‹ Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernesChapitre 25 sur 75 · TEMPLES · texte numérisé non relu

TEMPLES

en face des entre-colonnements, ce qui n'est pas supposable; on doit donc penser que Tentrëe était à la face occidentale, bien que cela soit contraire à tons les usages; celte face n'avait sans doute que six colonnes, Tentre-colonnement du milieu étant double des autres.

Ce temple était le plus ancien des pseudo-périptcres, les colonnes étant engagées à moitié dans le mur de la cella. Rondes au dehors, elles étaient carrées au dedans; elles sont d'une si énorme proportion, que Finléricur de chaque cannelure pourrait loger un homme. L'intérieur était également singulier. On l'avait divisé en trois nefs par deux rangs de piliers qui existent encore en partie; leur base très-élevée supportait des ligures gigantesques d'atlantes, alternativement mâles et femelles. Ce sont ces colonnes qui ont fait donner à l'édifice le nom moderne de Tempio dei GigatUi, Ou voit une de ces figures renversée et brisée sur le premier plan du frontispice de ce chapitre. Ce temple avait cent treize mètres de longueur sur cinquante-trois de largeur; sa hauteur totale devait être de quarante mètres.

On trouve également à Agrigente, le temple de la Concorde, bien mieux conservé, et dont la cella, aussi bien que les colonnes, sont encore debout. Ce temple est dorique, hexastyle et périptère. C'est lui que nous avons placé au dernier plan à gauche dans notre frontispice.

Il eu est de même du temple de Cérès h Ségeste; mais celui-ci a perdu son toit et le mur de sa cella. Quant à son entablement et son fronton , ils sont encore plus intacts qu'au temple d'Agrigente (voyez le premier plan du frontispice).

La partie méridionale de l'Italie, appelée autrefois la Grande Grèce, nous offre également des ruines de temples grecs, remontant à une très-haute antiquité. On en trouve trois dans l'enceinte de Pestum, l'antique Possidonia. Celui qu'on croit avoir été dédié à Neptune est le plus majestueux de tous, et probablement le plus ancien, nooHKulement de Pestum, mais de l'Europe entière. Il est hexastyle et périptère ; ses colonnes sont énormes, massives, sans base, comme toujours, dans le dorique grec; les chapiteaux ont une largeur disproportionnée, qui a depuis été imitée, et qui a doané naissance à une espèce d'ordre appelé ordre de Pestum.

Le second temple est connu sous le nom de la Basilique, et peut bien en effet avoir été un de ces édifices publics dont je parlerai plus tard.

Le troisième temple, qu'on suppose avoir été consacré à Cérès, quoiqueplus petit d beaucoup moins important que celui de Neptune, est d'un style infiniment plus élégant. Mentionnons, en terminant, le temple de Métaponte. Deux rangées parallèles de colonnes, soutenant une architrave, et connues dans le pays sous le nom de Tavola dei Paladini, sont tout ce qui reste de cet édifice, un des plus beaux de la Grande Grèce (1).

Les Romains, tant qu'ils n'avaient eu aucun contact avec les Grecs, étaient loin d^étre arrivés au degré de perfection que devait atteindre leur architecture; déjà

(1) mi . de Loyoes el J. de Bacq onl consacré à la description de ces ruines un des plus magnifiques o t i iig e s qsi soleot sortis des presses françaises i vol. grand in- folio. Paris, iS33. PI.

m EUROPE.

oepeodant; aidés des ÉtrusquéSt qui, sans aucun doute, avaient dû avoir avec la Grèce quelques communications à des époques peut-être très-reculées, ils avaient élevé quelques constructions plus remarquables par leur caractère de solidité que par leur élégance. Une véritable révolution s'opéra dans Tart après la seconde guerre punique, deux cents ans environ avant notre ère, lorsque les Grecs furent appelés à Rome. Le règne d'Auguste fut la plus brillante période de Tarchitecture romaine; il suffira de nommer Vitruve et le Panthéon. Entraîné un moment dans une fausse voie par la prodigalité folle de Néron, cet art sembla, sous les règnes de Nerva et de Trajan, tendre à un retour vers un goût plus pur et plus sévère; il brilla encore d'un assez vif éclat sous Adrien et les Antonins; mais c'étaient les derniers éclairs qu'il jetait en expirant.

Avec le deuxième siècle et le règne de Septime Sévère commença la décadence que consommèrent dans l'espace de moins de deux cents ans, ainsi que nous le verrons plus tard, la translation du siège impérial à Constanlinople, le zèle outré du christianisme naissant, et les invasions des Barbares.

Les Romains, eu empruntant aux Grecs leurs croyances et leurs pratiques religieuses, adoptèrent également les monuments de leur culte. La forme» la disposition et l'ensemble du temple romain sont les mêmes qu'au temple grec, et dans ce genre d'édiGces, les Romains n'ont été qu'imitateurs.

Les temples romains sont en immense quantité sur toute la surface do monde ancien ; nous en avons déjà signalé un grand nombre dans les diverses contrées qoe nous avons parcourues. Décrire tous ceux qui nous restent en Europe excéderait de beaucoup les bornes de notre travail ; je ne parlerai donc avec quelques détails que des principaux de chaque genre, renvoyant pour les autres à la liste placée à la fin de ce paragraphe.

