MOSQUÉES
Avant les mosquées, ou temples consacrés à la religion de Mahomet, nous devons décrire un autre monument, qui eut sans doute une destination analogue, et qui parait être le plus ancien édifice religieux, élevé dans l'Inde par les Musulmans, qui soit parvenu jusqu'à nous. Il est situé au Vieux Dehli, à quatorze kilomètres au sud de la ville moderne (planche 1). C'est une tour magnifique, de quatre-vingt-un mètres de haut et de quarante-huit mètres de circonférence à sa base; elle est connue sous le nom de KuUub-Minar, colonne de Kuttub ou Koutoub, fondateur de la deuxième dynastie patane, qui monta sur le trône en 1205. Rien d'ailleurs ne prouve positivement que la construction doive en être attribuée à ce prince ; mais enfin l'aspect du monument, et la confiance que l'on doit accorder, jusqu'à un certain point, à la tradition orale, nous permettent d'adopter cette hypothèse jusqu'à preuve contraire. Les beautés architecturales du Kuttub-Minar, sa hauteur, sa solidité, la valeur des matériaux employés dans sa construction, la richesse et la diversité des ornements, en font un édifice fort extraordinaire et sans doute une des plus belles tours qui soient au monde. Sur la partie inférieure sont gravées des citations du Koran ; à la place qu'elles occupent, il y aurait eu, dit-on, autrefois des figures en bas-relief, représentant des sujets de la mythologie indienne, et que l'art des dévots musulmans aurait su transformer en caractères arabes. C'est sur cette conjecture, au moins hasardée, que se sont basés les antiquaires, qui ont voulu voir dans le Kuttub-Minar un monument indou. Le voisinage- du tombeau de Koutoub nous semble une nouvelle preuve de l'origine du monument ; quant à sa destination , elle est encore plus incertaine ; cependant nous croirions volontiers que ce fut un minaret, séparé du corps d'une mosquée, comme en Italie nous voyons encore les
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clochei's isolés des églises auxquelles ils a|>|)artiennent. Il en était sans doute de niâme d'une tour à six étages qui existe pn»s de Tancienne cité de Gaur, et qui a publiée par Daniell.
La mosquée de Gazipour, ville situé<; sur le Gange, à environ vingt-huit mètres au delà de Bi'nan's, est un (Hlifiœ plus remaitiuable par sa singularité que |>ar sa beauté; ses minarets surtout, (*om|N)s<'*s d'espèce de chapiteaux corinthieus supeq)os(''S, sont d'une bizarn*rie sans exemple.
La mosqui'^e de Mustapha-Klian (planche H), qui s'élève au centre de la ville de Bejapour ou Visapour, est un Im'1 édifice du seizième siè(ie. Ije temps qui a exercé ses ravages sur les ('^difices, qui de tous côU's n'offrent plus que des monceaux de ruines, semble avoir épargné la mosquiV, dont les inui*s sombres et presque intacts s'élèvent au milieu d'une terre de di'solation. Ce temple est imposant et d^une belle proportion; ses ornements extérieurs, moins brillants que ceux de plusieurs autres édifices du voisinage, sont simples et de bon goût, et on trouve une grâce toute particulière dans la forme et les d(H!orations du dôme. I^s arches hautes et étroites qui ornent la façade et tout l'intérieur, s'i^rartent du style ordinaire et sont d*uo excellent effet.
Nous arrivons au dix-septième siècle, qui, étant l'époque de la plus grande splendeur de l'empire moghol, doit par conséquent nous offrir les plus beaux monuments de toute cette période.
Je ne ferai que signaler, en passant, la Moutie-Muyid, mosquée majestueuse, coustiiiite par Shah-Jehan, dans la ville d'Agrah, pour me hâter d'arriver à la Juhtna-Mesjid, Tune des plus belles mosquées de l'Indostan (planche 9). Lorsqu^en iG31, Shah-Jehan eut fondé la moderne Dehii, qui reçut en son honneur le nom de Shah-Jehanahad, il y éleva cette admirable mosquée, qui coûta la somme énorme, surtout alors et dans ce pays, de 3,000,000 de francs. A cet édifice si élégant, et d'un si riant asiK'Ct, se rattache un bien triste souvenir. Ce fut devant la Juhnw^Mesjid qu'en 1739 le conquérant persan, le sanguinaire Nadir-Shah, vint s'asseoir pour assister au massacre des malheureux habitants de Dehli.
Près de RajemaWl, on voit une mosquée, dont le goût et le style indiquent suffisamment qu'elle fut érigée par un des plus grands protecteurs des arts dans Tlnde, Sultan-Sujah, troisième fils de Shah-Jehan, et frère d'Aureng-Zeb.
Ce monument le cède cependant à V Aioula^Khan-Mesjid , l'un des plus magnifiques temples de l'Indostan, élevé à Juanpour, ville située â cinquante-six kilomètres de Bénarès. La somme dépensée pour sa construction ne fut pas moindre de 20,000,000 de francs. Cette mosquée est en grande vénération parmi les Musulmans, qui pour la sainteté la placent immédiatement après le sanctuaire de la Mecque. Son aspect extérieur est celui d'une forteresse; les deux grosses tours carrées,, qui flanquent la façade, sont réunies par une grande arcade en ogive, disposition que nous retrouverons à la porte du Cotillah de Firoz-Shah, lorsque nous traiterons des constructions militaires. La terrasse qui surmonte, cette arcade tient lieu de minaret pour appeler à la prière. 1^ plus belle partie de l'intérieur de l'édifice
MONUMENTS FUNÉRAIRES. i»
est la nef du milieu {planche 10), qui s'élève à une grande hauteur, et se divise eu plusieurs galeries superposées; elle est surmontée d'un vaste dôme, richement orné. Le soubassement de cette nef est un carré, élevé de sept mètres au-dessus du sol, et dont les angles sont coupés de manière à eu faire un octogone irrégulier; le second étage offre seize côtés, et les étages supérieurs vont ensuite augmentant tou* jours le nombre de leurs angles, jusqu'à ce que ceux-ci deviennent insensibles à l'œil, et que le haut de l'édifice paraisse entièrement rond à la naissance de la coupole. Hodges dit que cette mosquée fut fondée en 1594 par Chaja-Jehan, vizir de Mohammed-Shah; le fait est possible, mais le style du monument que nous voyons aujourd'hui semble indiquer qu'il aurait été reconstruit, et nous préférons adopter l'opinion de Daniell, qui ne fait remonter qu'au dix-septième siècle l'époque de sa construction.
Depuis la prise de Bénarès par Aureng-Zeb, à la moitié du dix-septième siècle, l'architecture musulmane, avec ses constructions élégantes et aériennes, est venue se placer au milieu des monuments, en général lourds et incorrects, de l'art indien. Une mosquée appelée la Meqid, bâtie par Aurçng-Zeb sur les ruines d'une pagode, pour humilier le fanatisme opiniâtre des Indous, lance dans les airs ses hardis minarets, comptés aujourd'hui parmi les merveilles de la ville; c'est le seul des monuments mahométans de Bénarès qui soit remarquable par sa grandeur.
On voit dans la ville de Hadoureh une magnifique mosquée, qu'on dit avoir été bâtie par Abdul-Nubbi-Khan, l'un des foudjars (1) d'Aureng-Zeb ; cette mosquée, qui a aussi remplacé un magnifique temple indien, est d'une belle construction. Le corps de l'édifice est quadrangulaire, il est flanqué de quatre superbes minarets de trente-cinq mètres de haut.
C'est aussi au règne d' Aureng-Zeb qu'on doit rapporter la belle moscpiée, revêtue de marbre blanc, qui existe à Aureng-abad, dans le Dekan.
