Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernes
L nous a paru convenable de séparer la Syrie de la Palestine, bien que ces deux contrées n'en Tassent qu'une seule, si Ton suit les divisions politiques; de si grands et de si saints souvenirs se rattachent pour nous aux lieux où se sont accomplis les mystères sacrés de notre rédemption, que nous avons dû leur consacrer un chapitre particulier et nous borner ici à
> parler de la partie proprement désignée sous
^ le nom de Syrie.
La Syrie, contrée longue, étroite, hérissée (le montagnes calcaires, traversée du nord au sud t>ar la chaîne du Liban, est bornée
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2 SYIUK.
au nord par TAsie Miueureet le Diarbékir, à Test par la Mésopotamie, au midi par TArabie et la terre sainte, à l'ouest par la mer Méditerranée. Les anciens géographes partageaient la Syrie en trois parties, dont les deux premières doivent seules nous occuper ici : ce sont la Syrie propre ou haute Syrie, la Céléuie ou basse Syrie, et la Syrie Palestine. La haute Syrie contenait la Kouragène, la Cophrisique, la Séleucie et quelques autres pays, et s étendait depuis le mont Amant au nord, jusqu'au Liban, au sud; on l'appela ensuite la Syrie Antiocliionne. La basse Syrie commençant au Liban et allait jusqu'à Tanti-Liban; elle renfermait Damas et son territoire, et à cause des nombreuses vallées qu'elle contient , on l'appelait aussi quelquefois Syrie- Creuse, I>a partie comprise entre l'anti- Liban et les frontières d'Egypte était la Palestine. Toute la cote de ces deux dernièi-es était ce que les Grecs ap|)elaient la Phénicie depuis Arad jusqu'à Gaza. Les Hébreux appelaient la Syrie Jram; aujourd'hui elle porte les noms de Souristan, Souri ou Scham; les habitants lui donnent aussi celui de Bahr-el-Chain , pays de la gauche. La Syrie est divisée en quatre cyalets ou pachaliks : ceux d'Alep, de Damas, d'Acre et de Tripoli.
1^ Syrie a été le siège de plusieurs empires. Api*ès avoir eu des rois particuliers, elle fut successivement soumise aux Assyriens, aux CliaId(Vns , aux Perses et à Alexandre. Après la mort du conqu('»rant macédonien , Seleucus Nicanor fonda , en 312 avant J. C. , le célèbre et vaste royaume de Syrie, formé d(» la presque totalité des provinces asiatiques de la Perse. Le dernier souverain, Antio(*hus X, fut détrôné par Pompée en 63 avant J. C., et la Syrie devint province romaine. Elle tit ensuite partie de l'empire d'Orient, puis fut soumise par les Sarrasins dans les vu' et vm* siècles. I^s chrétiens la leur enlevèrent au xii^ siètie; mais les inlidèles la reprirent et elle demeura au soudan d'Ég\'pte. Les Turcs la prirent en toi 7 et la léunirent à leur empire. Conquise en 1833 par le vice-roi d'Egypte Mehemet-Ali, elle est revenue à la Porte en 1841.
Plusieurs religions se partagent les habitants de la Syrie. Iâ^s niaiiométans sont naturellement les plus nombreux et les plus puissants. Les Mctwalis, qui forment environ le tiers de la population du bas Liban , sont des mahométaiis de la secte d'Ali, secte dominante en Perse; on sait que les Turcs, au contraire, sont de la secte d'Omar. Ce sont les Metwalis qui occupent aujourd'hui les magnifiques ruines de Balbeck, l'antique Héliopolis.
Nommons en passant les Ansariehs, idolâtres qui occu|)ent la partie occidentale de la chaîne du Liban , et les plaines de Latakié. Volney nous a donné sur eux quelques détails. Cette caste est aujourd'hui faible et peu nombreuse, et serait aisément refoulée ou asservie par les Druses et les Maronites.
Les Druses qui, avec les Maronites, forment la principale population du Liban, sont idolâtres. Ce qu'il y a de plus probable, c'est qu'ils sont, comme les Maronites, une tribu arabe du désert qui, ayant refusé d'adopter la religion du prophète, et persécutée par les nouveaux croyants, se sera réfugiée dans les solitudes inaccessibles du haut Liban. Ils y ont prospéré et ils ont eu souvent la prédominance sur les peuplades qui habitent la Syrie, surtout au commencemeot du xvii® siècle sous le
gouvernement de leur émir Fakar-Eddyn , si célèbre, ni<^nicen^ Europe, sous le nom de Facardin. La religion des Druses est un mystère pour tout le monde, même pour la fameuse lady Esther Stanhope, qui vivait au milieu d'eux. Selon M. de Lamartine, le seul fait constaté est qu'ils adorent le veau. Maundrell en parle dans les termes suivants: « Leur principe est de n'adhérer à aucune religion fixe, mais, semblables au caméléon, de prendre la couleur de la secte, quelle qu'elle soit, des personnes avec qui ils parlent; avec les chrétiens, ils affectent le christianisme; avec les Turcs, ils sont bons musulmans; avec les juifs , ils professent le judaïsme; telle est la souplesse de leurs opinions en matière de religion , que personne n'a jamais pu découvrir l'étendard que suit réellement leur conscience. Tout ce qu'il y a de certain à leur égard , c'est qu'ils font une grande quantité d'excellent vin , et qu'ils sont grands buveurs. »
Ils sont divisés en deux castes, les Akkals, ou ceux qui savent; les Djahels, ou ceux qui ignorent. Les premiers sont les prêtres; leur chef ou le souverain |)ontife des Druses réside au village de EUMutha. Chez eux l'hospitalité est sacrée. A l'époque de la guerre, de l'indépendance de la Grèce, après la bataille de Navarin , les Européens, habitant les villes de Syrie, redoutant la vengeance des Turcs, se retirèrent pendant plusieurs n!ois parmi les Druses et y vécurent en parraite sûreté.
