‹ Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernesChapitre 41 sur 75 · BAPTISTÈRES · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRES

ITALIE

Baptistébe de Constantin, à Rome, iv*" siècle. BArriBTtERB DE Sainte-Constan<:e , près Rome. iv« siècle.

SAiirr-ÉTiBTfNE LE RoND, à Rome, \'' siècle

BAPnSTfcBE DE YOLTERRA, Vil' SièClC.

DuoMO Vecchio, de Rrescia. Ancien baptistère, qui a longtemps servi de cathédrale, vu' siècle.

Baptistère de Florence. Restauré entièrement au XIII* siècle. Célèbre par ses portes de bronze , ouvrage de Lorenzo Ghiberti.

Baptistère de Pistoja, édifice appelé ii tort

S. Giovanni rolotido, car il est octogone, xiv siè de.

Kaptistè:re de Parme, xiir siècle.

FRANCK

Temple de Lanlcft (Côtes-dn-Nord). Regardé par certains antiquaires comme un temple romain, et même druidiqne Cest un baptistère dfs premiers chrétiens.

Chapelle Saint - Clair , ;hi Puy - en - Velay . x' siècle.

Octogone de Montmobillon (Vienne), ix** su x' siècle.

ES pi^emiers lombeuux érigés par les (irecs, aussi bien que pur la plupail des autres peuples. Turent, ainsi que nous Pavons vu, ces buttes artificielles que nous appelons I tumuluê. Nous avons déjà décrit le tombeau d'Ajax et de Patroole et celui d*x\cbille, qui s'élèvent en Asie Mineure, dans la plaine où fut Troie; les exemples ne nous manqueraient pas non plus sur le sol même de la Grèce : tel est le tumnlus que nous voyons encore aujourd'hui dans la plaine de Ha- DD, et qui renferme les restes des guerriers qui tombèrent sous les coups des es. Ce tertre , de vingt-quatre mètres environ <Je circonférence et de dix mètres lotear, était couronné de cippes que Ton a retrouvés de nos jours; c'étaient de es colonnes de terre cuite d'environ trente-trois centimètres de haut, portant une îptionjqui indiquait la place et le nom de chaque guerrier. On a fouillé la sur-

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face de cette butte, et on y a trouvé des fragments de poterie mêlés à beaucoup de ces balles de plomb que les anciens lançaient avec la fronde.

L'usage des tumulus, même longtemps après qu'il eut été abandonné par les particuliers, et dans les cas ordinaires, continua de subsister dans les circonstances où. comme à Marathon, un grand nombre de cadavres durent recevoir ooe sépulture commune.

Lorsque les Grecs eurent renoncé aux tumulus, chacun eut sa sépuitore dans sa propre demeure. A Thèbes, une loi défendait de construire une maison sans réserver une place consacrée à cet usage. La sépulture dans l'intérieur des villes devint par h suite une récompense réservée aux services rendus à l'État, ou à des vertus dont on voulait peipétuer le souvenir. C'est ainsi que les Magnésiens élevèrent un tombeao à Thémistocle au milieu de leur forum (Plut., m ThenUst.), et qn'Euphron obtint le même honneur à Corinthe. (Xtfioph. Ex}^ i». I., VIL). Les chefs de quelques coUmies le reçurent aussi des villes fondées par leurs soins. Les temples mêmes furent quelquefois des lieux de sépulture. De là l'opinion que les premiers temples ne furent élevés qu'en l'honneur de quelques héros, et sur la place où ils reposaient. Des exemples tirés des âges moins reculés prouvent que cet honneur notait accordé que comme un hommage rendu à un grand homme, on une protection assurée à ses cendres. (Pli t., m Ari$tid.\ Eurip. Med, v. 1378.)

L'usage le plus généralement établi était de placer les tombeaux hors de l'enceinte des villes el sur le bord des grands chemins. Cette coutume, qui plus tard fut également adoptée par les Romains, avait le double avantage d'éloigner les exhalaisons funestes, ou les dangers d'incendie qu'entraînait l'établissement des bûchers pi^ès des lieux habités, et d'exciter plus vivement les citoyens à la défense de leur territoire contre les incui'sious de Tennemi, en les intéressant à la conservation des dépouilles de leurs aïeux. I^s dispositions de Lycurgue furent sur cet objet entièrement contraires à celles des législateui^s des autres contrées de la Grèce; il pensa qu'en faisant enterrer les morts dans l'intérieur de la ville, et môme dans les temples; il familiariserait Tesprit de la jeunesse ave<; la pensée de la mort. (Plut., in Lyeurg,)

Les tombeaux de^ Gret^s consistaient généi*alement en deux parties: l'une était le tombeau ou M*>ifiuêf proprement dit; l'autre un espace découvert et entoun'^ de palissades, it^servé autour du tombeau. Les sépultures étaient souvent décorées de stèles, de colonnes, d'inscriptions, de statues, etc. Dans les siècles plus avancés, le luxe des tomlieaux fut poussé à un si haut degré, que la sagesse du législateur dot songer à y mettre des bornes; une loi dcSolon défendit les statues, ainsi que les monuments voûtés, et toute construction qui demanderait plus de trente journées de travail. Démétrius de Phalère réduisit la hauteur des colonnes à trois coudées, et leur nombre à une seule.

C'est sans doute à l'influence de ces lois somptuaires, que nous devons attribaer Tabsence en Grèce de monuments funéraires de quelque importance. Nous n'y trou* vous guère, en effet, que des stèles analogues, quant à la forme, à celles que nous avons précédemment décrites en parlant des tombeaux carthaginois (voyez le

froniitpice, premier plau à droite), ou des sarcophsiges de diverses dimensions, tels que ceux qui couvrent remplacement qu'occupa la ville de Platée. Les lois somptoaires, si contraires au goût du luxe, inné chez les Asiatiques, n'avaient sans doute pas pénétré dans leur pays; aussi avons-nous trouvé dans PAsie Mineure une foule de magnifiques monuments funéraires.

En Sicile, il existe un tombeau grec que la grandeur de ses dimensions et la solidité de sa construction ont sauvé sans doute de la destruction, lorsqu'au comotencement du siège d'Agrigente, les Carthaginois renversc^^rent toutes les sépultures quieovironnaient la ville. Le tombeau du roi Théron (voyez le frontispice» premier plan à gauche) est un grand édifice qiiadrangulaire et légèrement pyramidal, composé é*un soubassement sans ornements, reposant sur trois degrés, et supportant une sorte d*édicule qui présente à chaque face une porte feinte, à chaque angle une colonDe cannelée d'ordre ionique, et au-dessus un entablement dorique surmonté de palmettes. Bien que, selon toute apparence, ce monument ait été élevé à l'époque grecque, le mélange si extraordinaire des éléments dorique et ionique, joint au peu d^élégance de l'édifice, au manque de perfection de ses détails, dénote évidemment ToBnvre d'un artiste d'un ordre très-inférieur.

Si les Grecs nous ont légué peu de monuments funéraires, nous en sommes amplement dédommagés par les Étrusques qui, eux, ne nous ont guère laissé que des tombeaux, mais aussi nous les ont laissés en immense quantité. Les Étrusques étaient une peuple asiatique qui, parti de la Lydie, vint s'établir dans l'Italie centrale, environ un siècle avant la prise de Troie, et y apporter une civilisation plus avancée. Ce peuple désigné sous le nom de Tyrrhéniens, le plus récent des anciens peuples d'Italie, trouva déjà installés dans le pays les Aborigènes que Denis d'Halicamasse appelle Rasenœ, et desquels nous ne possédons aucun monument, et les Pélasges qui nous en ont laissé un grand nombre, auxquels nous avons consacré un chapitre.

Bientôt les Pélasges s'éloignèrent et, dès la seconde génération, les Tyrrhéniens restés seuls avec les Aborigènes établirent sur eux leur suprématie, composèrent la classe dominante, et ainsi se constitua la nation étrusque. Cette nation se distribua en douze villes, ou chefs-lieux appelés par les autcui*s capita gentis, ou duodecim Etruriœ paptdi. Ces villes formaient autant de petits États indépendants, réunis par une ligue commune. Ce système politique fut appliqué pur les Étrusques dans tous les lieux où ils s'établirent; lors(prils passèrent dans ITtalic du Nord, dans la Lombardie, ils y fondèrent de même une confédération de douze villes; quand ils s'établirent dans le Midi, ils donnèrent également douze villes à l'Élrurie Campanieniie.

