TIRÉE D'UN MANUSCRIT EN CARACTÈRES HIÉRATIQUES
Dans notre petite dissertation sur les arts, dans l'antique Égypte (1), nous avons fut connaitre les trois sortes d'écritures qui étaient en usage chez les Égyptiens; et nous avons observé que lécriture hiératique est une abréviation, une tachigraphie de l'écriture hiéroglyphique; qu'elle était particulièrement employée dans les manuscrits qui sans doute contiennent des prescriptions religieuses, des prières, etc., et que nous découvrons aujourd'hui dans les mains
ou sous les aisselles de quelques momies.
Sur presque tous ces manuscrits sont des peintures qui ou précèdent, ou interrompent le texte, où quelquefois sont tracées au-dessus, C’est dans une momie qu'a été découvert le manuscrit d’où a été tiré le tableau qui occupe presque
toute notre planche. M. Denon, dans son ’oyage en Egypte, en avait déja
donné la gravure (2). Avant de chercher à dé e le sujet de ce tableau, nous croyons devoir rapporter ce que M. Denon a dit de la manière dont il est exécuté.
« Ce tableau, dont les couleurs et le contour ressemblent, tout d’abord, à nos cartes à jouer, n'a que quatre teintes de couleurs entières : une bleue, ressemblant à celle de lazur, du rouge-brun, du jaune, et un vert triste. Ce sont les seules couleurs que j'aie trouvées employées dans les peintures les plus recherchées, dans les tombeaux des rois et sur les hiéroglyphes sculptés. Le trait de ce tableau, quoique infiniment négligé, avait cependant été tracé d’abord avec une couleur rougeätre claire, comme une première esquisse dont on voit encore quelque repentir. La tête d'épervier a un style et une fermeté qui prouvent qu'il y avait des modèles bien faits de ces copies médiocres, et qu'en suivant des conventions recues, elles ont été mal dessinées, dans des temps qui n'étaient déja plus barbares. »
Voici maintenant comment on peut expliquer ce tableau, à l'aide de quelques notions mythologiques, puisées en grande partie dans les ouvrages du savant qui n'a point craint de s'enfoncer dans les ténèbres qui couvraient la mythologie, l'histoire, la langue et l'écriture de l'antique Égypte, et peut déja s’enor-
gueillir d'y avoir fait d'importantes découvertes (3).
1) Voyez ci-dessus, section I, à l'article qui précède la planche III.
2) Planche CXXX VI du foyage en Égypte, de M. Denon.
(3) Voyez le Panthéon égyptien, par M. Champollion le jeune; — le Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, par le même; ete., etc.
Après divers pélerinages de lame du défunt dans les régions nombreuses qu'elle devait visiter, elle arrive enfin dans l7/menthi(Venfer des Égyptiens), sous les traits dont elle avait été revêtue dans le monde: elle y arrive en suppliante, et en tächant de se rendre, par des offrandes, ses juges favorables. Il ne faut point dédaigner de fixer l'attention sur les deux vases qui sont sous l'autel : ces vases étaient nécessaires dans toutes les cérémonies sacrées. L'un contient du vin, ce qu'indique sa couleur rouge; l'autre de Peau du Nil, «emblème sensible d'Osiris, considéré, dans la doctrine secrète des Égyptiens, comme le principe de univers, et dont le fleuve d'Egypte n'était qu'une émanation directe (np
C'est aussi Osiris qui est le premier des quatre personnages que le mort in-
voque. Sa tête est couverte du Pscenth où tiare royale; ses mains portent le
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fouet et le sceptre recourbé, symboles de sa suprême autorité dans les ré infernales, La divinité qui le suit est Isis, que l'on croit reconnaître pour telle, parce qu'elle est coiffée des cornes de la vache, du disque de la lune, el d'un serpent qui les traverse. C'est Ce qu'apprendrait sans doute la bande perpendiculaire d'hiéroglyphes qui la suit; car dans toutes les bandes perpendiculaires qui ac compagnent les divinités, se trouvent, il faut le croire, leurs noms, comme leurs titres ou attributions doivent se trouver dans les autres inscriptions supérieures placées près de leurs têtes.
On reconnait Horus, qui vient après, el qui était fils d'Isis et d'Osiris, à son long bâton terminé par un bec d'oiseau, et à sa tête d'épervier, oiseau consacré au soleil.
La quatrième divinité, dans cette scène, serait, à en croire quelques auteurs qui ont déja examiné ce tableau, la déesse Nepthis, très-célèbre dans l'Égypte, et qui, suivant Hérodote, avait été femme de lodieux Typhon. Mais aucun emblème, dans la peinture de cette divinité, n'appuie une telle conjecture. Nous serions plutôt tenté de croire que lon voit ici Saté, fille du dieu Phré (le soleil), qui, compagne d'Osiris, dans l'Amenthi, recevait, à l'entrée de ce lieu redoutable, les amies des morts , les rassurait sel cherchait à leur inspirer de la Confiance (1).
Ces trois dernières divinités ont, toutes, dans la main droite, la croix ansce, emblème de la vie céleste.
Dans presque tous les manuscrits renfermés dans les momies, on trouve cette scène de la présentation et du jugement de l'ame du mort, mais avec des modifications , des variations sans nombre , sur lesquelles il serait superflu de s'étendre ici. Qu'il nous suffise de faire remarquer les rapports frappants qu'a toute cette partie de la mythologie égyptienne avec celle de Grecs et des Ro-
(1) M. Champollion le jeune. — Explication d'un Papyrus, dans le Bulletin universel des sciences; novembre 1825
(2) Voyez, au sujet de cette divinité, l'ouvrage de M. Champollion le jeune, loc. ci?
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mains. Dans ces juges qui examinaient les actions des hommes, après leur vie,
qui ne reconnaitra les types originaux de Minos, Éaque et Rhadamante ?
> Figure, à droite de la planche.
On voit ici un fragment de bas-relief, gravé sur serpentin.
Cette pierre étant de couleur très-obscure, et les objets qui y sont gravés ayant peu de relief, il m'était guère possible qu'ils parussent très - distinctement sur la planche. L'auteur du catalogue qui a été publié pour la vente du cabinet de M. Denon, ayant le fragment sous les yeux, l'a décrit avec des détails auxquels on ne peut rien ajouter. Voici cette description :
« Sur la partie supérieure de ce fragment sont gravées quatorze petites colonnes d'hiéroglyphes, dont quelques-unes se trouvent incomplètes.
« Au-dessous de ces légendes, et sur un champ plus enfoncé, est une scène travaillée en relief peu saillant, qui représente une barque garnie de deux rames,
et supportant un disque sur lequel se détache la figure d’'/mon-Ra (Ammon),
assis, ailé, et surmonté de quatre têtes de bélier, dont les deux supérieures sont couvertes par une mitre richement décorée.
« Sur le pont de cette barque sont, en outre, six autres divinités rangées lune après l'autre, deux du côté de la poupe, et quatre du côté opposé. Toutes sont debout, et expriment, par des attitudes variées, le respect que leur inspire la présence du Roi des dieux.
« Ce petit monument est exécuté avec autant d'habileté et de soin que le sont les plus superbes camées.
« Sa hauteur est de 4 pouces.»
Nous ajouterons que la planche qui représente ce fragment a été imprimée sur la pierre même. Les traits qui sont en blanc dans lestampe, sont en creux
sur la pierre ; les figures noires y sont en relief.
igure, à gauche. — Scarabée, couvert de 7 lignes d'hiéroglyphes.
Cette figure a été également imprimée sur l'objet même
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