MÉM. ET DOCUM. XXV
dent des peuples de TAsie. Une fois les voies ouvertes, elles furent souvent parcourues. Cependant il ne serait pas sans intérêt de pouvoir constater le moment où de nouvelles populations se répandirent en Europe; c'est à ces derniers flots que me paraissent appartenir la plupart des noms connus dans l'histoire. On peut en excepter les Pélasges en Grèce, les Aborigènes en Italie, et peut-êlre les Ibères en Espagne. H serait difficile de dire comment s'appelaient les premières populations fixées sur les côtes de rOcéan et des mers du nord. Leurs noms ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Fort anciennement les Scythes occupèrent une grande partie de la Russie ; les peuples des pays du nord compris sous le nom collectif de Scandinaves n'appartenaient pas tous à la même famille ; les Germains occupaient rAllemagne, et les Celtes l'Angleterre et la France *, d'où ils se répandirent en Espagne et prirent le nom de Celtibères. Nous aurons à apprécier les jugements portés sur les Celtes : Pour le moment, nous ajouterons seulement que les Scandinaves, les Germains et les Celtes avaient Thabitude, au temps de César et de Tacite, de brûler leurs morts, ce qui les distingue ainsi des populations primitives.
Pour en finir avec la question des sépultures, nous recueillerons encore les traits qui nous ont été conservés par les auteurs anciens sur les cérémonies funèbres des Gaulois. Le mort, couvert de grands linceuls flottants, était suivi d'un convoi dont le nombre des assistants répondait à la considération du personnage. Le corps déposé sur le
* Et au midi de TAUemagne jusqu'au Noricum. On veut souvent les voir sur les bords de la Baltique, ce point est contestable sans être toutefois invraisemblable.
bûcher, on jetait dans les flammes toat ce que le défunt avait eu de plus cher*. Des esclaves étaient égorgés'; des parents se donnaient même la mort dans Tespoir de passer au nombre des divinités. On prêtait au défunt des sommes d'argent qu'il aurait à rendre dans l'autre monde^; on livrait même aux flammes un compte exact de ses affaires et des lettres qui lui étaient adressées, ne doutant pas de l'intérêt qu'il aurait à les lire dans la vie à venir» dorant ses heures de loisir^. Il était dangereux de ne pas sacrifier beaucoup aux mânes des hommes vaillants, comme on peut s'en assurer par les paroles des Druides: « Tant qu'une lumière brûle et qu'elle est allumée, disaient-ils, elle n'incommode personne, mais aussitôt qu'elle est éteinte, outre les ténèbres qui succèdent toujours, elle jette une odeur forte qui est nuisible; de même les grands hommes, pendant leur vie, sont comme des flambeaux dont la lumière a quelque chose d'agréable, qui ne fait souffrir personne, tandis que, venant à mourir et k s'éleindre, ils excitent souvent des tempêtes et corrompent Tair. » Ceci montre suffisamment combien on devait mettre d'importance à célébrer avec une grande pompe les cérémonies funèbres des chefs, afin de se prémunir contre le pouvoir de nuire qu'on leur attribuait. Ces cérémonies
* Pour les sépultures chez les anciens Grecs voir Odys. XXIV, 61. Aga* memnon raconte à Achille, dans les enfers, les honneurs funèbres dont on l'entoura: tonsure des cheveux, lamentations pendant 17 jours, le 18<°* jour ufltion sur le bûcher, sacrifices de moutons et bœufs, vases d'huile, de miel» procession autour du bûcher, cendres recueillies dans une urne d'or, et mêlées avec celles de Patrocle. érection d'un tombeau, jeux et combats.
•César VI, VII.
' Val. Max. Il, 6.
* Pomp. Mêla, De situ orbis, II. Diodor. de Sicil. lib. V, 9, § 28.
2^8 MONUMENTS DE i/aNTIQLMTÉ.
se terminaient par des libations et des repas en Tbonneur da défunt'. Après avoir éteint le bûcher, on recueillait les cendres du mort, qu'on plaçait dans une urne, qui était ensuite recouverte des pierres et de la terre du tumulus. On a souvent prétendu que le corps était enveloppé d'une toile d'amiante qui, ayant la propriété de résister à l'action du feu, permettait de séparer les cendres du mort de celles du bûcher. Pline qui mentionne cet usage \ dit qu'il était employé pour les personnages les plus distingués. Il ne fut introduit qu'assez tard et, dans tous les cas, ne devint jamais général. Achille, rendant les der niers devoirs à Patrocle, ordonne d'éteindre le feu, puis il ajoute : < Nous recueillerons les os de Patrocle sans les confondre, ils seront très reconnaissables, car il était au milieu du bûcher. » Les Romains opéraient aussi ce triage avec un grand soin, ce qui n'empêche pas que les charbons du bûcher ne soient souvent mêlés aux cendres de l'urne.