Il y a encore quelque incertitude sur les noms des douze villes de l'Étrurie centrale, la littérature étrusque étant entièrement perdue, ainsi que les ouvrages latins qoi, comme ceux de Valerius Flaccus et de Cecina, traitaient de l'histoire de ce peuple. L'empereur Claude avait écrit, en vingt livres et en grec, une histoire complète de cette nation; mais elle est également perdue. Toutefois, en réunissiint les notions

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épai'ses dans les différents auteurs, voici quelles durent être les douze cités de TËtrurie : i** Tarquinia, où s'était établi le chef de la colonie tyrrhénienne, Tarcou, el où se trouvent aujourd'hui en si grand nombre les tombeaux qui vont nous occuper; ^ Cluêium, aujourd'hui Chiusi, dont le nom étrusque était Cama$, siège de Porsenna, et Fune des principales villes de la confédération; 3* Corione; 4^ Arreiium, Arezzo; 5® Volsini, dont le site et presque le nom se sont conservés à Bolseno; seulement la ville étrusque était sur la hauteur, tandis que le VoUimum des Romains, auquel a succédé Bolseno, était dans la plaine; 6* et T Rosdlm et Kefu/onta, citées par Pline; 8** Cere, aujourd'hui Cervetri, fondée et occupée primitivement par les Pélasgos sous le nom d'JigiUa; 9" Perusia, Perouse; i(f Volterra; H* Veies, et enfin i^ Phaléries, qui est la plus contestée. On trouve ses restes à Falari, près Ciyita- Castellana; mais c'est à quelque distance de là, à Borghetto, qu'exista V^Ecum Fcltinim, colonie établie par les Ptomains pour remplacer la ville détruite de Phaléries.

Dans presque toutes ces villes on a trouvé des monuments funéraires remontant à l'époque étrusque. Ces tombeaux peuvent être divisés en deux classes, selon qu'ik sont creusés dans la terre, ou élevés au-dessus du sol. Il faut distinguer aussi* des véritables grottes, les sépultures qui, ainsi que celles que nous avons trouvées à 3iban-el-Holouk, à Persépolis, ou à Petra, sont taillées dans le roc avec des façades extérieures et visibles, ou sont surmontées d'espèces de tumulus.

Les localités où les tombeaux étrusques se rencontrent en plus grand nombre sont Volterra , Chiusi , Tarquinii , Vulci, Cere. Gubbio , Toscanella , Norchia et Castel d'Asso.

Les tombeaux construits à la plus belle époque étrusque sont généralement souterrains. C'est à elle qu'on doit rapporter l'hypogée connue sous le nom de Grotte de Pythagore. Ce tombeau, et un autre édifice du même genre servant de cuisine à la Casa Sachetti, sont les seuls qui aient subsisté à Cortone. La Grotte de Pythagore est une salle carrée un peu en forme de croix grecque, construite en polygones irréguliers par assises horizontales; les blocs sont quelquefois de dimension telle qu'ils occupent toute la longueur de la salle. La porte est au midi; à chacun des trois autres côtés est une niche partagée dans sa hauteur par une tablette. Aux deux côtés, il y avait de plus dans le haut deux niches plus petites destinées à contenir des urnes. On a reconnu que la grotte reposait sur un soubassement entouré d'un mur circulaire, et que surmontait une sorte de tumulus, ainsi que nous le verrons aox monuments de Cornelo.

• La Grotte de Pythagore a été publiée par Gori dans son Musée étrusque, où l'on trouve aussi un autre monument presque semblable, le tombeau de Gubbio.

Un tombeau étrusque est creusé dans le tuf près de Colle, sur la route de Sienne à Volterre; il fut dessiné à l'époque de sa découverte, en 1689, par un artiste romain, Pietro Santi Bartoli, et publié par son fils, dans un recueil intitulé : Antiekecamen sepolcrali, La chambre est simple, taillée dans le tuf, et de forme carrée; elle est surtout remarquable par une particularité très-curieuse, et que les antiquaires ne sont point encore parvenus h expliquer d'une manière satisfaisante : sur trois côtés

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de laV^bambre sépulcrale, oo avait Iracé au pinceau des lignes rouges, et des colonnes de caractères; les lettres du bas sont presque entièrement effacées. La première coioDne offre toutes les lettres de Talphabet grec dans leur forme la plus ancienne. Dtns la colonne voisine, on voyait des caractères étrusques assemblés deux par deux k la manière de nos syllabaires modernes, ma, me, mi, mu. On sait que la voyelleo n'existe pas dans la langue étrusque. Le reste de Tinscriplion est purement étrusque; uoos connaissons parfaitement Palphabet; mais il faut Tavoucr, malgré toutes les recherches des philologues, on ignore encore complètement la langue que ces caractères expriment.

La ville de Pérouse présente un assez grand nombre de sépultures étrusques intéressantes; les plus remarquables sont le tombeau souterrain connu sous le nom de Torre di San Manno, et surtout celui des Volumnii, découvert en i840, et que Ton a conservé intact et tel qu'on la trouvé. Ce tombeau est bien plus compliqué que ne le sont ordinairement les monuments de ce genre. Au milieu est une chambre Ranquée à droite ei à gauche de trois salles, et au fond, d'une sorte de tribune accompagnée de deux autres salles. Le tout est entièrement taillé dans le tuf. Ce monoment a fourni un grand nombre d'urnes sculptées, de vases et d'objets curieux doot la description ne peut trouver place ici, et nous devons plutôt décrire les tombeaux si intéressants à divers titres que nous présentent les autres cités étrusques.

Cere, dont le nom moderne est Cervetri , est située à vingt-six milles de Rome, à droite de la route de Civita-Vecchia que l'on quitte au fort de Palo. Cere n'est plus aujourd'hui qu*une petite ville posée sur une colline peu élevée et entourée de fortificitioDS ruinées du moyen âge, mais elle est célèbre par les nombreux tombeaux et les objets précieux qu'on ne cesse d'y découvrir. Malheureusement les propriétaires qui fouillent ces hypog^^s, les comblent immédiatement après en avoir retiré ce qu'elles contiennent ; aussi ne peut-on visiter qu'un petit nombre de ces monuments, b plupart fort éloignés de la ville. Toutefois, le plus intéressant de tous n'est qu'à qndques centaines de pas des murs, au milieu d'un champ, et est resté accessible. Ce monument est le fameux tombeau découvert en i836, lequel a, par les nombreux objets qu'on y a trouvés, donné lieu à la création d'un musée spécial au Vatican , le nouveau Museo Gregoriano. Ce tombeau, qui remonte à la plus ancienne époque de l'art étrusque, parait avoir été un tumulus élevé sur un soubassement circulaire eu pierre de taille, mais toute trace de construction a disparu à l'extérieur. Les salles intérieures, bâties en tuf grossier et sans aucun ornement, sont surmontées de voûtes formées de pierres posées par assises horizontales et se rapprochant en encorbellement, n Osait que cette voûte est la plus ancienne de toutes, qu'on la retrouve jusque dans les pyramides d'Egypte, et qu'elle a précédé de longtemps la voûte à claveaux. Le sommet de la voûte est formé dans toute sa longueur par un petit canal carré, dans lequel étaient suspendus beaucoup de petits objets de bronze et d'argent qui ont été portés i Rome. Après avoir franchi le seuil , on trouve d'abord une salle longue, ou plutôt une espèce de corridor dans lequel étaient un char, un lit de brome avec un corps couché, et divers autres objets de même métal. Au fond de Il ta

celte première salle est rentrée d'une seconde de mêmes forme el dimension, et où Ton a trouvé presque tous les objets d'or et d'argent, et, sous le& décombres, des ossements que Fou a cru reconnaître pour ceux d'une femme. Dans la première salle, près de la porte de la seconde, on trouve, à droite et à gauche, l'entrée de deux autres chambres qui sont la partie la plus singulière du monument; ces salles sont complètement hémisphériques, la courbure de leur voûte commençant à la surface du sol. On entre librement dans la salle de gauche, mais, par suite d'éboulements, ce n'est qu'en rampant que je suis parvenu à ro'introdnire dans c^lle de droite, oii j'ai eu le bonheur de trouver divers objets qui avaient été oubliés lors de la translation des autres au musée Grégorien, et que j'ai pu acquérir {!).

