V. TOMBEAUX
L'âge des bûchers est représenté dans les ruines de ia colonie équestre. En 1840, un ouvrier occupé à creuser un fossé sur la place d'armes, rint à heurter un bloc calcaire grossièrement arrondi ; une partie qui servait de couvercle s'en étant détachée, on vit qu'il renfermait une urne de verre remplie de cendres et recouverte d'un plateau. Ce vase contenait encore quelques fragments d'ossements calcinés et entre autres un anneau en or, qui révèle les restes d'un chevalier de cette colonie. Des urnes plus nombreuses, qui occupaient les niches d'un caveau souterrain près de LaSarraz, ont été détruites en même temps que ce columbarium. A Saint-Prex, de petits vases remplis de cendres reposaient dans des vases plus grands. Quelques endroits du même territoire recèlent des charbons et des ossements à demi-brûlés, des fragments de poterie, de grands clous à tête ronde, des fibules et des vases destinés à contenir quelques liquides; le col de ceux-ci est étroit et le ventre aplati : l'un, de fort petite dimension, porte en relief des chiens , des lièvres . des écrevisses et des grenouilles. Des urnes cinéraires se ren-
coDtrenI aussi à Chavannes près Ecoblens, Cheseaux, Corcelles le Jorai et Palézieux à la Mollie aux Blancs.
A côté des morts déposés dans les tombes, on rencontre parfois des objets qui ne laissent aucun doute sur répoque et le peuple auxquels ils appartiennent. Tel est le cas de ceux de Longirod qui renfermaient des fibules et des anneaux d'une très jolie forme, avec un beau bracelet en bronze habilement bosselé. A la Linière, près du bois de Prangins, on découvrit en i79S des tombes de briques avec des armes en bronze argenté et des médailles d'argent de Constantin le-jeune, de Julien Tapostat et de Valentinien. Au Bouairan près de Morges, et à Villeneuve (Pennilucus), quelques monnaies, des tlébris d'armnre et des vases, nommés communément lacrymatoifes^ accompagnaient des ossements humains. Dans des tombeaux de Sainl-Sulpice se trouvaient des lacrymatoires, des agrafes, un anneau en or et une boucle d'oreille. Ceux de Daillens contenaient des épées, des anneaux en bronze et des fibules. Auprès des squelettes découverts à Vlsle reposaient de petits vases de verre et de terre ; ces derniers étaient remplis de monnaies romaines du IV<n« siècle. Les tombeaux découverts ces dernières années sur le Crêt du Vemey, près du village de Bière, ont pu être observés avec soin. Un assez grand nombre de squelettes étaient couchés dans une terre noirâtre qui recouvre les couches de sable et de gravier dont est composée la colline. Ici l'usage des peuples anciens de tourner les pieds du mort vers l'orient n'avait pas été observé. De nombreux ornements paraient les squelettes étendus sur le dos. Les bras croisés sur la poitrine avaient parfois jusqu'à six bracelets en bronze; c'étaient, chez quelques-uns, des
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boucles rondes dont les extrémités sont entièrement rapprochées, tandis que d'autres, plats et ornés de ciselures, se terminaient par deux têtes de serpents que joignait une petite agrafe. Autour du tibia se trouvaient aussi des anneaux et près de la tète on avait presque toujours déposé un vase orné de dessins sur lequel était un couvercle. Quatre médailles en bronze, provenant de ce cimetière, portent l'effigie des empereurs Valentinien, Gratien et Théodose le Grand. En 1769, on rendit au jour à Yverdon, près des moulins» plusieurs squelettes dont la tête regardait l'orient. Couchés dans le sable, ils avaient entre les jambes des vases de verre et de terre avec des lampes sépulcrales et de petits plats d'argile rouge dans lesquels otf pouvait distinguer des os de volaille bien conservés. A côté des squelettes se trouvaient des médailles du l\^ siècle.
