CEYLAN
I;i |>ointe Pedro au noi'd jus(|ii'aii rap Dandre au sud, sa longueur est un peu moindre de quarante myriamètres. 1^ forme de Tlle est celle d'une poire, et sa largeur est tK's-ini'gale. L'es|)ace le plus étendu dans ce sens n^a pas plus de cent vingt-huit kilomètres. Ceyian est uno des plus grandes iles de TAsiey et aussi une des plus importantes sous le rapport de sa situation et de ses productioiis. Le Mahavilla, le Kalay, le Kalou et le WàUeway sont les principales rivières; elles prennent toutes quatre leur soui*ce dans le pic d'Adam, montagne qui s'élève au rentre de rtle à onze cent quinze mètres au-dessus du niveau de la mer, et dont le sommet pr('>sente un plateau de peu dVtendue, au milieu duquel on voit une pierre portant l'empreinte d'un pied gigantesque. Ia^ Européens ignorants affirment, les uns que c'est le pied d'Adam, les autres que c'est celui de saint Thomas; les insulaires de leur côté croient y reconnaître l'empreinte de leur dieu Bouddha, et ses sectateurs y accourent en pèlerinage.
On croit que l'ile de Ceyian est la Taprobane des anciens ; on dit que dans les siècles les plus rei*uh'»s elle était célèbre par ses é»pices, et que Salomon en tira les pierres précieuses dont il enrichit le temple de Jérusalem. Son histoire primitive est toute pleine de ces allégories merveilleuses qui caractérisent les traditions asiatiques. I^s légendes chingulaises rapportent qu'un jour les habitants de Tannaserm, sur les rives du (lange, virent sortir du soleil levant un être de majestueuse figure qui leur ordonna de quitter leurs huttes sauvages et de se bâtir des maisons, il régna sur eux, et ses descendants lui succédèrent sous le titre de Souriavfu (fils du soleil). L'un de ces Souriavas, Vidja-Radjah, fut le premier empereur de Ceyian; il débarqua sur cett(» île avec sept cents hommes et soumit la contrée qui adorait aussi le soleil sous le nom d'Isotiara, Apivs lui régnèrent Singa-Bahou et Vidja- Comara, qui épousa la fille du roi de Madoureh, dont la dot fut un grand nombre de sujets et d'ouvriers orfèvres, maçons, charpentiers, etc. Divers princes se succédèrent jusqu'en 379 de notre ère, où le culte de Bouddha fut introduit dans l'Ile par le prêtre Mihidouma, qui , suivant la tradition, y vint descendre en traversant les airs, sous le règne de Deveni-Petiss;i. Depuis lors les prêtres de la nouvelle religion exercèrent une influence presque sans bornes jusqu'à la venue des Européens. Nous avons déjà dit , en traitant de l'Inde, que Ceyian est resté le dernier sanctuaire du bouddhisme lorsque celui-ci eut été chassé des bords du Gange et de l'Indus par la religion de Mahomet. On comprend que ces premiers événements de l'histoire de Ceyian peuvent être regardés la plupart comme fabuleux ; ce n'est que depuis l'arrivée des Portugais sur les cotes de l'ile, en 1505, qu'on peut compter sur l'authenticité des faits.
Sous le règne de Darma-Praccaram , l'amiral Lorenzo d'Almelda, forcé de se réfugier à la pointe de Galle, fut parfaitement accueilli par les indigènes, qui se défendaient difficilement contre les Arabes. Almèida parvint à engager le souverain du pays à payer un tribut aux Portugais qui garantiraient les côtes de l'Ile de toute invasion. L'importance du commerce de la cannelle inspira à Almeida le dessein de fonder à Ceyian un établissement qui donna beaucoup de jalousie aux naturels du
INTRODUCTION. bi
pays, et occasionna une gueii*e qui, à quelques interruptions près, dura environ cent ans. L^tle étant divisée entre plusieurs petits princes feudataires du roi de Geyian, les Portugais entretenaient la mésintelligence entre eux, prêtaient leur appui à celui qui le réclamait le premier et s'emparaient des possessions du vaincu. Les Portugais, apportant dans leurs relations avec les insulaires Tesprit de rapacité et de fanatique intolérance qui leur était ordinaire, se rendirent odieux aux indigènes dont ils renversaient les temples et froissaient toutes les croyances, tous les usages. Vers 1654, Simon Correa, chef des Portugais, en était venu à enlever deux fois de vive force la ville même de Kandy, n^idence de la royauté chingulaise; ce fut alors que le roi Radjah-Singha accepta les propositions des Hollandais qui lui offrirent de le délivrer des Portugais. Ceux-ci furent entièrement expulsés en 1656. La joie qu*éprouvèrent les Chingulais fut sans bornes, ainsi que leur reconnaissance envers leurs libérateurs. Le roi de Kandy leur céda Trinkomalay, Pointe de Galle, Columbo et Negnmbo, avec une étendue considérable de terres d*un grand rapport. Les Hollandais prirent modestement le titre de gardiens des côtes; mais bientôt ils devinrent aussi odieux que les Portugais. Soit en guerre, soit en paix, ils parvinrent i irracher au roi de Kandy ses plus riches domaines, à lui enlever toutes les côtes et à le renfermer dans Tintérieur du pays. Par le traité auquel ils Pavaient forcé de sonscrire en 1766, ils l'avaient en quelque sorte réduit à n'être qu'un prisonnier dans la partie de ses États qu'ils lui avaient laissée ; il ne pouvait avoir de relations avec aucune puissance, et ils lui avaient imposé une foule d'obligations. En compensation ils reconnaissaient le i*oi de Kandy empereur de Ceyian et lui donnaient one longue suite de titres brillants, qui d'après le contraste qu'ils formaient avec sa position pouvaient passer pour autant d'insultes.
