‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 74 sur 106 · DECADENCE DES BEAUX-ARTS EN ITALIE ET DANS LA GRECE · texte numérisé non relu

DECADENCE DES BEAUX-ARTS EN ITALIE ET DANS LA GRECE

Une opinion &

sez généralement reçue, et qui n'en est pas moins une erreur, c'est que,

pendant tout le moyen âge, les arts, comme les lettres, cessèrent totalement d'être cultivés

chez les Grecs, chez les Romains, et dans tout le reste de l'Europe. L'imagination nous pré-

sente ces temps comme une longue et ténébreuse nuit, pendant laquelle tout ce qui honore l'esprit humain, en fait la gloire et prouve son étendue, sa puissance, sa perfectibilité, toutes les connaissances enfin qu'il avait acquises par tant de siècles d'observations, d'expériences, disparurent du milieu des sociétés humaines les plus avancées dans la civilisation, furent méprisées, et tombèrent dans l'oubli le plus profond.

Une autre erreur encore, c'est de croire que cette révolution, qui anéantit les monuments des arts et les lumières des âges précédents, fut un des tristes résultats de l'irruption des peuples barbares dans toutes les contrées du vaste empire romain.

Tâchons de découvrir, d'exposer en peu de mots ce qu'il y a de faux, ce qu'il y a de vrai

dans ces opinions, qui jusqu'ici n'ont presque pas trouvé de contradicteurs.

ionnaires :

Les arts ne sauraient être st partout on les voit marcher sans cesse, ou vers la perfection, ou vers la décadence. On l'a dit cent fois, le luxe, avide de nouvelles jouissances, se lasse bientôt du beau; il lui faut du singulier, et ensuite du bizarre. Rome, maitresse du

monde, gouffre immense où s'étaient englouties les richesses de cent peuples conquis; Rome,

dans son excessive opulence, dut changer de goûts comme elle avait changé de mœurs. La

simplicité, cette compagne inséparable du beau dans les arts, ne pouvait plus convenir à

Rome devenue le séjour du faste, de la débauche et de tous les vices. Dès le temps des pre-

miers empereurs, Vitruve apercevait la révolution qui déja se préparait dans les arts du dessin.

Il désapprouvait cette multitude, cette richesse d'ornements, sans objet et sans types réels

dans la nature, dont on surchargeait les monuments.

Mais il faut le remarquer, si la décadence continua sous les empereurs qui succédèrent à Jules César, à Auguste et à Tibère, elle ne fut bien complète qu'à l'époque où le christianisme triomphant s'assit, avec Constantin, sur le trône du monde. Dés-lors, ou peu après, les prêtres

chrétiens employérent tous leurs soins, toute leur activité, à détruire les monuments d'un culte

rival, à écarter tout ce qui pouvait nuire à la propagation de leur doctrine, exciter la désertion, l'apostasie de leurs prosélytes encore incertains. Les temples furent renversés, les statues

des dieux mutilées; tout ce qui pouvait rappeler les fables antiques et les rites du pi

fut proscrit. Nous les possédons les lois des empereurs qui ordonnent la destruction de tous

lise

les monuments de l’ancienne religion, et on lit encore dans les ouvrages des pères de l'E

leurs virulentes déclamations, et contre les monuments du paganisme, et contre les splendides

jeux de ces cirques, de ces amphithéâtres qu'avait décorés, embellis le génie des beaux-arts. Ce n'est pas tout : «les professions, les métiers qui contribuaient à former ou à décorer les

idoles, dit l'historien Gibbon, en citant comme autorités les écrits mêmes des pères de l'E

étaient déclarés infectés du poison de l'idolätrie : sentence sé

re, puisqu'elle dévouait aux

tourments éternels ce

mécaniques (1

Ainsi, lorsque le te

pire romain, ce fut

Le portion si considérable de la société qui exerce les arts libéraux et

rent des Goths et des autres peuples barbares se répandit dans l'em-

au milieu des ruines : il ne faut donc pas leur attribuer des désastres

auxquels ils n'ont pu participer. Si nous ne possédons plus que des fragments, des débris

des statues de l'ancic premiers chrétiens, « vestiges d'un autre et du moins les imagina de séduire la multituc