Il est à regretter que nous ne puissions ajouter aux découvertes que nous venons de parcourir dans ce paragraphe, une description des sépultures d'Âventicum. Leur étude serait d'un grand prix pour nos recherches dans ce genre de monuments. Mais, soit qu'elles aient été détruites anciennement, soit qu'elles restent encore enfouies dans le sol, nous ne pouvons prendre pour point de comparaison les quelques sarcophages trouvés sur ces débris. — Les cimetières qu'il nous reste à examiner offrent tant d'éléments d'une nationalité et d*un Age étrangers à Rome, que nous devons en faire le sujet d'une troisième partie.
DÉBRIS NON ROMAINS DES PREMIERS SIÈCLES DE L'ÈRE CHRÉTIENNE JUSQU'A CHARLEMAGNE.
Les Druides persécutés par les serviteurs des dieux de Rome durent plus d'une fois, dans leurs jours de danger, confier des dépôts sacrés à la terre. C'est peut-être à ce temps qu'il faut attribuer les serpes» les haches, les marteaux et les fers de lance en bronze retrouvés à Allaman. — Sur les hauteurs de Lutry, à la Gantenaz, des haches, des couteaux et d'autres instruments en cuivre, destinés aux sacrifices, semble-t-il, étaient accompagnés de patéres, de coupes et de plats de terre, portant le nom de Vindonnissa, lieu de leur fabrique, ce qui fait remonter à l'époque dont nous nous occupons l'âge de ces objets. Un chêne d'une épaisseur peu commune les recouvrait ; tout miné par les ans, il réunissait quelquefois une famille dans son intérieur, mais un jour la foudre frappa le vieil arbre ; la tige et les rameaux ayant été enlevés, on finit par extirper les profondes racines sous lesquelles reposait le dépôt mentionné.
D'autres découvertes appartiennent aux inhumations. L'une d'entr'elles est remarquable par sa richesse, le nombre des tombeaux et les siècles successifs qu'elle représente. Nous voulons parler du cimetière de Bel-Air, près de Gheseaux sur Lausanne. — La colline sur laquelle reposent ces antiques sarcophages appartient aux
dernières ondulations du Jorat; située au midi deCbeseaux, elle est séparée du village par un ruisseau qui l'entoure à moitié. Dés longtemps le soc de la charme heurtait les dalles des tombeaux, et Tagriculteur en avait bouleversé un si grand nombre qu'on croyait qu'il n'en restait aucun. Cependant des fouilles entreprises depuis 1838 en ont déjà rendu au jour 246. Leur longueur moyenne est de 6 pieds sur 2 de large, et leur direction va du nord-ouest au sudest. La nature du sol et la disposition de ces tombeaux en plusieurs couches apportent quelque variété dans la construction. — Ceux de la couche supérieure, situés à 2 ou 3 pieds au-dessous de la surface du sol, sont formés en partie de grandes pierres brutes, plates el schisteuses, posées de champ; 2 ou 3 composent le couvercle, quelquefois le fond est plaqué, et toujours la terre a comblé le vide. Parfois, des murs secs ou des pierres informes remplacent les dalles. Plusieurs ont été taillés dans un banc de roc, recouvert à peine d'un pied de terre. Les autres ne présentent qu'un squelette couché en terre libre. — Dans les deux couches inférieures, qui ne dépassent pas 6 pieds en profondeur, jamais dalles, ni pierres, n'ont entouré le mort. Celui-ci, couché sur le dos, a toujours les pieds tournés au levant, les bras sont étendus le loBg des côtés, et, si c'est un guerrier, la droite repose sur son arme. On peut rarement lever un crâne entier, tant ces débris sont friables. Leur caractère distineUf est ane figure allongée, une mâchoire forte, des pommettes relevées, un front court et étroit, et la tôte fort développée en arrière. Les membres, généralement forts, sout volontiers d'une grandeur moyenne. Parfois, dans les tombeaux* tes plus profonds, quelques traces révèlent à peine la pré-
ou CANTON DE VAUD. K29
sence d'un squelette. Cette diffërence de décomposition montre déjà que ce cimetière a été ouvert pendant une iongue série d'années, des ossements jetés à coin et sans aucun ordre dans la couche supérieure témoignent aussi que plusieurs morts occupèrent successivement la même tombe.
