‹ Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernesChapitre 5 sur 75 · ARABIE · texte numérisé non relu

ARABIE

pays entre ces trois provinces , les côtes du golfe Persique, l*£uphrate et la Syrie): 5* FArabie pétrée, qui avait pour limites, à Touest, l'isthme de Soueys, au sud, la mer Rouge, au nord, la Judée et le lac Alphaltite, et à Test, le grand désert. Cette partie de TArabie dut son nom à sa capitale Pétra, mais on doit penser que la capitale elle-même prit le sien des rochers dont elle est environnée; c'est aussi pour cette raison que les Arabes nomment les ruines de cette ville Hadjar^ pierre.

La plus grande partie du sol de FArabie est déserte, et ne présente que des rochers ou des plaines de sable; certaines contrées sont cependant fertiles et habitées.

L'islamisme, qui a pris naissance dans cette contrée, est la religion professée par la majorité de ses habitants, quoique partagée en plusieurs sectes. C'est ici le lieu de dire quelques mots de cette religion , et de celui qui en fut le fondateur. Mahomet naquit l'an du monde 6163, et de Jésus-Christ 578. Les auteurs arabes le font descendre en droite ligne d'Ismaël, fils du patriarche Abraham. Son père, nommé Abdallah, était paien, sa mère était juive, et s'appelait Amenah. Il les perdit de bonne heure lun et l'autre, aussi bien qu'Abdnl-Motalleb, son grand-père, qui s'était chargé de sa tutelle; et ce fut Abou-Taleb, son oncle, qui prit soin de son éducation. A quatorze ans, il fit ses premières armes dans une guerre que ses compatriotes, les Koraischites, eurent à soutenir contre les Kénanites. Lorsqu'il eut atteint sa vingt^cinquième année, une certaine Khadigia, veuve d'un riche marchand arabe, le choisit pour être son facteur et l'envoya en Syrie, pour y vendre ses marchandises et en acheter de nouvelles. Ce fut dans ce voyage qu'il lia, dit-on, connaissance avec un moine nestorien, nommé Félix ou Bossaira, d'autres disent Sergius, et un hérétique jacobite appelé Betiras, et, que de concert avec eux, il compila son Alcoran. A son retour de Syrie, Khadigia, sa maîtresse, se prit pour lui d'une forte passion et l'épousa. Mahomet était naturellement sombre et rêveur ; cette disposition de caractère lui fit chercher la retraite et la solitude, et lui suggéra probablement alors, ou le plan de législation qu'il exécuta depuis, ou simplement les moyens d'exécuter ce plan , s'il est vrai qu'il l'eut formé dans son voyage de Syrie.

Doué d'une éloquence singulière, il n'eut pas de peine à persuader à sa femme qu'il avait un commerce intime avec le ciel , et que Dieu l'avait choisi parmi tous les enfants d'Ismaël pour abolir le culte des idoles et pour donner une loi nouvelle aux hommes.

Ali, cousin de Mahomet, et quelques autres de ses parents, s'empressèrent de seconder ses projets, d'abord par leurs discours, ensuite par la force et par la violence. Les novateurs furent chassés et proscrits par les magistrats de la Mecque, ville de l'Arabie heureuse, leur patrie commune, et se réfugièrent à Médine. C*est de cette époque, 15 juillet 622, que date l'ère des musulmans, qu'on appelle Thégire. L'amour du pillage et de la nouveauté ayant rassemblé sous leurs drapeaux un grand nombre de brigands et de gens sans aveu, Mahomet se trouva en état d'exercer, les armes à la main, sa prétendue mission. Bientôt, soit par la force, soit par les promesses d'un bonheur à venir, tel que les Orientaux pouvaient le comprendre.

MONUMENTS RELIGIEUX. â7

il parvînt à faire faire à sa doctrine de rapides progrès et à frayer à ses successeurs la route aux plus vastes conquêtes.

Mahomet mourut dans la soixante-treizième année de son âge, Tan 632 ou 633. Toute la i*eligion musulmane se réduit à sept points, dont deux seulement regardent la croyance; les autres, le rit :

^* Il n'y a qu'un Dieu seul et unique; 2* Mahomet est son prophète; 3" Observer les purifications corporelles; àt" S'acquitter des prières; 5" Faire l'aumône; 6° Jeûner pendant le mois de ramazan; 7" Enfin s'acquitter du pèlerinage de la Mecque. J'ai parlé à l'article de la Perse du grand schisme qui divise les mahométans en sunnites et eu schiites, selon qu'ils croient à la légitimité de la succession d'Ali ou de celle d'Aboubekr ; je ne reviendrai donc pas ici sur ce sujet, et je passerai de suite à Fexamen des monuments de la contrée qui nous occupe.