Enfin, parmi les monuments de ce genre élevés au dix-huitième siècle, je signalerai la mosquée de Luknow et celle bâtie par Hyder-AIy dans le district de Caimbataur. Celle-ci est le plus bel exemple de l'arcHitecture moderne des Musulmans de l'Inde. La façade est surmontée de deux élégantes tours octogones d'un diamètre plus grand que n'est ordinairement celui des minarets, et qui m'ont rappelé d'une manière frappante les jolis campanili qui décorent les églises de la rivière de Gènes à Chiavari, à Sestri, etc.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
Les constructions funéraires des Indous sont d'une très-grande simplicité, et complètement insignifiantes. Quelques tombeaux un peu plus considérables, mais
(f ) Od ap|:»ene ainsi Tofficier chargé de dresser el diriger une trou|>e d'élépbaols.
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d^une architecture lourde et massive, furent seulement élevés quelquefois sur les restes des sutties, des malheureuses femmes qui s'étaient brûlées sur le corps de leurs maris, et au lieu même où s'était accompli leur sacrifice plus ou moins volontaire. Ces tombeaux se composent généralement d'un soubassement carré, sonnonté d'une sorte de dôme à quatre faces , supporté par quatre piliers. C'est donc diei les Musulmans que nous devrons chercher de véritables mausolées capables de figurer avec honneur auprès des grands et majestueux monuments dont le sol de l'Inde est couvert. Il est fort difficile en général de les séparer des mosquées, avec lesquelles il arrive souvent de les confondre; le style en est le même, et la plupart des tombeaux sont en même temps des mosquées.
Le plus ancien qui soit parvenu jusqu'à nous est celui deToglok-Shah, prince de la première dynastie patane, assez célèbre au commencement du neuvième siècle. Ce tombeau est élevé non loin de Dehli , dans le fort de Toglok-abad, dont ce prince était le fondateur. Son architecture est massive, solide et simple, sans cependant exclure un certain air de grandeur répandu dans tout son ensemble, et que fait encore plus valoir aujourd'hui la solitude agreste qui l'entoure.
Les ruines du Vieux Dehli possèdent encore quelques beaux tombeaux bien conservés, qui furent consacrés à la mémoire de princes de la seconde dynastie patane, qui, comme nous l'avons vu, occupa le trône de 1205 à 4398. On y voit aussi le mausolée de marbre qui contient les restes d'Emir-Kusero, prince de Samarkande, qui mourut en 4339; c'est un grand édifice rectangulaire, n'ayant qu*un rez-dechaussée, et présentant à chaque face cinq arcades ogivales; son aspect est plutôt celui d'un bazar que celui d'un tombeau.
La ville de Sasseram est située dans le canton de Shah-abad, qui fait partie de la fertile et pittoresque province de Behar. Le monument le plus remarquable qu'on y voie est le mausolée de Shyr-Khan ou Shere-Shah, cet usurpateur qui, en 1541, renversa de son trône Houmaïon, le second prince moghol. Prévoyant sans doute le revirement de fortune qui suivit sa mort, Shere-Shah avait eu le soin de se faire lui-même élever une sépulture de son vivant. Ce mausolée magnifique se dresse au centre d'une vaste esplanade entourée d'un mur solide de maçonnerie, de plus de douze cents mètres de circonférence. Le dôme est d'une élégance remarquable ; il est posé au milieu de trois étages de terrasses, garnies de campaniles ronds à des intervalles égaux. L'édifice octogone est flanqué, à chaque angle de son soubassement carré, d'une espèce de temple à dôme, presque égal en beauté au dôme principal. L'intérieur est fort simple , vaste et sombre , et répond mieux que l'extérieur à sa destination funéraire. Malheureusement ce mausolée, aujourd'hui abandonné, se d^ade chaque jour, et finira bientôt peut-être par n'ofii*ir plus que des ruines.
Le plus beau mausolée élevé dans l'Inde au seizième siècle est celui de l'empereur Akbar, à Secundrii, à environ huit kilomètres d'Agrah. Ce tombeau fut commencé par Akbar lui-même, qui y employa vingt-deux années, et laissa à sou fils Jehan-Guir le soin de le finir. Ce monument présente une porte à chacune de ses quatre faces ; toutes quatre sont, ainsi que les angles, surmontées de grands pavil-
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loDS. L'édifice a cinq étages, qui diminuent graduellement. Le dôme de plusieurs pavillons est de pierres rouges, entrecoupées de morceaux de marbre blanc. Le cinquième étage est entièrement de ce même marbre ; son intérieur est incrusté de marbre noir, sur lequel sont tracés des versets du Koran. Plusieurs autres tombeaux l'entourent ; ils furent élevés par Akbar pour contenir les restes de plusieurs de ses favorites.
C'est aussi aux environs d'Agrah qu'est le célèbre Taje-Mah'l, le plus magnifique de tous les mausolées de l'Indostan; il fut construit au commencement du dixseptième siècle par l'empereur Shah-Jehan pour lui-même et pour sa sultane bienaimée, Arjemonde-Banou. Cet édifice coûta, dit-on, au delà de 20,000,000 de francs, et sa construction dura vingt ans et quatorze jours. Shah-Jehan, pour subvenir à cette colossale entreprise, obligea ses ennemis vaincus à lui fournir tous les matériaux dont ils pouvaient disposer. Le Taje-Mah'l est construit entièrement en marbre blanc; il s'élève sur les bords de la Juhma, qui coule majestueusement au pied des quatre minarets placés aux angles de la base carrée qui supporte le monument. Le dôme qui s'élève au centre a environ vingt-quatre mètres de diamètre. Le mur du parvis dans l'enceinte duquel il est situé est haut de vingt mètres et construit en pierre rouge. Dans ce mur on a pratiqué une entrée un peu trop étroite ; c'est un guichet de marbre noir et blanc, fermé par une porte à deux battants de bronze, et surmonté de plusieurs dômes d'une superbe architecture. De ce portail, dit Caunter, à qui nous empruntons la plus grande partie de cette description, on passe dans les jardins; et c'est là qu'apparaît tout à coup, dans sa grandeur sans égale, le Taje-Mah'l, chef-d'œuvre du goût et de l'industrie humaine. Posé sur une énorme base de treize mètres de haut et de trois cents de long, la masse prodigieuse de marbre poli s'élève hardiment et domine la rivière, qui ajoute encore à sa majesté en réfléchissant ses beautés dans le cristal des eaux. En dépit des préoccupations du goût européen, on se sent confondu à l'aspect d'un ensemble aussi frappant de magnificence et d'élégance architecturale. Toutes les parties de l'édifice qui paraissent blanches sont de marbres amenés par terre du pays de Candahar, c'est-àdire d'une distance de près de cent myriamètres ; les parties rouges sont construites en pierres tirées des montagnes voisines, appelées Newat. Le dôme principal était surmonté, dans l'origine, d'une aiguille et d'un croissant en or. L'un et l'autre furent enlevés par les Mahrattes, et remplacés par un ornement analogue, mais en métal doré plus commun et moins susceptible de tenter la cupidité. De grandes déprédations ont été commises au Taje-Mah'l à diverses époques par les Mahrattes et les Jauts, qui furent en possession d'Agrah pendant un assez long temps. Ces dévastations ont été réparées, quoique imparfaitement, par la munificence de la compagnie des Indes, qui en 1714 avait déjà consacré à cet objet plus de 300,000 francs.
Le mausolée de Mucdoom-Shah est célèbre par sa beauté; il fut construit au commencement du dix-septième siècle , sous le règne de l'empereur Jehan-Guir, par Mucdoom-Shah, gouverneur de la province; il est situé à Moneah, ville sur la Soane, à peu de distance de son confluent avec le Gange. Près de là est aussi la ville
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de Mankeer, où s'élève on tombeau-mosquée, érigé en I6I7« par JehaA-Gttir, poar servir de sépulture à lui-même et à sa famille; il est maintenant en fort mnimis état*
Près d'AUah-abad est le tombeau de la femme de Jehan-Guir; il est composé de deux terrasses en retraite Tune sur l'autre , et surmontées d'nne espèce de temple ii jour, soutenu par des piliers d'une grande légèreté. Les mausolées des deux fib di même empereur, Sultan-Kusero et Sultan-Purveiz, morts en 1091 et 1090, se voient non loin de là dans une même enceinte ; ils se composent Ton et Fantre d*n grand soubassement carré, surmonté d'un dôme, et flanqué de quatre campaniles.