Les Kandiens essayèrent plus d'une fois de se procurer de meilleures conditions par la voie des armes; mais les Hollandais les repoussèrent constamment; enfin, les denx partis fatigués cessèrent entre eux toute communication. Telle était la situation des choses lorsque la Hollande, ayant épousé les intérêts de la république française dans la guerre de 1792, cette alliance fut le signal de l'attaque des colonies hollandaises dans les Indes orientales. I^s Anglais depuis longtemps convoitaient la possession de Ceyian; dès 1782, sous le règne de Radjahi-Radjah-Singha, ils avaient essayé de s'en emparer. Une escadre, commandée par sir Hector Munroe, avait rénssi à se rendre maîtresse de Trinkomalay, le principal port de l'Ile, l'un des pins vastes du monde, et d'autant plus important pour les Anglais, qu'il est le seul qui poisse offrir aux vaisseaux qui naviguent dans le golfe de Rengale un refuge assuré contre les tempêtes qui désolent ces mers à l'époque de la mousson nordouest; mais bientôt Suffren, commandant des forces navales de la France dans les mers de l'Inde, les avait délogés et avait rendu Trinkomalay aux Hollandais. Les Angbis furent plus heureux en 1796; ils débarquèrent à Negumbo; de ce port, le général Stewart se porta sur Columbo, chef-lieu des possessions européennes de Ceyian, et cette ville se rendit presque sans coup férir. Quoique la garnison hollandaise tût aussi nombreuse que le corps assiégeant, la trahison ouvrit aux Anglais
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les portes de Goiumbo ; le gouverneur Van Anglebeck signa une capitulation sans en prévenir ses officiers; le seul fait d'armes qui signala cette attaque, appartient à un colonel français, nommé Raymond, qui se précipita contre Tennemi à la tète de quelques troupes malaies, et, ne pouvant vaincre, mourut au moins en brave.
A la suite de ce pacte peu honorable, les troupes anglaises occupèrent Goiumbo; elles soumirent ensuite le littoral , possédé tour à tour par les Portugais et par les Hollandais, et depuis ce temps aucune puissance européenne n'a cherché à contester leur droit d'occupants , qui a été confirmé officiellement par le traité d'Amiens, en 1802. Les Anglais n'eurent plus à soutenir que quelques guerres intérieures contre les rois de Kandy, guerres qui souvent furent funestes aux premiers. En iSOi, après la prise de la capitale chingulaise par le colonel Johnston, un armistice fut conclu, et dura jusqu'en 1814, où le conflit recommença. Un détachement, sous les ordres du major Hook, se porta de Columbo sur Haugwaly, et plusieurs autres corps, au nombre de trois mille hommes, devaient lui servir de réserve; avec ces forces, le chef anglais marcha sur la capitale, s'en empara le 6 mars 4815, et fit prisonnier le roi Wikrimi-Radjah-Singha, dont la conduite, odieuse à ses sujets, avait beaucoup facilité la réussite de la conquête anglaise. Les trésors des anciens rois de Kandy tombèrent ainsi au pouvoir des vainqueurs, et une proclamation du lieutenant général Robert Brownrigg annonça aux insulaires la prise définitive de possession de Geyian au nom de George IIL Telle est l'histoire de Geyian, qui est aujourd'hui tout entière anglaise, mais dont la partie intérieure a cependant conservé l'ancienne dénomination de royaume de Kandy.
Parmi les arts, la peinture est le moins avancé chez les Chingulais; leur ignorance complète des lois de la perspective ne leur permet pas de réussir dans le paysage; et même, dans de simples figures isolées, ils n'ont guère plus de succès. Leurs dessins sont toujours incorrects, Teflet en est nul et souvent faux, car ils ne connaissent pas davantage les effets de la lumière et des ombres. Leurs efforts ont été plus heureux en sculpture. I^urs sujets sont presque tous puisés dans la religion; Timage de Bouddha est celle que leur ciseau reproduisait le plus fréquemment. Il est de ces figures construites en maçonnerie qui ont jusqu'à dix mètres de hauteur; d'autres plus petites sont en bois ou en marbre. I.<es artistes sont forcés de choisir entre trois postures consacrées, debout, assis ou dans l'attitude du repos; toute innovation serait sacrilège. Les statues sont coloriées et la pupille de l'œil est toujours indiquée par le ciseau du sculpteur.
L'art du fondeur a été poussé assez loin par les Chingulais; il s'exerce principalement à la production de petites idoles de bronze et de cuivre. On voit à Kandy une statue assise de Bouddha de grandeur naturelle, dont l'exécution est si parfaite, qu'au dire de Davy, elle serait admirée même en Europe.
En architecture, on peut dire que les Chingulais n'ont aucun caractère national; dans aucune contrée on ne peut voir une si grande variété de styles, ni des marques plus certaines d'une progression de l'art. Les temples creusés dans le roc, qui sont très-nombreux dans l'intérieur de Ceyian, peuvent, à l'exception de leurs orne-
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mente, être considérés plutôt comme Touvrage de la nature que comme celui de rhomme. Quant aux constructions, il en est qui rappellent les monuments monolithes de riude; en voyant les dewalès ou temples des dieux, on se souvient involontairement de Tarchitecture grecque, tandis que par les petites chapelles, appelées wikarèê, on est quelquefois ramené au styles chinois ; les temples de Bouddha ont de Tanalogie avec les monuments t^rtares; dans quelques ruines on trouve des arcs construite par encorbellement comme dans les plus anciennes constructions pélasgiques ou étrusques; et enfin, dans des monuments plus modernes. Tare à claveaux avec sa clef. En examinant les monuments antiques ivpandus sur la surface d(* Ceyian, il est facile de s'apercevoir de la décadence de rarchitecture depuis deux liècles. Tous les monuments publics de l'intérieur de Tile sont généralement petits et peu dignes d'intérêt. En gi^néral les monuments les plus remarquables de Tile de Geyian sont ceux taillés dans le roc, par lesquels nous allons conmiencer notre
Ce n*e8t que depuis la publication du voyage de Davy que nous avons acquis des m^ons exactes sur les temples souterrains de Ceylan. Les plus importants de tous, par leur perfection et leur ancienneté comme par leur complet état de conservation, sont ceux de Dambooloo, situés dans la partie méridionale de Tile, au sud-est de la irflle de Kandy. Le roc, ap|H'lé Dambooloo-GaUé , dans lequel ces temples sont creusés, est isolé presque de toute part, et d'une vaste étendue. Sa hauteur perpendiculaire au-dessus du terrain est d'environ deux cents mètres; très-peu de s(?s parties sont boisées, et en général sa surface est noii*e. Les temples qui ont donné la célébrité à ce lieu font partie d'une vaste caverne en partie naturelle, en partie artificielle, taillée dans le côté sud du roc, à environ cent di\-s(^pt mètres au-dessus du sol environnant. On s'en approche a l'est par une p<^nte douvv: qui aboutit à une étroite tentasse, entourée d'un mur bas, ombragt'e par des arbres et contenant dans son aire une citerne d'eau de i)luie et un très-petit temple.
