INTRODUCTION
la nouvelle Espagne. Ils y trouvèrent déjà une foule de grandes constructions qu'ils attribuèrent aux Toltèques, qui habitaient le Mexique cinq cents ans plus tôt, mais il n'est pas impossible que plusieurs au moins aient été élevées avant Tinvasion des Toltèques, c'est-à-dire avant Tannée 648 de Père vulgaire.
Les Aztèques fondèrent le puissant empire d'Anahuac, nom qu*on donnait autrefois au grand plateau du Mexique. En 4548, Grijalva vit le premier la côte orientale de cette contrée; Tannée suivante Fernand Cortez aborda au lieu où s'élève la Vera-Cruz, avec une poignée d'aventuriers, et pour rendre toute retraite impossible, il brûla lui-même ses vaisseaux. Il détruisit d'abord la république de TIascala, puis proGtant de l'impatience de l'ancienne race à supporter la domination des empereurs Aztèques, il fit alliance avec elle et pénétra jusqu'à Mexico, où le souverain régnant, Montézuma, lui fit d'abord un accueil amical; mais, après s'être emparé de la personne de ce prince, au milieu même de ses sujets, Cortez fut forcé de quitter la ville; puis il y rentra de nouveau, par la force des armes, le 21 août i520, après un siège de soixante et quinze jours. Depuis cette époque le Mexique appartint à l'Espagne jusqu'au moment où Napoléon, ayant dépossédé les Bourbons de TEspagne, l'esprit d'indépendance, qui s'était manifesté dans les autres colonies espagnoles, éclata aussi dans cette contrée.
En I8i0, un homme déterminé. Hidalgo, à la tête d'un rassemblement d'Indiens qui devint bientôt une armée nombreuse, leva l'étendard de la révolte, et marcha contre les troupes royalistes. Cette première tentative, qui eut d'abord quelques succès, finit par la mort d'Hidalgo et la dispersion des siens. Celles que firent ensuite Morales, en 18i5, et Mina, en i8l6, n'eurent pas un résultat plus heureux. L'insurrection fut ainsi comprimée, mais non pas détruite; et les choses restèrent à peu près dans le même état jusqu'en 1821, qu'Ilurbide, colonel royaliste, se déclara tout à coup pour la cause de l'indépendance, mais avec le projet, au moins apparent, d'offrir la couronne du nouvel empire qu'il voulait fonder à Ferdinand Vil on à Fun des princes de sa famille; mais bientôt il se décida à la prendre pour loi-méme et se fit proclamer empereur par ses soldats. Il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité, car il se vit bientôt contraint par le mécontentement général d'abdiquer et de s'embarquer pour l'Europe avec sa famille. Le Mexique se constitua alors en république fédérative par l'acte constitutionnel émané du congrès au commencement de 1824. Cette année-là , Iturbide, étant retourné au Mexique avec Tespoir insensé de ressaisir le pouvoir, fut arrêté et fusillé le 18 juin. Depuis cette époque, les nouveaux États Unis mexicains ont été malheureusement en proie à de nombreuses dissensions. Enfin, eu 1835, le premier président Santa- Anna, soutenu par le clergé, Tarmée et l'aristocratie, changea la fédération en une république dont il devint le chef suprême.
Parmi les monuments mexicains les plus nombreux comme les plus célèbres sont les tiocaUis ou temples. Ces édiGces, quoique de dimensions très-différentes, avaient tous la même forme; c'étaient des pyramides à plusieurs assises, s'éievant au milieu d'une vaste enceinte carrée et entourée d'un mur. Cette enceinte que l'on peut comparer au péribole des Grecs et des Romains renfermait des jardins, des fontaines, les habitations des prêtres, quelquefois même des magasins d'armes. Un grand esc^ilier conduisait à la cime de la pyramide tronquée. Au sommet de cette plate-forme se trouvaient une ou deux chapelles qui renfermaient les idoles colossales de la divinité à laquelle le téocalli était dédié. Cette partie de l'édifice doit être regardée comme la plus essentielle; c'est le naos, ou plutôt le secos des temples grecs. Ces antiques pyramides offrent dans leur forme une analogie frappante avec le fameux temple de Bélus à Babylone, tel que nous l'ont décrit Hérodote, Diodore de Sicile et les autres auteurs anciens. Dans les téocallis mexicains on distinguait, comme dans le temple de Bélus, le naos intérieur de celui qui se trouvait sur la plate-forme de la pyramide ; cette même distinction est clairement indiquée dans lesletti*es de Cortez et dans l'histoire de la conquête, écrite par Bernai Diaz qui demeura plusieurs mois dans le palais du roi Axajacalt, et par conséquent vis-à-vis du téocalli d'Huitzipochli.
Aucun auteur ne nous apprend que le temple de Bélus fut orienté d'après les quatre points cardinaux, comme le sont les pyramides égyptiennes et mexicaines. Diodore de Sicile rapporte que le temple babylonien servait d'observatoire aox Chaldéens; de même les prêtres mexicains, les téopixqui, observaient aussi la position des astres du haut des téocallis et annonçaient au peuple, au son do cor, les heures de la nuit.
La pyramide de Bélus était en même temps le temple et le tombeau de ce Dieu; nous verrons que les téocallis mexicains étaient à la fois des temples et des tombeaux. N'est-il pas bien remarquable que des édifices dont la forme et la destination sont presque identiques avec celles d'un des plus anciens monuments des rives de l'Euphrate, appartiennent à des temps si voisins de nous? En effet, la plupart des monuments mexicains datent du règne des Aztèques, du xu* au xiii^ siècle, et les plus anciens ne peuvent remonter avec certitude au delà du vu* siècle et de l'invasion des Toltèques.
Parmi ces derniers on peut regarder comme le plus célèbre, le plus grand, ^ comme appartenant à l'époque la plus reculée, la pyramide de Cholula (I), que
(1) Cholula était la ville sainte, la Jërasalem, la Rome, la Mecque de Tempire d^Anabuac, le but de tous les pèlerinages.
nous avons placée au dernier plan du frontispice de ce chapitre; on rappelle la moniagne faite de mains d'homme (monte hecho à mano); on la désignait autrefois sous le nom de Tlalchichualtopec, la montagne de briques crues. A la voir de loin, on serait en effet tenté de la prendre pour une colline naturelle couverte de végétation.
