UNE CÉRÉMONIE FUNÈBRE. — L'HOSPITALITÉ D'ABRATHAM
Deux dessins : l'un de BELLISARIO CORENZIO,
Né vers 1588, mont Ex 1643;
L'autre de GIO. ANDRE A DONDUCI, dit MASTELLETTA ,
né EN 1575, mont Ex 165%
NOTICE SUR CES DEUX PEINTRES
Corenzio , Grec d'origine, ou plutôt Albanais, étudia l'art de la peinture, pendant cinq ans, sous le Tintoret, et vint ensuite, très-jeune encore, se fixer à Naples, qu'il ne quitta plus pendant tout le reste de sa vie. C'est donc avec justice qu'on le place parmi les artistes de
l'école napolitaine.
Il avait une imagination si vive et tant de facilité pour l'exécution, qu'il a plus produit à
lui seul que ne l'auraient fait quatre peintres des plus féconds. Il est résulté de cette prodigieuse facilité qu'il est extrémement inégal dans ses ouvrages; que les uns peuvent être comparés à ceux du Tintoret, son maitre, tandis que d'autres sont au-dessous méme du médiocre.
Il n'a guère peint à l'huile. Son avidité pour le gain lui faisait entreprendre de préférence
de vastes fresques, de grandes machines , qu'il exécutait avec une étonnante célérité.
Mastelletta aurait dû se trouver parmi les peintres de l'école lombarde, puisque, né à
Bologne, il n'a guère quitté ce pays. Mais nous n'avons pu nous occuper de lui, en parlant
de cette école, parce que nous n'avions sous les yeux aucun de ses ouvrages.
Il fut élève des Carrache; mais il abandonna leur manière pour prendre celle des térébreux (on appelait ainsi une certaine secte de peintres qui avaient pour système d'opposer sans cesse, dans leurs tableaux, à de vives lumières des ombres noires, afin de produire une plus forte impression sur les yeux ).
Il exécuta de grands travaux à Bologne, tant dans sa première manière (celle de ses maitres), que dans la manière qu'il avait plus tard adoptée. Mais des malheurs, qui ne nous sont pas connus, le portèrent à se renfermer dans un cloitre en qualité de frère convers; il y finit ses jours.
Le Musée royal de Paris possède un tableau de Mastelletta, qui est dans la manière
d'Annibal Carrache, et que même quelques connaisseurs attribuent à ce dernier.
Le
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Dans le plus grand des dessins de notre planche, rien m'indique, ni les costumes, ni aucun emblème ou attribut, quel est le personnage que nous voyons étendu mort sur un brancard. Est-ce Jésus-Christ, comme on l'a dit ailleurs en désignant ce dessin de Corenzio, qui a été descendu de la croix, et qui va être Se Nous ne pouvons le croire. Ce serait la première fois qu'un peintre se füt avisé de faire chanter une foule assistants, jeunes et vieux, aux funérailles du Christ; de mettre dans les mains de lun d'eux un gros livre, dans les mains d'un autre des flimbeaux allumés. Quelque ignorance qu'on suppose avec
raison aux artistes italiens des usages de l'antiquité, on ne peut croire que,
contrairement au texte même des Évanailes, ils eussent représenté l'ensevelissement de FHomme-Dieu comme l'enterrement d’un moine de leur temps. Or, n'est-ce pas vraiment une cérémonie funébre, toute moderne, que nous voyons ici? C'est le de Profundis qu'après la messe des morts on vient chanter autour du COrps d'un trépassé.
Quoi qu'il en soit, ce dessin est d’un bon effet; les attitudes et les expressions
sont justes, la lumière bien distribuée.
Le croquis du Bolonais Wastelletta, que lon à mis là pour remplir un vide sur la planche, nous offre Abraham assis, et traitant les trois anges qui vinrent, par ordre de Dieu, le visiter et lui prédire que sa femme Sara lui donnerait bientôt un fils; ce qui fit beaucoup rire la vieille Sara, qui n'en voulait rien croire.
Cette scène est absolument rendue conformément au texte de l'Écriture. — Tulit (Abraham) butyrum et lac et vitulum quem coxerat, et posuit coram ets (Angels ) : ipse verd stabat Juxtà eos sub arbore (1).
Quand Mastelletta traça ce croquis, il était déja sans doute imbu des principes de la secte des ténébreux. C'est du moins ce que semble indiquer la noirceur
des ombres.
1) Genes., cap. xvir, # 8
CR DU Dre