UNE FAMILLE ESPAGNOLE
Tableau de VELASQUEZ DE SILF A,
NÉ EN 1599, MOrT EN 1660.
NOTICE
SUR CE PEINTRE
Don Diego Felasquez (c'est ainsi qu'on le trouve dénommé dans les biographies } fut incontestablement le meilleur, comme il est le plus célèbre des maitres de l'école espagnole. Il était né de parents nobles, qui le destinaient à tout autre état que celui de peintre; mais il n'écouta que sa vocation, et il entra, comme élève, dans l'atelier de François Pacheco, très-bon peintre, savant écrivain, et même poète. Plus tard, il épousa la fille de ce maitre,
qui jouissait à Séville de la plus g
nde considération.
Mais ce fut moins aux lecons de Pacheco que Velasquez dut la ç
oire d'être le premier des peintres de l'Espagne, qu'à ‘étude constante, opiniätre, qu'il fit de la nature même. Il peignait d'après nature tout ce qui s'offrait à ses yeux, des fruits, des poissons, des meubles, ete.; et icun autre dans le mystère de la couleur; qu'il eut une manière à lui qui ne tenait à aucun maitre, à aucune école.
c'est ainsi quil pénétra plus avant qu
Il fit deux voyages en Italie, le premier pour voir les chefs-d'œuvre en peinture que possède cette mére-patrie des arts; le second pour y acquérir des antiques et des tableaux aux frais du roi d'Espagne , qui voulait des modèles pour une académie des beaux-arts que l'on avait le projet de fonder à Madrid. Mais heureusement dans ses deux séjours en Italie, et quoiqu'il y
visitàt et qu'il étudiät même avec soin les productions de tant de dif
‘rents maitres également
distingués dans l':
t, il ne changea point sa manière, ou du moins il ne la modifia que peu sensiblement.
Jamais peintre n'a fait des portraits si ressemblants : il imitait tout dans son modèle, sa
stes, et faisait deviner son «
pose, ses g
:tère. Aussi les papes, les rois, les princ
s, ous
voulaient se faire peindre par Velasquez : il serait difficile d'énumérer tous les portraits qu'il a exécutés, et qui ornent aujourd'hui les plus riches galeries : le Musée royal de Paris en
possède de lui qui sont très-estimés.
Ses grandes compositions historiques ne lui acquirent pas moins d'illustration que ses portraits : celles que l'on cite comme les plus admirables sont les Zorges de Fulcain, la Tunique de Joseph, et surtout les Æieuses , tableau dont Raphaël Mengs a dit : «La main
ne prenant aucune part à l'exécution, il semble fait avec la seule volonté.»
Nous terminerons cette Notice par l'éloge brillant, mais juste, qu'en à fait le plus récent de ses biographes
Personne, il faut le déclarer sans crainte, n'égale Velasquez comme raturaliste (peintre
exact de la nature). ‘ilien même le cède à l'éclat de son pinceau, et surtout à l'art inimitable
qu'il apportait à l'interposition de l'air, sans confondre les distances. Velasquez voyait la
nature d'une manière toute particulière : ee qui pour tout autre professeur serait à rejeter,
était pour Silva une chose essentielle. Convaincu de cette grande vérité que la peinture n'est
qu'une imitation exacte de la nature, il étudia tout ce qui pouvait le conduire à limiter avec
succès... Il est peu de peintres aussi qui, dans aucune école, aient su grouper comme lui,
et placer les figures de maniere à produire l'effet qui leur est relatif, sans aucun secours
étranger, I en est de même de sa manière d'établir Le ton dominant dans chaque production,
et de répandre sur tout une vérité que l'on trouve seulement dans l'étude approfondie de la
nature (1)
EXPLICATION DE LA PBANCHE
I faut avoir la tête bien remplie des scenes multipliées qu'offrent les Evan-
iles: il faut être bien dévot, Espagnol enfin, pour imaginer de transformer en
(l une Sainte Famille, une bonne famille bourgeoise qui voulait voir réunis dans ] un seul tableau les portraits de tous les membres dont elle était composée, C'est Î ce qu'a fait ici lillustre don Diego Velasquez. De la mere de famille il à fait } une Vierge Marie, du plus gros et du plus gras de ses deux enfants, le petit l Enfant Jésus, et de l'autre, plus svelte et qui parait plus âgé, un petit saint Jean
qui cherche à amuser | prétendu Jésus. Quant au père, il l'a placé, comme le Joseph de toutes les saintes familles, sur le second plan, mais protégeant d’une
main sa moitié chérie; et il lui à laissé sa physionomie méditative et un peu
niaise.
| La scène, au reste, ne se passe point là dans une étable, mais dans un très-
p beau paysage.
tableau, dont les personnages sont de grandeur naturelle, était un des ornements du cabinet de M. Denon. On y admirait l'art avec lequel les person-
1) Dictionnaire des Peintres espagnols, par F. Quicrier. Paris, 1816. Jerbo VeLasqurz
en —
N | nages sont éclairés et se détachent sur le fond de paysage d’un effet vigoureux.