‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 78 sur 106 · QUELQUES MONUMENTS DES SIÈCLES DE BARBARIE · texte numérisé non relu

QUELQUES MONUMENTS DES SIÈCLES DE BARBARIE

Dans la plupart des monuments représentés sur cette planche, on voit l'art parvenu au dernier degré de sa décadence. Ils paraissent être presque tous du huitième siècle, ou de quelques siècles postérieurs; mais il en est aussi qui, plus anciens, ont été probablement exécutés par des peuples chez qui les Romains avaient porté leurs armes, leur religion et leurs lois, mais non encore leur civilisation et leur goût dans les arts.

On nous dispensera sûrement de nous arrêter long-temps à décrire ces chefsd'œuvre de barbarie. Que dire, par exemple, de la figure du Christ, N° 5; des deux figures groupées, N° 4; de la barbare figure d'homme debout, N° 7; des deux figures d'animaux, N°3 et 6? que si elles métaient pas toutes de bronze, d'un métal qu'il a fallu fondre, couler dans des moules, art inconnu aux peuples qui sont à peine entrés dans la civilisation, on pourrait les prendre pour quelquesuns de ces /étiches qu'adorent les peuples sauvages, et croire qu'elles ont été apportées des iles de l'Amérique, au moment de sa découverte. C’est ainsi que l'art, dans sa décadence, se rapproche. de son berceau : comme toutes les choses du monde, comme les sociétés humaines, et Fhomme lui-même, l'art parcourt un cercle fatal dont les deux extrémités se touchent, se réunissent.

La figure d'homme, N° x, dont la tête est couverte d’une espèce de casque très-élevé, et la figure de femme, N° 9, qui marche en écartant les bras, ne sont pas d'un travail si grossier ; elles ont quelque chose du genre étrusque. Nous ignorons où elles ont été trouvées : si c'était dans quelques contrées de la France, nous pencherions à les attribuer à un artiste gaulois; elles ont beaucoup de rapport avec ces petites figures de bronze qu'on découvre fréquemment dans nos pays, et dont l'exécution date du temps où les Romains y avaient apporté leurs arts avec leurs mœurs et leurs dieux.

La figure, aussi en bronze, N° 1°, d’un guerrier qui s'appuie d'une main sur un bouclier, et qui lève l'autre main au-dessus de sa tête, et la figure, N° r4, d'un vieillard qui a les reins ceints d’une demi-tunique tombant jusqu'aux genoux, et tient dans ses mains une espèce de coupe, sont aussi d’un travail gaulois : on peut prendre, si l'on veut, la première pour un Mars; l'autre pour quelqu'autre des nouveaux dieux dont les Romains avaient importé le culte dans les Gaules, un Jupiter peut-être.

Les têtes, N° 2 et 8, si bizarrement coiffées, sont gravées sur des cailloux. C'étaient, à ce qu'il semble, des portraits que l'on a portés suspendus au cou.

Le travail de ces camées n’a rien de barbare; et, s'ils se trouvent sur cette planche,

cest que le genre de leur coiffure aura fait présumer que étaient des ouvrages des bas siècles. Nous penchons à croire qu'ils ont été exécutés en Jtalie, un peu apres la renaissance des arts, et lorsque déja on cherchait un style grand et vigoureux

Les figures sous les N° 10, 15, 15 et 16, sont en terre cuite; mais la figure N° 13 est sculptée sur la pierre.

« Ces figures, dont les

logues se retrouvent dans divers cabinets, sont dues à des faussaires ignorants , qui cherchent souvent à les faire passer pour des ouvrages druses. »

Tel est le jugement qu'on a porte de ces cinq monuments presque barbares.

Sans nier que des /aussatres rgnorants aient souvent fabriqué des figures de ce genre pour les vendre comme des antiques singuliers et inexplicables, nous observerons :

1° Que les figures 10, 11, 13 et 15, qui sont accompagnées d'inscriptions, pourraient bien être des monuments de la secte des Gnostiques ; de cette secte toute mystique, qui, dans les premiers siècles de notre ére, comptait un grand nombre de prosélytes. Les inscriptions sont formées d'un mélange de lettres grecques et de caractères inconnus; il faut toutefois en excepter l'inscription de la figure N° 11, entiérement composée de caractères grecs assez beaux, et qui contient ce mot ou ces mots : sedomesopros. Ces inscriptions sont inintelligibles ; mais il en est à peu pres de mème de toutes celles qu'on lit sur les monuments du gnosticisme. Remarquons aussi qu'on voit un croissant sur la tête de la figure N° 11. Or, d'après un savant ouvrage sur le gnosticisme, récemment publié is la lune jouait un grand rôle dans les mystères de la secte. Nous avons comparé nos quatre figures en terre cuite et leurs inscriptions avec les monuments et les inscriptions dont on trouve la gravure dans le II volume de l'ouvrage cité, et nous avons cru découvrir entre les uns et les autres une grande analogie.

2° Que la figure, ou plutôt le groupe N° 16, est évidemment du genre des monuments de travail gaulois ; qu'il parait être, pour ainsi dire, le pendant du

groupe N° 4, que lon doit placer dans cette classe de monuments.

(1) Histoire critique du Gnosticisme, par M. Matter, professeur à l'école royale de Strasbourg. — Paris, 1828,

2 vol. in-8°, et un vol. de planches

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