Cent dix-neuf sarcophages de constructions diverses renfermaient des armes, des agrafes, des boucles, des anneaux, des colliers, des vases et d'autres ornements en métal, en terre cuite ou en verre.
Les armes sont des coutelas en fer, larges, forts, pointus et tranchants d'un côté. Ils reposent ordinairement le long du fémur droit, sur une lame beaucoup plus petite, et conservent les traces de poignées en bois. — Un fer de pique, un fer de flèche en fer, deux en silex et une pointe en os appartiennent encore aux armes offensives.
Les agrafes, placées sur le côté droit du bassin , sont composées d'une plaque , d'une boucle , d'un ardillon ei du lien qui unit ces trois pièces. La plaque est le plus souvent carrée, ronde ou triangulaire, et ornée de rosettes ou têtes de clous, au nombre de 3, i ou 9, qui présentent en-dessous de forts tenons destinés à entrer dans le ouir de la ceinture. L'ardillon est massif, et la boucle à peu près ovale. Des ciselures recouvrent les agrafes en cuivre, dont deux rappellent par leur étamure la métallurgie gauloise. Celles de fer offrent parfois des incrustations de lamelles d'argent ou de filets d'une finesse extrême, formant des entre lacs divers et disposés pour les encadrements en lignes droites, parallèles, obliques et brisées. Plusieurs plaques du même travail ornaient sou-
MtM. ET DOCUM. XVI, S4
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vent le même ceinturon. Sur ces pièces lourdes et tnàssivèi, de xùéme qcie dans la première j^k'iode, fc'est l'ortiétn^nt de détail qui prévaut.
Bieil des tombes ne co6tenâiétit autre ch6sé que des boucles^ aussi en possédonà-noas 24 eU fèt* et 36 M bronze. Elles sont généralement ovales et munies d'uti gh)s ardillon. Quelques-unes ont été coulées ; d'âiut(*es portent des rayures et des disques. Les boucles d'oreille sont grandes et rondes, et les bapes en argent ou en cûirre sont pour la plupart munies d'un cbaton.
Ce n'est qu'auprès des femmes et des enfants qtie se sont trouvés les colliers ; du moihs, jamais des armes ne reposaient dans la même tombe. .Ils consistent en gràiilfi de terre cuite, d'émail et de verre de couleur. L'un, en suécin , a près d'un pouce de diamètre , tandis qne d'autres sont tout à fait pareils à ceux qu'on unit de nos jours à Fa soie pour divers travaux d'agrément.
Le plus souvent c'était au pied du moft qu'on déposait le vase sépulcral. L*argile, gtise et jaunâtre, est loin d'atteindre la finesse de la poterie romaine ; riefa be rappelte le lacrymatoire; les vases sont évadés au sommet, à moitas qu'ils ne portent une anse et un goulot; ce\ït qui sont éta pierre ollaire, travaillés au tour, t'eprésentent nn cette tronqué renversé ; deux, en verre, ont la forme d'une petite bouteille et d'une coupé arrondie è sa base.
Il se trouvait encoCe dans ces tombes dés é{Mn^1éS à cheveux, une fibule, des ornements de fourreaux, ûtie petite mosaïque sur bronze, des Clefs , des t^eigoes eA os accompagnés de ciseaux à ressort, An croissant cfn ar^'ftt, des verroteries , des silex informes et on ft*a^ment de quatz.
Tds sont les débris qui caractérisent la découverte de Bel-Air ; mais, chose curieuse, soit pour Tart, soit pour le nombre dés objets, les tombeaux suivent une marche ascendante, en sorte que les moins profonds sont les plus riches et les plus ornés. Ces restes révèlent un développement de civilisation chez plusieurs générations d'hommes, à partir de l'ère chrétienne, tandis que chez les Romains la marche est inverse, à partir du siècle d'Auguste.
Dans la couche inférieure ce sont les bouctes qui prédominent. Le bronze s'y rencontre plus souvent que le fer; les coutelas et les grains de colliers sont moins nombreui et moins bien travaillés que plus haut. On y a découvert seulement deux agrafes en cuivre dont l'une est un produit de la métallurgie gauloise. Auprès d'un squelette, des ciseaifiix à ressort accompagnaient un peigne renfermé dans ufi étui en os, chargé de disques et de demi cercles. On y rencontre aussi le croissant, les silex et le métal coulé.