La mosquée d'Aureng-Zeb, à Aurengni^Hid , a servi de tombeau à la première femme de cet empereur ; c'est un des plus riches monuments de l'architectare moresque. Le corps de l'édifice est carré en dehors, octogone en dedans; à chaque angle de la terrasse qui le porte s'élève un hardi minaret ; les marbres employés dans la construction de la mosquée ont été apportés du Lahor, et leur wojBge tt*a pas duré moins de quatre mois.
La ville de Bejapour renferme une foule de mausolées; le plus remarquable est celui de Mohammed -Shah, mort en 1747 {planche il), et celui dlbrahim-Pacha, qui est peut-être plus élégant encore, quoiqu'il le cède au premier en richesse (planche 42).
Enfin, en terminant, je signalerai encore à l'attention le tombeau de Nnjib-nd- Dowlah, près de Nujih'abad, ceux des environs de Cawnpaur, de Bénarèê, de Btgemah'l et de Luknaw, enfin le magnifique mausolée d'Hyder-Aly, qui s'élève auprès de Seringapatnam. Cet édifice n'était pas encore entièrement terminé quand Hyder- Aly mourut, le 2 décembre 1782; il fut achevé par son fils, Tippoo-Saib.
Le palais le plus remarquable de tout l'Indostan est celui des anciens radjahs de Madoureh, élevé par Trimal-Naik, ou plutôt Tremoula-Nayaka, l'un de ces princes, qui mourut en 1664. Ce palais, ainsi que les autres édifices de Madoureh, a surtont eu beaucoup à souffrir des invasions des Polygars, de 1740 à 1760, et n'est plos guère aujourd'hui qu'un amas de ruines. La partie la mieux conservée est une vaste salle, de forme rectangulaire, dont la disposition est la même que celle des basiliques antiques, mais dont le style rappelle surtout les monuments élevés par les Mores sur le sol de l'Espagne.
Le palais de Shah-Jehan, à Dehli, et celui élevé par Hyder-Aly et Tippoo-Salb, à Bangalore, peuvent seuls rivaliser avec celui de Madoureh.
Il est une sorte d'édifice fort répandue dans l'Inde, et que les indigènes nomment Ch(mUry ou Tchoultry, nom que les Français ont dénaturé et changé en celui de Chauderie. Les ChouUry sont dans l'Inde ce que sont les carapansèrais dans la
Perse et l'empire ottoman, une espèce d'auberge pieuse, ouverte à tous les voyageurs, à quelque pays, à quelque religion, à quelque rang, à quelque caste même qu'ils appartiennent; on doit ajouter, il est vrai, qu'il ne faut pas s'attendre à y trouver autre chose qu'un abri ; le voyageur qui ne porterait pas avec lui son lit et ses provisions serait sûr de se passer de dîner, et de coucher par terre. Ces édifices sont quelquefois d'une élégance, d'une richesse dont nous ne pouvons nous faire idée; tel est surtout le Choultry de Madoureh, dont les fondations furent Jetées en 1623, par Triraal-Naik II, qui y consacra vingt-quatre millions en vingt-deux années. Il forme un carré long, soutenu par cent vingt-quatre piliers de granit, .disposés sur quatre rangs, supportant un toit plat. Des figures, toutes variées, couvrent ces piliers et représentent tous les personnages de la mythologie indienne et les principaux faits qui ont illustré la famille des rois de Madoureh, Cet édifice a beaucoup souffert pendant l'expédition que les Anglais entreprirent contre Madoureh, en 17oi , et dans les guerres que se faisaient très-fréquemment les princes indigènes avant de passer sous le joug des Anglais.
Après ce Choultry, les deux plus remarquables sont celui de Rajemah'l, dans le Bengale, élevé par Sultan-Sujah, fils de Shah-Jehan, et celui de Ramiseram, qui brille surtout par sa légèreté et son élégance, que fait encore valoir sa position au sommet d'un rocher avancé dans la mer.
M. Hodges parle d'un hoummaoun ou bain, qui, autrefois, appartenait à un des principaux personnages d'Agrah ; ce bain était entouré de colonnes du plus beau marbre, et lorsque l'artiste anglais le visita, plusieurs morceaux de lapis-lazuli brillaient parmi les ornements d'architecture moresque; on y voyait aussi des fleurs en mosaïque parfaitement imitées.
Valentia signale plusieurs autres bains du même genre.
Le Man-mundil, ou observatoire de Bénarès, se fait remarquer par l'élégance et la richesse de ses ornements, et surtout de ceux qui décorent ses balcons. On ne pourrait pas dire la même chose de l'espèce d'académie ou d athénée, élevée au dix-huitième siècle à Muxad-abad par Jaffier-Cawn , nabab du Bengale. Cet édifice est lourd, massif, et semble composé d'un grand soubassement, portant une rangée de ruches. M. Hodges en a donné le dessin.
Les Indous déploient un grand luxe dans des constructions qui sont complètement négligées des Européens, et n'offrent chez eux que de simples bâtisses sans ornements d'aucune sorte : Je veux parler des escaliers ou rampes qui descendent des villes au bord des rivières et qui ont reçu le nom de Ghaut, Ces Ghauts, surtout ceux qui conduisent au fleuve sacré du Gange pour faire les ablutions, sont souvent d'une architecture magnifique, et surmontés d'une espèce de palais, traversé par une porte monumentale. Tel est le Ghaut de SchewaUah, à Bénarès, dont la disposition offre quelque analogie avec celle de l'église et de l'escalier de la Trinité du Mont à Rome. Celui de la ville de Hurdwar ne manque pas non plus d'élégance, et on pourrait en signaler de remarquables dans presque toutes les villes de quelque importance.
Quelques mots encore sur deux ponts qui nous ont paru dignes d'attention. L'un I »
d'eux est à Juanpour, sur la rivière Goomiy; une inscription persane nous a| qu'il fut bâti par Khan-Khannah, vizir du sultan Akbar, et subab de la province d*Oude, Tann^ 975 de Thégire, 1567 après Jësus-Christ. Les arches sont fort étroites, et cependant telle est la solidité de leur construction qu'elles ont résisté k la rapidité des eaux, qui souvent, dans certaines saisons, passent même par-dessus la chaussée. Cette chaussée est parfaitement horizontale, bien différente en cela de celle du pont jeté par Sultan-Sujah, sur VOdaaO'Nullah, près de Rajemah'l, et dont la forme rappelle celle des ponts chinois; il n'a que trois arches en ogive : celle du milieu, qui est plus grande et très-élevée, est flanquée de quatre contre-forts surmontés dW^nts campaniles. Ce pont est devenu célèbre par la victoire que le major Adams y remporta, en 1764, sur les troupes de Cossim, nabab du Bengale (voyez la vignette, page 36).
Llndostan est couvert de petits fortins en terre, construits dans différents temps par les Zémindars, qui s'y retiraient souvent pour éluder le payement de leurs redevances, sous prétexte de mauvais traitements essuyés de la part des nababs et autres gouverneurs; tel est celui de Péteter, dont Hodges nous a laissé le dessin; mais ce pays renferme aussi une assez grande quantité de forteresses importantes et construites à grands frais. Ces forteresses sont en général plus imposantes par leur masse que par l'habileté avec laquelle elles sont disposées pour la défense ; elles consistent pour la plupart en plusieurs enceintes, placées les unes derrière les autres, mais que l'éloignement des tours ou bastions et la longueur des courtines permettent de battre facilement en bnkhe.