Ce téocalli a quatre assises, toutes d'une hauteur égale : il parait avoir été exactement orienté, mais comme les arêtes des assises ne sont pas très-distinctes, il est dîiEcile de reconnaître leur direction primitive. Ce monument pyramidal a une base plus étendue que celle de tous les édifices du même genre, trouvés dans Tancien continent. Sa hauteur perpendiculaire n'est que de cinquante-quatre mètres, tandis que chaque côté de sa base a quatre cent trente-neuf mètres de longueur. La base de la pyramide de Cholula est donc deux fois plus grande que celle de la pyramide de Cbéops, tandis que sa hauteur excède de très-peu celle de Mycérinus.
Le monument de Cholula est construit en briques crues, alteiiiant avec des couches d'argile. Dans Tintérieur de cette pyramide, comme dans d'autres téocallis, U y avait des 'cavités considérables qui servaient à la sépulture des indigènes. Au commencement de ce siècle, en exécutant des travaux pour une route, on a percé un angle de la base de la pyramide, et on y a trouvé une salle carrée, construite en pierres et contenue par des poutres de cyprès; elle renfermait deux cadavres, des idoles en basalte et un grand nombre de vases vernissés et peints.
Le grand téocalli de Cholula avait à sa cime un temple dédié à Quetzalcoath^ le dieu de Tair, temple remplacé aujourd'hui par une petite chapelle entourée de cyprès et dédiée à Notre-Dame de los remedios.
On peut faire remonter à la même époque que le téocalli de Cholula le groupe des pyramides de Téotihuacan qui se trouve dans la vallée de Mexico , à huit lieues de distance au nord-est de la capitale, dans une plaine qui porte le nom de Micoatl ou chemin des morts. On y observe encore deux grandes pyramides, dédiées au soleil, Tonaiiuh, et à la lune Mezlli, et entourées de plusieurs centaines de petites pyramides qai forment des rues dirigées exactement du nord au sud et de l'est à l'ouest des deux grands téocallis; l'un de ceux-ci a trente-cinq et l'autre quarante-quatre mètres d*élévatiou perpendiculaire. Les petites pyramides ont à peine neuf à dix mètres de hauteur, et, d'après la tradition des indigènes, elles servaient à la sépulture des chefs de tribus. Les deux grands téocallis avaient quatre assises principales; chacune d'elles était subdivisée en petits gradins d'un mètre de hauteur, dont on distingue encore les arêtes. Leur noyau est d'argile mêlé de petites pierres; il est revêtu d'un mur épais d'une pierre poreuse, dont les blocs non taillés ont jusqu'à deux mètres soixante centimètres de hauteur. A leur cime se trouvaient deux statues colossales du soleil et de la lune, revêtues de lames d'or qui furent enlevées par les soldats de Cortez.
A Test du groupe des pyramides de Téotihuacan , en descendant la Cordillière vers le golfe du Mexique, on trouve dans une forêt épaisse, appelée Tajïn, la pyramide de Papantia, que le hasard a fait découvrir à la fin du siècle dernier à des chasseurs espagnols. La forme de ce téocalli, qui a eu six et peut-être même sept
étages, est plus élancée que celle de tous les autres monuments de ce genre : sa hauteur est à peu près de dix-huit mètres, tandis que la longueur de sa basen*est que de vingt-cinq mètres; il est par conséquent presque de moitié plus bas que la pyramide de Gains Gestius à Rome, qui a trente-trois mètres de hauteur. Ce petit édifice est tout construit en pierres de taille d'une grandeur extraordinaire, et d'une coupe très-belle et très régulière: trois escaliers mènent à sa cime. Le revêtement de ses assises est orné de sculptures hiéroglyphiques, et de petites niches carrées qui sont disposées avec beaucoup de symétrie et dont on porte le nombre k trois cent soixante et dix-huit. Ce monument rapelle un peu par son aspect le temple de Boro-Bodo dans Ttle de Java , dont nous avons donné le dessin dans cet ouvrage.
L'un des lieux les plus célèbres du Mexique, par ses antiquités, est San Domingo de Palenqué, village de Tévéché de Chiapa , à environ quatre-vingts lieues à Test de Ciudad-Réal. Le lieu où se trouvent ses ruines est appelé improprement Palenqué- Viqo; car ce nom est moderne, et lui a été donné postérieurement par les Espagnols qui Font substitué à celui de Culhuacan. Les restes de cette ville, que M. Jomard appelle la Thèbes américaine, gisent à deux grandes lieues au sud ouest du village. Cachées pendant tant de siècles dans d'épaisses forêts, et inconnues jusqu'aux derniers temps, ces ruines ont été explorées pour la première fois en 1787 par le capitaine Antonio del Rio et don José Alonzo de Caldéron , et postérieurement par plusieurs autres voyageurs. La ville de Culhuacan, située près du Micol, affluent du Tulija dont les eaux se dirigent du côté de Tabasco, paraît avoir eu de six à sept lieues de tour; ses ruines offrent encore des temples, des fortifications, des tombeaux, des pyramides, des ponts, des aqueducs, des maisons, et on y a trouvé des vases, des idoles, des médailles, des instruments de musique, des statues colossales, et, ce qui est bien remarquable, des bas- reliefs d'une assez belle exécution et ornés de caractères qui paraissent être de véritables hiéroglyphes. Tout annonce que ce fut jadis la résidence d'un peuple très-avancé dans l'architecture, la sculpture et même lu peinture.
Un examen attentif fait reconnaître que dans les matériaux employés par les anciens habitants de Palenqué pour la construction de leurs édifices, et dans la disposition de toutes leurs parties, la solidité, la gravité, la majesté étaient les caractères principaux qu'ils recherchaient. Ils élevaient leurs monuments sur plusieurs fortes assises en terrasse pour les grandir encore. Ils ne manquaient jamais d'orienter les édifices publics, obligation qui provenait sans doute d'une ancienne loi politique et religieuse. Leurs plans offraient toujours des rectangles et jamais de lignes courbes; jamais non plus ils ne construisaient de véritables voûtes; ils revêtaient les murs et même les toits d'un enduit fin et poli d'oxyde de fer; toutes les portes, fenêtres et autres ouvertui*es étaient sans autre fermeture que quelques barres mobiles. Jamais ou n*a employé la brique, les pierres se trouvant eu abondance dans le voisinage; on ne reconnaît pas non plus le moindre vestige de bois.