L'intérieur des temples est caché extérieurement par un mur de plus de trent4;trois mètres de haut et de cent trente-trois mètres de long, [>ercé d'une inflnité de portes et fenêtres, défendu non-seulement par la con<*avité du rocher qui le supporte, mais encore par un gvossievvérandah consistant en un toit de tnik^s, supporté par des poutres; La terrasse et cette façade sont d'un as|)ect peu fnip|)ant, et ne préparent pas le spectateur aux merveilles qui l'attendent dans les temples. I>* Wîharé le plus éloigné de l'entrée a environ dix-huit mètres de long et neuf mètres de large; son toit écaillé, qui est très-incliné, a neuf mètres de hauteur; il contient dix figures de Bouddha et un dagobah (chapelle à reliques) très-soigné, d'environ quatre mètres de haut. Les figiii^es sont toutes bien exécutées et peintes des couleurs
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les plus brillantes; plusieurs soûl aussi grandes et même plus grandes que nature. Le toit, les parois du roc et de la muraille sont peints des mêmes couleurs, et couverts d'un grand nombre de Ggures de Bouddha.
Le mharè voisin, appelé Alut-Wiharè^ est séparé du précédent, moitié par le roc, et moitié par le mur de maçonnerie, dans lequel est percée une porte de communication. En entrant dans ce temple, on est étonné de reflTet que produisait rimmense surface de roc peinte des plus brillantes couleurs, et les figures nombreuses de Bouddha dans diverses attitudes et toutes coloriées. Le wikarè a environ trente mètres de long et^vingt-sept mètres de large ; son toit écaillé a environ douze mètres de hauteur. Les figures qu'il contient sont à peu près au nombre de cinquante; on remarque surtout une statue de Bouddha dans la postui*e du repos, la tête posée sur sa main droite et sur un coussin; sa taille bien proportionnée, mais colossale, n'est pas moindre de dix mèti*es. Plusieurs autres figures du même dieu, debout, ont environ trois mètres trente centimètres de haut ; toutes les auti*es sont de grandeur naturelle; plusieurs sont peintes d'un jaune éclatant; deux ou trois ont des draperies rouges, et cette différence de costume l'appelle les deux classes de lamas du Thibet, classes décrites par Turner, et qui se distinguent par des habits jaunes et rouges. Du côté oriental du temple, est une figure bien exécutée du roi Kirtissire, le dernier bienfaiteur de Dambooloo, représenté en grand costume. Entre ce temple et le plus voisin, il n'y a aucune communication directe; ils sont séparés par ine muraille en pierre. Le portail par lequel on entre à la façade est une voûte irès-haute, dont les côtés présentent des figures de portiers qui rappellent les Rechas des temples de Java. Ce temple, appelé le Maha-Radjah' Wiharè (le temple du grand roi), surpasse encore en magnificence le dernier que nous avons décrit. On sait que ce temple fut commencé, il y a environ deux mille ans, par le roi Walagam-Baboo; il a près de soixante-trois mètres de long, trente mètres de targe et quinze mètres de haut. Ici, Tobscurité ne vient pas ajouter l'illusion d'optique à sa grandeur réelle; le temple est parfaitement éclairé par les nombreuses fenêtres et les portes de la façade; il contient cinquante-trois images et un superbe dagobah, d'environ cinq mètres de haut. La base circulaire de celui-ci est ornée de quatre figures de Bouddha, regardant les quatre points cardinaux, et assises chacune sur un €o6racapello (1), dont le capuchon vient leur ombrager la tête. Ici, comme dans les autres temples, les images sont disposées en rang à une petite distance des parois, de trois côtés, mais non groupées; il n'y en a point du côté de la façade, excepté toutefois les statues de deux rois, qui s'élèvent debout contre le mur. La pi*emière est celle de Wallagam-Bahoo , le premier bienfaiteur de Dambooloo, figure sévère, revêtue d'un costume très-simple. Les oreilles sont longues et pendantes, suivant la coutume de Malabar ; un serpent entoui'e le corps et le cou , et sa double tête vient servir de [lendants d'oreilles. L'autre statue représente le roi Nisankai. Au côté occidental du
(I) Serpent de Tlle de Ceylan, remarquable par l'es|ièce de capuchon qui s'étend de chaque c6ié de sa iôle, ei qui lui a valu son nom.
temple, les figures sont an*angées sur un double rang. La majeure partie de ces figures représente Bouddha en diflerentes attitudes; quelques-unes sont grandes, mais la plupart sont au-dessous de nature. Une des statues est celle de Mitré-Deo- Rajooroowo, qui, selon la mythologie chingulaise, sera un nouveau Bouddha et le successeur de Goutama. On en voit aussi une de chacun des trois dieux de leur trinitéy Wishnou, Samen et Nata, vêtus, le premier en bleu, le second en jaune et le troisième en blanc. A Textrémité orientale du temple est une petite retraite, crensée également dans le roc, dont les mui*s sont couverts de peintures rappelant riiistoire de Ceyian, commençant à la période la plus reculée et la plus fabuleuse, et continuée jusqu'à Tintroduction du bouddhisme, l^s exploits du premier prince , Vkya-Radjah, ont fourni la plus grande partie des sujets; on y remarque surtout le voyage de ce héros, qui est représenté sur un balcon environné de monstres marins. La consécration de Ttle à Bouddha est figiu'c'e par un roi conduisant un charrue attelée d'une paire dVIéphants, et suivie de prêtres. Au côté oriental du temple, esl une source qui filtre au travers de ki voûte, et qui est alimentée par la pluie; à oiesure que Teau tombe, elle est reçue dans un bassin placé à cet effet. Gette eau eicdlente est devenue une source d'indulgences pour les Chingulais qui en boivent par dévotion.
Le dernier temple, appelé Dewaa-Uadjah-Wiharè est très-inférieur aux autres ious Ions les rapports; il a environ vingt-deux mètres de long, sept mètres trente centimètres de large et trois mètres soixante centimètres de haut; il n'otfi'e de remarquable qu'une figure de Wishnou, à laquelle, suivant la k^ende, ce dieu même aurait travaillé.
Nous avons déjà dit que sous l'ancien état de choses l'alliance de l'Église et du gouvernement était aussi étroite que possible; à l'appui de cette remarque, ou peut obierver que les Chiugulais paraissent considérer les temples comme inséparables des palais des rois. En cons('*quence, chaque résidence royale a son nombre fixé de temples, qui dans plus d'une occasion ont survécu aux palais mêmes dont ils faisaient partie. Les principaux temples de Kandy et de ses environs sont le Daluda-- Mûlegawa^ VAtgirte^Wiharè, le ISata-Maha- Wishnou, le Kalragam et le Patiné- Dewalh.
