des haches, des pointes de'traits eD bronze et des dents d'animaux ' .

En pénétrant davantage dans l'intérieur des terres, les anciennes populations ne construisirent plus ces salles spacieuses. Les morts inhumés, et plus souvent brûlés, sont disposés sur le sol ou sur un pavé, entourés de quelques pierres et recouverts d'une colline, qui n'a souvent que quelques pieds de haut. A moins d'avoir parcouru les contrées où se trouvent ces tumuli, on se fait diflBcilement une idée de leur nombre. Quelques-uns ont été fouillés, mais le plus grand nombre est encore intact, en sorte qu'il n'est pas toujours facile d'apporter dans leur classification toute la précision désirable. Plusieurs sont d'une époque un peu postérieure à celle qui nous occupe, mais à en juger par les fouilles, beaucoup aussi appartiennent à la seconde période. À l'occident de l'Allemagne, on les trouve répandus sur les bords du Neckar * et du Main, Dans la vallée de Regnitz on en a compté plus de 2000. Ceux qui ont été ouverts montrent que le bûcher a été pins fréquemment employé que l'inhumation. Mêmes tumuli sur les bords du Rhin, dans les provinces rhénanes, en Belgique et en Hollande, Ils se retrouvent pareillement en Wurtemberg, en Bavière et dans le centre de l'Allemagne. Séparés parfois par le mur romain, ils ne diffèrent ni de construction, ni de contenu. En Bohême et en Moravie, les tumuli qui renfermentjes instruments en bronze sont généralement peu élevés et recouvrent ordinairement

* Keferatein, paie. 83.

' Ils sont très nombreux dans la vallée du Neckar, entre Frankfort et yfunbourg, etc.

21 & MONUMENTS DE l'aNTIQUITB.

des uroes cinéraires ^ — Nombreux dans la basse Silésie, ils se répandent dans les plaines ou les vallées de la Saxe, parfois sous la forme de cairns'. Tout le nord de l'Aile* magne possède la même diversité de constructions sépulcrales propres à l'âge du bronze ' Dans le Hanovre, elles varient beaucoup de grandeur et sont souvent entourées de cercles de pierres *. On en compte plus d'un millier dans le bailliage de Winsen, juridiction de Lûnebourg, dont le sommet porte quelquefois une grande pierre ou un autel '. — Particulièrement riches sont les duchés de Mecklembourg . A Ruchow était une colline de 20 pieds de haut et de 200 pieds de circonférence à sa base, sans aucun ornement extérieur. Elle portait le nom de Kônigs* berg (colline du roi). On y découvrit d'abord une espèce de caveau voûté, ayant 14 pieds de long. Dans la direction de l'est à l'ouest, reposait sur pavé, un chêne long de 12 pieds et large de 6, creusé en forme de bassin, dans lequel était étendu, les bras sur les côtés, un squelette humain assez bien conservé, mesurant 7 pieds de long. Il avait à sa gauche les fragments d'une épée de bronze déjà brisée quand on la plaça dans le cercueil * ; et à sa droite une espèce de poignée carrée, plus un petit couteau ^ en bronze. Chaque main portait une bague d'un

* Aussi des squelettes inhumés sous des voûtes peu élevées.

' Ainsi près de Zunekau, au sud de Leipsick, avec armes et objets de bronze et urnes.

' Oldenbourg et Lippe. Nombreux tumuli avec urnes*.

* Beaucoup d'urnes.

" Avec caisses de pierre. — Brunswick, squelettes et urnes. Hetse-Cauelt plutôt urnes que squelettes. — Desiau, 40 tumuli nommés collines des nains.

* Y compris la poignée de 8 pouces de long, elle mesure % pieds 4 ponces ' On dit rasoir. (?)

