‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 4)Chapitre 10 sur 100 · DES ARTS DU DESSIN, CHEZ LES PEUPLES SAUVAGES OU BARBARES · texte numérisé non relu

DES ARTS DU DESSIN, CHEZ LES PEUPLES SAUVAGES OU BARBARES

L'homme est le seul animal qui jouisse ou qui use de la faculté de rendre ses idées par la représentation des objets qui ont frappé son imagination, et dont il veut conserver le souvenir. On dirait qu'un instinct dominant, qu'un besoin naturel le porte à dessiner, à peindre.

Les autres animaux ne sont pas entièrement dépourvus d'organes dont ils pourraient se servir pour représenter certains objets qu'ils ont à redouter, ou les attraits de la femelle qui doit satisfaire en eux la plus impérieuse des passions. Et pourtant la colombe, par exemple, n'a jamais retracé de son bec, sur la terre humide, le vol du vautour poursuivant une proie; jamais le singe lui-même n'a saisi entre ses longs doigts quelque pierre aiguë pour représenter sur le sable les charmes de sa guenon.

L'homme, au contraire, ne se contente pas de représenter, avec autant de vérité qu'il lui est possible, les objets qui l'entourent, à l'aide de diverses substances; il applique aussi des ornements à tout ce qui est à son usage, et surtout à tout ce qui sort de ses mains, aux armes, aux meubles qu'il fabrique. Sans doute l'oiseau dessine son nid avec une symétrie, le castor bâtit sa retraite avec un soin, un art que l'homme lui-même admire, et qu'il ne pourrait surpasser, ni peut-être égaler. Mais ni l'oiseau ni le mammifère ne s'avisent de décorer leur asyle de rien de ce qui peut être étranger à leur sûreté , à leurs besoins ou à ceux de leurs petits; d'aucune figure, par exemple, de plantes, d'animaux.

Ce n'est donc qu'à l'homme que la nature a donné ce genre d'esprit ou de talent tout particulier, cet esprit d'imitation que nous appellerons pittoresque, et le goût des ornements, ou, pour mieux dire, de la décoration.

Aussi, même dans les contrées les plus sauvages, dans les îles de l'Australasie, par exemple, trouve-t-on des monuments des arts du dessin. Partout on dessina, on peignit, avant même que la société fût régulièrement organisée.

C'est dans les essais informes de l'art à son origine, que nous trouverons l'application des principes que nous venons de poser. Et c'est ce qui nous a déterminés à donner les deux planches suivantes, qui contiennent plusieurs monuments de l'art chez les peujjles qui ne sont encore parvenus qu'au jaremier degré de la civilisation, ou, pour parler plus exactement, des productions de Y art en son enfance.

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