Le Dalada-Malegatta est le temple domestique du roi, et le plus vénéi*é de toute b contrée; car il contient la dent de Bouddha, le Dalada, cette relique fameuse, qui est considérée par les bouddhistes comme le palladium de l'Ile. Selon eux, à sa possession est attachée celle de Geylan , et dès que les Anglais s'en furent rendus maîtres, les Chingulais ne pensc^rent plus à se défendre et regardèrent les conquérants comme légitimes possesseurs de l'tle tout entière. Ce temple, assez petit, et à deux étages, est bâti dans le style de l'architecture chinoise. Ijb sanctuaire c»t une chambre d'environ quatre mètres carrés, située à l'étage su|HM*ieur, qui n'a |>oint do fenêtres, et dans laquelle ne |H'nètre jamais un rayon de la lumière naturelle. On y entre par des portes pliantes, revêtues de lames d'airain, et fermetés devant et derrière par des rideaux. La magnificence de ce sanctuaire d('*|>asse tout ce que p<'ul
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concevoir l'imagination. Ix* plafond et les murs sont couverts de brocart d'or, et partout on ne voit qu'or et pierres précieuses. Sur une plate-forme d'aivîron un mètre vingt centimètres de hauteur, et qui occupe à peu près la moitié de la salle, sont des fleurs disposées avec goût au milieu des objets sacrés, tels que de petites ligures de Bouddha, dont une de cristal de roche, et quatre ou cinq reliquaires, appelés Karanduas, pai*eils pour la forme aux Dagobahs, dont je parlerai plus tard, mais tous fort petits, à l'exception d'un seul, n'ayant pas plus de trente-trois centimètres de hauteur, et étant enveloppés de plusieurs mousselines. Le grand Karandua n'est pas l'ecouvert, mais il est d'une grande richesse; il a un mètre soixante et dix centimètres de haut et trois mètres trente centimètres de circonférence à sa base; il est d'argent fort épais et doré à l'extérieur ; il consiste en trois pièces diflër^ites qui peuvent être séparées les unes des autres. Le travail en est correct, mais simple; il est incrusté de quelques pierres précieuses, dont la plus belle est nn œil de chat (1), placé au sommet. Les ornements qui sont attachés au reliquaire sont extrêmement riches et consistent en chaînes d'or, supportant une quantité de pierres précieuses ; on remarque surtout un oiseau suspendu à l'une de ces chaînes et formé entièrement de rubis, de diamants, de saphirs, d'émeraudes et d'yeux de chat, enchâssés dans de l'or qui disparait sous la profusion de pierres. Vues à quelque distance et à la lumièi*e, les pierres du Karandua paraissent être d'une valeur immense; mais regardées de pi*ès, elles sont en général de qualité inférieure, et quelque&^nes des plus grandes ne sout que des lames de cristal coloré.
Le McUwatté' Wiharè et VAsgirie- Wiharé sont les deux principaux temples bouddhiques de Ceylan. Tous deux ils sont situés à une petite distance de la ville, le premier sur les bords du lac, et le second dans une petite vallée, élevée d'environ cent mètres au-dessus du niveau de ce lac et près de la redoute de l'est.
Le MalwaUé est un monastère ou collège, dans lequel résident ordinairement environ quarante prêtres. Deux autres petits temples y sont attenants, et près de ceux-ci est impoega, ou salle de réunion, soutenu par seize colonnes, chacune d'un seul morceau de huit mèti*es trente centimètres de hauteur.
L'.45^trt6- Wiharè est sous tous les rapports semblable au Malttatté, mais sur une plus petite échelle; ce temple est un beau bâtiment carré, dont le toit est supporté par seize piliers en maçonnerie, quatre de chaque côté; on y voit une figure de Bouddha en repos, haute de dix mètres, et plusieurs plus petites; elles sont toutes peintes en jaune, à l'exception d'une seule dont les draperies sont rouges. Les murs à l'intérieur du temple sont peints des couleurs les plus brillantes et avec beaucoup de soin. Contigu au temple est un très-petit wiharè, contenant une image de Bouddha assise les jambes croisées, à peu près de grandeur naturelle, et très-bien exécutée, particulièrement la face, qui est belle, mais dans laquelle on peut reconnaître le
(1) Variété de quarlz chatoyant d'un gris verdâtre, ou d'un jaune tirant sur le brun, avec des reflets blanchâtres ; cette pierre est fort rare et d'un assea haut prix ; les plus estimées proviennent de Ceylan et de Malabar.
type un peu sauvage des Chingulais. I>e cha({ue côté, et au-dessus de lui, plusieurs dieux représentés en haut relief semblent former son cortège.
Le Naia et le Patiné Dewalèg sont bien inférieurs aux précédents. Le Katragani a cela de remarquable qu'il est environné de maisons, tandis que les dewalès sont presque tous isolés dans un espace laissé libre entre la ville et le palais auquel ils servent d*omement, non tant par leurs bâtiments, que par les cocotiers et les ma^ gnifiques et immenses figuiers, arbres révérés des Chingulais.
A Trinkomalay est une chapelle dédic^e à Ganesa, qui oITre Ixvaucoup d'analogie avec plusieurs des dewalès de Tintérieur (voyez le frontispice). Non loin de là, on voit les restes d'une ancienne pagode indoue, située au point extrême du promontoire sor lequel est construit le fort Frédérics (voyez la lettre).
Plusieurs villes ruinées du royaume d(^ Kandy oHrent des rest(;s de )>agodes; tdles sont Aletty-Neour, entre Kandy et Trinkomalay, et Anourody-Borro, jadis résidence des rois de Ci'ylan, qui y avaient l(Hirs sépultures, et qui est située au nord de rilCy sur les confins du territoire de Jafnapatnani.
Les plus singuliei*s iM*ut-eti*e de tous les monuments religieux de Ct^lan, sont les éagobehê que déjà j'ai eu occasion de citer plusieui*s fois et que nous avons trouvés dans quelques temples de ITnde; mais ici, ces cha|x*lles à reliques sont souvent isolées, et ont la forme d'une clo<*he parfaitenn^nt caractérisi'c et i>os<'n* sur un soubassement (voyez le frontispice).
CONSTRICTIONS CIVILES.