Naguère encore, c'est à peine si rArabie eût paru devoir trouver place dans cet ouvrage; on n'y connaissait que quelques rares monuments sans grande importance artistique. La découverte de Pétra est venue donner à cette contrée un intérêt puissant. C'est John Lewis Burckhardt, ce voyageur si célèbre dans les annales de la géographie, qui, le premier, en 1812, a reconnu les ruines de Pétra, qu'il a signalées à l'attention du monde savant, et que depuis nous a si bien fait cx)nnailre le bel ouvrage de MM. Léon de la Borde et Linant.

Ou suppose que Péti*a, nommée Sela dans la Bible, dut sa fondation à la nécessité d'un entrepôt sûr et commode pour les caravanes qui traversaient les déserts de l'Arabie. On a été longtemps en doute sur l'origine des peuples qui élevèrent cette ville au degré de prospérité où elle était parvenue à l'époque de la domination romaine; les savants travaux de M. Etienne Quatremère ont éclairé cette question, et l'on croit que ces peuples, appelés improprement Arabes nabatéens, n'étaient pas de la race arabe, et qu'ils ne durent ce nom qu'à leur long séjour dans l'Arabie pétrée. Us étaient de i*ace sémitique, et appartenaient à la grande famille des peuples araméens qui ont fondé l'empire de Babylone et occupé la Syrie. Sous Trajan, l'an 105 de Jésus-Christ, Pétra perdit son indépendance et fut incorporée à l'empire romain; elle devint alors la métropole de la troisième Palestine, nom imposé par les Romains à l'Arabie pétrée. L'extension que prit chez les conquérants le commerce, qui se faisait directement de l'Egypte avec l'Inde, amena la décadence de Pétra, qui céda son titre de métropole à Bostra, autre ville de l'Arabie pétrée.

Dans le vu* siècle, la ruine de Pétra était déjà presque consommée, car à peine si les historiens arabes en font mention en racontant les conquêtes de l'islamisme. Aujourd'hui Pétra n'est plus qu'une immense réunion de ruines , offrant le plus magique tableau , encadré dans des rochers, avec lesquels il lutte de grandeur et de

28 AUABIE.

majesté. Un seul monument religieux est encore debout au milieu de ses édifices renversés. On voit dans notre dessin {planche 66) les détails de la corniche, la disposition du pi*i7stile et des abords de ce temple, mais tout son ensemble est ruiné. Un grand pavé, conservé dans beaucoup d'endroits, s'étend à Test du monument. Les Arabes appellent ce temple le palais de Pharaon, de même qu'ils attribuent tous les restes de cette antique cité à un prince , portant ce nom généri<!|ue des grands rois de TÉgypte.

Franchissons maintenant l'espace de quelques siècles, et nous trouverons dans une vallée du Sinai un curieux échantillon d'architecture chrétienne; c'est le couvent de Sainte-Catherine (planche 67), fondé par Justinien et sa femme Théodora. Son aspect est plutôt celui d'une forteresse que d'un lieu consacré à la prière; les murs sont solidement construits en pierres de taille de deux mètres de longueur, et leur hauteur est inégale, suivant les accidents du terrain. Le couvent n'avait qu'une grande porte, murée depuis longtemps dans la crainte des Arabes, et ce n'est qu'en se faisant hisser, à l'aide d'un cabestan, jusqu'à une fenêtre élevc^ de plus de dix mètres, qu'on peut y pénétrer. L'église mérite une attention particulière par son style, ses ornements, et surtout par la grande mosaïque de la tribune représentant le buisson ardent, Moise portant les tables de la loi, la transfiguration , et les portraits des deux fondateurs Justinien et Théodora.

Il me reste à parler d'un monument bien célèbre par son importance religieuse, c'est le fameux sanctuaire que tout musulman doit visiter au moins une fois en sa vie.