AGE DU BRONZB. 318

double fil en or. Une fibule formée de deux disques eu spirale reposait sur la poitrine. Enfin, aux pieds du squelette se trouvaient deux vases d'une argile fine. — A côté de ce caveau, on en découvrit un second de 10 pieds de diamètre, pavé, mais sans cercueil. Il n'y avait plus traces de squelette, mais sur un petit espace se trouvaient réunis : deux bagnes d'un double fil en or reployé en spirale cylindrique, deux colliers en torsade, deux paires de bracelets massifs, deux épingles, un couteau arqué, une urne et une espèce de boite ronde en bronze, munie d'une anse. — A l'orient, un troisième arrangement de pierres recouvrait quatre urnes brisées, des os d'enfant à moitié brûlés, une petite bague de fil de bronze et des fragments de collier. A gauche de cette plaque se trouvait encore» entre des pierres, une urne qui contenait une bague en or, un double bouton de bronze et quelques autres objets. On a vu là le tombeau d'une famille princière , et le IK Lisch attribue à ces inhumations successives la forme allongée de la colline ^ — Un tombeau d'un genre assez pareil, mais sans cercueil de chêne, a été reconstruit dans le musée de Scbwerin. Il réunit pareillement les bagues en or et les armes de bronze, l'inhumation et les traces da bûcher. Je dois cependant ajouter que ces constructions sont exceptionnelles, bien qu'elles se rattachent aux modes les plus usités.

Dans les contrées de la Saale, l'urne cinéraire a été quelquefois déposée au-dessus des caveaux des tombeaux primitifs, plus souvent sur le sol ou dans un cairn recouvert d'une petite colline; d'autrefois le mort a été in-

* Voir Ruchow, dans le dictionnaire de Wagener.

humé. Ces tumuli ne sont pas moins nombreux que ceux du premier âge. L'un vers Schkopau, près de Mersebourg» entouré d'un cercle de pierres, contenait des fibules, des épingles, des urnes en bronze et une centaine de celts ^ Dans d'autres, c'étaient des urnes, des épées de bronze ' et des ornements de harnais '. Parfois en Allemagne, ainsi près de HaUberstadty on a trouvé des urnes qui renfermaient les os non brûlés de petits enfants ; peut-être ce fait doit-il être rapproché de l'usage des Romains qui ne livraient pas aux flammes les corps des enfants avant qu'ils n'eussent mis les dents. — Entre Wittenberg et Torgau, * on voit des groupes de 50, 300 et même 400 tumuli. Répandus sur les rives de VOder, on les retrouve çà et là parsemés jusqu'à Kœnigsberg. Si plusieurs diffèrent de la description de Tacite, il en est cependant un grand nombre qui répondent aux paroles de l'historien, quand il dit que < chez les Germains les funérailles étaient simples, et que toute la distinction accordée aux personnages illustres était d'être brûlés avec certain bois. On ne jetait sur le bûcher, ajoute-t-il, ni habits, ni parfums, mais les armes du mort et quelquefois son cheval ; puis on élevait une colline sur les cendres du défunt, c Sepulcrum cespes erigitr^ (le tombeau est de simple gazon) *.

On a retrouvé quelquefois en Danemark, sous les pierres dites de sacrifices, une niche en dalles renfermant l'urne cinéraire. D'autres fois, plusieurs caisses carrées sont recouvertes par la même colline. Le plus souvent il n'y en a qu'une sur laquelle on a arrangé des pierres en forme

* Keferstein, pag. 22.

* Lôbejûn près Halle, Keferst. pag. 18. ' Weinberg près Halle, Kefent., pag. 7. ' Germania, cap. XXVIi.

AGE DU BRONZB. 217

de voûte, d'autres pierres oot été rejetées sans ordre pardessus, et enfln la terre du sol. Dans Turne sont déposés les petits objets, tels que les ornements et les fragments des armes, si elles ont été brisées ; sinon, on les plaçait à côté de l'urne, ou bien au-dessus de la caisse. Dans quelques tumuli sont des cercueils en pierre assez grands pour y étendre un mort, et destinés cependant à recevoir les cendres du bûcher. L'urne est parfois aussi déposée sur le sommet ou sur les flancs des tumuli primitifs.