Le plus beau monument civil que présente Tile de Ceylan est le palais de Kandy, résidence des rois. Ce palais {planche fO) occupe un terrain considérable ; sa façade, de près de trois cents mètres de dévelopiH^ment, est noble et imposante; elle est toomée vers les principaux temples et s'élève au-dessus d'un large fossé. Ij^s nmrailles qui entourent l'édifice sont percées de cavités triangulaires où l'on plaçait des lampes pour les illuminations. A une des extrémités, est un pavillon hexagonal à deux étages, appelé Pateripooa, dans lequel le roi, aux grandes occasions, apparaît au peuple assemblé dans la cour. A l'autre (extrémité du palais, est l'appartement des femmes, sur la façade duquel le soleil, la lune et les étoiles sont repn''sc*ntés en bas-reliefs, et dans lequel, aux fêtes publiques, le roi et ses fenmies se placent pour être témoins d(^ processions. L'espace intermédiaire est occuim'? par le Ikilada- Makgawa, et par la grande entm? du palais. On y [MMiètre par un pont-levis jeté sur le fossé, et par une arcade voùté<% massive, avec ({uelques degrés. Apn>s une seconde arcade, on trouve la salle d'audience qui im consene plus de tous s<'s ornements que les piliers de bois scuilpté, soutenant le plafond, et d'autres d(^grés conduisant au pavillon hexagonal et au temple. L<'s autres bâtiments situés dans 1 8
CEYI-AN.
<' snni iW chambres, dnt o
l'an-ièrtM-our, n'offrent aucune particularité: r tous soDibres et mesquins, €l presque en mine
I,'ai'chile<^turo domestique des Chingiilais n'a aucun raracliiv ; pailoul l'apj est sarritÎM? à la ron^-enance et à IVkrouomie. U-s plus belles muiMins, la plup^H in<*me de celles des chefs, sont en terre; elles sVWenl sur irne lerrasue, n'uni i|n'uri seul «Hage. cfluvert d'un toit de luïle; leur l'orme est celle «l'une eutvinte carrée, pn^sentant à l'intérieur un laiye i^nniUih. sur le({uel dnnnenl luntes les pieees. Une grande maisnti consiste en pltisieui-s de ces enceintes, communiquant entre elles par des passages. 1^ plupart des diauibres sont s^unhres, et seidemcnl értairéps pr df« ln<^rnes; le sol est d'argile, méli^ de bouse de vache, et les murs son! aussi couverts de la mi''niP roni[)osition ou d'une couche d'ai^ile blanche, rnsage de la chaux étant ^'Ker^'é aux palais et aux temples. Les habitations du peuple sonl en gc'uéral sur le m'orne plan, mais presque toujours couvertes en chaume.
Je ne (Jiirlerai pas des monuments rtinéniifes ni des eonstrnelions militaires de Oeylan, qui n'offrent aucune particularité digne de notre attention; mais en terminant, je signalerai les ponts de baml>ous. st Tréquemmenl jetés sur les torrents qui sillonnent cette tle (voyez la fignntn). et dont la légèreté est telle, qn'on ne pnl \oirs3ns élonncmenl des hommes assi'/ hardie p>>iii' contier leur l'u' :i de si fr^ Mipporls.
cap Jit\:i
'iLK «le J;iv:i est , a\ifi's celles de StJiiinâdin et de Mrj Bormki, la phis rnnsidéralili' de rai'elii|>el Aiti»-
Sj^ftffVj^!^- liqiif; plie leur est inrériewreen élendue. il est k ^Tk vrai, mais s» positinn plus centmle entre le
rontînent de l'Asie, In Noiivelle-llollande , les Iles des Ëpiees, la mei- des Indes et le Gmnd Ort'an. sa population, son agrienltnre, son in- : dnslrie, son conimeree. ses arts et sa civili- I satîon lui assurent le premier ran^; dans la T Malaisie. Java sVleod de l'ouest à l'est, en inrlinanl un peu au sud. Sa longueur depuis le r le d<'lr»il de Soilndii (I). jus4|u':i la pointe la plus orientale, e«l de
. sé,,.re
c(mt quatre-vingt-dourx' lieues marines ; sa largeur varie de seize à 8oi)Uiiite-«ix lieues. I..es indigènes désignaient jadis |>ar le nom de Java la partie orientale, par celui de Soûfula la partie occidentale, et pr celui de Tana la réunion de ces deux parties, à laquelle le nom de Java est appliqué aujourd'hui sans distinction par les Européens. I>es géographes persans rappellent Maharadji (le grand roi); les Arabes, Ojexyttt" el'Maharadjeh (Ile du grand roi), ou Saryrah.
La partie orientale de Tile, ou Java proprement dit, est beaucoup plus allongée et plus étroite (|ue Tautre, et se divise en deux poilions; celle du nord et de Test est soumise aux Ëuro|)éens; celle du centi*è et du sud a conservé son indépendance. 1^ population de Java, suivant le dernier recensement, est de cinq millions, dont plus des deux tiers forment la domination hollandaise.
l^'s principales villes sont Batavia, (|ui a succ^nlé à Bantani, Tancienne capitale, Sourabaya, avec une rade superbe, et Samarang, grande ville dont malheureusement le port est obstrué par un banc de vase.
I^s résidences de Djokjokarta et de Sourakurtu sont gouvernées par des princes javans, descendants des enip(*i*eurs de Matarem, qui, vei*s la fin du quinzième siècle, dominaient presque toute Tile de Java. A la suite de la guerre termim'^e en 1755, la compagnie hollandaise des Indes orientales partagea Tempire de Matarem entre Tempereur ou sousounan de Matarem et \o. soultlian de Djokjokarta. Sourakarta, «rapitale du premier, est une grande ville, ou plutôt une réunion de villages, dont la population est d'environ c(*nt mille ;\nies. Un nombre égal d'habitants occupe Djokjokarta, capitale du s<H.'ond État.
L'histoire de Java ne nous présente dans les [)remiers temps qu'un dédale de légendes fabuleuses, dans lecpiel il est impossible de ne pas sVgarer. Une chronologie suivie et complète, mais qui ne remoute cprà l'an 72 avant Jésus-Christ, nous a conservé cependant les noms de trente vhuit princes qui régnèrent à Java depuis cette époque (année première de l'ère javanaise) jusqu'à l'an 1200 de cette même ère,' environ 1100 après Jésus-Christ. Dans cette suite on i*emarque le fameux empereur Panji, célèbre dans les poésies javanaises, et plus tard Wedi, qui vers Tan 1221 de Java fonda la capitale d'un grand empii'e, auquel il donna le nom de Madjapahit (Amertume), et qui ne tarda pas à comprendre l'ile tout entière; cet empire survécut même à l'établissement du mahométisme, qui eut lieu vers la fin du quatorzième siècle. Quelque t(mips avant cette époque, la puissance de l'empire de Madjapahit était à son apogée; tous les archipels voisins, Bali, Flores, Sumbawa, Timor étaient ses tributaires. Mais cinquante ans après, une guerre de religion étant survenue, la vieille dynastie des rois de Madjapahit succombait sous les coups d'aventuriers mahométans. Les temples firent place aux mosquées, les souverains du pays aux sultans, et le grand empire de Madjapahit à l'empire de Matarem.
