NOTICE SUR MORALE
Le dévin Moralès est un des plus anciens peintres, et certainement un des meilleurs de
l'école espagnole, école qu'on ne commence à bien connaitre et apprécier, en France, que
depuis assez peu de temps. On accordait bien à VE
gne quelques bons artistes; mais on ne croyait pas qu'elle pût s'enorgueillir d'avoir eu une école. Aujourd'hui cette fausse opinion ne
peut plus exister : depuis nos incursions en Espagne, nous avons eu sous les yeux, en très-
grand nombre, des chefs-d'œuvre de peintres espagnols, et nous avons pu remarquer dans ces productions un caractère spécial qui les distingue éminemment, quoiqu'elles aient été exécutées à des époques très-différentes.
Le surnom de Divir fut-il donné par ses contemporains à Moralès à cause de la supériorité
de son talent, ou seulement parce qu'il n'employa jamais ses pinceaux que sur des sujets
puisés dans la Bible et les Légendes? C'est ce qu'on ne saurait dire, Mais presque tous les peintres espagnols mériteraient cette épithète, si elle appartenait à ceux qui n'ont retracé que
des scènes religieuses et mystiques. On peut affirmer qu'il n'en est aucun qui n'ait démontré
par ses ouvrages à quel point il partageait la superstitieuse crédulité de sa nation.
On croit que Moralès recut, à Tolède, les premiers éléments de son art d'un peintre
espagnol qui avait été élève de Raphaël; mais rien n'est moins prouvé. Dès le commencement
du seizième siècle il y avait en Espagne, soit à Va adolid, où il était né, soit à Tolède, quelques bons professeurs dont il put recevoir des leçons.
Quoiqu'il travaillât assez lentement, il a rempli de ses ouvrages les principales villes de l'Espagne , et ce fameux Escurial dont Philippe IL avait déja projeté de faire le plus magnifique, le plus fastueux édifice de l'Europe. Et cependant il serait mort dans la misère, si Philippe, passant par Badajoz, où ce grand artiste s'était retiré, ne se fut souvenu de ses talents, de son mérite, et ne lui eût assigné, de premier mouvement, une pension assez considérable. Moral
vigoureux. Il excellait dans l'expr
s se distir
ruait par la simplicité de ses compositions, et par un coloris clair et
on, surtout dans celle de la douleur.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Le corps de Jésus est dans les bras de la Vierge, plongée dans la douleur;
Marie Magdeleine, d'un côté, et, de l'autre, le dis
iple chéri, dans une consternation au moins égale à celle de la Vierge, considèrent ce Corps inanimé.
Voilà du moins ce que nous croyons voir dans ce tableau. Mais, il faut en convenir, la Vierge, mère d'un fils mort à trente-trois ans, nous parait bien jeune, et l'expression du jeune disciple n'est pas celle d’une douleur profonde. Mais que la tête, que le corps du Christ sont d'un effet imposant et vrai! Moralès, habitué à peindre des Æcce Homo, excellait en ce genre.
Le tableau original était un des plus précieux de la collection du maréchal
Soult, si riche en productions de l'école espagnole.
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ÉCOLE ESPAGNOLE