La ville de Corneto, encore plus éloignée de Rome que celle de Cere, est située à huit kilomètres de Civita-Vecchia. L'antique Tarquinies, à laquelle elle a succédé, couvrait une colline séparée par une vallée de la ville actuelle, qui occupe une autre colline où était établie la nécropole antique. Tout le sommet de cette colline est couvert, sur une longueur de plus de deux kilomètres, de tombeaux, petits tumulos auxquels on donne le nom de monterozzi. On en compte encoi*e plus de six cents; le P. Paciaudi dit que, de son temps, il en existait plus de deux mille. Les tombeaux sont surtout remarquables par les peintures qui les décorent à l'intérieur. Les peintures sont de deux époques; l'opinion n'est pas encore bien fixée sur leur âge; d'Agincourt croyait y reconnaître une époque très-ancienne, le septième siècle environ avant Jésus-Christ ; mais Inghiraroi croit qu'elles appartiennent à l'époque des Antonins. Évidemment ces opinions sont exagérées Tune et Tautre; les plus ancîeaiies de ces peintures, où l'on reconnaît le style étrusque mêlé au style grec, sont postérieures à la colonne de Demarate; les plus récentes doivent avoir été exécutées dans le troisième siècle avant Jésus-Christ. On a trouvé dans presque tous les tombeaux des vases peints d'ancien style, preuve évidente qu'ils datent de l'époque où florissait la fabrication de ces vases (du sixième au quatrième siècle avant Jésus-Christ); au contraire dans ceux où les peintures trahissent une époque plus moderne, les vases peints manquent ou indiquent une époque de décadence.

Le premier tombeau que j'ai visité, et qui est le plus éloigné de la ville, n'offre rien d'intéressant à l'intérieur, mais extérieurement, c'est celui qui donne la plus juste idée de la forme de ces mausolées. (Voyez la lettre.) Il couserve presqu'en entier un soubassement circulaire d'environ onze à douze mètres de diamètre, peu élevé, et terminé par une corniche assez saillante. Au-dessus s'élevait une sorte de tamidns qui dut se terminer par une sculpture quelconque.

La Grolta delU Inscrizioni a été découverte en 18^7 ; la salle sépulcrale est rectangulaire, surmontée d'un plafond à deux rampants; le tout taillé dans le roc comme

(1) Deux volumes in-folio ont été consacrés à la descripiîon, Tun du tombeau même, l^autre des objets qiril renfermait. Le premier de ces ouTinges est intitulé : Descrigi&nê di Cere antiea eé m pariicolare del monutnento iepolcrate scoperto in 1836 dot cat>. L. Canma. Le second est désigné sous le titre de Monumenti di Cere, 9piegati con gli usi del cvtto di Mitru , dmt eav, Luiffi Grifi.

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les autres tombes; elle est entourée de peintures représenlanl des cavaliera courant la bague, des athlètes, des danseurs; près de la porte est une Bgure de niinotaure eoocbée. La voûte est toute parsemée d'ornements en forme de petites croix. Ce tombeau doit sa désignation aux noms écrits en caractères étrusques, qui accompagnent chaque |)ersonnage.

La Groiia del Cardinale est ainsi nommée parce quelle fut ouverte en 1786 par le cardinal Garampi, évéque de Corneto; elle est une des plus grandes, mais les peintores ont beaucoup souffert. Elles représenlenl dt^ femmes dansant et faisant de la musique; deux autres jouent de la double tlùte et des crotales, pendant qu'un homme placé devant elles semble battre la mesure. Le plafond est décoré de mies lilanches et rouges. Dans un angle de la chambre est un soubassement carré sur le- €|iiel était iK)$é le sarcophage. '

La Tomba ddlt due Camere n'a pas de sujets |)eints, mais seulement quelques ornements; elle est intéressante par sa disposition; elle se compose de deux salles à la suite Tune de l'autre ; dans la première étaient deux urnes et trois dans la seconde. Parmi les ornements de cette dernière figurent deux renards.

La GrotUi délie Bighe, découverte en 1857, est une des plus intéressantes par ses peintures. Tout autour règne une frise peu élevée, représentant des jeux du cirque, dans lesquels figurent plusieurs personnages montés sur des chars, qui ont donné le nom k la tombe. Au-dessous de cette frise, sont de grandes figures d'athlètes, de mosiciens, de danseurs. Ces peintures ont malheureusement beaucoup souffert.

La Groiia Querciola est surmontée d'un plafond présentant une partie boi*izontale entre deux rampants. La peinture principale est entièrement détruite dans sa partie inférieure; maïs ce qui reste de la partie supérieure suffit pour reconnaître un festin.

La Groiia Francesca est une petite hypogée carrée dont les peintures latérales sont absolument détruites, sauf quelques traces indiquant des danses. La peinture du fond est mieux conservée; on y voit un homme sur un char attelé de deux chevaux, Tun bleu et l'autre rouge; devant lui est une femme jouant de la double flàte, et dansant; puis viennent une autre danseuse et un homme qui parait chercher à Farrétei".

La GroUa del Morto est petite, mais intéressante pour ses peintures, dont la principale représente un homme couché sur un lit, et venant d'expirer; une femme lui tire son bonnet sur les yeux, une autre lui recouvre les pieds. Au pied du lit est une troisième femme, fort endommagée, dans Tattitudc du plus profond désespoir. Les autres peintures représentent des jeux du cirque. Ce tombeau a été reproduit tout entier au nouveau musée Gr<'^orien.

La Tomba del Tridinio, découverte en 1830, est très-bien conservée; la voûte est quadrillée de toutes les couleurs; la bande qui réunit le sommet de ses deux versants est couverte de lierre, ornement qui se i*etrouve aussi aux parois. Tout autour de la salle sont de grandes figures. Au fond plusieurs ()ersonnages couchés à un festin» assistent il des danses et à un concert; aux côtés de la porte sont deux cavaliers.

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La Grotia intaglicUa, qui a été publiée par d'Agiucourt, est unique daus son genre. Les parois sont sculptées» et non peintes. Le plafond est à deux versants; an centre de ce plafond est une ouverture carrée. Les sculptures sont presque entièrement effacées aujourd'hui. Quelques parties de la frise» mieux conservées, représentent des combats d'animaux.

Nous terminerons cette revue des principaux tombeauH de Corneto par la description de la GroUa dd Tifone, la plus grande, la plus importante, et en même temps la plus moderne de toutes. (Voy. la planche.) Elle est creusée à une grande profondeur; la voûte plate est soutenue au milieu par un pilier carré, avec une corniche décorée de plusieurs feuilles d'eau peintes, et non sculptées; sur deux côtés de ce pilier sont deux grandes Bgures semblables qu*on avait prises pour des Typhons, et qui avaient fait donner le nom à la grotte. Les figures sont gigantesques, ailées et anguipèdes, et élèvent leurs mains comme pour soutenir le plafond; on doit sans doute y reconnaître les deux Aloïdes, fils de la Terre, que les auteurs nous peignent ainsi attachés à un pilier dans les enfers. Sur la troisième face du pilier, est une figure de femme dont la partie inférieure se termine par des enroulements; elle représente pnrf)ablement la Terre. Enfin sur le quatrième côté était une inscription étrusque composée de huit lignes, dont quatre gravées et quatre peintes; on y reconnaît le nom de la famille Pumpus ou PomponitAs, très-importante à Tarquinies. En avant do pilier est un massif carré que Ton croit avoir été une espèce d'autel. Autour de la salle ripent trois gradins élevés destinés à porter les tombeaux. Quelquefois ceux-ci sont creuses dans la masse même du gradin, et étaient surmontés d'un couvercle; d'autres fois un grand sarcophage posait sur le gradin et était couvert d'une figure couchée. Plusieurs de ces figures existent encore en place. Cette tombe parait avoir été employée par les Romains, sans doute à une époque postérieui^ à sa construction, car od y trouve de grandes figures peintes, évidemment romaines, représentant des fuaérailles; et au-dessous de Tune des tombes, on lit cette inscription peinte en lettres rouges:

AVRELIA F. E. OPTIMA FEMINA VIXSIT, ANN. XLV.

Les tombeaux de Caslel d'Asso et de Morchia sont bien différents de ceux que notms venons de décrire ; leur forme est tout a fait spéciale à ces localités; ils ne sont poivmt creusés dans le sol , mais présentent des façades taillées sur le flanc d'un rocb^r (voy. le frontispice, dernier plan); quelques-uns même sont presque entièrement détachés, et offrent une ressemblance frappante, au moins quant à l'ensemble, avec 1^^^ tombeaux des patriarches dans la vallée de Josaphat. Au centre des façades est utm^ porle feinte, et non une entrée véritable ; cette dernière est cachée à la base de t^^ fausse porte et dissimulée autant que possible. Les chambres sépulcrales sont géo^" paiement carrées ; il y en a cependant quelques-unes de forme ronde ou elliptiqa^ * Autour régnent, comme à la Grotta del Tifone, des banquettes avec de^t sarcophage^ creusés dans le tuf même.