La couche moyenne offre déjà un perfectionnement sensible dans le travail des objets. Les boucles commencent à se recouvrir de quelque ornementation. On y trouve les agrafes en fer, mais sans incrustations de filets d'argent. Sur une plaque de cuivre est gravé un quadrupède ailé à tête d'épervier. Deux médailles en bronze, malheureusement frustes, sont romaines. Les coutelas, les lames, les grains de collier, les silex, des débris divers et ia pointé en os mentionnée appartiennent encore à cette classe de tombeaux.
C'est dans la couche supérieure, reproduisant la plupart des débris précédents, qu'on doit chercher les pièces les plus remarquables. Les coutelas forts et acérés, accompagnés de|>etites lames et de débris ée fourreaux, y
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sont nooibreui. Elle possède 6 agrafes en broQze. 17 en fer uni, et 19, y compris les plaques de ceinturon , chargées de filets d'argent incrustés. La forme des boucles y est parfois gracieuse, les silex y paraissent encore; et là seulement, on rencontre les vases. — Au milieu des tombeaux de guerriers on voit celui d'une mère portant son enfant sur son sein. Ailleurs, des enfants sont entourés d'objets divers, témoins des regrets qu'ils ont laissés. Cinq perles étaient devant la figure de l'un, et deux , les plus grosses, dans la terre qui remplissait en partie le crâne. Six d'entre elles sont d'un verre bleu, vert ou brun; la septième, sur une matière noirâtre présente deux croissants et un cœur incrustés. Un autre squelette d'enfant, déposé dans le roc taillé avec soin, avait auprès de lui une grande bague, une fibule en bronze et trois clefs. Plus loin, la tombe d'une jeune fille était richement ornée. La ceinture portait une agrafe et une boucle ; 86 perles forment le plus beau collier de cette découverte ; deux boucles d'oreille sont d'un joli travail ; des losanges en argent avec des verres enchâssés étaient des ornements de coiffure, ainsi que des filigranes insaisissables à la main ; il s'y trouvait en outre une épingle, les fragments d'un peigne en os et deux bagues, l'une en argent et l'autre en fer. — Deux bagues d'argent se voyaient aussi à la main gauche d'un guerrier, tandis que la droite reposait sur son coutelas ; l'argent et des ciselures profondé* ment gravées recouvrent l'agrafe allongée et les quatre plaques de son ceinturon ; un fer de pique et un vase en verre étaient déposés à ses pieds. Le sarcophage d'un autre guerrier contenait un contre de charrue, un éperon eu fer dont la pointe est sans molette, une agrafe , un pei-
gne en os, des ciseaux à ressort, un poignard et un coutelas orné d'un pommeau et d'un bourrelet au lieu de croisière, et revêtu des débris d'un riche fourreau. Deux tombes de la couche supérieure conservaient des médailles impériales de l'époque de la domination romaine. Auprès d'un squelette, qui reposait immédiatement sur deux tombeaux plus anciens, se trouvaient des monnaies^ de Charlemagne qui montrent que les inhumations se poursuivirent sur cette colline durant la première moitié du moyen âge.
Tous ces restes de générations successives déposées dans la terre, ce développement de l'art et ces traces des nationalités du nord et de l'Italie, donnent à l'antique cimetière de Bel-Air une grande valeur historique que viennent compléter des découvertes pareilles faites dans le canton de Vaud.