Le plus ancien fort dont nous connaissions la date est celui de Toglok-ahad, près de Dehli, élevé par Toglok-Shah au neuvième siècle; sa bâtisse est d'un genre hardi* et ses murailles massives pouvaient défier tous les moyens d'assaut connus à cette époque reculée.
Le fort de Chunar-Gour, situé sur le Gange, environ vingt kilomètres au delà de Bénarès, est construit sur un rocher et entouré d'une muraille flanquée de tours rondes à différentes distances. A l'extrémité du fort qui domine la rivière, s'élève la vieille citadelle, qui fut autrefois de grande défense. Ce fort, bâti par les Indous, passe pour très-ancien. Dans l'intérieur est un autel, consistant en une table de marbre noir, sur laquelle, selon la tradition, la divinité tutélairedu pays est assise continuellement, sauf depuis le lever du soleil jusqu'à neuf heures du matin qu'elle est à Bénarès. Cette superstition fait penser que ce n'est que dans cet intervalle qu'on pourrait se rendre maître du fort. On trouve en divers endroits des sculptures antiques fort mutilées, et des inscriptions anciennes en langue persane, indiquant le nom de ceux qui, à diverses époques, ont restauré la forteresse.
CONSTRUCnONS MILITAIRES. 35
Le fort de Gwalior, situé au centre de llndostan, à quatre-vingts milles d^Agrah, a joué un grand rôle dans Thistoire de ce pays; il remonte à une époque fort reculée, car on sait qu'il fut pris par famine en 1008. Les Anglais s'en emparèrent le 4 août nSO; des additions successives en ont fait une des places les plus fortes de rindostan.
Nous donnons (planche 13) un exemple de Tancien système de fortifications des Indous. C'est la porte du CotiUah (habitation fortifiée) de Firoz-Shah, prince de la seconde dynastie patane, qui le construisit en 12^0, à peu de distance de Dehii. La porte occidentale du fort de DehIi, construit par Shere-Shah au seizième siècle, offre absolument le même style et la même disposition.
C'est aussi à Firoz-Shah qu'on doit le fort de Juanpour, situé sur la GoonUy, à environ vingt-huit kilomètres de son confluent avec le Gange, et l'un des plus importants de la contrée. Telle est la force de l'assiette naturelle de cette forteresse qu'elle commande tout le pays jusqu'à Luknow et Fizabad. Elle fut pendant quelque temps le siège d'un empire; Chaja-Jehan, vizir du sultan Mahummed-Shah, pendant la minorité de son fils Mamood-Shah, prit le titre de SuUan-Shirki, ou rot de VEst, et fixa sa résidence à Juanpour, vers l'an 1393 de Jésus-Christ.
La forteresse de Bidzi-Gour est située sur une colline élevée, à environ quatrevingts kilomètres au sud-ouest de Bénarès. On y arrive de cette dernière ville en traversant une vaste plaine; une rivière large et rapide coule au pied de la colline; elle porte an pont massif, composé de onze arches en pierre ; ces arches sont hautes et étroites, et se terminent en ogive. L'entrée du pont est défendue par un guichet massif et élevé, flanqué de chaque côté d'une demi-tour circulaire. Le fort par luimême est peu de chose à cause de son peu d'étendue; mais sa position le rend presque imprenable ; il est construit sur le sommet d'une hauteur, et c'est à peine si on l'aperçoit du pont, étant en partie masqué par la forme irrégulière du rocher élevé à pic qui lui sert de base; il n'est accessible que par un seul sentier, si étroit qu'il ne peut donner passage qu'à deux personnes de front, et si escarpé qu'un très-petit nombre de soldats peut le défendre contre un corps d'armée.
Le fort de HAotaf-Gotif est, comme celui de Bidzi-Gour, bâti sur le plateau d'une montagne, mais il est beaucoup plus grand, car il comprend un espace de plusieurs milles, et contient plusieurs villages et une population assez nombreuse. Il est défendu de tous côtés par un mur d'énorme épaisseur, excepté aux endroits où l'escarpement du précipice offre une barrière naturelle aux approches d'une armée ennemie. Rhaiai'Gour est un des sites les plus pittoresques qui existent au sud de l'Hymalaya.
Le fort d'Agrah fut érigé vers l'an 1560 par l'empereur Akbar, sur le bord de la Juhma; il est situé vers le côté oriental de la ville, et à ses deux extrémités commence un mur qui entoure la ville en forme de demi-cercle presque complet. Ce mur, aussi bien que la forteresse même, se trouve flanqué de plusieurs tours rondes et placées à égale distance l'une de l'autre. Le fort est entouré d'une double muraille et d'un fossé profond du côté où il n'est pas défendu par la rivière. Ces fortifications très-négligées sont aujourd'hui en fort mauvais état.
k MonghtfT, «ir If s \mrA% du Gan^i>, ^ i>iiviran i|iiiiliv (-enlit kilomolrcs de ta, existait cJo temps imriM'marial une fartcrciuw' qui a été rii'oiislruiUf par Sultan-Sujyli , aa dis-scptit'tne siiVlir. Ofort, d'une grande importance, n'a pi depuis re Icmps subi le mointlre rhanf^empul, et an |>ent le regardnesemple camplpl du syab-rac (Ii> fortifM'.it ion (l<>s Musulmans de l'Indi*. JVxi de beaucoup les ttonies dans lesciuelles je dois me renfermer %\ jVnuméraîx innombrables rortert'sses p'-pandues sur Ip sol de l'Indoslan; qu'il m« soit seulement de signaler en terminant telles de (mut, lYAUah-ahad et de (ioUvHdê.
C'est par elles qne nous arbevons noire revue des monuments de l'Inde propr» ment dite; quelque» monuments d'un strie et d'une origine analogues nous rpstcat e dans les pays voisins; nous romroeneerons par crus de rAfglianistao el de e Oyian.
^^Bdérrire dai ^^He lie Oyii
N donne géatTalenienl le iiimi (l'AI'ghunislau au pays situé entre la Perse, le Thibet et rtiidc; quoique cette dénominati»ii ne soit pas assez gi-of^rale pour pouvoir s'appliquer rigoureusement à ttiute la (-entrée, puisque cette n'gio» est hahil<« eu gmnde partie par des peuples de raees différentes, on s'en t«'it cependant plus volontiers que des noms de Khoraçun ou de KulKinlistan ; mr le Kbor.ii.'un ne s'étend pas jusqu'à riiidus, et le Kaboulistau est à peu pi-ès borné au territoire qui entoure la ville de [Kaboul. Kiiiisjclicr'm.sru même temps un coup d'œil SHr les monuments du Penjab, s royaumes de Bi>ckbar:i, de l^hore, de Kaadahar, sur le-s provinces de Kulkli,
38 AFGHAMISTAM.
de Sindhy et de Kachmyr, qui en sont voisines ou en dépendent. Aujourd^hoi tootes les contrées qui formaient le royaume de Kaboul se démembrent et formait des États séparés : Lahore et Kachmyr sont envahis par les Seykes, le Béloutchislu a un khan presque indépendant ; le Sindhy obéit à une sorte de triumvirait ; la province de Balkh tend à faire partie du Bockhara; enfin le Khoraçan appartient en partie à la Perse. Toutes ces provinces composaient autrefois le vaste empira des Afghans, qui a été pendant longtemps la puissance prépondérante de TAsie. Le pays est arrosé par Tlndus, le Kama et le Kamoul; ses principales montagnefl^ sont THindou-Kousch, le Paropamisus et le mont Salomon.