Vulci a acquis de nos jours une grande importance archéologique, surtout par les objets nombreux trouvés dans ses tombeaux qui, pour la plupart, n'avaient jaoïais été violés.

Les tombeaux de Chiusi avaient attiré l'attention dès 1727, mais c'est surtout depuis I8â7 qu'on a ouvert les fouilles qui continuent encore aujourd'hui. Ces tombeaux sont tous souterrains; quelques-uns sont peints, plusieurs n'avaient point été ouverts.

Il nous reste à parler d'un tombeau que l'on attribue aux Étrusques, sans que toutefois OD puisse affirmer d'une manière positive qu'il s.oil l'ouvrage de ce peuple. Le principal argument en faveur de cette origine est l'analogie qu'on a cru reconnaître entre le monument qui nous occupe et la description assez obscure que Varron nous a laissée du fameux tombeau de Porsenna. Je veux parler du tombeau d'Albano connu sous le nom de Torre delta Stella, parce qu'il est voisin de la petite église de la Madonna deUa Stella, et sous celui évidemment apocryphe de tombeau des Horaces U de$ Curiaces. (Voy. la vignette.) Il est formé d'un grand soubassement carré de dixhoil mètres de circonférence, sur lequel s'élevaient cinq pyramides rondes dont deux subsistent encore intactes.

On trouve en Sardaigne, à quatre kilomètres environ du boui*g de Macomer, un monument funéraire appelé Tamuli, offrant avec celui d'Albano la plus grande ressemblance. Il se compose de six pyramides à demi enfouies, et dont trois portent de petites mamelles. Ce tombeau est attribué aux Phéniciens.

D'autres monuments sépulcraux, qui se trouvent au nombre de plus de trois mille dans le même pays, mais qui paraissent i*emontcr à une époque moins reculée , puisqu'on en connaît qui appartiennent au onzième siècle, sont ceux que l'on désigne sous le nom de nur-hags ou noraghes. Ils offrent à l'extérieur une certaine analogie avec les tombeaux de Corifeto: ce sont des massifs circulaires ou elliptiques, en forme de eônes tronqués, composés de pierres brutes ou taillées posées à sec, et en général, par assises horizontales. Ces massifs qui m'ont rappelé également la tour Bouddhique de Sarnàt dans l'Inde, renferment quelquefois un grand nombre de chambres. Dans la noraghe de Santo Santinu, une des plus modernes, M. Valéry a compté jusqu'à soixante et douze chambres réunies entre elles par des corridors, et par un escalier en spirale. Le territoire de Nulvî présente plus de cent noraghes; l'arc aigu s'y rencontre, et elles sont, avec d'autres monuments de l'Egypte, de la Grèce et de l'Italie, une nouvelle preuve que le système ogival, bien loin d'être venu du Nord, est une invention de l'enfance des arts du Midi. Les autres loralités où se trouvent les plus belles noraghes sont Bauladu, Uras et Bolothana.

Les Romains, maîtres d'un immense territoire et de richesses plus grandes encore, devaient nécessairement surpasser tous les peuples par la magnificence de lejji^s tombeaux. Toutes les voies romaines, aux approches des villes, étaient bordées de tomlieaux; cet usage n'est nulle part mieux constaté qu'à Pompéi, où une rue entière est composée de sépulcres qui lui ont donné le nom de rue des Tombeaux. (Voyez la planche.)

La campagne de Rome en présente de tous côtés qui , se dressant au milieu d<*s bruyères dessécliées, annoncent tristement rapproche de la ville éternelle. Tels sont, sur la voie Tiburtine, le tombeau de la famille Plautia, sur la voîeFlaminienne, celui de Taffranchi de Néron (voyez le frontispice^ i^ plan à droite), sur la voie Appîenn<* les mausolées de Priscille, de Serviiius Quartus, des affranchis de Livie, de Cei*ili:i Melella, etc. Ce dernier est cité parmi les plus beaux monuments funèbres de Pltalie antique ( voyez le frontispice, ^ plan à droite) , et il ne le cède guère qu'au mausolé<^ d'Adrien qui, dépouillé de tous ses ornements, est devenu la citadelle de Rome sous le nom de Cbûteau Saint-Ange (voyez la planche) ; à celui d'Auguste qui a été converti par les modernes en amphithéâtre pour les jeux publics, et enlin h la belle pyramide de Caius Cestius.

Nous devons parier aussi d'un monument qui , sans être bien somptueux, est cepend'un grand intérêt, c'est celui connu à Rome sous le nom de Tomlwiu du Boulanger, et qui n'a été découvert que depuis peu d'années (soyez la planche). Ce singulier monument est bien conservé ; la partie qui regiutle la plaine est seule détruite en partie. Ce tombeau est tout entier construit en travertin, et sa forme est celle d'un trapèze, aiin que ses faces latérales répondent à l'alignement des deux voies entre lesquelles il est situé. 11 se compose d'un soubassement plein, surmonté. d'un étage avec des piliei^ carrés, et des fûts de colonnes sans bases ni chapiteaux. Au-dessus est um* frise portant une inscription qui nous apprend que Ik furent déposés les restes dv Vergilius EurysaceSy syndic des boulangers. Vient ensuite un autre étage composé de trois rangs de boisseaux creux, ornement bizarre qu'il est bien diflBcile d'expliquer* et enfin une frise dont les bas-reliefs représentent la fabrication de pain.

On trouve en Italie un grand nombre de ces tombeaux de famille que leur disposition intérieure a fait nommer columbaria; ce sont des salles entourées d'une foule de |)etites niches destinées à recevoii' les urnes funéraires; un des plus célèbres est le tombeau de Vii'gile qui se voit à Naples, au-dessus de l'entrée de la grotte de Pausilippe.

Il est assez ditlicile de suivre l'histoire des tombeaux dans les bas siècles de Tempire; le dernier monument authentique de ce genre est celui de Tbéodoric h Raveime.

Des toml)eaux romains se retrouvent dans tous les pays où Rome porta ses arme^ et sa civilisation. En France, il en existe un grand nombre, dont les plus magnifiques sont: la Tourtnayne, à Nîmes (Gard); le mausolée de Saint-Remy (Bouches du Rhône) ; l;f pierre de Couhard, à Aulun (Saône-el-l^ire) et l'Aiguille de Vienne (Isère), connue S0U5 le nom de tombeau de Pilale. (Voyez le frontispice, dernier plan.)

En Esp;igne, on cite le tombeau antique, dit des Scipionsy près Tarragone, en Ca talogncj les tombeaux de Gandia et de Villa-Joyosa, dans le royaume de Valence, de Zalamea, dans l'Estramadure, et enfin celui de Manresa, connu sous le nom de Torre di Breny, et qui doit appartenir à une époque de décadence.

L'Italie |>ossède des hypogées bien célèbres à plus d'un titre. Les fameuses calaconibc^s do Rome et de Naples, ces vastes nécropoles souterraines, avaient (Hé elles

TOMBEAU hl DOILANGER A RdSIE

mêmes pi*êcédées par une autre sépulture du mémo genre, qui, quoique plus petite, n'a peut-être pas moins de droit à notre intérêt, à notre respect ; on a nommé le tombeau desScipions. Situé dans l'intérieur de Rome, non loin de Tare de Dnisus, il ne fut découvert qu'en 1780. Il avait deux étages ;rinférieur, qui existe encore, est un souterrain creusé dans le tuf; il ne reste plus rien du second clage (|ui,au dire deCicéron, déduit être entouré de niches, contenant les statues des Scipions et du poëte lijinius. En entrant dans ces caveaux Tunèbrcs, on doit se dépouiller de tons les s^mvenirs de la magnificence et du luxe de la Rome impériale; rien nVst plus simple que les tombeaux de ces héros républicains; mais avec quel profond seoliment de ^-énération ne parcourt-on pas leur dernière demeure! On se rapfielle h la fois le (*onquérant de l'Afrique, celui do PAsie, de l'Espagne, de la Lucanie, de la Corse, toute cette gens Cornelia, qui se distingua des autres familles romaines, en ne voulant jamais adopter l'usage de brûler les corps des siens, jusqu'à Sylla qui l'ordonna pour lui-même, craignant pour son cadavre les outrages qu'il avait fait subir à celui de Marins. On montre encore, dans l'intérieur du soutei rain, la porte qui donnait sur la voie Appienne, et qui aujourd'hui est au-dessous du sol exhaussé de la rue moderne.