Dans des sarcophages d'une construction analogue, au milieu de coutelas et de pièces damasquinées, on retrouve des plaques' d'agrafe en bronze de la même forme que celles de fer, couvertes des traces d'un culte étranger, in troduit dans les Gaules quelque temps avant le christianisme. Sur des agrafes A'Aimex, Pampigny et A'Yverdon, on voit, comme à Bel-Air, des quadrupèdes ailés à tête d'épervier.' Celles de Marnand, de Bofflens et A'Echallens, divisées en cinq compartiments , portent dans celui du milieu la croix des chrétiens. De chaque côté, un homme, avec une tête d'animal et le pouce de la main droite sur les livres, est en attitude d'adoration devant la croix. Il tourne le dos à la figure allégorique gravée à chaque extrémité de la plaque, et semble indiquer la conversion au christianisme. L'image du Sauveur bénissant est gravée
sur des agrafes de Bof/lens et de Tohchenaz. D'autres de Sévery, de Montgifi, près Cossooay et de Lavigny OHt pour sujet un homme les bras élevés eutre deux quadrupèdes qui lui lèchent les pieds. L'un rappelle par son inscription le vœu fait à Nasualdtcs Nansa qu'il soit chrétien et qu'il jouisse avec bonheur de cette agrafe qu'il parait avoir reçue en don : NASVALDVS NANSA VIVAT DEO. VTEREFELEX. DANINIL. Le dernier mot révèle que le sujet de ces pièces est le prophète Daniel dans la fosse aux lions.
Les tombeaux à'Arnex renfermaient des boucles, des anneaux, des ciseaux à ressort, des coutelas et d'immenses agrafes, incrustées de filets en argent et en or. — Ceux de BoffUiis offrent quelques alignements bientôt interrosipus ; alentour, ce sont des ossements humains entassés ou déposés sans aucun ordre. Ici, un squelette isolé; là, plusieurs réunis avec leurs armes ; ailleurs, sous les racines d'un vieux noyer, celui d'un homme et d« son cheval ; plus loin ce ne sont que des ossements de chevaux; dans un autre lieu, ils sont réunis à ceux de leurs cava* liers. Ces débris, ainsi répandus sur les collines entre Arnex, Croix et BofQens, disent assez qu'aune bataille a été livrée sur ces hauteurs. — Aux Condemines , près d'Echallens, sont des ossements et des débris pareils, quoique en moins grand nombre. — Sévery présente un cimetière régulier. Une tuile romaine entrait dans la construction d'un tombeau d'enfant. Des grains de collier, des vases (l'argile et de pierre ollaire, une médaille d'Antonin-le- Pieux et deux plaques damasquinées ont été recueillies. Au milieu des coutelas, courts et pointus, s'est trouvée une grande lame tranchante des deux côtés, flexible et arrondie à son extrémité, qui rappelle l'ancien sabre na-
tional que l'Helvétien dut perfectioDner, comme l'avaient déjà fait les Gaulois d'Italie, en le rendant acéré et plus court. Un autre sarcophage renfermait un coutelas et une balance à deux bassins, de fort petite dimension ; ces piè CMS n'indiquent-elles pas un homme qui d'une main appréciait le droit, tandis que de l'autre il vengeait la justice? — Des attributs tout à fait pareils ont été découverts à Lonay sur Morges» dans une tombe construite en murs et pavée au fond. La balance était à droite tandis que l'épé9 à deui tranchants, grande et large, reposait le long du bras gauche. Une boucle, un fragment de verroterie, des silex et une aiguillette ornaient cette toRibe, avec un fer de javelot et les fragments d'une belle coupe en verre. — Non loin de Lonay existait le vaste cimetière de Tolochemz» dont les matériaux ont servi à des constructions moderoB$. Les ornements consistaient en agrafes incrustions d'argent et en vases de pierre ollaire. — Lavigny conservait dans ses tombeaux en dalles, des boucles, des anneaux, des bagues, des colliers, un objet pour l'enceps, une fibule circulaire en or avec des verres de couleur, des laqtelles d'ps couvertes de disques et servant d'étui à un peigne, une plaque de terre cuite ornée de verres enchasséf, des agrafes, un fer de lance, des coutelas et une grande épée. --•- Sur une hauteur qui domine Chavannes et l'ancien Lousonnium, deu^ sarcophages se distinguaient de ceux qui les entouraient par leur grandeur et leur conservation. Après en avoir enlevé les couvercles, les squelettes parurent dans un vifle, s^ns être , selon la coutume, entourée 4? terr^. Ils ^vaiept été protégés par un d9^u.])le c^cneil en plateaux de çhéne dont il restait queir qw^ débris. 4 côté des coutelas et des agrafes, la pièce
la plus remarquable était une hache en fer à un seul tranchant. - Une hache d'une forme un peu différente, mais aussi à un seul tranchant, se trouvait auprès des squelettes couchés en terre libre à La^Chaux, près Cossonay, avec une agrafe, une boucle, des coutelas et des fers de javelot. — Beaucoup de ces sarcophages ont été détruits à Romanel sur Lausanne. L'agrafe , qui a été recueillie, munie d'une contreplaque, est remarquable par sa grandeur et la richesse des lamelles d'argent incrustées sur le fer. — Romanel sur Morges offrait, comme Bel-Air, des couches superposées, mais qui ont été bouleversées sans aucun soin. Bussignyei Senarclens présentent des débris pareils. — Près d'Ursins on a découvert anciennement des coutelas et des agrafes avec étamure sur cuivre etdamasquinure sur fer. — Coutelas et agrafes damasquinées se retrouvent à Combremofû-le-Grar^, près de Grandson, en Brie^ au Tombé sous Champagne et au Tombé près de Corcelles.
