‹ Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernesChapitre 51 sur 75 · PONTS · texte numérisé non relu

PONTS

L'usage des ponts de bois était très-répandu chez les Romains; celui des ponts de bateaux ne Tétait pas moins; on trouve des exemples de Tun et de Fautre sur les bas-reliefs des colonnes Antonine et Trajane. Les ponts de pierre étaient également en grand nombre, et naturellement ils ont pu seuls parvenir jusqu'à nous.

Le plus respectable sans doute par les souvenirs est celui dont on voit encore quelques restes à Rome, quand les eaux du Tibre sont basses, le pont Sublicius, qu'Uoratius Codés défendit seul contre l'armée de Porsenna.

Les ponts de Rome moderne datent encore tous de l'antiquité. Un seul est hors de service; c'est le pont Palatin dont une moitié est détruite, ce qui lui a valu le surnom de Ponte Rotto, Les autres sont les ponts Gratien et Fabricius, aujourd'hui Ferrato et Quattro Capi, qui relient l'Ile du Tibre a la terre ferme, et le pont iElien ou Saint-Ange, le plus magnifique de tous, conduisant au mausolée d'Adrien. Dans la campagne de Rome, nous voyons les ponts Mammolo, Lugano, Lamentano et Salaria, réparés tous quatre par Narsès, et le pont Molle, autrefois Milvius^ célèbre par la victoire Ae Constantin sur son compétiteur Maxence.

Dans le reste de l'Italie nous pourrions en indiquer un grand nombre, tels que ceux de Marni, de Terni, de Vicovaro, etc. A Pouzzol, sont encore treize piles de celui que Caligula, dans un de ses accès de folie, avait fait construire pour traverser le golfe à cheval.

On rencontre également des ponts romains dans presque toutes les parties de l'Europe. En France, le plus remarquable est celui de Saint-Chamas, qui présente à chacune de ses extrémités une espèce d'arc de triomphe. En Espagne, ceux de Martorel et d'Alcantara portent également des arcs de triomphe. A Merida, sur la Guadiana, sont jetés deux ponts magnifiques, dont l'un a soixante arches et une longueur de neuf cent trente mètres. A Salamanque, sur la rivière de Tormes, est un pont de vingt-cinq arches et de cent soixante et dix mètres de long, parfaitement intact; enfin, dans la Nouvelle-Castilte, il en est un à Guadalajara qui est attribué à César.

Mentionnons encore en Portugal le pont romain de Chaves, dans le Tras-os- Montes; en Allemagne, ceux de Mayence et de Trêves; en Belgique, enfin, celui de Tournay.

La description des ponts modernes ne devra pas nous arrêter longtemps; nous aurons seulement à en signaler quelques-uns des plus célèbres. En Italie, le pont de Carignan à Gènes, ceux de Chiaja et de Capo di Monte ù Naples, sont surtout remarquables parce qu'ils sont jetés sur les rues et les maisons de la ville et non sur un fleuve. CiClui de Civita-Castellana est d'une hauteur étonnante; ceux de Santa-Trinità et de la Carraja, à Florence, sont d'une hardiesse extrême; mais aucun n'est aussi fameux que deux des innombrables ponts de Venise, le pont de Rialto et celui des Soupirs.

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Le pont de Rialto (voyez la lettre) , le seul qui traverse le grand canal , fut construit en 159i, sous le doge Pascal Cicogna. Sur son arche unique, de vingt-huit mètres de corde, il porte deux rangées de boutiques et trois passages pour les piétons.

Le pont des Soupirs, si tristement fameux, est jeté sur le canal qui sépare le palais des doges des prisons. Il est totalement couvert, et ne présente aucune fenêtre. C'était ce pont que traversaient les malheureux qui, condamnés par le terrible tribunal des Dix, allaient trouver la mort dans les cachots ou dans les eaux du canal Orfano.

En France, Tancien pont Saint-Benezet, à Avignon, aujourd'hui rompu» et le pont Saint-Esprit, sont célèbres par leur longueur et la hardiesse de leur construction si extraordinaire pour le douzième siècle; mais les deux plus beaux, sans contredit, sont celui de Neuilly, près Paris, chef-d'œuvre de Tarchitecte Péronnet, et celui de Bordeaux (voyez le frontispice, ^'^ plan à droite), fondé en 1812 et terminé en i82i, sous la direction de M. Deschamps.

En Espagne, on remarque le pont d'Alcantara, sur le Tage, h Tolède, arche trèshardie, construite en 987 par Almanzor, roi de Gordoue; le pont moderne à deux étages de Lladomer, près Villa-Franca ; les ponts de Cuença et de Gordoue ; enfin , celui de Badajoz, dans TElslramadure. Ge pont sur la Gu^diana est cité, à juste titre, comme un des plus remarquables de l'Europe ; il a vingt-huit arches, dont la plus grande a vingt-six mètres et la plus petite sept mètres d'ouverture; sa longueur totale est de six cent vingt-cinq mètres, sa largeur de sept mètres soixante centimètres; il fut construit en 159G, sous Philippe IL

Les plus beaux ponts de Londres sont celui de Waterloo, terminé en 1817, elle nouveau pont de Londres, ouvert en 1851. Gitons encore le pont de Dresde, sur FElbe; le beau pont de granit sur la Néwa , à Saint-Pétersbourg; enfin, un des ponts les plus singuliers du monde, le Ponte Grande, jeté sur un bras de la mer de Marmara, à environ trente-deux kilomètres de Gonstantinople. Gelui-ci fut construit par Soliman le Magnifique, et consiste en vingt-six grandes arches, portant une chaussée qui suit toutes les inégalités de Textrados des arches, et par conséquent ne cesse de monter et de descendre dans toute sa îongueur.

Les temps modernes ont vu naitrc une autre sorte de pont qui n'a rien de bien monumental et qui ne parait pas destinée à traverser un grand nombre de siècles : je veux parler des ponts suspendus. Quelques-uns d'entre eux méritent cependant de trouver place ici, ne fût-ce que pour leur inconcevable hardiesse.

Le phis étonnant de tous est celui de Fribourg (voyez h planche)^ jeté sur la vallée de la Sarine, à soixante-six mètres de hauteur; son tablier, d'une seule travée, a deux cent vingt-six mètres de long. Plus extraordinaire encore par sa hauteur est le pont de la Gaille, qui se trouve en Savoie, sur la route de Genève à Annecy. 11 traverse un ravin à pic, au fond duquel bondit le torrent des lisses. La longueur du tablier est de cent quatre-vingt-dix mètres, et son élévation au-dessus des eaux de cent cinquante-huit mètres. Gepont, ouvrage d'un ingénieur français, M. Lehaitre, a été livré à la circulation le 11 juillet 1859.

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