Le principal édifice de Palenqué est le grand temple dont nous donnons le dessin
voyez la planche). Il i*epose sur un énorme soubassement pyramidal de forme ■edangulaire et composé de trois corps, s'élevant en talus Tun au-dessus de l'autre. [}etle masse, haute de vingt mètres, est construite en pierre, chaux et sable. Au milieu de la façade qui regarde Torient se trouve un grand escalier qui conduit à rentrée principale. Le soubassement est revêtu de pierres de taille, et chaque division offre une corniche carrée très-saillante. Au-dessus de ce massif s'élève avec majesté le temple même, formant un rectagle de quatre-vingts mètres de long lar quarante-huit mètres de large et deux cent cinquante-six mètres de circonférence; sa hauteur est de douze mètres, les murailles principales ont un mètre trente-trois centimètres d'épaisseur. Au centre de Tédifice est une tour, également pyramidale, d'environ vingt-cinq mètres de haut, qui conserve encore quatre de ses cinq étages, séparés par de larges corniches. L'escalier qui conduit au sommet est éclairé par des fenêtres percées sur les quatre faces; l'architecture de cette tour est élégante; sa construction est en terre, pierres et sable, et elle est revêtue d'un raduit mêlé d'oxyde de fer. La porte est ornée de linteaux et de jambages, d'un goût également simple et noble. Au-dessous du temple s'étendent de vastes souterrains, dans lesquels on descend par des escaliers; ils n'ont pas encore été explorés. Qn donne le nom de Las-Lajas à un temple autrefois couvert, construit sur le sommet d'une colline à deuxcents pas au sud du grand temple. Sa façade est tournée vers le nord; elle a vingt-huit mètres d'étendue sur neuf mètres de profondeur, avec une élévation proportionnée. Il est précédé d'un vestibule auquel donnent accès cinq ouvertures surmontées d'une frise et d'une corniche. Quant aux toits , il n'en reste que peu de traces. L'intérieur se réduit à un sanctuaire ou pièce principale avec deux pièces latérales. Le plancher est composé de grandes dalles carrées, bien ajustées. Les quatre piliers du milieu de la façade portent en relief quatre Ggures légèrement colossales.
Un antre temple diffère des précédents en ce qu'il est composé de deux étages; sa façade est également tournée vers le nord. Le premier étage a trois portes, dixneuf mètres de large, dix mètres de profondeur et sept mètres d'élévation. Le deuxième étage, plus étroit, n'a que cinq mètres de hauteur et une seule ouverture. L'architecture de ce temple est très-simple et dénuée de tout ornement.
EnGn on trouve à Palenqué un autre temple, célèbre par une sculpture qui existe à l'intérieur. C'est un grand bas-relief, dont le milieu présente une sorte de croix formée d'ornements très-compliqués, et posant sur une espèce de piédestal. Quatre figures d'homme de chaque côté semblent vénérer ce symbole, qu'entoure une quantité innombrable d'hiéroglyphes. On conçoit combien cette représentation mystérieuse a dû exercer la sagacité des savants. Je crois qu'on doit simplement avouer que cette figure se rapporte à quelque mythe qui nous est inconnu , et renoncer à y chercher une preuve d'une introduction du christianisme dans l'Amérique avant l'époque de la découverte.
Les mines dont nous venons de donner la description avaient été, jusqu'à cette époque, regardées comme les plus belles et les plus considérables du Mexique et
même du nouveau monde tout entier; mais il parait qu'elles sont destinées à perdre ce titre, depuis que H. Waidek a publié les ruines du Yucatan et en particulier celles de Ytzalane, près de Uchemaie. Tout ce que peuvent produire te luxe asiatique et la patience des peuples esclaves est déployé là an plus haut degré. Un seul édifice construit tout en pierres polies (et ils le sont tous ainsi), bien qu'étant le plus petit de tous et n'ayant que vingt-sept mètres de long sur six mètres de haut, a demandé au dessinateur trente-cinq journées de travail assidu. Il est élevé sur une pyramide , dont Tescalier est composé de cent marches de trente-trois centimètres de haut sur quinze centimètres de large. La plate-forme du côté opposé à Fescalier, et sur laquelle on sacrifiait, fait saillie de treize mètres en avant de la porte principale de l'édifice , et repose sur une muraille perpendiculaire jusqu'en bas. C'est de là sans doute qu'on précipitait les victime après les avoir immolées. Les côtés et la face de cette saillie sont du haut en bas chargés d'ornements et d'hiéroglyphes extrêmement compliqués. En face de cette pyramide est une vaste place formée par quatre corps de bâtiments; les deux plus grands ont soixante et seize mètres de long, et les deux petits cinquante-sept. Le pavé de cette place est composé de carapaces de tortues, très-bien sculptées sur des pierres de trente-trois centimètres en carré, au nombre de cinquante-six mille neuf cent quarante-six avant qu'on en eût enlevé une grande partie pour des constructions modernes. Les quatre coins des deux plus grands corps de bâtiments sont ornés de trois têtes d'éléphants symboliques, l'une sur l'autre, dont les trompes sont levées à l'orient et baissées au couchant. L'étendue de la ville de Utzalane est de dix lieues de long sur deux de large. En un mot, il y a dans le Yucatan plus d'édifices antiques qu'un homme n'en pourrait dessiner dans sa vie.
Nous arrivons maintenant à des pyramides d'une moindre importance, mais qui sont cependant dignes de notre intérêt.
A Santiago Guatusco, nous en trouvons une appelée El CkistUlo, haute de vingtquatre mètres. Le soubassement se compose de trois assises en retraite, avec un escalier garni de parapets à la face principale; sur la plate-forme s'élève l'édicule, fort simple et sans autre ouverture que la porte.
La pyramide de Tusapan offre avec celle-ci beaucoup d'analogie, mais sa construction est plus soignée; le soubassement est en pierres de taille, et uni comme la pyramide de Cestius à Rome. L'édicule, plus élégante aussi, a trois bandeaux ou corniches assez ornés.