Les Maronites doivent leur nom à un saint solitaire nommé Marron, qui vivait vers l'an 400; ils habitent le Liban, ils sont chrétiens, et forment un peuple à part, gouverné par la plus pure théocratie ; ils sont évalués à 200,000. Ils sont soumis à l'émir des Druses, et forment avec ceux-ci et les Metwalis une espèce de confédération despotique , sous le gouvernement de cet émir. Ils couvrent de leurs habitations Tespce compris entre Latakié et Saint-Jcan-d'Acre d'un côté, Damas et Beyrouth de l'autre. Chacun de leurs villages est administré par un clieick , espèce de seigneur féodal. La haute administration appartient à l'émir et à son divan. Les prêtres maronites sont mariés, mais non les moines, le patriarche ni les évéques. L'hospitalité, la pureté des mœui*s, et la propreté sont les qualités dominantes des Maronites.
Il existe à peu près la même obscurité sur l'origine de cette ancienne secte que sur celle des Druses, et cette matière a été chaudement controversée par des historiens ecclésiastiques Quelles qu'aient pu être leurs erreurs précédentes, une chose est pourtaut certaine d'après le témoignage de Guillaume de Tyr, et d'autres autorités irrécusables : c'est qu'ayant, jusqu'en 1182, conservé les opinions des monothéliles (la doctrine d'une seule volonté dans le Christ), ils les abandonnèrent dans cette année, et furent depuis lors réadmis dans la communion de l'Église catholique. Cependant leur clergé, tout en reconnaissant la suprématie du pape, continue toujours comme auparavant, à élire un chef, qui a le titre de Batrak (patriarche) d'Antioche.
Balbeck, l'antique Héliopolis, est située à trois journées de Beyrouth au delà du Liban rt au pied de l'anti-Liban; la ville actuelle, petite, entourée de mauvaises murailles.
i SYUIE.
n (KTiipant qu'une faible partie de remplacement de la ville antique, est, comme je Tai dit plus haut, le clief-lieu des Metwalis. Les ruines de Balbeck sont peut-être lés plus étonnantes du monde (planche 36), les pierres qui composent le soubassement du grand temple et la muraille de IVnceinte, sont, sans doute, avec les obélisques de rÉgypte, les plus grandes masses de pierre que Thomme ait jamais remuées. Burckardt, qui mesura plusieurs de ces blocs, trouva que le plus grand avait plus de soixante mètres de longueur, quatre d'épaisseur et autant de largeur. Le portique du grand temple, quoique défiguré par deux tours turques, est d'une beauté inexprimable. La cour hexagone, qui est derrière, ne se reconnaît plus que par la magnificence de ses ruines; les murs étaient ornés de pilastres corinthiens et de statues, elle communique :i une autre cour quadrangulaire de même genre et de même grandeur. On y voit enore debout un petit temple avec un péristyle de huit colonnes sur la fa^*ade et de quinze sur chaque côté. De toutes parts il est richement orné de figures en haut relief qui représentent des tètes de dieux, de héros, ou d'eui|)ereui's et des sujets mythologiques. A l'ouest de ce temple, il en est un autre de forme circulaire d'ordre ionique et corinthien (voyez la vignette) et qui est un des édifices les plus élégants que nous ait légués l'antiquité. On a formé diverses conjectures concernant la fondation de ces édifices prodigieux. Les habitants de l'Asie les attribuent à Salomon; certains antiquaires les croient antérieurs à Tère chrétienne, sans remonter néanmoins aux anciens temps des juifs ou des Phéniciens qui, probablement, étaient peu versés dans la connaissance de Tarchiteclure grecque; d'autres les croient bien plus modernes, et, selon nous, avec plus de raison.