Arrivons maintenant aux premiers monuments funèbres des chrétiens. Les catacoml>es, ou plutôt les cimetières, comme on les appelle à Rome, furent dans le principe des carrières d'où Ton tirait la pouzzolane cette poussière volcanique que les Romains employaient dans leurs constructions; de là l'irrégularité des salles et des corridors qui les composent; à Rome, les corridors sont en grand nombre, très-bas et très-étroits, à l'opposé des catacombes de Naples, qui, creusées dans un tuf beaucoup plus dur, sont formées de galeries hautes et larges. De loin en loin on rencontre des chapelles, des chambras, dos salles évidemment destinées à des réunions. C'est dans les parois des corridors que sont taillées à plusieurs étages les niches rectangulaires où Ton plaçait les corps des personnages d'un ordre inférieur; elles étaient fermées par des dalles de marbre, la plupart enlevées aux monuments païens, ou par des plaques en terre cuite, ordinairement on trois morceaux. Les restes pivcieux des saints, des martyrs, des évêquos étaient renfermés dans des sarcophages, soit en marbre, soit creusés dans le roc, qui presque toujours servii*ent en même temps d'autels, pour la célébration des saints mystères.

Lorsque le christianisme put se montrer au grand jour, il voulut mettre les tombeaux sous la garde de la religion; l'emplacement exigu dont on put disposer dans les églises nécessita naturellement la diminution dos dimensions des monuments funéraires; le règne de l'architecture fut passé, et la sculpture presque seule fut appelée à leur exécution. Les premiers tombeaux furent alors des sarcophahes imités des païens, et chargés des emblèmes du nouveau culte, puis ces grandes dalles appelées tombes, qui firent partie du pavé des églises et qui se rencontrent en si grand nombre à toutes les époques du moyen âge. Bientôt sur les sarcophages, on coucha la figure du mort, les mains jointes, les pieds posés sur un lion, symbole de la force, si c'était un homme; sur un chien, emblème de la fidélité, si c'était une femme; ces

tombes, le plus souvent de pierre ou de marbre, étaient quelquefois de bronze, comme celles des évéques Evrard et Godefroy, dans la cathédrale d'Amiens, ou celle de Martin V, à Saint-Jean-de Latran. Les figures en ronde bosse étaient cependant les plus rares; souvent on se contentait de recouvrir ces tombeaux d'une dalle sur laquelle le mort était représenté dans la même position, mais avec un très-faîble relief, quelquefois même simplement indiqué, par des traits creusés légèrement dans la pierre. Plusieurs tombeaux nous présentent les morts, dans Tétat de putréfaction; c'est ce hideux tableau qu'offre le tombeau attribué à Jean CUiujon, dans l'église des Saints-Gervais et Protais, à Gisors. Bientôt enfin, on éloigna ces tristes images, et on représenta les figures vivantes et souvent agenouillées, mais entourées encore des emblèmes de la mort, qui cux-mrmes disparurent à leur tour. Les tombeaux furent même décorés d'une foule de figures, d'ornements, qui parfois n'avaient aucun rapport avec la destination funèbre du monument.

Pendant le cours des treizième et quatorzième siècles, et le commencement du quinzième, les pierres sépulcrales s'étaient multipliées à l'infini; des tombeaux considérables avaient été élever dans le chœur des églises, dans les chapelles, dans les cloîtres, et jusque sur les places publiques, comme on le fit à Vérone, pour les mausolées des Scaliger; mais ce fut surtout à la fin du quinzième et pendant les seizième et dix-septième siècles, que la richesse des sculptures des tombeaux devint prodigieuse. C'est à cette période qu'appartiennent, en France, les mausolées de François P% de I^uis XU et des Valois, à Saint-Denis; des d'Amboise, è Rouen; des deLannoy, à Amiens ; de Marguerite d'Autriche, à Brou ; de François II, à Nantes, etc.; en Italie, les admirables tombeaux de Saint-Pierre de Rome, de Sainte-Croix de Florence, des Saints-Jean et Paul de Venise; en Angleterre, les sépultures de Westminster; en Belgique, les monuments funèbres de Charles le TeméraHre, et de Marie de Bourgogne; en Allemagne, celui de Frédéric IV, dans Saint-Étienne de Vienne; dans le Tyrol, celui de Maximilien V% à Inspruck; en Espagne, le prodigieux, tombeau gothique de don Juan II, dans la chartreuse de Miraflores, et les tombeaux. des rois d'Espagne, à TEscurial, etc.

Chez les modernes, comme chez les anciens existent de ces lieux consacrés à \m sépulture, des nécro|X)les, des cimetières, où les morts se pressent loin de la demeura des vivants. La plupart de ces cimetières ne sont qu'une enciente de murailles, ren^ fermant des tombes disposées au hasard sans plan fixe, comme sans forme commune* En Italie cependant on trouve plusieurs campi sarUi, qui peuvent être placés parmi les monuments dignes de Tattcntion des voyageurs. Le premier rang appartient au Campo Santo de Pise, et comme le plus ancien et comme le plus magnifique.

Depuis longtemps, on avait conçu à Pise le projet d'un monument, destiné à servir de modèle aux sépultures de tous les peuples. Vers l'an 1225, cinquante galères de cette république, à leur retour de Palestine, prirent pour lest des terres, enlevées à Jérusalem, aux lieux sanctifiés par la passion de Notre-Seigneur, les transportèrent à Pise, et on en couvrit l'espace actuel du Campo Santo, sur une profondeur d'environ trois mètres. Au prix que la dévotion attachait à cette terre, une propriété physique,

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celle de coDsiimer Irs corps en vingt-quatre heures, ajouta quelque chose de merveilleux. Autant pour honorer cette pieuse conquête d'une enceinte digne d'elle, que pour dégager leurs églises, les Pisans résolurent de construire un vaste monument, qui, devenant le cimetière public, devait être aussi le dépôt des mausolées qui déjà encombraient les temples. Tel fut le projet que Giovanni Pisano fut chargé de réaliser.

Aucun plan ne {K>uvait mieux convenir que celui d'un grand cloitre, c'està-dire, d'une enceinte formée par une galerie couverte; ce fut aussi celui qu'adopta Giovanni Pisano, et il développa, dans son exécution, non-seulement toute l'habileté qui appartenait à son siècle, mais encore un talent qui, à bien des égards, lui fut supérieur. La longueur du Campo Santo (voyez la planche) est de 132 mètres, sa largeur de 45 mètres 50 centimètres. L'extérieur de la galerie est formé d'un grand mur de marbre blanc, percé seulement de deux portes, et qui, entièrement peint à fresque par les plus grands artistes des treizième, quatorzième et quinzième siècles, est devenu l'école de tous les peintres, et le lieu où l'on peut le mieux étudier les développements de l'art pendant la période qui précéda le seizième siècle et prépara les chefs-d'œuvre qu'il devait enfanter. C'est là que l'on retrouve les pages tracées par les Giotto, les Simon Memmi, les Orcagua, qui, nés deux cents ans plus tard, eussent été des rivaux redoutables même pour les Michel-Ange et les Raphaël. Malheureusement ces fresques si précieuses sont pour la plupart dans le plus triste état de dégradation ; mais la gravure, qui les a reproduites plusieurs fois, les sauvera de l'oubli quand le dernier de leurs débris aura disparu.

Le côté intérieur de la galerie présente une suite non interrompue de grandes arcades à plein cintre, enrichies de meneaux ogivals d'une richesse, d'une délicatesse qui surpassent tout ce que l'imagination peut concevoir. Le Campo Santo fat terminé en 1585; depuis longtemps on a cessé d'y enterrer, et on n'y élève plus que des monuments aux grands hommes, ou à quelques personnages haut p'acés Les galeries sont aussi devenues une espèce de musée de sculptures antiques ou du moyen âge.

L'exemple de Pise a été imité depuis par plusieurs villes d'Italie, et on trouve de ces enceintes funèbres à Bologne, à Rome, à Brescia, etc., mais aucune ne peut être comparée au nouveau cimetière deNapIes, qui, commencé par Murât et aujourd'hui presque terminé, est digne de servir de modèle à tous ceux qui pourront être formés par la suite.

Il n'entre pas dans notre plan de décrire les magnifiques mausolées répandus dans les divers cimetières de l'Europe; n'étant point établis sur une donnée générale, ils ne sont plus que des individualités sans importance dans la synthèse de l'histoire de FarU Aujourd'hui pour les tombeaux, comme pour tout le reste, nous ne suivons plus guère que les caprices de notre imagination, et. à ceux qui nous suivront, il sera bien difficile sans doute de trouver une pensée dans nos monuments funèbres, qui souvent n'en renferment aucune, et ne sont presque toujours que le

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fruit de rignorancc, de rindifTérence ou de la routine; car, il ne faut pas Toubiier, où il y a abseoce de foi, il y a absence de but et d'unité dans l'art. Aujourd'hui on élève des monuments sur des sépultures; quand en reviendrons-nous h élever des loml)eaux?