Les mêmes faits se reproduisent en Suède, où l'on retrouve aussi sous la même colline un cercueil avec squelette, entouré d'urnes cinéraires. Il est à remarquer que, dans ce pays, les monuments de l'âge de bronze ne s'étendent guère plus au nord que ceux de la période précédente.

Pendant que l'intérieur de l'Europe recevait de nombreux habitants, la Norwége n'était encore parcourue que par un petit nombre d'aventuriers. Jusques à présent on n'y a retrouvé que quatre tumuli de la seconde période, près de Stavanger, au midi de Bergen. Les morts n'auraient pas été brûlés, mais placés avec leurs armes dans des cercueils en pierre, entourés de la terre du tumulus. Quelques pointes de lance en bronze ont été découvertes à Walders, au centre de la Norwége et dans le district de Drontheim, sans trace de tombeaux. La rareté de ces pièces indique assez nettement que ce pays ne fut que parcouru, mais non point habité à cette époque ; en revanche, les tumuli de l'âge suivant y sont déposés en grand nombre. Les fouilles qui y ont été dirigées avec intelligence, les collections parfaitement classées qu'on y a formées, permettent de tirer des conclusions que nous ne hasarderions point sur un pays inexploré.

DaDS les pro?iaces russes da bord de la Baltiqae et du golfe de Finlande, sont de nombreux tumali renfermant des corps inhumés ou des urnes cinéraires, mais beaucoup remontent seulement aux derniers âges du paganisme dans ces pays. Du nord au midi de ce vaste empire on rencontre un nombre infini de ces collines coniques ou demi'Spbériques élevées par la main del'bomme. Toutes n'ont cependant pas été des tombeaux. Du Bois de Montpéreux a montré, dans un travail fort intéressant', que plusieurs ont servi de limites territoriales; d'autres, qu'il appelle tumuli télégraphes, étaient de véritables signaux sur lesquels on allumait des feux pour annoncer l'approche ou la retraite de l'ennemi. Sur les iumuM pyrées, consacrés au culte, on entretenait le feu sacré. Des tumuli trophées ont été élevés en mémoire d'un événement dont on voulait perpétuer le souvenir dans la postérité, souvenir la plupart du temps effacé ou confus. Le manque de fouilles, dirigées avec ensemble dans un but scientifique, ne permet pas de tirer de ces divers monuments les renseignements que l'histoire serait en droit d*en attendre. Espérons que ^ ces travaux seront entrepris pendant qu'il en est encore temps.

De la Russie, comme nous l'avons vu, ces tumuli à urnes cinéraires passent en Orient, et ils se retrouvent dans l'Asie du nord avec toutes les variétés observées en Europe. — Il nous reste maintenant à entrer dans quelques considérations générales sur la période dont nous venons d'étudier les monuments.

* Annuaire de$ voyage» et de la géographie, i«, 3« et 4« années, 184S-1S47. Des tumulus, des forts et des remparts de la Russie occidentale.

Considérations générales sur la seconde

période.

La statistique des tomoli da second âge nous reporte de nouveau en Asie, comme au point de départ. De là ces tombeaux se répandent en Europe, non-seulement sur les bords des grandes eaux, mais aussi dans l'intérieur des terres. De nouvelles familles humaines, issues de la population primitive ou venues de l'étranger, se sont établies dans la plupart des pays. Il n'est guéres de plaines ou de vallées un peu étendues qui n'en conservent quelques vestiges. Cependant, les montagnes ou les contrées rudement accidentées restent généralement inhabitées. C'est à peine si la Norwége et le nord de la Suède sont parcourus par quelques explorateurs. D'après les rapports des auteurs anciens, les contrées habitées différaient sensiblement de ce qu'elles sont de nos jours. Le sol était recouvert de forêts plus vastes et plus nombreuses. Des marécages occupaient la plupart des lieux bas et les vapeurs qui s'en élevaient donnaient à l'atmosphère une plus grande crudité.