Dès que les artiste

ie Grece et de Fancienne Rome, n'en accusons que l'intolérance des ue la nécessité où ils se trouvèrent d'effacer, pour ainsi dire, tous les ilte qui, sil ne satisfaisait pas la raison des hommes éclairés, charmait

tions; et, par l'éclat, la pompe de ses fêtes aurait long-temps continué

Le]

e, toujours avide de grands spectacles

s furent privés des anciens modeles, ils ne travaillèrent plus que de

souvenir; el à dater de cette époque, leurs productions, sans dessin, sans exactitude, mais

pas toujours sans expression, attesterent plus que jamais la dés

sidération n'empécha à la décoration des nc

fer par-là des esprits

dogmes tristes et sévèr

semblaient rejeter et Les artistes de ces

ries, où

pieuses allé

tard, comme l'a très que l'on se permit de pur esprit dans un ed lâtres, toujours prêts

Les artistes romain

talents, du moins de leurs pinceaux. Ces vastes souterrains ne sc

tiens, qui de persécuté des restes conservés d les humides parois de que lon peut juger d

il parait que l'usage «

adation des arts. Cette con-

oint les prêtres chrétiens d'employer les mains de ces artistes dégénérés

uveaux temples : ils sentaient la nécessité de frapper les yeux, d'échauf-

encore tièdes et chancelants dans leur croyance. Pour appuyer des

, on était forcé de recouri

à des procédés que ces dogmes même )rosCrire temps furent donc occupés à peindre sur les murs des églises, ou de

des traits d'histoire puisés dans les saintes écritures, Ce ne fut que plus

ien prouvé un auteur que nous aurons souvent occasion de citer (2

peindre sous des formes humaines l'Erervez. «L'idée de renfermer ce ps charnel avait répugné jusqu'alors aux chrétiens, et méme aux idoà censurer les usages qui s'introduisaient dans l'Église(3).»

s trouvérent encore dans les catacombes à faire emploi, sinon de leurs

vaient plus d'asiles aux chré

és étaient devenus persécuteurs. Mais ils y déposaient leurs morts auprès es martyrs de leur foi, et les artistes couvraient de peintures à fr sque

ces cimetiéres. C'est par ces peintures, qui sont arrivée

jusqu'à nous,

e l'état des arts dans les onze premiers siècles de l'ère chrétienne ; car

linhumer les morts dans les catacombes, et de couvrir leurs tombeaux

de peintures et d'inscriptions, à duré pendant toute cette longue période (4).

D'un autre côté, les Grecs, qui n'avaient plus à sc ulpter de Minerves, de Jupiters, de Vénus, ni à peindre sous des portiques les exploits de Théste, les combats des héros d'Homére, les

Grecs ne cessérent point pour cela d'étre ce qu'ils avaient été presque dans tous les temps,

des fabricants et des marchands d'objets d'arts (5) : au lieu des dieux de la fable, ils vendirent

aux peuples de l'Occi

dent des madones dorées, des images d'apôtres et de saints, des reli-

1) Gino, Histoire de la Décadence de l'Empire romain, chap. 15

2) M. Éménic Davin, di

raisonnements sont toujou

ins son Discours historique sur la peinture moderne, ouvrage plein de recherches, où les

rs appuyés par de respectables autorités

3) Jbid., p. 44 de l'édition in-8°. Paris, 1812.

5) Voyez à ce sujet, o

utre les vastes collections de Chiampini, Gori, Dagincourt, ete., l'intéressant ouvr

intitulé : oyage dans les Catacombes de Rome, par un membre de l'Académie de Cortone. Paris, 1810.