I^s contrées qui nous occupent ont remplacé principalement l'ancienne Badriaoe, qui eut une si grande importance dans Tantiquité. Selon Diodore de Sicile, la Bactriane était au temps de Ninus gouvernée par un roi nommé Oxyartes. Eosëbe pense que Zoroastre y régnait à Tépoque de Cynis. Ce que Ton peut déduire do récit des anciens historiens, c'est que la Bactriane, d'abord soumise aux Assyriens, passa ensuite sous la domination des Perses. Ce n'est qu'à dater de l'expédition d'Alexandre en Asie, et lorsque les Grecs se furent établis dans la Bactriane, que l'histoire de ce pays commence à nous (}tre connue d'une manière certaine. Après la chute de l'empire des Perses, Alexandre y pi'nétra en poursuivant Bessus, le meurtrier de Darius , et y établit la domination des Grecs. Nous avons vu qu'à la mort de ce conquérant, dans le partage de ses États, la Bactriane échut à Séleucus, Ton de ses lieutenants. Sous les Séleucides, elle fut administrée par des gouverneurs jusqu'au règne d'Antiochus Théos. L'an 225 avant Jésus-Christ, Théodore, qui en était gouverneur, s'en rendit maitre indépendant; la guerre survenue entre Antiochus et Ptolémée Philadelphe occasionna une diversion dont il profita pour consolider son pouvoir naissant. Son fils, nommé également Théodore, lui succéda, et, pour se mettre à l'abri de l'invasion des Grecs, s'allia avec les Parthes; ce prince recala de beaucoup les limites de la Bactriane. Parmi les rois qui montèrent après lui sur le trône, il y en eut plusieurs qui portèrent leurs armes victorieuses assez avant dans la Scythie, ainsi que dans l'Inde. La Bactriane était alors parvenue à un haut degré de puissance et de splendeur; mais elle ne s'y maintint pas longtemps; ses princes furent dépouillés de leurs conquêtes éloignées par les Parthes, environ l'an iAA avant l'ère vulgaire. Mithridatc, fils de Phraates, leur roi, s'en empara et s'avança jusqu'au royaume auquel Porus avait jadis dicté des lois. La paix qui suivit ces invasions ramona la confiance entre les Parthes, les peuples du Khoraçan et de l'Inde, et un commerce actif s'établit entre eux.
Telle était la situation de la Bactriane quand, vers l'an 125 avant Jésus-Christ, une nation tartare nomade, qu'on croit être originaire de l'Inde, et qui était établie sur les bords de la mer Caspienne , vint se jeter sur cette contrée , et fit succéder aux dynasties grecques les dynasties indo-scythes. On ne peut qu'indiquer le commencement de cette histoire que les livres chinois nous ont seuls transmis; après avoir donné la liste des premiers rois conquérants de cette importante partie de l'Asie, ils se taisent sur leurs successeurs ou du moins ils n'en parlent plus que d'une
manière vague et confuse, et il est très-difficile de coordonner le peu de documents qu'ils fournissent. L'auteur du dictionnaire chinois, M. de Guignes, a consacré un mémoire, malheureusement trop court, à ces rois de race indo-scythe; d'après ce mémoire, qui est inséré dans l'histoire de l'Académie des inscriptions, il semblerait que très-peu de dynasties se sont succédé dans ce nouvel empire. Toute cette famille de conquérants porta le nom générique de Su, et les hordes qu'ils entraînaient après eux ne comptaient pas plus de six cent cinquante-huit familles. Le premier roi de la dynastie des Su que l'histoire nous fasse connaître est un certain Oué-Téou-Lao , qui tua plusieurs ambassadeurs chinois; son fils lui succéda. Après celui-ci, Yu-Mosou fut mis siir le trône par les Chinois; mais dans la suite, ce prince ayant fait périr tous ceux de cette nation qui étaient à sa cour avec l'ambassadeur, les Chinois ne voulurent plus entretenir dé relations ni avec lui, ni avec ses successeurs. Ce dernier événement date à peu près de l'an 30 avant Jésus-Christ. C'est vers cette époque qu'il faut placer une guerre entre les Parthes et les Scythes, racontée par Justin. Phraates, dépouillé du trône, avait imploré le secours de ces derniers; Tiridate, qui lui avait succédé, ne fut pas plutôt informé de l'arrivée de ces barbares, qu'il eut recours aux Romains; mais il ne put en obtenir de troupes, et Phraates fut rétabli. Dans la suite, les Ractriens, gouvernés par des reines, ne firent plus rien de remarquable; puis au sixième siècle ils furent soumis aux Turcs, qui avaient alors une grande puissance en Tartarie.
Vers le milieu du neuvième siècle, les khans de Rockhara de la race Samanyde conquirent quelques portions du territoire de l'Afghanistan, et les annexèrent à la principauté tartare du Khoraçan, d'où on leur envoya un gouverneur qui demeura à Ghizneh ; mais il n'y a pas d'apparence que la partie septentrionale du pays ait été subjuguée avant le règne de Mahmoud , second prince de la dynastie Ghiznevide, qui termina la conquête de l'Afghanistan.
Cette dynastie fut fondée l'an 997 par Sebekteguy, officier tartare, qui se rendit indépendant; ce fut son fils Mahmoud qui consolida et augmenta ses conquêtes. Cet État fut florissant pendant deux cent sept ans; mais en 1204, Mohammed Gory, l'Afghan, en dépouilla Khosrou, dernier prince de la dynastie de Sebekteguy. En 1251, Mahmoud, roi patan de Dehli, chassa les Tartares de Ghizneh, et joignit cette ville à l'empire de Tlndostan. En 1506, Raber préluda à la conquête de l'Indostan par celle de Kaboul et de Ghizneh, que sa postérité conserva jusqu'en 1737, que Nadir-Schah l'annexa au domaine de la Perse.
Le fondateur de l'empire moderne des Afghans est Abdally-Ahmed-Rhan, officier de Nadir-Schah; il commandait un corps de quatre mille de ses compatriotes au service de Nadir, et qui, après l'assassinat de ce prince, fut vivement attaqué par les troupes persanes; leur chef, homme intrépide et intelligent, fit une glorieuse retraite et reconduisit les Afghans dans leur pays. S'étant emparé d'un trésor considérable envoyé aux Persans par le gouverneur de Kaboul, qui n'était pas encore informé de la mort de Nadir, il rassembla une armée nombreuse, et, en 1747, se fit reconnaître souverain des Afghans, sous le titre d'Ahmed-Schah. Après avoir affermi son
autorité dans l'intérieur, il pénétra dans le nord de Thide, qui éprouva la force de ses armes, et gémit longtemps sous la tyrannie dévastatrice des Afghans. Ahmed- Schah mourut en 1775, non loin de la nouvelle ville de Kandahar, doot il se proposait de faire la capitale de l'Afghanistan. Son filsTymour-Schah lui succéda, et fiia sa résidence à Kaboul. A sa mort, en 1796, il laissa le trône à Zeman-Schah, qui fut renversé, en 1800 , par son frère Mahmoud. Depuis lors, ce pays fat livré i h guerre civile et à toutes les horreurs de l'anarchie. Le belliqueux et habile Randjet*Singh , roi de Lahore, chef de l'ancienne confédération des Seykes, aidé des généraux français Allard et Ventura, profitant de la faiblesse des souverains de Kaboul, s'empara à différentes époques de leurs plus riches provinces. Le Kachmyr, le Peichaouer, le Tchotch, THazareh et le Moultan avec ses dépendances, les prth vinces de lioia, de Dera, d'Ismaïl-Khan et de Dera-Ohazi-Khan en furent dëCachés. Les lihans du pays de Baikh et celui du Beloutchistan, ainsi que les princes d« Sindh, se sont soustraits au vasselage de Kal>oul, et sont devenus entièrement indépendants.