Il est plusieurs cimetières antiques dans lequels l'existence de la damasquinure sur fer n'est point constatée bien que les tombeaux soient construits en dalles ou taillés dans le roc, et qu'ils contiennent des coutelas et des lames de fer. Tel est le cas de ceux de Bière, Saint-Prex, Echandens^ Ytifflem-la- Ville^ Crissier, Bettens^ Ogens^ Moringes près Moudon, Courtilles, Lovatens et Sugnens.
D'autres n'ont pour principal caractère de leur antiquité que d'avoir été taillés dans le roc ou construits en dalles, en murs, en tuf, en briques ou en tuiles romaines. On retrouve de ces tombeaux à ilfte^, Genollier, Gilly, Vincy, Channivaz, Pully, Cully, Riez, Saini-Légier, Cld" rens', Palézieux, Peney-le-Jorat, Rossanges, Villarzel, Bau-
mes, Vuiiebosufy Ferrièresy près La-Sarraz, La^Praz, au Signal près Cossonay, à Ballens, Retiens, Prilly^ Jauxtens- Mézery et au Mont sur Lausanne.
Dans bien des localités, des squelettes couchés en terre libre, ne peuvent être rattachés à une époque un peu certaine, lorsqu'ils n'ont d'autre gage de leur ancienneté que la friabilité de leurs ossements.
Sans vouloir faire rentrer tous ces cimetières dans la classe de celui de Bel-Air, il en est assez qui sont suffisamment déterminés pour répondre à la même époque et au même peuple. La construction des tombeaux, les armes, les ornements, la poterie présentent un tout caractéristique ; mais au milieu de ces débris les pièces les plus importantes sont les agrafes en bronze et en fer. Celles en bronze montrent par leurs ciselures la naissance d'un art nouveau et l'introduction du christianisme dans THelvétie occidentale, où l'on sait qu'il pénétra de bonne heure. A la fin du second siècle, Irénée envoyait déjà de Lyon de nombreux missionnaires dont l'œuvre ne put être anéantie par la persécution. La colonie équestre (Noviodunum) et Aventicum ne tardèrent pas d'avoir des évéques. Dès lors, l'armure du guerrier porte l'empreinte de sa foi nouvelle. Des ciselures grossières représentent au milieu des disques le Christ bénissant, ou bien des hommes tournent le dos à des figures allégoriques pour adorer la croix. Le prophète Daniel dans la fosse aux lions, gravé sur plusieurs pièces par des artistes différents, et reproduit dans les catacombes de Rome à côté de l'arche de Noé sur les tombeaux des premiers chrétiens, parait faire allusion à quelque délivrance miraculeuse. Comme Daniel menacé par les hommes et sauvé de Dieu , le christianisme sort
888 AlfTIQUlffl^
Tainqueir de la lutte ; cQiDme ces lia^s qv'oB vmi \éc)à^\A les pieds du proptràte, ceux qui aernblaieet dlevoir refnonsser la religion divine l'embrassent à leur toqr. Cepeadactf , par la représeutatiop mâme de ce triomphe , des traces de rancieo art et de l'aiicien culte sont conservées, ta^is que les inscriptions qui accompagnent quelques uns de ces sujets commencent à s'éloigoer des caractères latins ^^ h se ressentir de l'approche du moyen âge. Un fait analogue se reproduit par la damasquinure des agraCes en fer. Bien que l'usage d'incruster les métaux soit fort ancien ^t se retrouve chez les Grecs et les Romains, il n'en offre pas moins quelque chose de noqveau dès qu'il se présent sur le fer. Toiiiitefoid la disposition des filets d'iargent rappelle les rayures sur hroinze des Celtes , des Germains 4t des Scandinaves. Dans l'encadrement de ces plaque^, \f» lignes droites parallèles eH brisées offrent dep dessins aWt logues à ceux qqe nous