Les monuments de la seconde période, pris dans leur ensemble, présentent un caractère bien distinct de ceux que nous avons examinés auparavant ; non-seulement le métal a été découvert, mais le mode de sépulture est tout autre. Les grandes salles sépulcrales ne tardent pas à être abandonnées. Au lieu de collines gigantesques et des cercles de piliers élevés, c'est tout simplement un petit tertre qui recouvre les ossements ou les cendres du mort. Si,

220 MONUMENTS DB l'aNTIQUITÉ.

comme nous le pensons, l'attitude reployée des squelettes eût un sens profondément religieux, l'introduction du bûcher ou l'usage de brûler les morts doit répondre à une foi nouvelle, à une autre croyance et probablement à un autre peuple. Hérodote dit que les Perses ne brûlaient pas les corps parce qu'ils regardaient le feu comme une divinité. Les Egyptiens s'abstenaient aussi du bûcher, parce que, ne croyant pas permis de livrer le corps aux animaux, ils envisageaient le feu comme une bote inanimée. D'autre part, les philosophes indiens, tels que Calanus, du temps d'Alexandre, terminaient leur vie par le feu lorsqu'elle leur devenait à charge. Les Grecs croyaient que le feu consumait tout ce qu'il y avait d'impur dans le corps humain. Euripide dit de Clytemnestre que son corps fut purifié par le feu '. Heraclite, qui regardait le feu comme le principe universel, voulait qu'on brûlât les corps, afin qu'ils rentrassent plus vite dans leur élément primitif. Nous avons là des points de vue opposés qui nous assurent qu'à leur origine, ces deux modes répondaient à des idées différentes sur le culte et la divinité, et par conséquent à des peuples différents.

Cette conclusion doit paraître en contradiction avec l'histoire et les faits observés, mais il importe de ne pas oublier qu'il s'agit ici du point de départ, c'est-à-dire de ces modes à leur origine. — On nous opposera que quelques peuples, les Romains entr'autres, brûlèrent ou inhumèrent indifféremment leurs morts, et qu'ainsi la différence de sépulture ne conduit pas à une différence de peuple. Nous ferons observer que Rome, ainsi que beaucoup d'autres

* Orestd, 40. Trvpc inùiôiiytami Sipioc.

cités, fut d'abord un asile ouvert à tons les vagabonds, et composée d'éléments très divers auxquels on donna pour unité et pour but l'affermissement de l'état à l'intériear et son agrandissement au dehors. Quand on régla ce qui avait rapport au culte, on dut tenir compte de cette formation et laisser juxtaposés les usages qui ne pouvaient être fondus. C'est par ces circonstances que nous Dous expliquons l'emploi des deux modes de sépulture chez les Romains. Cette explication prend encore plus de poids si nous nous rappelons que Cicéron et Pline disent que quelques familles avaient l'habitude d'inhumer, tandis qu'on brûlait généralement les morts. On le voit, dans les premiers temps de Rome du moins, on ne passait pas indifféremment d'un mode à l'autre. Quelques-unes des familles qui s'abstenaient du bûcher venaient sans doute deTEtrurie; d'autres de la grande Grèce ou de peuplades primitives. Numa, Sabin d'origine, ordonna qu'on l'inhnmât. Quelques auteurs font descendre les Sabins d'une colonie lacédémonienne qui s'établit en Ralie, et les habitants de Lacédémone avaient, à l'inverse des autres Grecs, l'habitude d'enterrer leurs morts ^ L'usage du bûcher étant le plus répandu, il en résulterait que la plupart des familles de Rome descendaient d'autres peuplades, qui envisageaient sans doute aussi le feu comme un moyen de purification. Il serait curieux de rechercher si l'usage de ne pas livrer aux flammes les corps des jeunes enfants ne provient pas de l'état d'innocence accordé i cet âge, et qui aurait ainsi rendu superflue la purifi-

* L'existence de Numa est douteuse, et les Sabins n'ont pas de rapports arec Sparte.