Dans le village de San Christoval Téapantepec (en mexicain maison de Dieu)^ est une pyramide quadrangulaire (voyez la lettre), composée de quatre corps de construction en retraite, les uns sur les autres. Son étendue à la base est de dix-huit mètres, et la hauteur d'environ vingt-quatre. Le dernier étage portait sans doute un autel ou une chapelle; mais il n'en reste plus de trace. Le côté occidental présente un escalier qui permettait d'arriver à la plate-forme. (Citons encore, en passant, la pyramide très-dégradée de San-André-Chachimala et celle très-bizaiTe de Téhuacan (voyez la vignette), et terminons la revue de ce genre de monuments
par la pyramide monolithe de Mécamécan. Celle-ci est une roche isolée de \ingt mètres de circonférence et d'environ quatre mètres trente centimètres de haut. La forme circulaire est celle de son plan. Du côté de Torient, six degrés d'environ soixante et quinze centimètres, taillés dans le roc, conduisent au sommet. Ce monument peut avoir eu aussi une destination astronomique, car on remarque sur les c^téSy qui font face au sud et à Touest, divers signes symboliques et astronomiques, gravés en creux, mais un peu effacés. La Ggure la plus remarquable est celle d'un homme regardant dans une espèce de lunette. Au-dessous de ses pieds, dans une sorte de bordure divisée en petits carrés, se voient répartis des signes célestes; et enfin, devant le personnage se trouve placé un lapin, symbole bien connu de l'astronomie mexicaine.
Il est deux sortes de monuments qui se rencontrent fréquemment dans cette contrée, et que nous croyons devoir se rapporter à une destination religieuse; nous voulons parler de cette quantité de figures symboliques que l'on trouve continuellement sculptées sur des rochers dans toutes les parties du Mexique, et de certaines pierres branlantes, chefs-d'œuvre d'équilibre, que nous retrouverons bientôt en nous occupant des monuments des contrées septentrionales de l'Europe.
Le capitaine Dupaix qui, de 1803 à 1807, fit trois expéditions dans l'intérieur du Mexique, dans le but d'en explorer les nombreuses antiquités, rapporte qu'il rencontra, au sud-est de Cordova, et au milieu d'une savane immense, une grande roche de forme sphérique , ayant sept mètres trente-trois centimètres de circonférence; elle est mise en équilibre sur son axe, de telle sorte que l'on peut la faire osciller en la touchant seulement du doigt. A deux lieues de cette pierre, que les naturels appellent Téololinga, on en rencontra une seconde à peu près seniblable. On en connaît plusieurs dans d'autres parties de l'Amérique, notamment dans rÉtat de Massachusett, où l'on en voit une dont le poids n'est pas moindre de douze mille kilogrammes, et qu'un léger effort suffit cependant pour mettre en mouvement.
U nous reste, pour en avoir fini avec les monuments sacrés, à dire quelques mots des églises chrétiennes du Mexique. Elles sont, en général, bien plus remarquables par leur excessive richesse, que par le bon goût de leurs ornements et de leur architecture. Il en est trois surtout qui, à plus d'un titre, se recommandent à l'attention des voyageurs : les cathédrales de Mexico et de Puebla et l'église de Guadelupe.
La cathédrale de Mexico est le plus grand et le plus beau temple de l'Amérique; deux belles tours s'élèvent aux côtés de la façade , à laquelle il ne manque que d'être plus élevée au-dessus du sol, pour être vraiment imposante.
L'intérieur est magnifique; c'est une belle croix latine surmontée d'une vaste coupole, reposant sur quatre piliers aussi hardis qu'élégants. Cinq nefs en partagent la largeur. L'église jointe à la cathédrale, appelée El Sagrario et servant aux cérémonies paroissiales, est un grand carré du plus bel effet ; pour Téclat des métaux précieux, elle n'a de rivale que dans l'église de Puebla.
Celte dernière cathédrale est un vaste édifice qui forme un des côtés de la grande place. On y admire le maitre-autel, qui à lui seul est un temple superbe. Ses nombreuses et élégantes colonnes, avec des plinthes et des chapiteaux d'or bruni, son magnifique autel en argent, couvert de statues, de vases, etc., etc., sont d'un efiet admirable et peuvent soutenir la comparaison avec le fameux baldaquin de Saint-Pierre de Rome. Cette partie de la cathédrale, exécutée par un artiste italien d'après des dessins faits ù Rome, a coûté près d'un demi-million de piastres.
Enfin, au village de Guadelupe, est le sanctuaire le plus révéré du nouveau monde. L'église de Notre-Dame de Guadelupe est bâtie sur la colline de Tepejacac sur laquelle s'élevait jadis le temple de la Cérès mexicaine (Centeolt^ la déesse du maïs). Cette église, enrichie des dons immenses des pèlerins, doit sa célébrité à une image de la Vierge, que la tradition dit avoir été peinte par la Vierge même.
Chez les Mexicains, comme chez tous les peuples, les premiers tombeaux furent des tumulus, qu'on rencontre encore en grand nombre dans toutes les parties de cette contrée. On en compte cinq ou six aux environs de la seule ville d'Antequera. L'un d'eux, placé au sommet d'une colline, a vingt mètres de hauteur et est couvert d'une quantité d'arbres et d'arbustes. Un souterrain ou corridor, construit avec art, le traverse presque entièrement du sud au nord. La voûte en est cintrée ou semi-elliptique, sa longueur est de vingt-neuf mètres, sa largeur de deux et sa hauteur de deux mètres cinquante centimètres; ce souterrain présente à gauche en entrant quelques dalles d'environ un mètre de haut sur quatre-vingts centimètres de large, dont la face antérieure porte en bas-reliefs des figures dans diverses attitudes; les unes sont assises, les autres debout, toutes sont de profil et tournées vers l'intérieur du souterrain. Leur bouche ouverte indique les cris de la douleur et do désespoir ; elles représentent sans doute des parents ou des amis du défunt.
Près de ce tumulus en est un autre, traversé de part en part par un souterrain dont la voûte est formée de pierres plates, inclinées les unes contre les autres, de manière à présenter un plafond à deux rempants.
Un troisième tumulus, celui qui est placé dans le frontispice de ce chapitre, est traversé en croix par deux corridors voûtés, à l'intersection desquels existe une salle carrée. Ces trois tumulus résumant les seules différences essentielles qui existent au Mexique parmi les monuments de ce genre, il devient inutile d'en faire ici une énumération qui serait aussi fastidieuse que superflue.