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AMFMTIHltATmiËlSa

ous trouvons chez les Grecs deux sortes d'édifices consacrés à la célébration des jeux publics, le stade ou hip|)odrome et le théati*e. ^ Les Romains les empruntèrent Tun et Taulre 1^ en donnant au premier le nom de cirque» et ils y ajoutèrent un troisième genre de leur 'invention, Tamphitliéûtre où sc^ livraient des I combats auxquels eut répugné la délicatesse du goût attique.

On sait que les stades, hippodromes ou cirques étaient destinés aux courses dechevaux« SBX courses de chars et à différents exercices gymnastiques. Les cirques comprenaieut OD espace beaucoup plus long que lai^e, termine à Tune des extrémités en demi-cercle» divisé dans le milieu par une construction chargée d'autels, de colonnes, d'obélisques».

i56 EUROPE.

laquelle était appelée sjnna, et entouré de gradins» excepté du côté opposé à Thémicycle, où se trouvaient placés les carcères ou loges pour les chars. Entre les sièges des spectateurs et Tespace destiné aux jeux» areay était souvent un canal large de iO pieds et pleiu d'eau, Euripus, bordé d'une grille du coté de Varea; mais tous les cirques n'étaient point entourés d'un fossé semblable; on n'en trouve aucune trace dans celui de Romulus, Gis de Maxence, près de Rome» le mieux conservé qui nous soit resté de l'antiquité romaine. L'une de nos planches, empruntée à l'Asie Mineure, oiïre une vue du beau stade grec d'Aphrodisias, l'un des plus com-^ plets qui existent encore, et nous dispensera de donner ici une nouvelle vue de ce genre d*édi6ce. On en trouve quelques autres exemples à Messène et en d*aatres lieux de la Grèce.

On comptait jusqu'à quinze cirques à Rome : le circus maximiis , fameax par Teulèvement des Sabines, et dont on reconnaît encore les vestiges dans la vallée Morcie, entre le Palatin et le Tibre; le cirque d'Adrien, qu'on suppose avoir été conslruil près de l'endroit où est aujourd'hui le chûteau Saint-Ange; celui d'Alexandre Sévère, dont l'emplacement est encore indiqué par la place Navone, et dont les restes existent sous les maisons qui entourent cette place; le cirque de Romulus, Gis de Blaxence, connu sous le nom de cirque de Caracalia ; le cirque Apollinaire ou de Flamiuius, situé hors de Rome, et célèbre parce qu'il servait de point de départ aux maixhes triomphales; le cirque d'Aurélien ou d'Uéliogabale; le cirque Casirensis, réservé exclusivement aux soldats; ceux deDomïtia, de Flore, de Jules César, de Salluste, de Néron, et trois autres dont les noms ne nous sont point parvenus.

En France, nous trouvons quelques restes de cinjues, à Orange, à Fréjus; nous en reconnaissons également en Kspugne, à Mérida, dans l'Estramadure, et à Murviedro, l'antique Saj^onle, dans le royaiuiie de Valence. EnGn, la principale place de Constanlinople, VAtineidani, a succédé à l'hippodrome de Constantin, et est encore ornée d'un obé'lisque de granit de vingt mètres de hauteur.

Je n'ai pas besoin de dire que le mot théàlre, hurfo^, de etucf^xt^ contempler, signifie lieu d'où Ton regarde, et par extension, lieu où se donnent les représentations dramatiques.

Inventeurs du drame, les Grecs W furent aussi du théâtre. On sait que les premiers théâtres furent le char de Thes|>is pour la tragédie, les tréteaux de Susarion pour la comédie satirique. De ces chariots, de ces échafauds qu'on dressait à la hftte, à une construclion plus stable, plus solide, la transition ne dut être ni longue, ni diflicile. Cep<*ndant les premiers théâtres furent de bois.

Le théâtre de bois d'Athènes s'écroula |>endant qu'on jouait une pièce d'un auteur ancien nommé Pratinas, qui écrivait dans 70' olympiade. Par suite de cet accident, peu après la défaite de Xerxès, dans la 75° olympiade, Thémistocle fit conslmire le premier théâtre de pierre qui ait été élevé en Grèce; je dis le premier en Grèce, parce qu'il parait que les colonies grecques avaient devancé le mouvement de la métropole. A Ségeste, en Sicile, on trouve un théâtre qui parait être d'une très^ haute anti({uité. Sa disposition est très^imple, et il u'a qu'un seul étage de gradins.

CIRQUES, THÉATUES, AMPHITHÉÂTRES. 157

une seule prœcincêio, à laquelle conduisent deux escaliers, disposés d'une manière arbitraire et non symétrique, et qui pi-obableroent dépendait de la situation et des convenances locales. A Adria, colonie des Étrusques, on observe encore les restes d'un théÂti'e en briques, qui ne peut éti*e un ouvrage des Romains, mais qui doit dater d'une antiquité plus reculée, ainsi que le prouvent sou architecture et Thistoire de la ville. A Sutri , un théâtre taillé daus le roc peut également être attribué aux Étrusques. Il parait donc évident que les colonies grecques, ou un peuple qui avait eu avec les Grecs des rapports à une époque très-reculée, eurent des théâtres de pierre quand la Grèce n'avait encore que des théâtres de bois; mais aussi ces premiers théâtres étaient loin de la perfection de celui qui fut construit par Thémistocle, édiGce qui devait servir de type à tous ceux qu'élevèrent dans la suite les Grecs et les Romains.

Rarement les anciens bâtissaient des théâtres dans la plaine; on préférait les adosser à une montagne ou à un rocher, surtout lorsqu'il s'y rencontrait quelque partie circulaire naturelle où l'on put tailler à vif les sièges. On y trouvait le double avantage de l'économie et de la belle vue dont jouissaient les spectateurs. Toutefois, souvent on n'appuyait à la montagne que le fond de Thémicycle, et on le raccordait à la scène par des constructions, ainsi qu'on le voit à Sagonte, à Taormina, à Orange. Autant que possible, les théâtres étaient exposés au nord, pour préserver ieg spectateurs de la trop grande ardeur du soleil.

Le théâtre antique se composait de deux parties principales : I* la partie semicirculaire, appelée en grec «oiAor, en latin cavea, en italien, gradinala^ et que nous appelons à tort l'amphithéâtre, était garnie de rangs de gradins, en fuite les uns sur les autres, et de plus en plus élevés en s'éloignant de la scène, atin que les spectateurs ne fussent pas gênés par ceux qui étaient devant eux. Ordinairement les gradins étaient comme séparés en plusieurs ordres ou étages par des galeries également semicirculaires, nommées, J^<«£4w^«c, baltei ou prœcincliones. Selon retendue des théâtres, ils avaient une, deux ou trois prœcincliones, qui formaient des divisions portant les noms de ima, média et sumtna cavea.

Dans les théâtres grecs, chaque classe de citoyens avait ses sièges distincts. Les premiers rangs étaient occupés par les agonothètes, ou juges des pièces de théâtre, par les magistrats, par les généraux d'armée et les prêtres; les citoyens aisés occupaient les rangs intermédiaires, et le commun du peuple était relégué aux places les plus élevées.

Dans les théâtres romains, les patriciens, les plébéiens, les femmes furent longtemps confondus sans aucune distinction; le peuple entrait pêle-mêle, et les places étaient au premier occupant. Deux édiles, Serranus et Stribonius, d'après Tavis de Scipion l'Africain, qui à cette occasion perdit beaucoup de sa popularité, abolirent cette habitude de la vieille liberté, et séparèrent les sénateurs des plébéiens. La loi Roscia réserva les quatorze rangs inférieurs de gradins aux personnes élevées en dignité. Enfin , Auguste compléta la réforme en fixant la place que chaque classe devait occu[>er, selon son rang et son sexe.