222 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÂ.

cation par le feu. Quoiqu'il en soit, l'idée primiti?e attachée à ces différents modes se perd durant le cours des siècles, et Ton voit le dictateur Sylla, contre l'usage de sa famille (Cornelia), ordonner qu'on brûlât son corps, dans la crainte qu'on ne le déterrât pour le jeter dans le Tibre, comme il l'avait fait des restes de Marins, son redoutable adversaire. — Ce qui s*est passé à Rome, ou dans d'autres contrées, n'empêche donc point d'admettre qu*à leur origine ces modes appartenaient à des cultes et des peuples différents, et si nos observations sont fondées, on peut conclure à une juxtaposition partout où on les trouve réunis. Depuis que cette question s'est présentée à nous, nous n'avons pas eu le temps de l'étudier suffisamment pour pouvoir recueillir sur l'orient les renseignements qu'il est possible d'obtenir. Ce que nous savons, c'est que l'usage du bûcher y est fort ancien, et que l'urne cinéraire s'y retrouve dans un grand nombre de tombeaux ^ — Maintenant, avec ces données, si nous portons nos regards sur les sépultures de Tâge primitif en Europe, et que nous examinions ensuite celles de la seconde période, nous reconnaitrons qu'une grande révolution s'est opérée dans des âges antéhistoriques. Quand on s'est rendu compte du sens profond attaché aux sépultures les plus anciennes, et qu'on rencontre un autre mode emportant avec lui d'autres idées, d'autres dogmes sur la mort et la vie à venir, on ne peut comprendre le simple passage d'une foi à l'autre chez un peuple resté le môme. Nous ne tar-

* Un autre fait relatif au mode de sépulture résulte de Tusage de populations parfois voisines d'élever ou non des tumuli. Sur les bords de la mer Noire, les colonies de Dorions ne sont pas accompagnées de tumuli, mais bien celles des Ionien», des Hilésiens. par exemple.

AGB DU BRONZE. ^23

deroDs pas à voir qae l'orient répandit en effet, avec la coDDaissance des métaux, de nouveaux flots de peuples sar l'Europe. Lorsqu'une foi disparait et ne laisse plus que quelques vestiges au milieu d'une croyance nouvelle, comme les bris du vaisseau surnageant après la tempête, Dons pouvons être assurés qu'une société a été brisée par une lutte profonde. — En partant de ce point de vue et en faisant un nouvel examen des monuments tumulaires qui, par leur construction ou par leur contenu, se rapprochent le plus du moment de la lutte, on pourra môme juger des succès et des revers du peuple envahisseur. La prédominance de l'urne cinéraire nous montre qu'il fut généralement vainqueur. Cependant, là où nous retrouvons l'inhumation honorée par le dépôt d'armes ou d'ornements, on doit y voir la population primitive victorieuse on retirée. Mais il y a plus, des familles de l'un et l'autre camp paraissent avoir été réduites à l'état d'esclavage. Quand nous trouvons le squelette étendu sans aucun ornement à côté de l'urne cinéraire qui renferme les derniers témoignages de la considération des hommes, nous avons là l'esclave de la race primitive, sacrifié à la mort de son maître. Hais si le squelette, déposé dans un sarcophage, est entouré d'urnes grossières ne contenant que la cendre des morts, les positions sont interverties '. Voilà

* M. Vulliemin m'a fait observer que l'esclave n'était pas mêlé à la famille du maître et qu'il est peu probable qu'il ait été brûlé sur son tombeau ou inhumé à côté de l'urne; mais il admet que, par union, la môme famille prat avoir été composée d'individus de peuples différents, en sorte qu'au fond le fait reste à peu près le même. On voit cependant des esclaves immolés sur la tombe du maître.