Nous allons trouver dans la province d'Oaxaca un monument plus moderne, mais bien plus important, construit par les Tzapotèques, anciens habitants de ce territoire. Cet édifice est désigné dans le pays sous le nom de palais de Hitla. Il est situé à dix lieues au sud-est de Oaxaca, sur le chemin de Tehuantepec. MiHa n'est
qu'une coDii*nctiori du mot Miguitlan^ qui signifie, en mexicain, lieu de désolation, lieu de tristesse. Les Indiens appellent ces ruines Leoba ou Luiva , sépulture. D'après toutes les traditions qui se sont conservées, le but principal de ces constructions était de désigner Tendroit où reposaient les cendres des princes tzapotèques. Originairenoent, il existait à Mitla cinq fabriques isolées et disposées avec régularité autour d'une vaste cour de cinquante mètres carrés, dans laquelle on entrait par une large porte dont on voit encore quelques traces. Celle-ci se trouvait entre deux fabriques, dont des monceaux de terre rapportée et des restes de constructions souterraines indiquent seuls remplacement. Du bâtiment que Ton trouvait à gauche, il ne reste pas davantage, mais celui de droite est assez bien conservé. L'édifice principal, qui se présente en face et qui est tourné au midi, est encore plus intact. Cet édifice est assis sur un massif en maçonnerie, d'une hauteur médiocre, qui l'entoure des quatre côtés. Ce massif sert en même temps d'aire aux pièces inférieures. On y trouve trois escaliers conduisant aux trois portes; les marches sont de pierres de taille. Les portes sont séparées par des pilastres, dans les chapiteaux desquels il y a une sorte de niche circulaire qui renfermait probablement une tête, soit d'homme, soit d'animal , soit même une télé de mort.
L'architrave, qui i*epose sur les trois piliers, est un bloc de granit taillé carrément, d'une grandeur énorme et parfaitement uni. Les portes introduisent dans une salle très allongée, divisée dans le sens de sa longueur, de l'est à l'ouest, par une rangée de six colonnes de granit d'une seule pièce, qui ont un mètre de diamètre et environ cinq mètres quatre-vingts centimètres de hauteur; ces colonnes n'ont ni bases, ni chapiteaux. Les murs intérieurs n'ont d'autre revêtement qu'un enduit de chaux, orné d'une couche de vermillon, aujourd'hui presque effacé. Le pavé est un mélange de chaux et de sable recouvert d'une autre composition fine, polie et de couleur mêlée de gris et de bleu. Les plafonds, qui étaient en bois, n'existent plus. Au fond de cette salle, en face de la porte du milieu , est une niche carrée, plus large que haute, qui contint sans doute une idole ou une sculpture quelconque, peut être le portrait du défunt. En avant de cette niche, est dans le pavé l'ouverture du tombeau. On y trouve un escalier très-large conduisant à une excavation « en forme de croix, soutenue par des colonnes. Les deux galeries, qui se coupent à angle droit, ont chacune vingt-sept mètres de long sur huit mètres de large. Les murs extérieurs du monument sont couverts d'ornements parmi lesquels on retrouve des grecques, des labyrinthes, des méandres absolument semblables à ceux des monuments grecs et romains. Ces arabesques sont formées d'une mosaïque de petits cubes appliqués dans une masse d'argile. Au reste l'édifice est assez petit, car tout le développement de ses murailles n'est que d'à peu près quarante mètres, et leur hauteur n'a vraisemblablement jamais dépassé cinq ou six mètres.
8â MEXIQUE.
CONSTRUCTIONS CIVILES
A Tezcuco, autrefois Acolhuacan, se trouve le palais des anciens caciques, long de plus de cent mètres et qui formait un des côtés de la grande plac« ; il était construit sur des terrasses en pente, élevées les unes au-dessus des autres; quelques-unes de ces terrasses sont encore entières et i*ecou vertes d'un ciment très-dur aussi beau que celui des édifices romains.
A deux milles deXezcuco, au village indien de HuexoUa, on voit aussi quelques restes d'un palais antique.
Dans la province de Tlascala, sur la pente d'une colline escarpée, à une lieue de la ville de Los Reyes, est un pont antique assez maltraité par les siècles (voyez la planche). Il est construit sur une ravine profonde; sa base est foimée de grands blocs polygonaux de pierres brutes, assemblés sans chaux ni ciment, absolument comme dans les constructions cyclopéeimes, auxquelles nous consacrerons plus tard un chapitre. Ce pont a quatre mètres de hauteur, il est garni de ses parapets que le temps n'a pas encore détruits. Ce massif, de treize mètres d'environ d'épaisseur, est percé par une arche de la même étendue dont la voûte est angulaire; cette voûte, depuis sa base jusqu'au sommet de l'angle, a deux mètres vingthuit centimètres de hauteur, et sa largeur est de deux mètres. Aux quatre coins du pont sont des espèces d'obélisques de forme bizarre, construits intérieurement en pierre et en chaux, et revêtus extérieurement de grandes briques bien cuites, placées par rangées circulaires.
Un autre pont, du même genre, également accompagné d'obélisques, existe à un quart de lieue du premier. Sa longueur est d'environ trente-trois mètres, sa largeur de douze et sa hauteur de vingt. L'arche qui le traverse, au lieu d'être surmontée de pierres formant le toit à double rampant, est couverte de pierres plates, en forme de plafond; cette arche a seulement un mètre cinquante centimètres de large sur un mètre quatre-vingts centimètres de haut.
A Palenqué, est un pont dont l'arche est de même forme. Les parapets sont détruits entièrement. Au lieu d'être construit de blocs irréguliers, il est composé de pierres de taille comme dans le grand appareil romain.
Le sol du Mexique nous présente plusieurs aqueducs tant anciens que modernes. Je me contenterai d'indiquer parmi les premiers celui de Huexotla, et parmi les seconds, celui de Queretaro, composé d'arches très-élevées, et digne des Romains.
Un des plus grands travaux hydrauliques exécutés par les anciens Mexicains est la digue de quatre milles de long, élevée ù San-Christobal pour empêcher le débordement des eaux du lac du même nom dans celui de Tezcuco; cette digue a été renforcée et agrandie par les Espagnols.