L'islamisme était la religion dominante dans l'Afghanistan; mais aujourd*hui le plus grand nombre suit la religion des Seykes, sorte de réforme de la religioB indienne, introduite au quinzième siècle par un philosophe indou nommé Nanek. Celui-4!i sut attirer autour de lui par ses veilus et son éloquence un grand nombre de disciples auxquels il enseigna l'unité de Dieu, la pi*atique du bien, la paix et la tolérance envers tous les cultes. Ses prt'reptes ont été nn^^ueillis dans le livre intitulé Adi'Granth (le premier livre). Vi'néré comme pontife de cette foi nouvelle, il choisît avant de mourir, pour hériter de son autorité, un de ses disciples, à l'exclusion de ses propres enfants. Cette religion semblait solidement établie; toutefois les per^ sécutions que les successeui*s de Nanek eurent à subir de la part des musulmans amenèrent peu à |)eu quelques modifications dans le dogme. Gourou-Govind-Singh, dixième chef spirituel des Seykes, vei's la fin du dix-septième sit'cle, persuada à ses sectateurs que les maximes pacifiques de leur premier législateur compromettaient leur existence; il leur fit jurer une haine étemelle aux musulmans. Bientôt une partie du peuple tolérant des Seykes se transforma en peuple guerrier. I^ combattants prirent le nom de Singh, lions, tandis que les cultivateurs conservèrent simplement le nom de Seykes, disciples. Ainsi se forma cette confédération dont le dernier chef fut Randjet-Singh. En opposition aux usages des autres Indiens, les Seykes dans l'origine n'admirent point la distinction de castes, ou du moins ne consacrèrent aucun privilège. Gourou-Govind autorisa l'usage de la viande de tous les animaux, excepté de celle de la vache, préceptes que les Seykes observent encore rigoureusement. Les anciennes règles intei^disaient toute adoration des idoles; Gourou-Govind chercha seulement à diviniser d'une manière sensible le courage guerrier en attribuant, quelques-unes de ses inspirations patriotiques à une déesse du courage, Dourga-Bhavani. Les cérémonies du culte consistent en quelques prières fort simples et en ablutions dans le bassin de VAmristar, que j'aurai plus tard occasion de décrire.
MONUMENTS RELIGIEUX. il
Parmi les monuments religieux de T Afghanistan, il n'en est point d'aussi curieux que ceux que Ton rencontre près de Bamiam, ville entièrement abandonnée aujourd'hui, et qui parait être celle qu'Alexandre trouva à la base du Paropamisus avant d'entrer à Bactres. Cette ville consistait en un nombre prodigieux d'excavations pratiquées dans le roc, dont nous aurons occasion de nous occuper plus tard; nous ne devons parler ici que des deux idoles gigantesques auxquelles ce lieu doit sa principale célébrité {planche 14). Ces idoles, appelées Soomuch' par le peuple, sont peut-être de toutes les antiquités asiatiques celles qui ont le plus excité la curiosité des savants. Ces deux figures sont mâle et femelle; la première est nommée Silsal, l'autre Shamama ; elles sont taillées en haut relief dans la face d'une colline. Silsal a environ quarante mètres de haut; il occupe une largeur de vingt-trois mètres, et la niche aans laquelle il est taillé s'étend depuis le sol jusqu'au sommet de la colline. Cette idole est mutilée, les deux pieds ayant été fracturés par le canon, et le contour du dessus de la bouche étant détruit. Les lèvres sont épaisses, les oreilles pendantes et longues; une sorte de tiare parait avoir été posée sur la tête. Cette figure était couverte d'une sorte de vêtement de plâtre qui était retenu par des chevilles de bois qu'on avait plantées dans différentes places. La figure n'a aucune proportion, et on chercherait vainement quelque élégance dans les draperies. Les mains, qui semblaient tenir le manteau, ont toutes deux été brisées. La figure de la femme est moins imparfaite que celle de l'homme, et a été drapée de la même manière ; elle est taillée dans la même colline à peu de distance, et est environ de moitié plus petite. Notre dessin donne de ces monuments une idée plus juste que toutes les descriptions possibles. Les ouvertures que l'on voit à leurs pieds donnent entrée à différents caveaux à travers lesquels est un chemin qui conduit au sommet de chacune des images. Les caveaux inférieurs offrent un abri aux caravanes ; les étages supérieurs servent de greniers.
Les niches qui contiennent les idoles ont été primitivement enduites de plâtre, et ornées de peintures de figures humaines qui ont disparu partout, excepté au-dessus des têtes des idoles; là, les couleurs sont encore aussi fraîches que dans les tombeaux égyptiens. Il y a peu de variété dans le dessin de ces figures, qui toutes représentent le buste d'une femme avec une houppe de cheveux sur le sommet de la tête, et une écharpe jetée sur la poitrine, le tout entouré d'un cercle rouge. Suivant la tradition, ces idoles furent sculptées environ vers l'ère chrétienne par des Kafirs infidèles, pour représenter un roi nommé Silsal et sa femme, qui gouvernaient une contrée éloignée et étaient remarquables par leur grandeur. Les Indous assurent qu'elles ont été faites par les Pandoos, et qu'il en est parlé dans le grand poème de MahaburtU; enfin quelques historiens attribuent ces images aux boud-
dhistes, et les longues oreilles de la grande figure rendent cette supposition vraisemblable. M. Bûmes assure avoir trouvé à Manikyala, dans le Penjab, une cornaline antique qui ressemblait à la tète de cette idole. Quoi qu'il en soit, il n'y a rien dans les idoles de Baraiara qui prouve un art avancé, rien que le peuple le plus grossier n'eût pu exécuter. On trouve peu de traces des anciens édifices religieux élevés par l'islamisme. A Gbizneh, ville bien déchue de ce qu'elle était quand les sultans ghiznevides y siégeaient, tous les beaux monuments élevés par Mahmoud ont disparu depuis longtemps; des nombreuses mosquées dont il l'avait décorée, il ne reste plus que deux minarets de trente-trois mètres de hauteur.
Parmi les édifices religieux élevés à une époque plus récente, on pourrait citer les innombrables mosquées de Bockhara et de Samarkand, mais le plus remarquable est celui qui donne son nom à la ville d'Amritsar, située à quelques kilomètres de l^hore, capitale des États de Randjet-Singh. C'est un pentagone irrégulier, surchargé de dorures, et surmonté d'une coupole flanquée de quatre campaniles. Ce temple, dans lequel est gardé VAdi-GrarUh, le livre sacré des Seykes, confié à des pi'étres appelés Akalis, immortels, s'élève au milieu d'un bassin peu profond de cent mètres carrés, destiné à l'accomplissement d'une cérémonie essentielle de la religion seyke. Tout individu appartenant à cette croyance s'acquitte avec empressement et ferveur, et aussi souvent que possible, de l'ablution dans VÀmrii$ar, le bassin de l'immortalité. Jour et nuit, une foule immense se presse dans cette enceinte sacrée, et jamais on n'a vu un seyke renoncer à son pèlerinage par la crainte d'un danger, quelque éminent qu'il fût.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
On rencontre dans la contrée que nous parcourons un assez grand nombre de monuments qui ont donné lieu à bien des controverses parmi les sa\'ants ; ce sont ceux que l'on désigne sous le nom de topes y mot afghan qui revient au latin tumulus, à l'anglais barraw, et qui se retrouve avec le même sens dans le sanscrit stoupas. Un seul point parait hors de doute, c'est leur destination runéi*aire; leur forme même, qui rappelle le tumulus si commun chez tous les peuples anciens, ou les tombeaux construits de l'antique Etrurie et de bien d'autres contrées, suffirait pour ne laisser aucune incertitude. L'époque de leur érection est plus diflScile à déterminer. Les naturels les disent l'ouvrage des dieux; mais les savants y voient les tombeaux de quelques rois de Bactriane ou d'autres princes qui ont succédé à leur puissance. Mais quels étaient ces princes? Quelle était l'étendue de leur domination? Il est certain que tout le Penjab, et Htéme une grande partie du territoire gangétique et du Sindh, furent le siège de leur puissance; mais comment décider si c'étaient des princes indo-grecs ou indo-scythes? comment savoir par quelle révolution leur règne prit fin? quelle fut leur croyance jusqu'à l'introduction de la
MONIÎMENI^ FlINÉBAIRES. 4r,
religion mahométane? Quant à nous» il nous semble impossible de méconnaiti'c dans la construction des topes une influence du génie grec, et les découvertes numismatiques venant à Tappui de notre opinion, nous n'hésitons pas à regarder ces monuments comme appartenant à la dynastie grecque des rois de Bactriane. Le lieu le plus ordinaire où se rencontrent les topes est une plaine élevée, dominant une rivière.