Les divers objets dont nous avons étudié les formes et le travail, nous donnent une idée du degré de culture auquel arrivèrent les barbares pendant cette seconde période. Les débris de cuir qui ont été conservés permettent de s'assurer que la peau des animaux n'était pas simplement desséchée, mais qu'elle subissait une préparation qui devait avoir assez de rapports avec celle de nos tonneries. L'art du tissu leur était familier , les lambeaux d'étoffes arrivés jusqu'à nous étant de laine, il en résulte
■ Ajoutei k ces détails ceux qui ont été recueillis par Pelloutier, Hi$loirt dét Celtes^ tom. VI, pag. 162.
* PUne XIX, 1, fait venir Tamiante des déserts brûlants des Indes. On U trouve cependant dans TEubée, d*après Strabon, lib. X, pag. 146.
qu'ils conDaissaient les matUans, qui servaieDt ainsi au vêtement et à la nourriture. Les perles à filer nous apprennent qu'on filait au moyen du fxi$eau\ L'aiguille et les ciseaux étaient employés à la confection du vêtement, de même que le poinçon et le tranchet au travail du cuir. — L'exploitation des mines entraîne avec elle une certaine organisation sociale, chacun ne peut y travailler pour son compte ; il faut une association ou, tout au moins, le commandement du maftre, qui suppose la propriété établie sur des règles déterminées. Le cuivre, l'or, l'argent, rétaJD et le plomb sont tirés du sein de la terre; si le fer n'a pas été absolument inconnu, du moins on n'a pas surmonté les difficultés qu'il fallait vaincre pour qu'il pût de venir d'usage général. Homère nous a appris à quel degré de perfection arriva le travail des métaux dans les contrées du midi. Au nord des Alpes, on accorde la préférence au creuset et au moule. Nous avons vu que le martelage, la iréBlerie, le bosselage, la gravure, l'incrustation sur pierre etsur bronze étaient aussi connus. On arriva au moyen de l'aHiage et de la trempe à donner au cuivre la dureté et l'élasticité de Tacier. L'analyse des métaux nous a montré les rapports de l'alliage, dans lequel l'étain jouait le rôle principal, tandis que le zinc ne parait d'abord que dans les bronzes romains. Les Gaulois inventèrent rétamage du cuivre, et les barbares établis sur les bords de l'Océan surent enduire de divers métaux le cuivre sortant rouge du feu. — Wart du potier acquit aussi un grand développement ; il est même des urnes qui . malgré l'action de plus de 20 siècles, ont conservé tout le poli et l'éclat que donne
' I^ous verrons, en parlant des costumes, qu'ils savaient teindre lei étoffes )*ec les couleurs les plus vives.
le vernis. — Marseille apprit fort anciennement aux Gaulois Vart de fondre le verre. Pline * nous dit que de son temps ils avaient acquis une certaine habileté dans ce travail. Il n'est cependant pas probable qu'il se soit répandu dans les pays du nord durant cette période.
Nous n'avons retrouvé en fait d'instrument de musique que le chalumeau et la guimbarde, ainsi que le cor destiné aux combats. Nous savons cependant que les Celtes avaient des bardes ' qui s'accompagnaient dans leurs chants d'un instrument à cordes assez semblable à la lyre. Les bardes composaient des vers sur les actions glorieuses des héros, et leur autorité, quoiqu'inférieure à celle des Druides, était si respectée qu'on les vit faire poser les armes à des armées prêtes à en venir aux mains. Malgré la rudesse des mœurs, le langage du poète n'en était pas moins celui des dieux. Les Germains avaient aussi leurs chants et leurs poèmes historiques ; les scaldes des Scandinaves n'étaient autres que les Bardes des Celtes. Bien qu'on ait contesté l'authenticité des poëmes d'Ossian, ils peuvent nous donner une idée de ce qu'était la poésie chez les peuples du nord ; il reste encore plusieurs chants des Scandinaves^ dont nous pourrons faire quelques citations, quand nous serons arrivés à l'époque à laquelle ils appartiennent. — Il est à regretter qu'aucune poésie de ces âges reculés ne soit arrivée jusqu'à nous, mais on comprend que, se transmettant oralement, elles aient dû se perdre, car ce n'est que beaucoup plus tard que les runes furent disposés en alphabet. Avant la conquête des Gaules par les Romains Vécrittire était cependant connue par