Les lacs du Mexique, principalement ceux de iKapango, de San-Christobal de
CONSTRUCTIONS MILFrAIRES. 83
Tezcoco, de Xochimilco et de Chalco, étaient célèbres par \eurs jardins flottants ^ connus sous la dénomination de Chinampas. Cette ingénieuse invention des Aztèques remonte, selon M. de Humboldt, à la fin du quatoraième siècle. Ces jardins extraordinaires étaient très-nombreux sur tous les lacs, à lepoque de l'arrivée des Espagnols; c'étaient des radeaux formés de roseaux, de joncs, de racines et de broussailles, et couverts de terreau. Les Chinampas renferment quelquefois même la cabane de l'Indien qui garde un grou|)e de ces jardins flottants. On les pousse avec de longues perches pour les conduire à volonté d'un rivage à un autre. Leur nombre a beaucoup diminué, et maintenant on n'en trouve plu» que dans le lac de Chalco.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES
A trois quarts de lieue à Touest de Mitia , nous trouvons un exemple bien remarquable d'une ancienne forteres^ mexicaine. C'est celle qui est placée dans le frontispice de ce chapitre. Elle est construite sur la vaste cime d'un rocher très-escarpé, isolé, et dominant toutes les collines voisines. Ce rocher a au moins une lieue de tour à sa base, et deux cents mètres de hauteur perpendiculaire; il n'est accessible que du côté qui regarde la ville. La forteresse consiste en une enceinte de murailles en pierre de deux mètres d'épaisseur et six mètres de haut, formant, dans son vaste circuit d'une demi-lieue environ d'étendue, plusieurs angles saillants et rentrants, aigus, obtus ou droits, entrecoupés d'espèces de bastions. Du côté où la forteresse est accessible, elle est défendue par une double enceinte. La première muraille forme une courbe elliptique, avec un terre plein assez large en arrière, dans l'étendue duquel ou remarque plusieurs monceaux de pierres rondes ou anguleuses de diverses grosseurs, propres à être lancées avec la fronde. Sur le sol inégal de la forteresse existent plusieurs fondations assez profondes d'édifices avec des portions de murailles épaisses en briques cimentées avec de la chaux, disposées par carrés; ces ruines ont dû appartenir aux logements de la garnison. Dans la partie de Tenceinte diamétralement opposée à l'entrée, est une porte de secours, comme dans nos anciennes forteresses du moyen âge.
Une construction d'un autre genre appartient également à l'ancienne architecture militaire des Mexicains. Je veux parler de la pyramide de Xochicalc*o, que plusieurs voyageurs ont prise pour un temple , mais que M. de Humboldt me parait avoir ramenée à sa véritable destination.
Au sud-est de la ville de Cuernavaca (l'ancien Quauhnahuac), sur la pente occidentale de la Cordillère d'Anahuac, s'élève une colline isolée, que les Indiens appellent Xochicalco^ ou la maison des fleurs. Cette colline est une masse de rocs à laquelle la main de l'homme a donné une forme conique assez régulière , et qui
est divisée en cinq assises ou terrasses de près de vingt mètres d^élévation perpendiculaire. Le sommet de la colline présente une plate-forme oblongue, qui du nord an sud a soixante et douze mètres, et de Test à Touest quatre-vingt-six mètres de longueur. Cette plate-forme est entourée d'un mur de pierre de taille, dont la hauteur excède deux mètres, et qui mettait à couvert les combattants.
C'est au centre de cette place d*armes spacieuse que Ton trouve les restes d'un monument pyramidal qui avait cinq assises, et dont la forme rappelait complète^ ment celle des Téocallis. Il est très-possible, du reste, que la destination de cette pyramide ait été religieuse, et qu'elle ait été en quelque sorte la chapelle de cette forteresse. Il ne reste plus que la première des assises, les autres ayaot été détruites dans les temps modernes; cette assise a vingt-cinq mètres de longueur et vin^t deux mètres de largeur. Tout Tédifice est couvert de sculptures, évidemment travaillées sur place, et coloriées primitivement en vermillon, dont on voit encore quelques traces. Ce sont ces sculptures qui ont fait donner au monument le nom de maison des fleurs. On altiibue aux Toltèques la construction de la forteresse de Xochicalco. Autour de la colline s'élèvent une foule de tumulus qui recouvrent probablement les restes de guerriers tués soit en attaquant , soit en défendant la forteresse.
Nous terminerons la revue des monuments du Mexique en mentionnant la grande muraille de six milles de long qui défendait la ville deTlascala, lorsqu'elle était la capitale de l'État le plus puissant de l'Anahuac, après l'empii-e de Mexico. Des restes considérables permettent encore de juger de l'importance de cet énorme ouvrage de défense, devant lequel devaient venir <'»chouer les elforls de toute arfnée avant l'invention de l'artillerie.
w^^no'ùUQimm,
L y a bien loin de rétcmlne de la république (le TAmérique du sud, qui porte aujourd'hui le nom de Pérou, à relie de Tancien empira des Incas qui, à l'époque de la conquête de Pizarre, , comprenait en outre le haut Pérou ou la Bolivia actuelle et la province de Quito, aujourd'hui république de l'Equateur.
Telle que l'ont faite les révolutions successives, la république du Pérou est bornée au nord par la Colombie et le Brésil; h l'est, par le Brésil et la Bolivia; au sud, par la Bolivia et le grand Océan éqoinoxial. Le développement de ses côtes est d'environ huit cent
cinquante lieues; c'est sa plus grande longueur du nord au sud: sa plus grande largeur est de quatre cent cinquante lieues, et sa superficie est évaluée à soixante et dix-huit mille septs cents lieues carrées.
Le seul golfe considérable de la côte est celui de Guayaquil, formé par l'extrémité méridionale de la Colombie et par l'extrémité septentrionale du Pérou. Ses principaux caps sont le cap Blanc, et les pointes de TAiguillc et de Yasco. Le territoire de la république n'offre de grands fleuves qu'à Test de la chaîne des Andes; ce sont tous des affluents de TAmazone ou Maragnon, dont nous trouvons la véritable source dans celle du Béni ou Paro, aux montagnes de Bolivia. Les fleuves qui descendent du versant oc^cidental ont un cours très-borné; ce sont le Chira^ le Puera^ le Lambayèque, le Santa ou Tumbo, remarquable par le volume et la rapidité de ses eaux, le Rimac qui arrose Lima et Callao, VOcogna et enfin le Quika qoî traverse Aréquipa.
Parmi les lacs du Pérou on cite celui de Txticaca, le plus grand de TAniérique méridionale; il est situé sur le territoire des deux républiques du Pérou et de Bolivia. Nous verrons que c'est là qu'il faut placer le foyer de la civilisation la plus avancée de ces contrées, et que c'est dans une lie de ce lac qu'apparut le fondateur de Tenipirc des Incas. Nommons encore les lacs Lauri, Chinchay, Roguaguado et Una Marca.
Les montagnes sont une partie des Andes dont le sommet le plus élevé est le Pichou-Pichou , qui se dresse à cinq mille six cent soixante et dix mètres au-dessus du niveau de la mer, au nord d' Aréquipa; les volcans les plus i*emarquables sont le Guaya-Plilina et le Schama,
Les montagnes du Pérou renferment les mines les plus préiieuses qu'on connaisse. On y comptait, il y a une quarantaine d'années, soixante et dix mines d'or, six cent quatre-vingts d'argent, quatre de mercure et douze de plomb. On y trouve aussi des émeraudes et autres pierres précieuses.
