PLANCHE XVIII
UN GÉNIE, statuette en laque
La statuette dessinée sur cette planche est de laque du Japon, et dorée dans presque toutes ses parties. Elle à un pied, à peu près, de hauteur.
Elle représente un GÉNIE qui parait courir avec rapidité. Une de ses jambes est en l'air, tandis que l'autre pose sur la tête d’un monstre. Sa tête. dont tous les traits peignent la colère, dont l'énorme bouche est à demi-ouverte, est tournée du côté opposé à celui vers lequel il semble s'élance tr
. D'une main, qu'il tient
-élevée et courbée au-dessus de sa tête, 1l tient un petit paquet de plantes ; de l’autre, qui est abaissée, une espèce de tasse, où sans doute il doit exprimer le sue de ces plantes enchantées.
On sait combien le peuple est superstitieux en Chine comme au Japon. En Chine, par exemple, il existe un préjugé superstitieux dont on ne croirait pas l'esprit humain capable. La position d’une maison ne parait pas chose indifférente à un Chinois; car de cette situation il peut résulter pour le possesseur, non pas des commodités, des avantages plus où moins grands, mais des malheurs, des revers, des événements qui lui seraient plus où moins funestes. Par le mot de fon-choui, qui signifie vent et eau, ils entendent l'heureuse ou funeste situation d'une maison, d’une sépulture, d'un édifice quelconque. «Si à côté de la maison d'un Chinois, un voisin imprudent en construit une autre qui ne soil pas dans le même plan; si l'angle que forme sa couverture est tellement dirigé qu'il prenne en flanc le mur ou le toit de la maison ancienne, een est assez pour croire que tout est perdu; la terreur saisit le propriétaire de Pancien logis; lui et toute sa postérité seront sans cesse en butte à l'influence sinistre de ce malheureux angle. L'érection du nouveau bâtiment devient l'époque d'une haine implacable entre les deux familles, et fournit souvent la matière d'un proces dont on occupe les premiers tribunaux. Lorsque les plaintes judiciaires n'ont aucun succès, il ne reste qu'une ressource au propriétaire vexé; c'est de faire élever, sur le milieu de son toit, un monstre, un dragon qui jette un regard terrible sur l'angle
funeste, et ouvre une gueule effroyable pour engloutir ce sinistre /on-chour
Alors on se trouve un peu plus en sûreté (1).»
1) De la Chine, ou Description générale de cet empire, par l'abbé Grosier: tome LV, livre IX
— L'auteur cit au sujet du fonr-choui, une anecdote 2
2 plaisante. Un gouverneur de Kiene-Tchan, pour se garantir d'une église
de Jésuites qui, bâtie sur une hauteur, dominait son palais, plaça sur sa maison le monstre préservateur. Mais
n'étant pas encore pleinement rassuré, il eut de plus la sage précaution de tourner un peu de biais ses principaux
appartements, et de faire élever, à deux cents pas de l'église, une espèce de corps de logis intermédiaire ou de large
façade, haute de trois étages, pour rompre encore mieux les influences du tiene-tehur-tan, où église du soienonr
du ciel. :
Ne voyons-nous point ici la représentation de l'une de ces effrayantes figures
que les Chinois placent sur leurs maisons, lorsqu'elles sont menacées de funestes
influences ? Ce qu'il y à de certain, c’est que notre statue à le resard terrible et
la gueule effroyable de leurs monstres préservateurs