Dès le seizième siècle les Hollandais avaient fondé divers établissements à Malacca, à Madoureh, etc., mais ce ne fut qu'en 1010 que Pierre Both établit un comptoir dans l'Ile de Java, dont il devint le premier gouverneur. C'est ce comptoir, situé sur les bords de la rivière <le Jaccatra, (jui est devenu la ville de Batavia.
' MONUMENTS RELIGIEUX. (il
Depuis lors, les Hollandais eurent des luttes nonibi*euses à soutenii* <!outre les indigènes, les Portugais et les Anglais, mais presque toujours avec un succès constant. Enfin, en 1749, reinpei*eur de Java, à son lit de mort, abdiqua pour lui. et ses héritiers en faveur de la compagnie hollandaise des Indes orientales, la laissant libre de désigner son successeur. L'héritage ne put être recueilli sans diflicul(<'', et ce ne fiit qu'api*ès quelques années de guerre que les Hollandais, déiinitivemont maîtres de Java, purent en disposer, ainsi que nous Tavous dit plus haut, en se réservant la majeurte partie de Tile, et en partageant le reste enti*e les sousounans de Hatarem et de Djokjokaila.
La religion primitive de Java parait avoir été le culte de Siva et de Wishiiou, auquel bientôt vint se mêler la réforme bouddhique. Ottte religion fit elle-même place à rislamisme, et ses sectateurs sont aujourd'hui en très-|)etit nombres et regardés comme des idolàti'es. On ne compte plus guère que deux villages fidèles à la vieille religion l>ouddhique. L'une de ces tribus, uomnK'e Beduis, se trouve dans un endroit retiré de la résidence de Bantam, Tautre dans la partit* orientale de nie. Du reste les lois de Mahomet ne sont observées par les Javanais qu'avec une négligence fort |)eu orthodoxe, et ils sont loin d'en exiVuter à la lettre toutes les prescriptions.
Les anciens habitants de Java croyaient à la métempsycose, et par cons(''quent aux récompenses et aux peines d'une autre vie ; mais il ne parait pas qu'ils aient jamais imité les austérités et le fanatisme des Indous, «i ce n'est toutefois dans la barbare coutume des suUees, sacrifices affreux des veuves sur le bûcher de leurs maris.
Peu de contrées offrent dans un aussi petit espace autant d'aliments que Java à la curiosité de Tantiquaire. Le peuple qui habite cette ile ne parait certainement pas isivoir fait de grands progrès dans le dessin ni dans la iM^ntun*, et cependant, il n^est pas aussi ignorant que les Chinois des proportions et de la |KM'spective , et copie presque aussi bien qu'cnix les modèh^s qu'on lui donne. Mais il fut un temps où Tarchitecture et la sculpture brillèrent à Java du plus vif éclat. Des ruines de monuments magnifiques <'ouvrent sii surface, et |)lusi<Mirs sont dignes de rivaliser avec les plus rares merveiUes de l'Inde. Aujourd'hui, tout parait être am^anti, et à Texoeption des constnictions lourdes et sans élégance des Hollandais, et des Kratons, habitations des chefs indigènes, on chei'ch<*rait vainement (pieUpies traces (rarchitecture sur cette terre jadis si féconde.
MONUMKNTS HKLKÎIEl X.
Un seul temple souterrain, et d'une étendue assez médiocre, a été reconnu juscpi a ce jour dans l'ile ^ Java. C'est au fameux et infatigable voyageur Donieny de Rienzi quenousen devons la description, ainsicpiecelh'dela plupaii des monuments de Java.
Au pied de la colline de KIotoek, qui est une prolongation du mont Willis, à un peu plus de deux kilomètres à Touest de Kediri, est la grotte de Sela-Mangleng;
elle consiste en quatve petites chambres contiguês et semblables, rectangulaires et creusi'es dans le roc. La plus grande est longue d'environ sept mètres. Les murs des deux principales sont ornés de bas-reliefs ; dans le vestibule on voit un lingam, des réservoirs d'eau et quelques sculptures.
C'est surtout dans la partie orientale de File, et dans le district de Brambanan, que se trouvent la plupart des monuments de l'ancien culte de Java. On voit dans toute cette contrée des grouj^es de temples en pierre, avec une statue au centre, des ruines de temples en brique qui paraissent moins anciens, enfin des temples moins parfaits qui doivent se rapporter à une époque plus moderne encore.
A Brambanan même se trouvent deux temples de grandeur inégale, mais de même style. Le plus petit (voyez le frontispice) est une sorte de pyramide, composée d'un soubassement peu ('levé, de deux massifs quudrangulaires superposés et en retraite l'un sur l'autre, le tout terminé par une sorte de campanile circulaire. Son architecture extérieure est d'une grande simplicité, son principal ornement consiste en quelques figures colossales, sculptées en relief sur ses faces. Ce temple, comme la plupart de ceux de Java, est annoncé par des statues gigantesques de Rechas, gardiens du temple, que les sculpteurs indigènes représentaient accroupis, tenant à la main le cris, le fameux poignard malais.
Les ruines du grand temple couvrent une superficie considérable; elles sont remarquables par la pureté de leur style qui est noble, simple et dénué de cette profusion d'ornements qui écrase souvent plutôt qu'elle ne décore la plupart des monuments de l'archipel Asiatique et de l'Inde; il rappellerait plutôt le nympha de Zawau, dans le territoire de Carthage, que les pagodes de la côte de Coromandel (voyez la vignette, page 67).
Le tchandi, temple, deLoro-Djongraug, au nord de Brambanan, se composait autrefois de vingt édifices, dont douze temples; ce n'est plus aujourd'hui qu'une énorme masse de pierres, qui est cependant remarquable par la quantité de sculptures qu'on y rencontre, et par la hauteur de plus de trente mètres que conserve encore le temple principal. La statue de Loro-Djongrang, le même dieu que le Bahavani de l'Indostan, a dix bras; elle tient sous ses pieds un buflle, et terrasse par les cheveux le génie du mal. Aujourd'hui encore cette image est l'objet du culte des Javanais qui la couronnent de fleurs.
Toutes ces immenses constructions sont en pierres de taille sans mortier ni ciment, et la végétation vigoureuse qui s'en est emparée ajoute encore à ce que leur aspect a de pittoresque et d'imposant.