Plusieurs races d'hommes habitent cette contrée. Parmi celles qui sont américaines ou indigènes le premier rang est dû à la grande famille péruvienne ou Quichua qui forme la masse principale de la population. Déjà, à l'arrivée de Pizarre, les Péruviens avaient fait de grands progrès dans les arts et dans la civilisation. Ils excellaient dans l'architecture, la sculpture, l'agriculture, l'exploitation des mines, le travail des métaux et des pierres précieuses. Us étaient régis par un code uniforme de lois civiles et religieuses.
On trouve ensuite les Carapuchos, race peu nombreuse, féroce et antropophage, qui habite les bords du Pachitca. Si l'on excepte cette nation et quelques antres qui méritent à peine le nom de tribus, le reste a fait alliance avec les descendants des Espagnols, et presque tous sont convertis au catholicisme; ceux-ci forment une race aussi orgueilleuse qu'adonnée au luxe et à la paresse.
L'histoire du Pérou présente deux périodes bien distinctes; l'une fabuleuse, enveloppée de ténèbres, et la seconde encore mythique à son début, mais prenant plus tard un caractère nettement historique. Cette seconde période est celle des Incas,
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de ces chefs civilisateurs qui régnaient sur Tempire du soleil lors de l'arrivée des Espagnols.
Dans des temps que la chronologie ne précise pas, une race forte et civilisée habitaît le Pérou, elle disparut de la scène du monde par des causes aujourd'hui inconnues. Des monuments beaucoup plus gigantesques que ceux des Incas, qui ne firent qu'imiter les édifices de leurs mystérieux et antiques prédécesseurs, des restes imposants sur les bords du lac Titicaca, les temples inachevés de Tiahuanuca, que le chroniqueur espagnol Cieca vit encore debout vei*s i540, portent un témoignage irrécusable, en faveur de l'existence d'un peuple dont nous ignorons même le nom aujourd'hui. L'œuvre civilisatrice des Incas se propagea rapidement, et lorsque les conquérants espagnols abordèrent au Pérou, ils restèrent stupéfaits à la vue d'une administration parfaite et d'institutions merveilleusement appropriées au caractère des Indiens.
Malheureusement ces Européens, plongés eux-mêmes dans une ignorance brutale, et dominés par la passion de l'or, n'étaient guère en état de recueillir des documents positifs sur le passé; voici cependant ceux que la tradition a permis de réunir. Le premier Inca fut Manco-Capac, qui se présenta tout à coup parmi les habitants barbares du plateau de Titicaca , où il parvint en peu de temps à la domination , et fonda une civilisation nouvelle.
Blanco-Capac ne pouvait appartenir à la race indienne des Andes; il était placé si fort au-dessus de tout ce qui l'entourait, qu'il dut apparaître comme une divinité aux yeux des indigènes, et au bout de quatre siècles, durée de la dynastie des Incas, il se trouva transformé en personnage mystique. Manco-Capac était évidemment le chef de quelque tribu, émigré d'un pays civilisé. On a cherché son origine, tantôt en Chine, tantôt chez les Moghols. John Banking adopte cette dernière hypothèse. D'après cet auteur, la durée de l'empire des Incas n'aurait été que de deux cent quarante ans, l'invasion des Moghols aurait eu lieu en i283, époque qui coïnciderait avec celle de l'invasion de la Chine et du Japon par le même peuple. L'histoire nous a conservé la liste de treize princes qui composèrent cette dynastie depuis Manco- Capac, jusqu'à celui qui régnait à l'époque de la conquête.
La religion des Incas est fort difficile à expliquer d'après les données incomplètes qui nous ont été transmises par les Espagnols fanatiques. Gomara, dans son histoire générale des Indes, publiée à Anvers en i554, donne une analyse de la cosmogonie des Péruviens ; il parait, selon lui, que le culte du soleil datait de plus loin que celui des Incas, et que ceux-ci ne firent que s'en emparer et le régulariser. Les classes élevées de la société faisaient probablement une distinction entre le soleil, symbole représentant d'un Dieu nommé Viracocha-Pachacamac, et ce Dieu lui-même. Le bas peuple était livré à une espèce de fétichisme. On sait que le sacerdoce suprême était l'attribut de la famille des Incas.
Les Espagnols avaient conquis le Mexique avant de découvrir le Pérou; informés de son existence par un jeune Cacique, Pizarre et Almagro y conduisirent un corps de 190 Espagnols et de 1000 Indiens, avec lesquels ils s'emparèrent de tout le
f>ays; mais ces deux chefs n'ayant pu s'accorder sur les limites de leurs territoires respectifs, ils en vini*ent aux mains, et Almagro, tombé au pouvoir de son compétiteur, fut décapité. Toutefois le triomphe de Pizarre ne fut pas long; il périt, en 4541, sous les coups des partisans de son rival. Deux insurrections, oelle de Finca Mando-Capac et de son fils Tupac-Amura, inquiétèrent les Espagnols en 1560. Vainqueurs de Tun et de Tautre, ils jouirent de la paisible possession du Pérou jusqu'en 1781, époque où un descendant de Tupac-Amura leva Fétendard deTindépendance. Battu comme ses ancêtres, il fut traîné à Téchafaud; en lui périt le dernier des Incas, et le pays retomba sous le joug espagnol, jusqu'à l'invasion de l'Elspagne par Napoléon. Cependant, alors même le Pérou fut moins agité que les autres colonies de celte puissance; ce ne fut qu'en i815 que le prêtre Mngiiécas appela le peuple à la liberté dans la province d'Aréquipa. Il fut vaincu et exécuté, ainsi que douze patriotes; mais les mécontents, orgtinisés en guérillas, se maintenaient dans les Cordillères. Le générai buénos-ayrien, Saint-Martin, vint à leur secours avec une armée chilienne, et s'empara de Lima en i8âl. L'indépendance de la nouvelle république fut solennellement proclamée. Ce succès ne dura pas longtemps; les généraux espagnols combinèrent leurs forces et reprirent le dessus; mais enfin, avec l'aide des généraux colombiens. Sucre et Bolivar» après la mémorable bataille d'Ayacuclio, l'indépendance fut consolidée en 1825.
