‹ Monuments de tous les peuples: décrits et dessinés d'après les documents les plus modernesChapitre 50 sur 75 · AQUEDUCS, CONSERVES · texte numérisé non relu

AQUEDUCS, CONSERVES

mains, oiuis restauré par les Mores. On n'y compte pas moins de quatre cent dix arcades.

L'aqueduc romain de Tarragone consiste en un double rang d'arcades, qui unit deux collines à quatre kilomètres environ de la ville; il est connu sous le nom de pont de Ferreras; il est composé de onze arClies au premier i*ang et de vingt-cinq au second. Quoique sa construction soit loin d'élre parfaite, on le croit cependant élevé sous les premiers empereurs. Enfin j'indiquerai encoie en Espagne les aqueducs antiques de Placencia, de Chelves et de Merida. Ce dernier avait trois étages.

En Portugal, nous trouvons plusieurs aqueducs antiques, tels que celui de Beja, dans TAlem-Tejo , celui de Braga, dans le Minlio; mais il en est un auprès duquel les autres méritent à peine d'être nommés.

L'aqueduc d'Evora, construit par Serlorius, est formé de pierres unies par un mortier aussi dur, aussi compacte que le marbre; il se termine par un petit cas/e/lutn, ou château d'eau, joli édifice circulaire, entouré de niches et décoré de huit colonnes ioniques. Ces petits édifices, élevés par les Romains de distance en distance sur le cours des aqueducs, n'étaient pas uniquement consacrés à recevoir et distribuer l'eau, souvent ils servaient aussi de corps de garde, ou étaient. habités par les ouvriers chargés de l'entretien des conduits.

En Sardaigne, l'aqueduc souterrain de Càgliari avait quarante-cinq mille mètres de longueur, ainsi qu'on peut encore le reconnaître, et dans toute cette immense étendue un homme de grande taille pouvait y marcher debout. Dans le même pays ou trouve aussi des restes d'aqueducs à Porto Torres, l'ancienne Turris Lybisonis.

Je ne ferai plus qu'indiquer en passant les aqueducs antiques de Trêves et de Mayence, en Allemagne; celui de Belgrade, en Romélie, construction à deux étages, restaurée par Soliman le Grand; enfin ceux de Constantinople, qui datent pour la plupart du Bas-Empire.

Les temps modernes nous présenteront des aqueducs dignes de rivaliser avec les plus magnifiques qu'ait élevés l'antiquité; mais avant de passer à leur description, arrêtons-nous un moment aux siècles du moyen âge, pour admirer en Portugal un des édifices qui témoignent le plus splendidement du génie industriel que déployèrent les Moines pendant leur domination dans la Péninsule. Les eaux qui alimentent la ville d'Elvas y sont apportées de plus de deux myriamètres de distance par un aqueduc formé de quatre étages d'arches solidement construites. C'est surtout à son passage dans la vallée dite Campo de Feira que cet immense monument déploie tonte son imposante majesté. Là sa hauteur est de plus de quatre-vingts mètres; au lieu de suivre une ligne droite, il s'avance en zigzag, comme les feuilles pliées d'un paravent : disposition singulière au premier coup d'œil, mais qui a le double avantage de présenter des lignes brisées qui rompent la rapidité du courant de l'eau, et d'augmenter la stabilité de la construction.

C'est en Italie qu'il faut chercher le plus magnifique des aqueducs modernes, celui de Maddaloni, aux environs de Naples. Cet aqueduc a été constioiit vers 1755, par ordre de Charles 111, sous la direction du célèbre architecte Vanvitelli, pour

amener à Casorto les eaux de sources éloignées de plus de trente-six kilomètres. Dans toute sa longueur un homme peut y marcher debout. Il est partout souterrain, excepté à la traversée de la profonde vallée de Maddaloni. Là, il est composé de trois rangs d'arcades superposées; sa longueur dans la partie supérieure est de quatre cent cinquante mètres; la plus grande hauteur est de soixante et dix mètres. Sur le sommet de Taqueduc, au-dessus du conduit, est une chaussée garnie de parapets, où une voiture peut passer.

L'immense aqueduc de Spolèle, qui sert en même temps de pont, a été attribué à tort aux Romains; il ne doit dater que de Tépoque de la domination des ducs lombards. Sa hauteur vraiment prodigieuse est au moins de cent cinquante mètres.

En France, les plus remarquables aqueducs sont ceux de Marly et de Bue, et surtout celui d'Arcueil, (ous trois près Paris. Le deraier fut construit par Jacques de Brosses, par ordre de Marie de Médicis, et alimente presque toute la portion de Paris qui s'élève sur la rive gauche de la Seine. L'aqueiluc de Roquefavour, que Ton construit en ce moment non loin de Marseille, sera le plus admirable peut-être de tous ceux qui existent au monde; les travaux sont déjà fort avancés.

Il me reste encore à indiquer le bel aqueduc de BenePica, en Portugal, et ceux de Kelvin et de Kirkentulloch sur lequel passe le canal de Clyde et Forth.

Beaucoup d'aqueducs, tant antiques que modernes, aboutissent à un réservoir appelé conserve ou piscine. En Italie, on en voit plusieurs dont le plus remarquable est celui de Baies, connu sous le nom bien mérité de Pi$cina Mirabile; sa construction remonte à Tépoque où Agrippa acheva le port de Mare Morto, commencé par Jules César. La forme de TédiGce est celle d'un rectangle de soixante et douze mètres de longueur sur vingt-neuf mètres de largeur. I^ v^ùteest portée par quarante-hoit piliers. Son mastic inaltérable, recouvert d'une couche de stalactite très-dure* formée par le dépôt des eaux, a conlribur beaucoup à sa belle conservation. Deui autres piscines du même genre se voient non loin de là à PoutscoI; elles sont également intactes, et servent encore de citernes. Une conserve semblable existai! à Tusculum, mais sa voûte est détruite et les piliers qui la soutenaient sont seuls debout.

A Sorrente est une superbe conserve d'eau qu'on appelle aussi /a Piscina tnirahUe. Elle diiïère complètement par sa disposition de celles que nous venons de décrire; elle se compose de onze grands corridors parallèles, voûtés, communiquant entre eux par une arcade transversale à chaque extrémité.

En France on trouve plusieurs piscines antiques; les deux plus belles existent à Lyon, sur les collines de Fourvière et de Saint-Just. L'une et l'autre sont parfaitement intactes.

En Espagne, à Merida dans l'Estramadure, il en est une qui, bien que construite en grand appareil, ne doit cependant dater que du Bas-Empire, à eu juger par le style des pihistres qui la décorent.

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