A huit cent cinquante mètres nord-nord-est de Loro-Djongrang sont des ruines plus surprenantes encore; je veux parier des Tchandi-Sivou, ou les mille temples. Nulle part peut-être, si ce n'est à Palmyre, on ne pourrait trouver un aussi grand nombre de colonnes, de statues, de bas-reliefs accumulés dans. un pareil espace. Ces monuments annoncent de l'invention, et quelquefois même du goût. Les statues
MONUMENTS REUGIEUX. 63
de Reehas ont trois mètres de haut, quoique agenouillées. M. Raflles a remarqué sur leurs figures une expression de gaieté qu'on ne retrouve pas dans les autres monuments de l'Ile, ni dans ceux de Tlndostan. La chevelure de ces figures parait entièrement bouclée; elle est si épaisse et si massive que les statues ont Fair d'être affublées d'une grande perruque, ce qui, avec les longues moustaches qui recouvrent leurs lèvres, leur donne une physionomie toute particulière.
Chacun de ces temples forme un parallélogramme qui a cent soixante-cinq mètres de long sur cent cinquante-six mètres de large; ils sont à peu près tous construits sur le même plan. Les costumes, les emblèmes des statues , tout rappelle les figun^s des temples indiens, et se i*attache évidemment au même cercle d'idées religieuses. La distribution intérieure, comme dans les temples de Loro-Djongrang, est en forme de croix, et la plus grande salle est placée au centra.
A Kalibening, village voisin de Brambanan, se trouvent les débris d'un temple pareil à ceux de Sivou et de Loro-Djongrang ; mais ses ornements annoncent plus d^habileté et un art plus avancé.
Dans la partie orientale de Java, dans la province de Kidou ou Kadou, près de Hagouclan, du confluent de l'Elo et du Praga, et non loin de la frontière des États du soulthan de Djokjokarta, se trouvent les plus célèbres et les plus imiK)santes ruines de cette fie. I^ temple de Borc^-Bodo (planche 17), dont M. Raflles place la construction du sixième au huitième siècle de l'ère javanaise, couronne le sommet d^une colline, qui parait avoir été aplanie, et forme dans son ensemble une pyramide rectangulaire, composée de sept enceintes ou terrasses en retraite les unes sur les autres, et terminée par une coupole qui recouvre le sommet de l'édifice, et dont le diamètre est d'environ dix-sept mètres. Cette coupole est entourée d'un triph* rang de petites toui's au nombre de soixante et douze, et surmontées chacune d'um^ petite coupole. Chaque coté du mur extérieur a à |K'u près deux cent sept mètres. Les parois des tours et des murs sont couvertes de niches contenant d(^s figures buniaines de proportion colossale, et assises les jambes croisées,. les yeux baissés, la tête roide, avec deux oreilles en saillie, et une coifl'ure qui ressemble à un bonnet phrygien; on en compte près de cpiatre cents. La hauteur totale du temple est d'environ trente4rois mètres. « Plusieurs ori(*nt;distes des sociétés asiaticpies de Bombay, de Calcutta et de l'Europe, dit M. dc^ Kienili, ont prétendu qu'il n'existait dans aucune partie de Java, pas même à Boro-Bodo, aucun monument du culte de Bouddha. Un brahmine, compagnon d(^ voyage de sir Stnmiford Raflles, probablement nourri dans la haine luVéditaire de sa caste contre les bouddhistes, lui dit que la coiflure artificielle de cheveux laineux, un des insignes de Bouddha que l'on voit sur quelques figures du temple de Boro-Bodo, faisait aussi |>artie de l'habillement des dévots du culte brahminicpie de l'indostan dans certaines expiations. Mais ce temple ressemble tellement par sa construction et par s(^s sculptures à ceux que j'ai vus à Ceylan, que je ne doute* pas qu'il ne fût dédié à Bouddha, ainsi que son nom semble l'indiquer. 1^; nom dv Boro-Bodo ne dériverait-il pas en effet de Bara- Bouddha, le grand BcMiddha? Ce temph^ d'ailleurs (»fl*i'e une
ressemblance presque entière avec celui de Bouddha, à Ga^a, dans l'Indostan. »
A peu de distance de Boro-Bodo est un plateau célèbre appelé Gouuong-Dieng, mont des dieux, ou Gounong-praho , barque des dieux, parce que sa forme a quelque rapport avec celle d^une barque. Ce plateau, qui s'élève à environ deux cents mètres au-dessus des plaines environnantes, et à trois cent trente mètres au-dessus du niveau de la mer, est couvert de restes de temples, de statues de la déesse Uourga, et d'autres sculptures assez bien conservées. Au centre, on trouve encore quatre temples plus intacts que les autres, et d'une architecture élégante. On y voit aussi les ruines de quatre cents petits temples disposés symétriquement, et formant entre eux de grandes rues régulièi'es.
Toute la contrée située entre Gounong-Dieng et Brambanan est couverte de ruines d'édiiices sacrés ; plusieurs villages entre Blédran et Jetis, sur la route de Banioumas, à travers le Kadoa, en offrent également. On y' rencontre à chaque instant des débris de murs, de corniches, de bas-reliefs et de statues. Selon la tradition, cette contrée aurait été la résidence des di^ux et demi-dieux de l'antiquité Javanaisç.
A l'est de Sourakarta, et près du village de Soukou, sur une des collines formant la base du mont Law^ou, s'élèvent des ruines aussi nombreuses qu'intéressantes. Une des constructions principales est une pyramide tronquée, qui s'élève au-dessus de trois terrasses superposées. Près de la pyramide, sont des sculptures, deux obélisques , des tougou ou bornes , et des piliers en partie renversés. La terrasse inférieure a environ cinquante-trois mètres de longueur et vingt-sept mètres de hauteur; la seconde est haute de dix mètres et .la troisième de quarante-trois. La porte d'entrée du monument a également une forme pyramidale; elle a deux mètres cinquante centimètres de haut , et un mètre de large ; une espèce de tête de gorgone forme la clef de l'archivolte. La base de la pyramide centrale est un cube de quatorze mètres cinquante centimètres de côté et de six mètres trente-trois centimètres de hauteur. Au-dessus règne une espèce de corniche d'un mètre soixante et quinze centimètres de hauteur, qui supporte le loit. Les côtés de la pyramide correspondent aux quatre points cardinaux; son sommet est orné, du côté de l'édifice, de deux serpents qui paraissent avoir servi de gargouilles. Une large pierre de deux mètres soixante et dix centimètres de long, ayant la forme d'une tortue, est étendue à terre de chaque côté de l'édifice principal. Le monument entier est couvert de représentations sacrées et symboliques.
