MEMBRE DE L'INSTITUT
es —
ÎL est des hommes (en petit nombre) dont toute la vie n'est qu'une suite de jouissances, un rêve de bonheur. En vain grondent autour d'eux les vents déchainés, les orages : les vents semblent respecter leur nacelle, qui, toujours peinte de riantes couleurs, glisse doucement
au milieu des flots irrités.
M. Dexon fut un de ces êtres privilégiés : la fortune lui épargna les malheurs, pour le récompenser, sans doute, de la douceur, de Famabilité de son caractère. Il eut des talents ; mais comme ils étaient inoffensifs et sans faste, l'envie se tut, et le laissa parcourir son heureuse carrière, sans lui opposer trop d'obstacles, sans l'arrêter par des persécutions.
Il était né à Chalons-sur-Saône, en 1747, d'une famille noble, qui le destinait à la pro-
fession de magi
rat. Mais on verra, par une note qu'il a lui-même rédigée, et que nous placerons à la suite de cette Notice biographique, que, presque dès son enfance, il sentit maitre pour les beaux-arts ce goût, on pourrait dire cette passion, qui ne l'a jamais abandonné, et qui lui a procuré des jouissances si pures et si variées.
Après de premières études dans le lieu de sa naissance, il vint à Paris, très- jeune encore ; pour y commencer son cours de droit; cours qu'il fallait alors nécessairement faire, ou du moins paraitre avoir fait, avant d'acheter quelque charge dans la magistrature.
A cette époque, la capitale off
it un spectacle très-digne de l'observation du philosophe. On s'y occupait beaucoup plus de plaisirs que d’affaires; les gens de lettres, les artistes étaient accueillis, recherchés par les grands et par les riches, ils donnaient le ton à la société. Les mœurs étaient douces, mais corrompues. Avec de la légèreté , une certaine grace dans
l'esprit, on était sûr de réussir auprès des femmes ; et par les femmes, pour peu qu'on eût
d'ambition, on parvenait à tout. On peut dire qu'elles étaient les dispensatrices des faveurs
de la cour : c'étaient elles qui donnaient les ambassades, les régiments, les intendances, les C'est
ce que prouve l'histoire de ce temps, qui pourtant n'est séparé du nôtre que par un intervalle
évéchés et les bénéfices de toute espèce; souvent même, elles donnaient les ministè
d'un demi-siècle.