5) C'est ainsi du moins que nous le représente pe Paw, dans ses Recherches sur les Grecs

ration dans tout ce q

Mais il y a bien quelque

w'il rapporte du grand commerce que faisaient les Grees, de statues, de tableaux, etc.

rec, les

quaires ornés de riches, mais grossières sculptures et d'inscriptions. Dans l'empire g

persécutions que suscitérent les Ieonoclastes furent, il est vrai, fatales aux arts; moins pourtant qu'on ne le croit. Tant qu'elles durèrent, les artistes grecs trouvèrent un asile dans | [ , 5 l'empire d'Occident: Rome, Venise, la plupart des grandes villes de l'Italie les employérent RAA 5 [Ke

à décorer les pieux monuments que l'on y élevait de toutes parts; et les monastères, et Surtout

des saient, sinon en vé

ises qui surp

ritable beauté, du moins par leur étendue les plus grands temples de l'antiquité.

A l'exemple des peuples de la Grèce et de l'Italie, les contrées septentrionales de l'Europe,

où le christianisme avait pénétré, et régnait désormais sans obstac le, transformèrent en tem-

les magnifiques et solides, les vastes, mais périssables édifices en bois, où jusque-là s'étaient l $ [ IE

réunis les fidèles pour la célébration des saints mystères. De là, cette architecture singulière

qui semble avoir eu pour type les premières €

ens

glises en bois qu'avaient élevées les ch dans les Gaules, en Angleterre et en Allemagne (1). Depuis, du XF siècle jusqu'au XIV’, tout le nord de l'Europe s'occupa de la construction de ces nouveaux et vastes édifices. Tous les arts du dessin furent employés à leur décoration.

Observons de plus, pour mieux démontrer que les arts dans tout le moyen âge ne furent

ni oubliés, ni même négligés, que les artistes, tant grecs qu'italiens, conservèrent toujours l'usage très-ancien de tracer sur les manuscrits en parchemin des tableaux en miniature. Les sujets de ces tableaux n'étaient plus les mêmes; l'art était dégénére : mais, comme on le voit,

les n

ins des artistes, dans tous les genres, ne restèrent Jamais oisives.

Nous n'avons jeté qu'un coup-d'œil très-rapide sur la marche des arts du dessin dans le

moyen àge;

* nous n'avions d'autre objet que de prouver que ni les calastrophes politiques,

ni les révolutions religieuses, ni les troubles de l'église, ne parvinrent nullement à les anéan-

ür'; que le tronc de l'arbre exista toujours, mais qu'il ne produisait guères que des fruits

amers et sauvages.

Dans les productions du moyen âge, dont nous allons donner ici quelques exemples, on

sans doute surpris de trouver une frappante diversité de mérite, et même, si l'on veut, de talents. Tandis que les unes rappelleront encore quelque chose des beaux temps de l'art, d'autres sembleront sorties des mains des sauvages de l'Amérique ou des iles du Sud. La cause en est dans la di

érence des époques où vécurent les artistes dont elles sont l'ouvrage.

D'ailleurs, il ne faut pas oublier que si les procédés mécaniques des arts s'étaient toujours transmis de siècle en siècle, depuis les plus beaux temps de l'art jusqu'à l'époque de son

entière décadence, le

üt s'était entièrement perdu ainsi que les principes du beau. Les

artistes n'avaient point sous les yeux de bons modèles, ils n'avaient pour maitre et pour

guide que leur propre imagination. Or, s'il en 6

it qui, plus délicatement organisés, cher-

chaient à donner à leurs ouvrages plus d'expression, de mouvement , de vérité, et des formes

plus exactes, la plupart, au contraire, ne suivaient qu'une vieille et aveugle routine, et tr:

vaillaient sans s'embarrasser du jugement que l'on porterait de leurs ouvrages, certains qu'ils

ét

aient de ne les voir apprécier que par des hommes aussi ignorants qu'eux-mêmes.

(1) Cest l'opinion que l'auteur du texte de cet ou

a émise le premier, et qu'il a développée dans un Décours

sur l'état des Beaux-Arts en France au treizième siècle. — Voyez ce discours dans le XVI vol. de l'Æistorre littéraire

de France.

ss Zone :

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