(c II nous était impossible, dit M. Kaflles, de contempler ces sculptures sans être frappés des rapports qu'elles présentaient avec le culte de l'ancienne Egypte. La forme du pylône, ainsi que celle de toutes les ruines que notre regard embrassait, était pyramidale. Dans un monstre dévorant un enfant, nous retrouvions Typhon, dans le chien Anubis, dans la cigogne l'ibis. L'arbre même semble être le palmier par lequel les Égyptiens désignaient l'année; le pigeon, les vautours, les immenses serpents étaient tous des symboles du culte égyptien. »
On a découvert à Soukou et dans d'autres lieux une grande quantité d'inscriptions.
COJNSTKUCnOSS CIVILES. 05
Il y en a une seule en caractèivs anciens devangari; plusieurs en cai'actèivs (|ui paraissent avoir quelque rappoit avcr le javan niodenie; irauti^es en raraetères inconnus; d^autres enfin en kavi, ou anciens caractères javanais. Os inscriptions sont gravées sur la pierre; les dates qu'elles portent doivent s<' rap|)orter à Père javanaise; quelques-unes remontent jusqu'à Tan liO (44 après Jésus-Clirist).
Mentionnons encore les restes de temples de Djagou, de Baniou-Kouniug, de Kedal, de Sing'a-Sari, enfin ceux que Ton rencontre dans les districts de Madjapafait, de Japraya, de Chéribon, de Bawa, de Kalaugbret, de Trengali, Pranaraya, Magetan, etc.
Les mosquées maboniétanes sont en |)etit nombre à Java, et généralement d'une médiocre importance. On ne doit pas négliger cependant celle qui e\ist(>! à kediri, aous le nom d'Astana-Djedong ; elle est moins intéressante toutefois par elle-même que par les matériaux qui la composent, et qui proviennent d'anciens temples javanais qui existaient dans le voisinage et qui ont été détruits par le temps et par les hommes. On voit aussi à Java quelques |)etites mosquées, élevées par les Malais; Texemple que nous en donnons (voyex la lettre) donnera une juste idée de leur siml^icité et de leur petite dimension.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
En général les sépultures sont à Java d'une extrême simplicité; un entourage en bois, un petit amas de terre indiquent s(*uls remplacement de cbaqu<; tombe, qui rarement est surmont('*e même d'une pierre tumulaire ou d'une iiisiM'iption. I^^s seuls monuments remarquables en ce genre s'élèvent à Trangoulan, villag<' voisin des ruines de Madjapahit. On y voit le magnifique mausolét^ d'un prince mahométan ; la date de 1520 y est sculptée en relief en anciens caractèr(»s javans. Auprès de vv tombeau s'élèvent ceux de la femme et de la nourrice* de ce prince, (»t de neuf autres grands personnages. Ces monuments sont soignc^usement conservés pai* les prêtres auxquels on en a confié la garde. On i)eut encore signaler dans les environs de Chéribon le tomlx'au du célèbre cheik Monlaiig, (|ui pi'0|>agea le premier la religion mahonu*tane à Java.
Le sol de Java est couvert de ruines d'anci<*nues villes, souvent situi'rs dans les contrées les moins accessibles et au milieu d'innncnses forêts de* tekg; t(*lles sont encore celles qui se voient à Madjapahit, à S<'ntoul, à Gidah, à P<'natai*a, à Ma<li<in, à Kirtasaua, à Streng' at, etc., et surtout à Mendang Kamoulan, ville célèbre dans
tMi JAVA.
rhistoire de Java. Une antique tradition fait croire aux Javanais qu'on ne peut visiter les restes de cette dernière cité sans qu'il arrive malheur au profane qui ose fouler ce sol sacré. Toutes ces villes présentent, outre les temples que j'ai déjà signalés f des vestiges de constructions civiles, mais généralement presque informes, et dans un état de dégradation tel, qu'il est presque impossible d'en relever le plan et d'en déterminer la destination. Il est cependant deux palais qui se trouvent l'un et l'autre dans le voisinage de Brambanan, dont nous avons décrit les temples. Ces deux édifices |)euvent donner une assez haute opinion de la grandeur des anciens princes javanais. Le premier est à Kalibening; la partie la mieux conservée est une siiUe d'audience, construite en briques, et entourée de quatorze piliers; elle a douze mètres sur neuf mètres ti^nte-huit centimètres. Au dehors régnait une galerie oo vérandah, large de quatre mètres, soutenue par vingt-deux piliers. Le palais de Kalassan (planche 18) est plus riche en dcH'orations que celui de Kalibening; s'il n'est pas d'une très-grande étendue, il est remarquable par l'harmonie de ses lignes; il était orné d'un assez grand nombre de figures en relief, [..es fenêtres et les portes sont toutes carrées, et non à plein ceintre ; celle du milieu est surmontée d'un grand mascaron , et précédée d'un perron d<» cinq marches.
A Toumoung-Goung, non loin de Madjapahit, on a découvert les restes d'un bain où l'eau était amenée par six conduits. Los fontaines sont d<H;orées d'inscriptions et de Ggures d'un assez beau travail.
La plupart des villes dont nous avons dvjik indiqué les ruines présentent des restes plus ou moins considérables de leurs anciennes fortifications. Les murailles de Madjapahit subsistent encore sur une longueur de plus de trois cent trente mètres sur quatre mètres de hauteur; elles sont construites en terre cuite.
1 linos de forteresses portent en général, à Java, le nom de Kotah-Bedah (le fort f)ti ) ; c'est ainsi que l'on désigne les i*uines de Soupit-Ourang, où se retil'èrei liabitants de Madjapahit après la ruine de leur ville. Le mur de ce fort est r ut <n briques et placé entre deux rivières qui entourent les trois quarts
de sj onférence et se réunissent au-dessous de lui. Quoique ces constructions soient ^aiiières, leur assiette était bien choisie pour la défense; elles couvrent un espîi (IVmviron sept cents mètres de circonférence; la hauteur des murailles qui suiviî les irrégularités du sol varie entre seize et trente-trois mètres. La partie qui seule est pas baignée par les rivières, et dont le développement est de vingtcinq mètre: environ, a été munie d'un large fossé qui les réunit, et isole ainsi complétemchî la forteresse.
Aujourd'hui, dans les chefs-lieux de districts se trouve le kadaU)n, ou demeure du prince; cet «Vlifice est presque toujours fortifié; il est entouré de fossés et de
rts munis de canons. Quant uux Hollauduis, ils ont couvert \a partie du pays dont ils sont maîtres, d'une multitude de petits fortius, qui tirent leur plus graude force de leur situation au milieu des marais. La citadelle seule de Batavia est d'une vcrilabie importance militaire; ses remparts, garnis d'une nombreuse artillerie, conunaudent la ville et le port.