Parmi ces monuments, le plus connu est c^lui de Manikyala, dans le Penjab {plandke 15), qui a été ouvert par le général Ventura, qui crut avoir trouvé le tombeau de Encéphale, et par conséquent pensa reconnaître dans la ville voisine Bucëphalie, fondée par Alexandre dans Tlndo-Grèce, en Thonneur de son fameux ooarsier. Cette ville doit être Taxila, que nous savons avoir été la cité la plus populeme entre llndus et THydaspe, et dont le site répond parfaitement à celui de Manikyala.
Les fouilles furent exécutées en avril 4830; on attaqua d'abord le côté méridional an bas de la coupole, mais bientôt on renonça, ne rencontrant qu'un massif de maçonnerie. Le lendemain on fut plus heureux; ayant ouvert le haut de la coupole, il un mètre du sommet, on trouva six médailles et ensuite plusieui*s autres; enfin une salle centrale, contenant une médaille d'or avec des caractères grecs, un anneau d*or avec un saphir portant une inscription, sans doute en langage pelhvi, plusieurs médailles avec des légendes des rois de Bactriane, qualifiés rois des rois, Btca-ixtuç B«rfAt«f. Dans les fondations du monument, on découvrit dans une pierre creuse trois boites cylindriques, enfermées l'une dans l'auti^e, la première de fer, la seconde d*ëtainet la troisième d'or. Cette dernière, longue d'environ quatre-vingts millimètres sur quarante de diamètre, était remplie d'nne substance semblable à de la boue, ik moitié liquide, et mélangée de quelques petits morceaux de verre qui peuvent donner l'idée que cette boue avait été renfermée d'abord dans un vase de verre qui a été brisé. Dans cette substance on a tmuvé deux mcmnaies ou médailles ; la plus petite est en or, environ de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes ; elle présente une figure humaine, tenant un instniment fourchu, qui se retrouve sur tontes les monnaies provenant de Manikyala; l'autre pièce ofl're d'un côté deux lignes en caractères grossiers, probablement indous, et rien au revers. On dtvouvrit ausii dans le tope quelques ossements humains. L'examen du monument fit reconnaitre une sorte de puits qui descendait du sommet à l'intérieur, nouvelle analogie bien remarquable avec les tombeaux étrusques de Cere et de Cometo, dans lesquels se retrouve une disposition absolument identique. Loi^que le général Ventura eut bit vider ce puits, il en trouva le fond fermé par de larges pierres qu'il fit enlever; c'était là que l'attendait la récompense de ses travaux, et qu'il rencontra les tn)is cylindres dont j'ai parlé, aussi bien que plusieurs monnaies dont quelques-unes ont été données par le général Allard au cabinet des médailles de Paris. I^ forme du monument, ainsi qu'on peut le voir par notre dessin, est une demi-sphère, posée sur un soubassement circulaire entouré de pilastres d'environ un mètre trente centimètres de haut, et espacés de deux mètres. Les chapiteaux sont plats et supportent
une corniche. Le soubassement repose lui-même sur plusieurs degrés; depuis le plus élevé jusqu^au sommet de la corniche on mesure environ deux mètres soixante centimètres. Au-dessus de cette corniche, le bâtiment en retraite, laisse un rebord de cinquante centimètres de large, sur lequel s'élève un mur perpendiculaire de deux mètres de haut ; à environ trente-trois centimètres du rebord est un bandeau formé par des pierres faisant une petite saillie sur le mur, et au sommet de ce mur, est une corniche plus avancée sur laquelle repose la sphère. La hauteur du monument est d'environ vingt-quatre mètres, sa circonférence de cent mètres; il est bâti d'une pierre commune dans le voisinage, et qui parait être composée de végétaux pétrifiés; cette pierre dans Tintérieur est mêlée de petits morceaux de grès, mais elle compose seule le parement, en morceaux bien appareillés, d'un mètre quinze centimètres de long sur cinquante centimètres de large. Le sommet du bâtiment est aplani aujourd'hui en partie, et la maçonnerie est à découvert sur un espace de sept mètres environ sur trois mètres de large.
Les topes sont en très-grande quantité entre Kaboul et Jelalabad. Les topes des environs de Kaboul s'élèvent sur le sommet de montagnes qui supportent une plaine élevée (voyez le frontispice), et cette particularité est, comme nous l'avons dit, commune à la plupart de ces monuments. La plaine adjacente a été évidemment le bassin d'un lac ou d'une étendue quelconque d'eau stagnante, jusqu'à ce qu'elle s'écoulât en forme de rivière, et ce lieu continue encore à être plus ou moins marécageux. Il parait hors de doute que ces lieux ont été choisis exprès comme plus élevés, plus retirés, plus majestueux, plus favorables au respect religieux. M. Martin Honingberger a fait fouiller une grande quantité de topes (i). Parmi ces tombeaux, au nombre de plus de trente, la plupart se trouvent à Jelalabad et dans le territoire adjacent; ils durent être les sépultures d'une longue suite de rois dont l'existence se perd dans la nuit des temps. Celles de ces tombes qui n'ont pas été ouvertes par M. Honingberger paraissent être encore intactes. Ces topes sont répandus sur le bord de la rivière qui baigne le nord de la vallée; ils s'étendent de Bala-Bagh jusqu'au confluent de la rivière de Kaboul avec le Dronta; leur destruction a été facilitée par la nature des matériaux qui les composaient, et qui étaient de gros cailloux ou des blocs de pierre rongés par l'eau, joints simplement par de la boue. Dans ceux qui ont été creusés à leur base, on a trouvé une petite salle formée de pierres grossières et dans laquelle étaient divers objets. Dans aucun n'existe le puits que j'ai signalé au tope de Manikyala. L'extérieur varie davantage dans sa structure, mais la masse a un type rommun qui indique évidemment que tous ces monuments ont appartenu à une même dynastie; toutefois beaucoup de leurs caractères ont pu être altérés par la succession des temps et des générations.
Beaucoup de ces tombeaux n'ont pas plus de dix à dix-sept mètres de haut sur une circonférence de vingt-sept à trente-sept mètres ; dans plusieurs on ne rencontra aucun objet intéressant, mais on fut plus heureux dans d'autres. Les découvertes
(t) Asiatic Journal of London , New ser. XVII, iS35.
MONUMENTS FUNÉRAIRES. 45
consistent principalement eu ossements, perles, morceaux d'ambre et de rubis, petites figurines d'or, etc.
A Tattung, M. Masson fit ouvrir, en 1834, plusieurs topes dont quelques-uns offrent un résultat curieux. « Le second tope que j'ai ouvert, dit-il dans sa lettre au docteur Gérard, a au centre une petite chambi'e où n'était rien qu'un peu de poQsaière. Je creusai jusqu'au bas des fondations sans rien trouver autre chose. J'y ai employé huit jours. Dans la chambre centrale je trouvai une araignée vivante, et si œt animal était là depuis la fondation du monument, il devait avoir au moins 1000 ans. On sait que les naturalistes accordent à certains de ces insectes une énonue longévité. » Ce tope a quarante-huit mètres de circonférence.
Le tope de Nandara a cinquante-quatre mètres de cii*conféreuce ; loi*squ'on l'ou- Tfit, les recherches de monnaies furent infructueuses dans le monument même, maison en trouva un grand nombre aux environs, et toutes appartenant aux rois grecs de Bactriane.