Parmi les temples romains, le plus ancien qui soit parvenu jusqu'à nous, grftce à sa transformation en église dès le neuvième siècle, est celui de la Fortune virile, construit à Rome par Servius Tullius. Il est petit, rectangulaire, et son antiquité est démontrée par la simplicité môme des matériaux. Il a quatre colonnes de face et sept de coté; il était périptère, mais la cella fut détruite, et les entre-colonnemeots furent remplis pour l'approprier à sa nouvelle destination. Ses colonnes sont d'ordre ionique. .

C'est la Fi*ancc qui possède le plus pur par son style, comme le plus intact, de tous les temples rectangulaires, la Maison carrée de Nimes (voyez la planche), La construction de cet admirable monument est attribuée par les uns à Auguste, et par ' d'autres à Adrien, qui, à son retour de la Grande-Bretagne, se serait arrêté quelque temps dans la Gaule Narbonnaise, et aurait bâti à Nîmes un temple en l'honneur de=- Plotime, femme de Trajan, à laquelle il était redevable de son adoption. Ce temple,, dont la longueur est de trente-six mètres, sur une largeur de dix-huit, est du. nombre de ceux que Vitruve appelle pseudo-périptères et hexasfyles. Sa conservation est parfaite, quoiqu'il ait été abandonné longtemps aux injures du temps et des hommes; eu 1826, il a été transformé en un musée, où l'on a réuni une galerie de

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TEMPLES. iU

tableaux et une fouie de fragments de sculptures ou d'architecture antiques, trouvés

à JXInies.

J'^ai déjà dit un mot de la forme tout exceptionnelle du Panthéon de Rome, le i>luis beau et le plus vaste des édifices circulaires que nous ait légué l'antiquité ■*c>oiaine (voyez la planche). Le temps semble Tavoir respecté pour le présenter à '^^^c&miration de tous les siècles. Après la bataille d'Actium, Fan % avant Jésus- ^^hrist. Agrippa, gendre d'Auguste, Tavait consacré à Jupiter Vengeur. Sur le fron- ^c>ïa on lit encore :

M. AGRIPPA. L. F. COS. TERTIVM. FEOIT.

O temple fut depuis ouvert ajoutes les divinités de Tempire, et chaque année un ^^^crrifice solennel, commun à tous les dieux, y rassemblait les Romains. Il fut con- ^^rti en ^lise en 608, et depuis il a porté le nom de la Rotonde, ou de Sancta Maria ^^<3f Martyres (i). Il parait certain que la partie circulaire du Panthéon ne fut dans le Pt^incipe qu'une des principales salles des thermes d'Agrippa ; lorsque celui-ci voulut le convertir en temple, il y ajouta l'admirable portique dont jamais la perfection n'a Pu depuis être égalée. Ce portique a trentre-quatre mètres de longueur sur vingt mètres de largeur; il est décoré de i6 magnifiques colonnes, toutes d'un seul bloc de granit Oriental, de treize mètres de hauteur. Ces colonnes sont d'ordre corinthien , et leurs chapiteaux, ornés de feuilles d'olivier au lieu de feuilles d'acanthe, sont au nombre des plus parfaits qui nous soient restés. L'intérieur du temple n'a pas moins d'élégance que de noblesse et de majesté; c'est une rotonde de quarante-quatre mètres de diamètre, dont la coupole plate est un chef-d'œuvre de construction.

Les temples les plus ordinairement circulaires étaient, ainsi que je l'ai dit d'après

Plutarque, ceux consacrés à Vesta. 11 y en avait deux dans Tenceinte de Rome; l'un,

converti aujourd'hui en église, dédiée à saint Théodore, s'élève près du Forum, et

ii*a conservé que sa cella, privée de toute décoration; on pense que c'est celui où

l'on entretenait le feu sacré. L'autre existe encore sur le bord du Tibre, non loin du

temple de la Fortune virile ; c'est un des plus jolis édifices de Rome; il est périptèn^

^t soutenu par dix-neuf colonnes corinthiennes de marbre blanc. 11 parait avoir éiéi

construit vers la fin du onzième siècle de Tempire, comme l'indique le style des

chapiteaux, et la proportion trop svelte des colonnes, ('e petit temple , dont la cella

Ji'a que huit mètres soixante centimètres de diamètre, est aujourd'hui une église,

sous le vocable de Santa Maria del Sole. Un autre temple de Vesta, de même forme,

moins bien conservé, il est vrai, mais merveilleusement placé au-dessus du précipice

où bondit l'Anio, est un des plus beaux ornements de Tivoli (voyez le deuxième plan

(1) C'est principalement sur la place du Panthéon que, le jour de saint Joseph , s'établissent des marchands de friture qui entourent leurs tables de lauriers, implantés entre les pavés et ornés de guirlandes et de «onnets en Thonneur de saint Joseph. Cest cette fête qui est représentée sur notre

du frontispice, à droite). Il doit appartenir à la plus lielle époque de Tart; il est encore plus petit que celui de Rome, n'ayant que quatre mètres, quinze centimètres de diamètre.

L'Italie n'offre qu'un seul exemple de temple monoptère antique; c'est , ainsi que je l'ai dit, celui de Sérapis, à Pouzzol ; trois colonnes seulement restent debout, mais on reconnaît encore le soubassement entier, et la place qu'occupaient les antres colonnes (voyez le troisième plan, au milieu du frontispice).

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