Le dernier ordre de gradins était lui-même ordinairement sarmooté et entouré d'nu portique qui servait de refuge au public en cas de pluie, et qui avait l'avantage d'arrêter et de renvoyer la voix des acteurs. Cette galerie, quelquefois divisée en loges, comme à Lillebonne, venait souvent se raccorder avec un autre portique ménagé derrière la scène. C'était là qu'étaient placés les modillons qui recevaient les poutres destinées à soutenir le velarium. On sait que les théâtres des anciens n'étaient pas couverts; il n'y avait d'exception que pour les plus petits, appelés odéons. Le vdarium, en grec TrttptuctTtir/iitiy était donc indispensable pour garantir les spectateurs de l'ardeur du soleil. Selon Pline, c'est en Campanie que prit naissance l'usage de couvrir ainsi les théâtres; Quintus Catulus l'introduisit à Rome, et Lentulus Spinther fut le premier qui y employa des toiles de lin.

Quand on pense à l*énorme grandeur des théâtres et des amphithéâtres antiques , on a peine à concevoir comment on pouvait parvenir à tendre un voile d'une si gigantesque dimension. Aucun auteur ancien ne nous a transmis de détails positifs; nous savons seulement que le velarium pouvait être mis et retiré à volonté , puisque Suétone dit qu'un des plaisirs de Caligula était de faire découvrir l'amphithéâtre au moment de la plus grande ardeur du soleil, et de forcer les spectateurs de rester tête nue à leurs places. Le velarium devait encore s'étendre au moyen de poulies et de cordages, puisque , selon Lampridius, une compagnie de matelots, habitués à la manœuvre des navires, était attachée à son service. La plupart des théâtres et des amphithéâtres présentent, ainsi que je l'ai dit, dans leur partie supérieure, des modillons en pierre pour les poutres du velarium. D'après ce qui subsiste, le Cotisée, dont le diamètre est de cent quatre-vingt-onze mètres trois cent vingtsept millimètres, dut avoir deux cent quarante modillons, et un nombre égal de poutres. C'est d'après c^s indices que M. Borgnis, dans sou Traité de mécanique appliquée aux arts, a proposé son procédé d'établissement du velarium. An centre du Cotisée serait un ovale de trente-deux mètres quatre cent quatre vingt-trots millimètres; il serait formé de trois rangs de madriers sui>erposés plein sur joint, et liés par des boulons au nombre de cent vingt, portant à leur partie supérieure des anneaux qui recevraient chacun deux cordes, répondant aux poulies fixées an sommet des deux cent quarante poutres placées au faite du monument. On conçoit qu'en tirant ces câbles, l'ovale devrait s'élever, et qu'il serait facile de disposer sur ces cordes les toiles du velarium. Chaque voile aurait la forme d'un trapèze, et porteraK en dessous un certain nombre de tringles parallèles ayant des anneaux que les grandes cordes enfileraient. De cette manière, une autre corde s'enroulant d'un bout sur une poulie, et attachée de fautre à la partie inférieure du trapèze, ferait remonter, lorsqu'on voudrait le fermer, le velarium qui, pour s'ouvrir, retomberait de son propre poids. J'ai cru qu'on me saurait peut-être gré de faire connaître ce procédé ingénieux, qui , avec quelques légères modifications, peut s'appliquer également aux théâtres; il parait fort praticable, mais, faute de documents nécessaires, nous ne pouvons affirmer d'une manière positive qu'il soit celui qui était employé par les anciens.

CIRQUES, THÉÂTRES, AMPHITHEATRES. 159

Revenons aux ibéâlres dont jo me suis éc;irté un instant. Dans cette môme partie supérieure d*oii s'étendait le velarium, pour rendre la voix des acteurs plus sonore, on suspendait des espèces de cloches d'airain ou de terre cuite, nommées eehea, dont l'ouverture était tournée vers le bas, du côté de la scène. Les echea étaient de proportions différentes, de manière à former des accords de musique. La voix, en frappant leur cavité, produisait ainsi un son plus clair, plus nourri et plus harmonieux.

Les étages de gradins étaient eux-mêmes divisés par des escaliers rayonnant autour du centre, en portions que leur forme avait fait appeler Kîfxii'tç, navettes, cunet, coins.

Les escaliers étaient ordinairement au nombre de sept dans les grands théâtres. Quand TédiGce était adossi'^ à une montagne, les escaliers en descendaient ordinairement jusqu'à l'orchestre , et c'était de cet orchestre , dans lequel on pénétrait par deux grandes entrées latérales ou vomitoires, vomitoria, que l'on montait aux gradins les plus élevés. Telle était la disposition des théâtres de Cystène, de Telmissus, etc. Les deux grands vomitoires de Torchestre étaient parfois, comme à Pompéi, surmontés de tribunes réservées, appelés podium. Dans d autres théâtres, les escaliers s'arrêtaient au gradin qui était le plus près de l'orchestre, et n'en étaient séparés que par un petit rempart. Dans ce cas, les portes ou vomitoires étaient pratiquées dans le portique, à la partie de rédifice la plus éh'vée sur la montagne, à laquelle on arrivait par des chemins ménagés à cet eiïet. Il en était ainsi à Tyndans, à Syracuse, à Catane, à Taorniina , etc. Quelquefois ces deux modes d'entrées se trouvaient réunis, comme aux théâtres de Ségeste et d'Orange. A Lillebonne,on parvenait au haut des gradins par un escalier pratiqué derrière le théâtre. Quant aox théâtres entièrement isolés, on y entrait, comme dans les amphithéâtres, par des escaliers qui, ménagés dans l'intérieur de la construction qui soutenait les gradins, venaient aboutir aux divers étages de prœcinciiones.

L'orchestre était la partie semi-circulaire comprise entre le «««a»», ou cavea, et la ligne du protcenium ou avant-scène. Le gradin inférieur de l'amphithéâtre était de liveau avec la scène; Torchestre, qui les séparait, était plus bas de deux mètres environ chez les Grecs, et du double chez les Romains.

Le mot êfx^rvfm, vient du verbe op;^fV«'« danser; il est donc positif que, dans certains cas, des danses étaient exécutées dans l'orchestre. Au milieu était la ihymèle, petit autel sur lequel on sacrifiait à Bacchus au commencement du spectacle. C'était ie point central autour duquel était tracé le demi-cercle du «oiAo». Cet autel avait des degrés sur lesquels se plaçait quelquefois le chœur; alors le coryphée montait sur la partie supérieure de la thymèle, qui était de niveau avec le gradin le moins élevé et le pulpiium, dont je parlerai bientôt. Millin pense que la thymèle pouvait servir aussi de tribune aux magistrats et aux généraux pour haranguer le peuple assemblé dans le théâtre pour assister à des délibérations sur les intérêts de TÉtat. Mous pourrions supposer que les poètes et les philosophes y prenaient place lorsqu'ils y convoquaient le public pour juger leurs vers ou leurs discussions.

Comme dans les théâtres romains, il n'y avait ni thymèle, ni chœurs, l'orchestre était moins étendu que dans les théâtres grecs, et il était réservé aux personnages

les plus distingués. La place d'honneur pour le préleur ou pour le prince était an^ centra de la courbure du cercle; il y avait aussi dans cette enceinte des sièges disposés pour les vestales, les sénateurs, etc.

Nous voici arrivés à la seconde des grandes divisions du théâtre, à la partie rectangulaire réservée aux représentations, la scène. Le mot r«9»«, seena, scène, avait une signiGcation plus étendue dans les théâtres anciens que dans le» nôtres. On appelait ainsi toute la construction rectangulaire qui faisait face au «ma*», ou eavea, et formait le fond du théâtre. 1^ scène comprenait donc le proscenium^ l'^ypocn»niutn, la scène proprement dite , et le poslscenium.

Le proscenium, ou A«yci0r, ne correspondait que fort imparfaitement à ce quenons appelons anjourdMuii avant-scène. En avant ét;iit une plate-forme avançant sur Torchestre, construite le plus souvent en bois, ce qui fait que dans beaucoup de théâtres on n'en trouve plus de ti^aces. C'était le pulpitum qui occupait une place beaucoup plus large que le /)ro<centtim même, et qui n'était jamais fermé par le rideau. Ce serait chez nous Tespace compris entre le rideau et la rampe; c'était là que se tenaient les acteurs.

Uhyposcenium était le dessous du théâtre. La scène proprement dite correspondait à notre toile de fond, avec cette ditférence que c'était une construction solide, embellie des plus riches ornements de l'architecture. 1^ largeur était double de celle de l'orchestre; elle présentait trois portes : celle du milieu ordinairement à plein cintre, s'appelait au/a regia, la porte royale; elle conduisait au palais du principal personnage chez lequel le drame se passait. Les deux autres portes, plus petites et rectangulaires, portaient le nom d'hospiialia, parce qu'elles servaient aux hôtes ou aux étrangers. Le mur de la scène d'Orange présente une sorte d'alcôve oa de renfoncement au milieu de laquelle s'ouvre la porte royale, et qui avait probablement ponr but de renvoyer vers la cavea la voix des acteurs. Cette construction de la sc^ne faisait retour sur les côtés pour circonscrire l'espace réservé à l'action, et sur ces ailes, appelées i^ersurœ, étaient ouvertes deux autres portes, dont l'une était supposée conduire au port et l'autre à la campagne.