avoius v«s sur djvers pt^jetp de la première période ; mais^ au centre , les çQnAours et Ifif entrelacs des fils révèlent che? l'artiste une iliain plq$ dexible et l'inQiiience d'une civilisation étiPaiigère. On di* rait que la ciselure sur bronze ait passé sqr le fer et qjofi pour mieux faire ressortir ce genre de travail on aiit Qqi par incruster dans les rayures les filets d'gr ai? d'argent, Il e$t iqtéressaqt de retrouver ces entrelace sqr la pierre, l'Qs, le t>ronze et l'argent^ mais gai^s incrgstatioq, daus la dernière période du paganisoiiç içhe^ \e^ gcandiop^es, et de led voir ^ reproduire sqr quelques colonnes etchapUfîaAii d'anciens temples chrétiens. -^ À cette niAm èpoqqe, pa* raisseqt dans le Nord quelqq^s agrafes patreiJiye^ 941^ q^-
i»res ; rincrQstatio.9 des filets d'argent sur le fer, qupiq*^
e^trém/emeuit râpe, y esA au^si représentée, sm^ flUand ce
DU CAIITON W VAUD. B39
genre d'art y fat intro^ait, il avait reçu de grandes madificatioQs chez les peuples arec lesquels le christianisme finit par mettre en relation les populations plus stables de l'ancienne Scandinavie, en sorte qu'il passa presque ina*perçu.
Pour déterminer Tépoque qui embrasse noa monu-> ments, nous devons recourir à la découverte de Bel-Air. La tombe à fleur de terre qui reposait immédiatement 3ur deux autres et renfermait les 10 monnaies de Charlemagne peut être regardée comme donnant la dernière époque pendant laquelle on inhuma sur cette colline. De plus» 2 bague? provenant de 2 tombeaux de la couche supérieure portent sur leur chaton des monogrammes qu'on ne ren» contre que sur les tiers de sol mérovingiens. Ces faits assi* gnent ainsi à cette couche, c'est-à-dire à la partie la plus importante de ces débris, les premiers temps du moyen âge jusqu'au IX^ siècle. Il est plus difficile de déterminer l'époque à laquelle on commença d'inhumer sur la colline de BeKAir. Dans tous les cas, l'absence de médailles dan$ la partie la plus inférieure, la plus grande décomposition des squelettes et un art beaucoup moins avancé témoignent d'un âge plus reculé. Peut-être était-ce déjà dé^ les pre* miers siècles de l'ère chrétienne le lieu de sépulture de^ habitants de l'ancien Cheseaux dont le territoire conserve de nombreuses ruines romaines, tandis que l'étranger d'Italie, mêlé aux Helvétiens, aurait déposé ses morts ^ÎN leurs, comme paraissent le montrer d'autres tombeaux et des urnes cinéraires trouvés dans les champs voisins da Bel'Air,
Les monogrammes et ieis médailles, qui donnent à ees monuments un âge moins reculé qu'on ne l'a souvent cru,
sont d'une grande valeur pour la question historique» ainsi que la succession paisible de ces tombes et leur nom bre dans toute la Suisse occidentale. D'après cela on est obligé d'y voir les restes d'un peuple assis dans ces contrées; et quel pourrait-il être» sinon les Burgondes qui s'y établirent dans la première partie du V^ siècle ? Mais la question se complique quand on porte ses regards sur les découvertes analogues faites en divers pays ? Des débris pareils se trouvent en plusieurs lieux du grandduché de Bade et au delà sur les bords du Rhin. Ils étaient déjà constatés en Wurtemberg et en Bavière avant la riche découverte de Nordendorf, près d'Âugsbourg. Ces antiquités, prises pièce par pièce, offrent une reproduction parfaite les unes des autres, mais vues dans leur ensemble elles présentent des éléments différents. C'est ainsi qu'à Nordendorf les