« D'après la magnificence extraordinaire du temple de Balbeck, remarque Volney, on s'étonnera avec laison, que les écrivains grecs et latins en aient si peu parlé. \V(;od , qui les a compulsifs à ce sujet, n'en a trouvé de mention (jue dans un fragment de Jean d'Antioche, qui attribue la construction de cet codifiée ù l'emptM'eur Antonin le Pieux. Les inscriptions qui subsistent sont conformes à cette opinion, et elle explique très-bien pourquoi l'ordre employé est le corinthien, puisque cet ordre ne fut bien usité que dans le troisième âge de Home; mais on ne doit pas alléguer, pour la confirmer encore, l'oiseau sculpté sur le soflite; si son bec crochu, ses grandes serres et le caducée qu'elles tiennent, doivent le faire regarder comme un aigle, l'aigrette de sa tète, semblable à celle de certains pigeons, prouve qu'il n'est point l'aigle romain; d'ailleurs, il se retrouve le même au leujple de Palniyre, et par celte raison, il s'annonce pour un aigle oriental consacré au soleil, qui est la divinité de ces deux temples. »
Djerash , l'antique Gerasa, est une ville aujourd'hui entièrement déserte, mais une des plus remarquables par ses restes imposants. Les monuments de celte ville magnifique appartiennent à la plus belle époque de l'architecture romaine. B;Uie sur les deux cotés d'une vallée travers('»e par une rivière, elle parait avoir été composée de deux grandes rues qui se croisaient au centre à angle droit, et que décorait un double rang de colonnes, les unes d'ordre ionique et les autres d'ordre corinthien. Plus de deux rents colonnes sont encort^ debout, mais le nombre de celles qui sont renver-
MONUMENTS REIJGIEUX. 5
sces est bien plus considérable. Sur le flanc de la montagne occidentale, et se rapprochant un peu du sommet , se trouvent les ruines d'un grand et beau temple qui fait face au nord; ses côtés ont trente-trois mètres trente-trois centimètres de long, et ses extrémités vingt-sept mètres. Il paraîtrait que ce temple aurait été autrefois entouré d'un second portique réuni au temple par un entablement, mais il ne reste plus que quelques fragments de colonnes avec la plupart des bases.
Sur le sommet d*une colline sont les ruin('s d'un temple, qui était probablement le principal deDjerash (planche 57), et dont on peut encore déterminer la vaste dimension. La Cella a vingt-sept mètres sur vingt-deux mètres, et les murs inlérieui*s et extérieurs sont tout à fait sans ornements. Il reste encore debout onze colonnes corinthiennes, dont neuf ont conservé leurs chapiteaux; mais Tentablement est tombé. Du côté du sud-ouest, presqu'en face de ce temple, se trouvent les ruines de deux autres petits temples qui peut-être ne devaient servir qu'à orner les approches du temple lui-même de ce côté; mais il ne reste plus à présent que les fondations et les bases des colonnes.
Ou voit aussi dans ce lieu une grande colonnade circulaire, avec un reste de mur de même forme, orné de niches avec d'élégants frontons; mais il est assez difficile de d(H:ider si ces restes ont appartenu à un édifice sacré.
M. L. de Laborde signale encore à Djerash un petit temple qui n'offre plus de colonnes, mais qui conserve, malgré son état de délabrement, de charmants détails d'ornementations.
Vers les confins de la Syrie, du côté de l'Arabie Déserte, on trouve les célèbres ruines de Paimyre. On sait peu de chose avec certitude sur l'origine de celte ville, rendue si fameuse par les actions de Zénobie. Nous lisons dans les RoiSj I, 9, et Chron. Il, 8, que Salomon bâtit Tadmor dans le désert , et Josî'phe nous assure que la ville, qui fut dans la suite connue des Grecs et des Romains sous le nom de Palmyi*e, était cette même Tadmor. Ce fait est incontestable. Le nom de Tadmor signifie ville des Palmiers, et Paimyre n'en est que la traduction grecque. Aujourd'hui encore ce nom de Tadmor ou Tedmour est seul connu des Arabes errants dans ces vastes solitudes. Malgré cette origine ancienne, on ne peut raisonnablement attribuer aux ruines existantes de Paimyre une date antérieure à celle de l'établissement des Grecs en Syrie. La première mention qui en est faite dans l'histoire romainedatedu temps de Marc-Antoine (Appien. de Bello civili, 1. v.), époque; à la(|nelle il paraît que les habitants étaient cités pour leurs richesses et l'étendue de leur commerce avec le Levant. Dès le premier siècle, Paimyre devint la capitale d'une république qui se gouverna par ses propres lois. Odenat et sa femme Zénobiey prirent la pourpre impériale. Vers le milieu du m" siècle^ Zénobie, vaincue par Aurélien, se défendit encore longtemps dans Paimyre, qui fut enfin prise et pillée en 272. Rebûtie ensuite par Aurélien, elle fut plus tard fortifiée par Justinien.
Le premier aspect des ruines de Paimyre (p/atic/ie 58) est saisissant; mais lorsqu'on en approche, elles ne répondent pas absolument à l'impression qu'elles ont faite d'alx>rd.