Dans le principe, la scène n'avait d'autre ornement que ces colonnes, ces bas> reliefs, ces statues qui y étaient établis à demeure. Un artiste, nommé Agatarchns, conçut l'idée des décorations au temps d'Eschyle, et dans un savant cx)mmentaire il développa les principes qui avaient dirigé son travail. Ces premiers essais furent ensuite perfectionni'»s, soit par les efforts des successeurs d'Eschyle, soit par les ouvrages qu'Anaxagore et Démocrite publièrent sur les règles de la perspective. Les anciens avaient aussi poussé assez loin l'art du machiniste, mais la description de leurs machines théâtrales m'entraînerait dans une digression que je dois éviter, pour ne pas sortir de mon sujet.

Le posiscenium, ou xti^êta-Knuti^ était le derrière et les côtés extérieurs de la soène; c'était le lieu où les acteurs s'habillaient, et où se préparait tout ce qui âait nécessaire aux représentations. Derrière le poslsctnium étaient ordinairement des portiques, des jardins ou une place publique. Le rideau, siparium on oMUtum, parait

CIRQUES, THÉÂTRES, AMPHllHÉATRES. 1G4

n'avoir été usité que chez les Roniaius. Lorsque le spectacle commençait, uu lien de Lever la toile comme chez les modernes, on la descendait en la faisant entrer on fli;Lisser par une coulisse dans Vhyposcenium.

Nous avons vu que le premier théâtre grec complet, celui qui servit de type a tons les autres, fut le théâtre érigé à Athènes sous Thémîstocle, dans la l^""*" olympiade. Ce théâtre» dont on reconnaît encore la forme à la dépression du terrain, et dont on a retrouvé» il y a peu temps, quelques gradins, était creusé dans le flanc méridional de TAcropole, en regard du mont Hymette, dans le quartier appelé les Marais, At/btiut; il avait une étendue assez considérable. Lorsque Pausanias voyagea dans la Grèce, ce théâtre était orné des statues d'Euripide, de Sophocle, de Ménandre et d'autres poètes tragiques ou comiques. Il y avait à Sparte un théâtre en marbre blanc; il en reste encore des ruines qui prouvent retendue et la beauté de cet édifice. Le théâtre d'Épidaure, situé dans le bois sacré d'Esculape, et qui avait été bâti par Polyclète, surpassait» par la perfection de son plan et la beauté de ses proportions, tous les autres théâtres de la Grèce; on en trouve encore quelques restes. Le théâtre de Mégalopolis» en Arcadie, était, sehm Pausanias, le plus grand de toute la Grèce. On citait encore ceux d'Égine et de Milo, l'ancienne île de Mélos. Les ruines de ce dernier édifice n'ont été reconnues (pie depuis peu d'années; il est sitn<» an pied du revers nord-ouest d'une montagne, dont le sommet porte les restes d'un fort construit par les Sarrasins. Quoique son étendue fut assez médiocre, comparativement à d'autres théâtres anciens, il pouvait contenir plus de six mille personnes. La parti(^ adossée à la montagne est assez bien conservée ; mais le reste a beaucoup souffert des injures des habitants de l'ile, qui en ont (Muployé les pierres à la construction de leurs demeures. C'est à quatre ou cinq cents pas de ce théâtre, qu'en avril 1820 a été découverte la fameuse Vénus de Milo, le plus bel ornement du musée du Louvre. Des vestiges de théâtres grecs existent encore à Délos, h Argos, à Mantinée, à Sicyone» aux environs de Missolonghi, à Jéro, à Larisse, etc.

La Sicile renfermait également un grand nombre de théâtres; les {)lus magnifiqnes étaient» selon Cicéron et Diodore de Sicile, ceux d'Agrigentc et de Syracuse. Les différents étages de gradins qui formaient le vaste hémicycle de ce dernier sont encore parfaitement visibles, bien que dépouillés des marbres ipii les recouvraient. Il ne reste plus rien des portiques qui le couronnaient; la scène et l'avant-scène, qui subsistaient encore sous le règne de Charles-Quint, et dont ce prince employa les pierresà la construction d'une citadelle, ont entièrement disparu.

Le théâtre de Taormina, l'antique Tauvominium (\o\oz la planche) peut servir de transition du théâtre grec au théâtre romain, car il paiait être d'origine grecque, bien que la disposition de la scène, et la construction du portique située derrière ies gradins les plus élevés, prouvent évidemment qu'il a été rétabli par les Romains. Du haut de ces portiques presque détruits, on peut encore juger de ce que devait être ce vaste monument destiné à contenir trente mille spectateurs. Malgré leur délabrement, on distingue parfaitement les gradins taillés dans le roc et jadis revêtus de marbre, et 1rs prœcinclwnes qui les divisaient. Devant

itti EUROPE.

ce vaste hémicycle s*élève la scène doot on reconnaît encore toutes les parties.

Les premières pièces de théâtre furent représentées à Rome, Tan 391 de sa fondation. Longtemps les théâtres, comme je Fai dit, furent en bots et temporaires; les spectateurs étaient debout. Harcus Emilius Lepidus fut le premier qui fit bâtir un théâtre avec des sièges. C'était au grand Pompée qu'il était réservé de doter Rome de son premier théâtre de pierre, qui fut dédié Tan de Rome 699. Il ne reste presque plus rien de ce magniOque édifice, qui contenait quarante mille spectateurs.

Il y eut à Rome deux autres théâtres, ceux de Balbus et de Harcellus, dédiés tous deux Tan de Rome 741. Le style du théâtre de Marcellus, qui existe encore presque en entier sur la place Moutanara, est si parfait que les architectes modernes Tout pris pour type pour déterminer les proportions des ordres ionique et dorique superposés.

De tous les théâtres antiques, les mieux conservés sont le théâtre tragique et Todéon de Pompée, et le théâtre de Tusculum; mais ce dernier est très-simple eC de très-petite proportion. On pourrait sans doute joindre à ceux-ci le grand théâtre d'Hei*culanum, bien plus grand, bien plus magnifique et aussi intact; mais raaibeareusement, comme il est enfoui sous vingt-cinq mètres de cendi*es dûmes, ou a dû réserver au milieu un énorme pilier qui empêche d'en embrasser Tensemble, et oe uVst qu'avec des torches qu'on peut en visiter chaque partie.

En France, nous avons un grand nombre de restes de théâtres romains, mais aucun n'est comparable à celui d'Orange, qui, pour la grandeur des constmctions de lu scène, l'emporte même sur tons ceux qui existent dans le reste du moade. Après lui, ou peut citer ceux d'Arles et de Lillebonne comme les mieux conservés, puis ceux d'Autun (Saone-et-Loire), de Vaison (Vaucluse), de Tentignac (Corrèze), de Vienne (Isère), de Lyon (Rhône), d'Anlibes et de Fréjus (Var), etc.

En Espagne, on en trouve de très-importants à Mérida, dans l'Estramadure, et à Murviedro, autrefois Sagonte, dans le royaume de Valence. (Voyez la leUre.)

Lorsque, après les siècles de barbarie, les arts et la littérature reparurent en Italie, on vil renaître le théâtre avec eux. Les premières pièces italiennes furent des calques presque serviles des comédies et des tragédies de la Grèce et de Rome; les lieux destinés d'abord à leurs représentations durent nécessairement être aussi l'imitation de ceux qui avaient été préparés dans le même but par les anciens. Tel fut le thé:itre de pierre construit [lar le Rramante dans la grande cour du Vatican.

Plus fidèle encoi*e dans rimitation fut le fameux théâtre de Vicence, que Palladio copia avec une scrupuleuse exactitude sur les théâtres des anciens.

Le théâtre Farnèse, a Parme, uVst maintenant qu'une espèce de ruine. Cette immense salle de spectacle fut fondée, en i6lâ, par Rannuccio, afin de recevoir dignement le grand-duc (Bosnie 11 de Médieis. I^ théâtre Farnèse contenait, dit-on, neuf mille spectateurs assis.

I^es théâtres jusqu'alors étaient, comme celui-ci, renfeimés dans rintérieur do palais, les jeux de la scène étaient réservés aux princes; le public n'en prenait pas encore sa part. Les premières représentations furent offertes au peuple par des

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