Au centre de la ville de la Mecque, on voit une enceinte assez étendue, entourée de deux cents colonnes de bronze, supportant des portiques, surmontés de nombreuses coupoles et de sept minarets. Dans cette enceinte se trouvent plusieurs édifices destinés à différentes pratiques religieuses.

Le petit temple, que l'on nomme Kaabah, ou maison carrée, à cause de sa forme, s'élève au milieu de quatre de ces édifices; sa construction est très-simple, il est couvert en teirasse, et n'a qu'une seule porte, placée tellement haut que pour y entrer il faut se servir d'une échelle, qu'on enlève à volonté. Ce temple a éprouvé beaucoup de changements, et il a été plusieurs fois reconstruit, mais toujours sur le même emplacement, quoiqu'il n'occupe pas précisément le ccmtre de l'enceinte. Les écrivains mahométans racontent que la Kaabah fut bâtie par Abraham, sur l'endroit où s'élevait, avant le déluge, le tabernacle de Dieu, dressé par les anges. La dernière destruction de la Kaabah date de l'année 1039 de l'hégire (1629). Le sultan Mourad IV la fit reconstruire telle que nous la voyous aujourd'hui, et ce fut alors que l'on renouvela trois colonnes d'ébène, qui se trouvaient à l'intérieur, et qu'on en fit des chapelets chèrement vendus aux pèlerins.

MOMÎMENTS FUNÉRAIRES. 29

Si TArabie ne nous a présenté qu'un *petit nombre de monuments religieux, die est bien plus riche en monuments funéraires de toute espèce et de tous les âges.

Il en est un qui, si Ton en croyait les traditions, aurait droit, sans aucun doute, à être placé eu première ligne. Environ à un mille au nord de Djidda, on montre la sépulture d'Eve, la mère du genre humain. C'est une construction grossière en pierre, de peu d'élévation, assez semblable au tombeau de Moé, qui se voit dans la vallée de Bekaa , en Syrie.

Au sommet du mont Hor s'élève un monument dont la construction est particulière au pays, et se retrouve employée dans les monuments de Pétra. On peut juger, par l'amas de décombres, de l'élévation du monument (voyez /e/ron(isptce), de son style, par analogie avec ceux de Pétra, et de sa destination par la chambre sépulcrale, de forme oblongue et sans ornements, qui occupe l'intérieur.

Malgré la tradition qui fait de ce monument la sépulture d'Aaron , frère de Moïse, on est forcé de n'y voir autre chose que le tombeau de quelque habitant d'une ville voisine, dont on voit les ruines dans l'Ouadie Pabuchèbe.

Niebubr, en 1761 , a découvert une singulière réunion de monuments funéraires appartenant à la civilisation égyptienne; ces monuments sont ceux de Sarbout-el- Cadem; ils s'étendent sur une longueur d'environ soixante-quinze pas, sur une largeur de trente-cinq. Ce sont des stèles, les unes debout, les autres couchées au milieu des débris; elles sont au nombre de quatorze, et montrent sur leurs faces dépolies, et rongées par le vent du nord, les restes des hiéroglyphes qui les ont ornées (voyez la vignette, page 51 ).

C'est à Pétra que nous trouvons les monuments funéraires les plus .remarquables de l'Arabie, et il en est un surtout qui peut être rangé au nombre des merveilles de l'antiquité, le Kctsr ou Kasneh-Pharaon , le château ou le trésor de Pharaon (planche 68). Les Arabes, qui lui ont donné ce nom, supposent que le trésor d'un ancien roi d'Egypte est enfermé dans l'urne placée sur le haut du monument, et ils prennent cette urne pour but de leurs balles, dans l'espoir de la briser et de s'emparer de ce qu'elle contient. Le Kasneh-Pharaon est plutôt un grand bas-relief, sculpté sur la montagne, qu'une construction; c'est un bloc énorme et compact de grès, teint légèrement d'oxyde de fer. Sa conservation parfaite est due à l'abri que les rochers d'alentour lui offrent contre les vents, et la voûte supérieure contre la pluie. Les statues et les bases des colonnes offrent seules des traces de détérioration produites par l'humidité qui ruine les parties les plus en relief, ou celles qui sont plus proches du terrain. C'est à cet agent destructeur que l'on doit la chute d'une des colonnes qui se rattachent au fronton; elle eût entraîné avec elle tout le monument s'il eût été construit au lieu d'être taillé dans le roc. On s'attend, en voyant ce bril-

Page 1