grandes épées en fer, les vases, les colliers et les métaux précieux sont beaucoup plus nombreux que dans la Suisse occidentale, tandis que les damasquinures y sont fort inférieures et que les plaques en bronze avec des sujets chrétiens n'y sont pas du tout reproduites. Il en est de même dans le canton de Bâie, où une centaine de ces tombes ont été ouvertes près de l'ancienne Augusta Rauracorum. Ce cimetière est postérieur à la destruction de cette cité, comme le montrent les sarcophages construits de débris romains, d'inscriptions latines et de bassins en pierre recouverts parfois d'une dalle sur laquelle est sculptée la croix latine. — Le caractère général des objets découverts près d'Augst dans le canton de Bâle est le même qu'en Bavière, bien qu'Augst soit plus éloigné de Nordendorf que de Bel-Air. Ce fait nous confirme dans l'opinion des archéologues qui attribuent ces
DU CANTON DB VAUD. Hkl
monaments des bords do Rbin et de rAllemagDe méridionale aux Allemani, car les environs d'Augst furent oc* cupés par ceux-ci et non par les Burgondes, ce qui explique l'analogie parfaite de cette découverte avec celle de Nordendorf. Mais nous ne pouvons partager la manière de voir de ceux qui veulent retrouver des Allemani à Bel- Air, vu que ce peuple devrait pour cela avoir occupé jusques à Cbarlemagne THelvétie occidentale , où il n'a fait que séjourner peu de temps avant l'établissement des Burgondes. Si Ton persistait à y voir des Allemani, il faudrait alors leur attribuer toutes les découvertes analogues de la Francbe-Comté et de l'ancienne Bourgogne où la damasquinure et les agrafes à sujet se retrouvent avec des monnaies mérovingiennes. Mais ces découvertes ne s'arrêtent pas là, on eu a fait de semblables dans plusieurs autres lieux de la France : ainsi près de Caen, dans les environs de Versailles et à Lens^ dans le département du Pas-de-Calais. Les antiquités de Lens se caractérisent de leur côté par l'absence des longues épées, le nombre des verroteries et la présence fréquente des francisques. Il résulte du rapprochement de ces divers débris qu'il y a assez de rapports pour conclure à des peuples parents, à des époques peu distantes et à un art analogue, mais assez de dissemblances aussi pour pouvoir aller des Allemani aux Burgondes et des Burgondes aux Francs. Un champ nouveau est ouvert à l'étude, nous montrant la naissance d'un nouvel art, qui malgré l'influence romaine, offre de nombreuses réminiscences du Celte et du Germain, auxquelles viennent s'unir des éléments du christianisme. Là sont incontestablement d'importantes données pour les premiers siècles du moyen âge encore si obscurs.
Sfei ANTIQUItte
AiDsi ces ancieDs débris, dont plusieurs paraissent empireiuts de ridée qui les produisit , ûous reportent dans une vie et dans un monde passés dés longtemps. Malgré tout ce qu'on z découvert , malgré tes destructions ;an^ nuelles , la riche mine de nos antiquités «st loin d'être éputsée. Dans plus d'un lieu, la voûte souterraine reten^ tit Sous la pelle de l'affriculteur et l'herbe jaunit sur les murs rasés à fleur de terre. Bien des ruines n'ont été qu'effleurées, bien des sarcophages n'ont été qu'entr'ouverts. Si l'esprit de conservation vient en aide à l'étude de nos monuments, si l'on comprend une fois que recueil^ lir sans rechercher est insuffisant, alors il sera peut-être possible de répandre un nouveau jour sur l'histoire ancienne de la patrie.
DU CANtOH tt VAUD.