Dans le Bockhara, à la base du bas Hymaiaya, à peu de distance d'Osman et pi'ès da village en ruine de Belur, est un tope, situé entre une rangée de collines et dont la eoostmction est plus curieuse encore que celle du tope de Manikyala, avec lequel as reste il présente une grande analogie (voyez la vignette, [Kige 47). Sa hauteur est de seize mètres environ; on doit remarquer le rétrécissement que présente sa base, ce qui offrit une assez grande diflBculté de construction. I^s pilastres qui l'eutoui'ent naaimlilinf beaucoup à ceux de Manikyala, mais les moulures sont plus riches et plus nombreoses. Les monnaies qu'on y trouva ont le même type que celles de Manikyala.
On trouve les restes d'un autre tope à trois milles à l'est de Bawil-Pindee.
A six kilomètres de Peichaouer , sur le chemin de Kaboul , est un tope qui appartient évidemment à la même ère que ceux de Manikyala et de Belur; il eal dans le plus grand état de délabrement, et a environ trente-trois mèti'es de hant. Dans le Rlyber, à vingt-quatre kilomètres de Peichaouer, il en existe un auti*e dana nn bon état de conservation et plus grand encore que celui de Manikyala. Enfin je devrai encore signaler celui qui existe à Usman Khatir, dans le bassin de l'Indus.
Qnant aux monuments funéraires appartenant à Tépoque mahométane, j'indiqnend it Gbizndi le tombeau de Mahmoud, bâti en marbre et surmonté d'une coupole, ceux de Beloli le Sage et de Hakim Sunai, et à Kandahar celui d'Ahmed- Scbab, également décoré d'une coupole. Un autre mausolée mérite d'attirer notre wÊÈea&m^ non par lui-même, mais par les souvenirs qui s'y rattachent. Ce tombeau, ôtné k environ un kilomètre de Kaboul, est celui du conquérant Baber, le fondaienr de Tempire mogol, et le digne descendant des Tamerlan et des Gengiskan. Deux pierres de marbre blanc marquent seules c^tte sépulture illustre, et les derniers mots de rinscription donnent la date de la mort de Tempereur, 1530. Près de lui sont |dusieurs de ses femmes et de ses enfants. Le modeste jardin qui renferme tombeaux est environné d'une muraille de marbre; on y voit s'élever une petite BMsqaée, qu*yne inscription indique avoir été élevée par Schah-Jehan après la débite de Nuzurkan, à Baikh et à Budukhskan.
(:()NSTKLCT10>S CIVILKS.
Lfs |jirtiiii'rt's hul)il:iliiiii« ilrn jh'M|iIc\ iluiil iiiiiis dniisons hi |iiilrii- |);iruiâ!it?iil iivuir i-ti> des cavernes qui far i-t'ii<'Aiitrpnt en gruiiil iicrnilm- iluiis toute» cos ronln't's. Uiiniium on otrie Kurtuul une quantité prodigieuse iluns toutes les |Kirlies de la valltH^ où elle est sit)»'e. line colline isulé«'. un milieu de lu tullée n>t (ellement excavée qu'elle [ii'ésente )'as|H'cl <)'uu ruTon ilo miel; ou l'uppelle la ville de Gliootghoola; cette ville vonsist** en une succet»ion de gi-ottes dans diverses dirtxTiions. qu'on (lit avoir été l'ouvrage d'un roi nomnié Julal. I^es collines de Bamimn sont formées de terre el de cailloux qui rendent leur excavation facile. Us caveaux sont ereuséii de chaque cùté de lu vallée, mais en {dus grand nombre vers le nord, oii se li-ouvent les idoles que uoiis avons déciiles; elles forment une immense cité. Souvent les paysans se livrent à des fouilles qui sont ]>resque toujours r(k'om|>eusi-('« par des dt^'oiivertes de bagues, de monnaies et d'inscriptions cufîques antérieures à Mahomet. Ces habitations n'otfrent aucun ornement d'architecture, n'étant auti-e chose que des salles carrées creusées dans la colline. Quelques-unes cependant se terminent eu coupole et ont une frise a la naissance de cette coupole.
Plusieurs excavations du même genre se trouvent daus une colline, au nord de la rivière de Kaboul et du village de Bussonl. Ces grottes sont réunies par groupes, mais elles uni chacune une entrée distincte, environ de la dimension d'une porte ordinaire.
Quelques cités détruites nous présentent des restes de m<muments intéressants. U's ruines de Bykund pamissent avoir appartenu à l'une des plus anciennes citt's du Turkestan; elles sont situées à environ vingt-huit kilomètres de Boekliai-a; on dit que cette cité est plus ancienne que la capitale même. On a renouvelé pour Bykund la fable du {Kissage des Alpes par Annibal. Bykund était bdtie sur un-rocher qui était si dur qu'il résistait aux instruments des ouvriers, et ceux-ci furent, suivant la tradition, obligés de l'humecter avec du vinaigre et du beuciv. L'eau était amenée à Bykund par un immense aqueduc dont les restes existent encore,
|ji ville moderne de Bykund est également déserte, et quelques pans de mumilte attestent seuls son existence.
Mahmoud avait élevé à Ghizneh des bains magnitiques, de riches palais, de nombreux baxars ; on en chercherait vainement des traces ; mais une digue, ouvrage du même prince, est encore là pour rappeler la splendeur de celte ville qui a été pendant deux siècles la capitale de l'empire des Ghiznevides, et une des plus grandes et belles cités de l'Asie.
L'architetlure moderne des Afghans est très-simple, les pasteurs vivant dans des tentes, les agi-iculleiirs dans des maisons de médiocre grandeur. Les riches habitations des villes ressemblent à celles de la Pei-se; elles sont fermées à l'extérieur par de hautes murailles, et garnies à l'inlérieur de cours et de colonnades )H-inles el s<nilptées dans le gniU arabe.
OONSTRIICTIONS CIVILES. *7
t palais de Kuiidaliar val à |>eiiie digne d'être comparé ii une habitutioii d'un
i-ifhe particulier de l'Europe, mais M. Ëlphinstooe a lort d'enveloppei- dans le même
mépris celui de Kuboid, le Baila-Himir. C'est une espèce de citadelle où le roi a
un palais magnifique, surmonté de trois toui-s fi flèches dort^s, et offrant fi l'inlérieur
I une belle et vaste salle d'audience, soutenue par des colonnes.
J^ n'ai plus à indiquer, en terminant cette revue, qu'un simple bazar qui forme
ï centre de la ville de Kandahar. Le Tchagon , auquel aboutissent les quatre rues
irincipales, est une vaste rotonde vuùti'e, garnie intérieurement de nombreuses et
Biches boutiques; c'est un des principaux ornements de celle ville, qui a été la
■capitale du i-uyaume pendant la duit-e du règne iJ'Ahmed-!M.'hab.
[If<]Tl^'§)[n)[li)©TD©if3=
'iLr. dflCfylan, que Icsnalinfls nomment Utkka,
s'appelait autrefois Lakdim et. Sinhaln (tic Ih
C ruc'ine snnsrrite tinhal, lion). Elle e«t silmV h
- IVutiVii (iii golfe de Bengale dont les flnlii la baignent au noitl ; le golfe de Manaur, detmil fort resserré e1 tellement emlurrassë dV'cneils,
- d'Ilots et de bas-fonds, q«e l'on ne jk'uI y nas vipipi' qu'avec de ti-^>»-pftils bûtiments. et le / détroit de Palk, la séparent de la eâte S. E.
de la presqii'de de l'Inde; elle e«t éloigmV rl'enviion deux rpnt quarante kilomètres du Ljrap Comurin. s:i poiiile la plu» méridionale. On évalue la cirronférence de Oyian i cent vingt myriamètres. el dr l'extrémité septentrionale de l'Ite, c'est-à-dire de