Il nous reste bien peu de traces de ces fameux temples péruviens, où For étincelait de toutes parts, et dont les Espagnols nous ont transmis de si pompeuses descriptions; il est bien difficile de reconnaître ces édifices merveilleux dans les ruines que nous voyons aujourd'hui. Le plus ancien parmi ces temples, le premier, construit par Manco-Capac, parait être celui qui existe dans l'tle de Coati, au milieu du lac de Citicaca (voyez la v^igneUe). C'est un édifice carré, à un seul étage, élevé sur un degré et percé à la lace principale de quatre portes et de troi» seulement sur les faces latérales; il ne reste plus rien de sa distribution intérieure. Nous trouvons encore des ruines de temples à Iluannco, a Pachacamac et à Banos. Ce dernier est de forme circulaire.
Quant aux églises du Pérou, elles brillent comme celles du Mexique parla richesse de leurs ornements plus que par le bon goût. On ne voit partout qu'or, argent et pierres précieuses. Des oiseaux vivants sont renfermés dans des cages suspendues aux piliers, et mêlent leur ramage aux sons majestueux de l'orgue et des chants religieux. Les plus célèbres parmi ces églises sont, à Lima, la cathédrale, Saint-Dominique, que l'on voit à gauche de notre planche, Sainte-Rose et Saint- François; à Cuzco, Saint-Dominique qui occupe l'emplacement du temple du soleil, le plus magnifique de tous ceux qu'avait élevés la religion des Incas.
CONSTRUCTIONS CIVILES
CONSTRUCTIONS CIVILES
A Caxamarca, jolie ville élevée de deux mille neuf cent vingt-huit mètres au-dessus da niveau de la mer, et célèbre dans les guerres de la conquête par les souffrances el Tassassinat de Tinca Atahualpa, on voit le palais du cacique Astolgilca, qui prétendait descendre du prince immolé. Ce palais offre une partie de Tédifice où le meurtre fut commis, la chambre où Tiuca fut détenu trois mois, et où il fit une marque sur le mur, promettant d'amonceler jusque-là For et l'argent de sa rançon. Un autel est élevé dans une chapelle sur la pierre où Atahualpa fut. étranglé et sous laquelle on Feuterra.
Nous trouvons quelques autres palais des Incas, mais d'un moindre intérêt, à Hnanaco et à Banos, sur la route supérieure dont nous parlerons tout à Theure.
An nord des ruines de la forteresse du Cânar existe un petit monument appelé Ynea-Chungana , Siège ou Jeu de ITnca. Il est taillé dans le roc (voyez la lettre). Vu de loin, il ressemble à un canapé dont le dos est orné d'une sorte d'arabesque en forme de chaîne. En entrant dans l'enceinte ovale on voit qu'il n'y a de siège que pour une seule personne , placée de manière à jouir du délicieux tableau que présente la vallée de Gulan. Une petite rivière serpente dans cette, vallée et forme plusieurs casi*>ades, dont on aperçoit l'écume à travers les touffes de gunnera et de mébstomcs.
Après que Tupac-Yupanqui et Iluayna Capac, père de l'infortuné Atahualpa, eurent achevé la conquête du royaume de Quito, ils firent tracer la route de Cuzco à Quito, et coDstniire, de distance en distance, des hôtelleries, appelées tambos, des magasins et des maisons propres à servir d'habitations pour le prince et pour sa suite. Parmi ces iùmboi ou maisons des incas, un des plus célèbres et des mieux conservés est celui de Callo on Calo, décrit par la Condamine, don Jorge-Juan Ulloa et M. de Bumboldt dans leurs voyages au Pérou.
Cette maison se trouve située un peu au sud-ouest du Panecillo, à trois* lieues de distance du cratère du Cotopaxi, environ dix lieues au sud de la ville de Quito. Cet édifice forme un carré dont chaque côté a trente mètres de longueur. On distingue încore quatre grandes portes extérieures, et huit salles dont trois se sont conservées. Les mors ont à peu près cinq mètres de hauteur sur un mètre d'épaisseur. Les portes iont s^nblables à celles des temples égyptiens. Des niches trapézoldes, au nombre de dix-huit, disposées avec symétrie, décorent chaque salle, dont les murs présentenl des cylindres en saillie destinés sans doute à suspendre des armes. La ooDStmction est une espèce de bossage.
A cinq lieues de Caxamarca, près du village de Jésus, sont les ruines fort curieuses d*ODe Tille péravienne. Des malsons sont encore debout autour d'un monticule. Les mors des rez-de-chaussée sont d'une épaisseur prodigieuse; il y a des pierres de
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quatre mètres de long sur plus de deux mètres de hauteur, formant tout un côté de chambre. Au-dessus de cette rangée, s'en élevaient sept autres adossées à b montagne, chaque rangée supérieure ayant une terrasse sur le toit de la magie inférieure. MM. Stéphenson et Balbi estiment que Tensemble des bfttiments poBVik contenir cinq mille familles.
Les travaux les plus gigantesques qu'aient jamais exécutés les PëraiteBS SOBt sans contredit les deux immenses chaussées qui , partant des portes de Gmoo^ parcouraient une étendue de cinq cents lieues pour conduire à Quito, rolMt par le littoral, l'autre par les montagnes. Pour construire cette dernière, il aiait faHa couper des rochers, combler des vallées et des précipices de quarante osèireaile profondeur. De cette œuvre prodigieuse il ne reste plus que des débris.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES
il nous est resté un très-curieux échantillon de l'antique architecture militaire des Péruviens dans le monument connu sons le nom d'Ingapilca ou forteresse do Cânar. (Voyez le frontispice.) Cette forteresse, si Ton peut nommer ainsi une colline terminée par une plate-forme, est bien moins remarquable par sa grandeur que par sa parfaite rx)nservation. Un mur, construit de grosses pierres de taille, s'élève à la hauteur de cinq à six mètres; il forme un ovale très-régulier, dont le grand axe a près de trente-huit mètres de longueur. L'intérieur de cet ovale est un terreplein, couvert d'une belle végétation qui augmente l'effet pittoresque du paysage. Au centre de l'enceinte, s'élève une maison qui ne renferme que deux salles, et qui a près de sept mètres de hauteur. La taille des pierres, la disposition des portes et des niches, l'analogie parfaite de cet édifice et de ceux de Calla et de Cuzco, ne laissent aucun doute sur l'origine de ce monument militaire qui servait au logement des Incas, lorsque ces priuct^s passaient du Pérou au royaume de Quito.
Enfin d'autres débris plus importants dans l'origine, mais moins bien conservés, sont ceux des immenses citadelles de Pastibilia , dans le département de Lioia, et surtout de Cuzco, l'antique capitale des Incas.
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