Quelques-uns prétendent que l'ustion était plus en honneur que l'inhumation. Le fait s'expliquerait par la prédominance du peuple envahisseur.

224 MONUMENTS DB l'aNTIQUITÊ.

ce qui se présente à nous pour les temps les plus rapprochés de la lutte. Dans la suite, ce qui se passa à Rome dut être commun à beaucoup d'autres peuples. Par le cours des siècles et la mixtion des éléments, les souvenirs s'effacent; il ne reste que des faits dépouillés de leur signification, et qui, perdant leur valeur, sont modifiés ou abandonnés par simple convenance*. Si l'on possède un jour des statistiques détaillées de tous ces monuments, il sera curieux de rechercher à quels peuples de l'orient appartient le bûcher ou l'inhumation, et d'arriver à dé* terminer les points de départ des invasions, en suivant leur marche vers l'occident. Ce que nous pouvons dire, quant au point qui nous occupe, c'est que l'introduction du bûcher en Europe remonte au commencement de notre seconde période. Sa haute antiquité est constatée dans le midi par les récits d'Homère, et entre autres par la découverte d'Albano. Dans le nord, l'ustion apparaît aussi anciennement que le métal. Les deux voies primitives furent parcourues de nouveau , d'autres furent peut-être ouvertes dans le centre de l'Europe. — Nous avons dit que la race primitive conserva ses demeures en plus d'un lieu ; tel parait avoir été le cas des Aborigènes dans l'Helvétie occidentale. Les tombeaux de Pierra-Portay nous ont révélé leur présence sur les bords du Léman. Ceux de Verchiez avaient la même construction, tandis que leur contenu les classe dans la seconde période. Retirés ou

* On trouve daas Michaud, 3* vol., pag. 648, des détails sur les cérémonies funèbres des Prussiens, qui montrent que chei eux les nobles étaient consumés et les pauvres enterrés. Les pauvres étaient-ils enterrés parce que l'ustion était plus coûteuse 7 N'est-ce pas plutét qu'ils étaient une race asservie ?

AGE DU BRONZR. 2*28

refoulés dans cette vallée des Alpes, les habitants purent pendant longtemps échapper on s'opposer à la conquête des envahisseurs. Cependant cette population, dont nous ignorons le nom, ne peut être celle des Helvétiens qui, après avoir séjourné sur les bords du Rhin, dans le grandduché de Baden ', pénétra plus tard dans le pays auquel elle a laissé son nom. C'est sans doute aux Helvétiens que nous devons les tumuli qui, comme celui de Chavannes-sur-Ie-Veyron, renferment des cendres humaines •. — Dans plus d'un lieu les premiers habitants durent céder la terre qu'ils habitaient pour aller chercher une nouvelle patrie. Les Etrusques, dont les tombeaux confirment si bien leur ancienne origine, paraissent avoir été dans ce cas. Avant d'arriver en Italie, on croit qu'ils ont séjourné dans les Grisons, où les noms de plusieurs localités sont tout étrusques. Il est difScile de dire de quelle contrée ils arrivaient et combien de temps ils s'y sont arrêtés '.

Nous devons ajouter que si dans l'origine ces deux modes de sépulture indiquent des peuples différents, on ne peut envisager comme un même peuple tous ceux qui participaient à l'un ou à l'autre usage. Le point de départ fut sans doute commun, mais ils s'établirent en Europe sous des noms très divers. D'un autre côté, si nous avons signalé deux moments d'invasion, nous ne voulons point limiter à ces époques seulement l'introduction en occi-

* Voir sur ce fait les Mém. de Loys de Bochat, tom. 1, pag. 28 à 99.

* Cette colline, d'après les fouilles que je viens d*y faire, n'est pas un tufflulus, mais bien un lieu de sacrifices.

* Une opinion, plus accréditée que celle-ci, est que les Etrusques n'ont été dans la Rhétie qu'après la chute de leur puissance en Italie.

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